coup de coeur bernard launois

Publié le 14 Avril 2021

GUN CRAZY T1, attention ça défouraille sec !

Que peut-on bien faire pour se sortir d’une petite vie minable lorsqu’on n’a pas encore atteint la trentaine en plein cœur de l’Amérique des années 80, avec pour seul bagage un joli minois ? C’est la question que se sont posée Dolly Sanchez la blonde peroxydée et Lanoya O’Brien la black hispanique et… la réponse n’a pas tardé à jaillir : exploiter la cupidité des jeunes bouseux bêtes et méchants qui hantent les bars de campagne en quête de beuveries et de voyeurisme. Seulement sur le papier, cela s’avère plus simple que la réalité à laquelle elles vont être confrontées car cette Amérique des Redneck, est peuplée de soi-disant super-héros néonazis et de vrais tueurs en série qui eux, ne sont pas là pour conter fleurette !

Mais l’histoire ne résume pas à la rencontre des deux jeunes donzelles, prêtes à en découdre pour se faire une place au soleil, car parallèlement à leur virée, se déroule une série de meurtres de pédophile fomentée et réalisée par John St Pierre, violé par un prêtre à l’âge de 12 ans.

Le scénariste Steve D. s’en donne à cœur joie en embarquant le lecteur dans une Amérique déjantée que ne renierait pas un certain Quentin Tarantino où violence, sexe, fric facile mais également humour sont au rendez-vous. Avec des dialogues vifs et aussi percutants que les coups de fusil distribués à tout va, c’est un road trip déraisonné sur fond de route 66 et au volant d’une AMC Pacer, auquel le lecteur va assister et rapidement se prendre au jeu.

On retrouve avec plaisir le dessin hyperréaliste et dynamique de Jef qui colle parfaitement au scénario d’une période américaine à l’ère de Reagan où il règne encore un esprit de suprématie sur le reste du monde. Les personnages évoluent dans de superbes décors mis en valeur par des couleurs flashy des années 80.

GUN CRAZY T1 Steve D./Jef Collection Hors Collection Éditions  GLENAT 120 pages, 19,50 €

Bernard Launois

 

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Publié le 14 Avril 2021

IMPACT, deux destins qui n’auraient jamais dû se rencontrer

Quels rapports peuvent bien avoir deux êtres que tout oppose : entre Jean, ouvrier métallurgiste à la retraite qui voit ses forces diminuer alors qu’il vit dans EPHAD et Dany, la quarantaine en déshérence et aux prises avec la justice ?  A première vue rien, sinon qu’il y a une vingtaine d’années leurs destins se sont télescopés et ce, de manière bien singulière. Mais depuis cette rencontre fortuite et lourde de conséquences, aucun des deux n’a voulu parler du drame qu’il s’était produit.

Pourquoi avaient-ils intérêt tous les deux à taire ce qu’il s’était passé cette fameuse nuit ? Étaient-ils complices d’une sale affaire ? Toujours est-il que le temps avait passé mais que leurs blessures ne s’étaient jamais refermées.

Mais l’heure des comptes finit toujours par sonner. Après avoir multiplié les exactions, Dany n’a guère le choix que d’accepter de se rendre chez le psy s’il ne veut pas que sa peine soit commuée en détention. Quant à Jean, il se sait en phase terminale et qu’il lui faut délivrer sa conscience avant qu’il  ne soit trop tard.

Le scénariste Gilles Rochier plonge rapidement le lecteur dans un récit des plus sordides dans lequel le secret, s’il a été gardé par les deux protagonistes pendant près de vingt ans, va leur revenir à la tête tel un boomerang pour qu’ils finissent par se mettre à table. Avec des dialogues ciselés et une montée en puissance jusqu’à un final des plus inattendus, Gilles Rochier tel une araignée, tisse sa toile avec talent pour prendre le lecteur dans ses fils. Le dessin réaliste de Deloupy n’est pas en reste, en transcendant un récit des plus dramatiques.

IMPACT Gilles ROCHIER/DELOUPY Éditions CASTERMAN 104 pages, 18,00 €

Bernard LAUNOIS

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 7 Avril 2021

LA GRANDE PESTE T1, comme un éternel recommencement

Nous sommes en septembre 1347 et ce que vécut le jeune marin Baldus alors qu’il accostait en compagnie de ses frères hospitaliers un bâtiment chrétien apparemment inoccupé, va s’avérer être le début d’une histoire effroyable. En fait, point de désertion dans ce navire byzantin mais la présence omniprésente de la mort qui porte un nom : LA PESTE !

L’épidémie ne va tarder à contaminer tous les marins du bâtiment de l’ordre des hospitaliers y compris Baldus, qui ne devra sa survie que grâce aux soins prodigués par un vieillard après que son bateau vienne à échouer sur une plage calabraise. Dans les périodes de fièvre intense que traversa Baldus, la mort, qu’il frôla de peu, s’est matérialisée par la présence d’un cavalier noir détruisant tout sur son passage et qui ne cessera de le hanter au fur et à mesure de ses périodes d’errance dans sa traversée de l’Italie, à fuir tant la maladie que la folie des hommes. Arrivera-t-il à survivre dans ce chaos ? Sa rencontre avec la jeune Alixe sera-t-elle salvatrice pour le jeune homme qui ne sait plus à quel saint se vouer ?

Les scénaristes Cédric Simon et Eric Stalner traitent avec talent et originalité le thème de la peste, une autre pandémie qui aura marqué toute une génération et décimé l’Europe entière. C’est sous forme de chapitres, rythmés par des doubles pages explicatives sur les thèmes abordés, de l’ordre des Hospitaliers à la manie dansante en passant par les chasses aux sorcières et les flagellants, que se déroule leur récit passionnant et ô combien angoissant.

Renouant avec les périodes moyenâgeuses où il excelle tout particulièrement, Éric Stalner accomplit dans son style réaliste une remarquable mise en images, avec des personnages aux gueules burinées évoluant dans de superbes décors rehaussés par les belles couleurs de Claudia Palescandolo.

Alors, si bon nombre de lecteurs connaissent cette période tragique de l’histoire, ils n’auront de cesse de connaître le dénouement de ce récit palpitant, prévu en deux tomes. 

LA GRANDE PESTE T1 Le quatrième cavalier Eric STALNER/Cédric SIMON Editions LES ARENES BD 128 pages, 20,00 €

Bernard Launois

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Publié le 2 Avril 2021

LE CORPS EST UN VETEMENT QUE L’ON QUITTE, lorsque la grande faucheuse vient frapper à la porte

Julien vient d’avoir à peine 15 ans lorsqu’il intègre le club de rugby de Bordeaux pour devenir rugbyman professionnel. Sa fierté d’intégrer un des clubs les plus en  vue va, hélas, être de courte durée car un plaquage malencontreux lors des premiers entraînements va le plonger dans un coma profond dont il ne réchappera qu’après un long séjour en réanimation et après avoir vécu une EMI, expérience de mort imminente. Selon les spécialistes, cette EMI se matérialiserait par une sensation de décorporation suivie d’un état modifié de conscience et pour Julien, elle s’avère révélatrice d’un pan de sa jeune vie enfoui au plus profond de sa mémoire. Revenu à lui, il fait part à ses parents de cette sensation étrange alors qu’il était à deux doigts de perdre la vie, en la présence d’un prénommé Paul qui l’aurait incité à le rejoindre dans l’au-delà. Hallucinations, délire paranoïaque, les médecins restent dubitatifs mais pas son père, neurochirurgien, qui n’aura de cesse de lui faire oublier par tous les moyens la vision de ce Paul. Julien ne sait plus où il en est mais la seule chose qu’il a en tête, c’est de découvrir qui était le fameux Paul.

L’auteur Eric Liberge, seul aux commandes de ce bel opus, aborde la thématique des expériences de mort imminente par le biais d’un drame familial qui va se dévoiler au fur et à mesure du récit. Tout son talent réside dans sa capacité à captiver le lecteur pour un univers des plus obscurs où ce dernier  n’aura de cesse d’une part, de découvrir le terrible secret familial et d’autre part, de suivre avec intérêt le cheminement de Julien pour se sortir de révélations déstabilisantes au niveau psychologique. Au scénario fort bien construit s’ajoute une remarquable mise en images avec un dessin hyperréaliste en noir et blanc jusqu’au deux tiers de l’album puis en couleurs chatoyantes et ce, pour des raisons que le lecteur aura plaisir à découvrir.

Voilà un album à couper le souffle qui  ne pourra laisser le lecteur indifférent.

L E CORPS EST UN VETEMENT QUE L’ON QUITTE Éric LIBERGE Collection 1000 feuilles Éditions GLENAT 208 pages, 25,50 €

Bernard Launois

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Publié le 30 Mars 2021

Léonard Cohen, sur un fil, entre ombre et lumière

Qui ne connaît pas les chansons magnifiées par la voix inimitable du Canadien Léonard Cohen, un de ces musiciens qui aura marqué la musique du XXème siècle ?

Rares sont ceux, par contre, à connaître ses tranches de vie souvent chaotiques qui l’auront fait passer de l’ombre à la lumière.

C’est ce que propose Philippe Girard dans cet opus, en faisant découvrir au lecteur, au travers de flashbacks, les aléas comme les heureuses rencontres qui auront façonné l’immense artiste qu’il est devenu. Il va de sa jeunesse et sa difficulté à trouver sa voie avec l’espoir secret de marcher sur les pas de son grand-père en tentant de devenir le prince des grammairiens, jusqu’à ce qu’il se découvre des talents de poète et plus tard de musicien.

Le lecteur découvrira, tour à tour, différentes facettes de sa vie tumultueuse partagée entre des amours déçus et les trahisons de producteurs qui ont abusé de sa gentillesse et de ses largesses. On apprendra ainsi les conditions dans lesquelles il aura perdu les droits de Suzanne, un de ses grands succès, sans parler de ce morceau Hallelujah dont peu de gens savent qu’il en a été le créateur.

Alors que l’on soit un groupie de ce chanteur à texte au timbre de voix si enchanteur ou que l’on soit simplement curieux de découvrir la vie peu ordinaire de Léonard Cohen, son autobiographie concoctée par Philippe Girard devrait retenir toute l’attention du lecteur. La réussite de ce biopic réside assurément dans la fluidité du récit sur 120 pages retraçant près de 70 ans d’une vie d’artiste hors norme. Le dessin n’est pas en reste également, avec un style ligne claire des plus intéressants que ne renierait certainement pas Gallant Grégory, plus connu sous le pseudonyme de Seth.

LEONARD COHEN Sur un fil Philippe GIRARD Éditions CASTERMAN 120 pages, 20,00 €

 

Bernard Launois

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Publié le 29 Mars 2021

La fortune des Winczlav T1, retour sur les origines de l’empire Largo Winch

Nous sommes en 1848, au Monténégro où le jeune médecin Wanko Winczlav après avoir rejoint les paysans en rébellion contre la tyrannie du prince-évêque, doit fuir ses soldats venus l’arrêter pour haute trahison. Que faire alors pour le jeune homme épris de liberté sinon rejoindre l’Amérique, laissant l’Europe aux prises avec le printemps des révolutions. C’est donc accompagné de Veska, une jeune bulgare maltraitée par son patron d’aubergiste et épousée sur le bateau, qu’ils partent à l’assaut du Nouveau Monde, pleins d’espoir d’un monde libre qui leur semble meilleur.

Mais, comme tous les colons expatriés européens fraîchement débarqués, on ne les attend pas vraiment. Aussi, pour vivre, il se résoudra à accepter un poste sous-payé d’infirmier, son diplôme européen n’étant pas reconnu. Et comme si ça ne suffisait pas, il ne tarde pas à divorcer de Veska qui a refusé d’élever Sandor, l’enfant qu’elle venait d’avoir.

L’avenir semble s’éclaircir alors que ses compétences commencent à être reconnues au sein de l’hôpital et que sa fréquentation avec la jeune infirmière Jenny débouche sur un mariage et la naissance d’un fils qui viendra rejoindre Sandor. Mais ce bonheur reste bien fugace lorsqu’une accusation d’exercice illégal de la médecine l’envoie droit en prison et ce, pour une quinzaine d’années, jusqu’à son enrôlement forcé dans la guerre de sécession puis… sa désertion.

Quelle heureuse surprise de retrouver l’excellent scénariste Jean Van Hamme qui a marqué plusieurs décennies avec de nombreuses sagas au succès bien mérité, de Thorgal à  Lady S. en passant par la célèbre série XIII, et bien sûr par Largo Winch, série pour laquelle il réalise ici un passé des plus intéressants. Ses talents de conteur ne sont plus à prouver, mêlant intiment l’histoire de ses personnages à l’histoire avec un grand H et cette fois encore, la mayonnaise prend de belle manière !

Alors, quand Jean Van Hamme s’associe avec l’excellent dessinateur Philippe Berthet, le résultat est à la hauteur des espérances que les auteurs ont nourries depuis que leur collaboration avait été annoncée. Avec un découpage dynamique, Philippe Berthet a su se jouer des difficultés de bulles souvent fort remplies eu égard à l’installation du récit et ravir le lecteur de ses superbes cases.

Une mention particulière est à faire pour les couleurs fort réussies de Meephe Versaevel qui complète le tableau d’une belle série qui débute sous les meilleurs auspices.

LA FORTUNE DES WINCZLAV T1 Vanko 1848 Jean VAN HAMME/Philippe BERTHET Éditions DUPUIS 56 pages, 15,95 €

 

Bernard Launois

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Publié le 25 Mars 2021

LE CLAN  DES OTORI T1, soumission ou vengeance ?

Takéo, jeune adolescent du peuple des Invisibles doit son salut à sire Shigeru, chef du clan des Otori alors qu’il prend la fuite, poursuivi par un soldat du clan Tohan, après avoir été témoin de l’incendie de son village et de l’extermination des siens. Mais surtout, il a osé braver le seigneur Tohan en le désarçonnant de son  destrier, ce qui lui vaudra d’être poursuivi  jusqu’à la fin de ses jours. Alors que faire pour fuir cet enfer, sinon de suivre ce seigneur qui l’a défendu et qui décide de le prendre sous son aile et l’adopter ? Seulement, intégrer le clan des Otori ne semble pas être une mince affaire pour le jeune Takéo, paysan de son état, qui va devoir apprendre à lire, à écrire sans parler des  bonnes manières qu’il n’a pas encore eu l’occasion d’acquérir.

Aux difficultés de s’intégrer dans un monde aux antipodes de sa vie précédente, s’ajoute la défiance de certains proches de  sire Shigeru qui le considèrent comme un paria, indigne de faire partie du groupe. Finira-t-il par s’intégrer au clan des Otori alors que le désir de venger les siens l’anime ?

Adapter ce best-seller de la littérature pour jeunesse de la célèbre autrice australienne connue sous le pseudonyme de Lian Hearn, pour un scénario de bande dessinée ne s’avérait pas d’une grande facilité et revêtait assurément une pression pour le scénariste Stéphane Melchior. Force est de constater  qu’il a réussi le pari pour ce premier opus de plonger le lecteur dans une belle saga du Japon médiéval et féodal. Avec un découpage dynamique et des répliques qui le sont tout autant, et sublimée par le dessin vif et efficace de Benjamin Bachelier, cette adaptation en bande dessinée semble promise à un beau succès fort mérité.

 LE CLAN DES OTORI T1 Le Silence du Rossignol Stéphane MELCHIOR/ Benjamin BACHELIER Éditions GALLIMARD BANDE DESSINEE 96 pages,  17,80 €

Bernard Launois

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Publié le 24 Mars 2021

LES CHIMÈRES DE VENUS, un spin-off  réussi du CHÂTEAU DES ETOILES

Nous sommes en 1874 et la conquête des planètes du système solaire n’a jamais été aussi prégnante en France. Et lorsque c’est au tour de la planète Vénus, la célèbre et sémillante Hélène Martin, actrice d’opéra-bouffe, rêve d’intégrer l’expédition à bord de l’Excelsior. Pour cela, il va lui falloir s’attirer les faveurs de Monsieur le duc de Chouvigny, ce qu’elle réussira sans trop de difficulté.

Mais que diable cette jeune fille, à l’apparence si frêle, allait-elle faire dans cette galère, avait-elle des inclinations à découvrir une planète aussi luxuriante que dangereuse ? La raison en est plus ordinaire puisqu’elle est motivée par la recherche d’Aurélien, un jeune homme que ses poèmes ont  précipité au bagne de Cayenne dans un premier temps avant qu’il vienne grossir les rangs du contingent envoyé sur les terres hostiles vénusiennes, et dont elle est tombée éperdument amoureuse. Seulement, le méchant duc de Chouvigny restera-t-il longtemps dupe d’un tel stratagème ?

Si le voyage se déroule sans histoire, la découverte de la planète et plus particulièrement de sa faune, composée de ptérosaures et  autres mégalosaures, va vite se transformer en cauchemar tant pour Aurélien que pour Hélène.

Quel grand plaisir de retrouver tout le talent de conteur de l’auteur de la célèbre saga De capes et de crocs, le scénariste Alain Ayroles, qui emmène le lecteur dans une aventure romanesque dans la lignée de l’univers du Château des étoiles et où les surprises s’égrènent tout au long des pages. Le dessin d’Étienne Jung s’accorde parfaitement au récit, avec des personnages caricaturés qui donnent l’impression de sortir tout droit d’un dessin animé. Il est rehaussé par un remarquable travail de couleur à la gouache donnant toute la profondeur au dessin.

Voilà un beau premier opus d’une histoire qui comptera trois albums, digne de l’univers fantasmagorique créé par Alex Alice et qui complète bien la série Le château des étoiles.

LES CHIMÈRES DE VENUS T1 Alain AYROLES/Étienne JUNG Éditions RUE DE SÈVRES 60 pages, 15,00 €

Bernard Launois

 

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Publié le 21 Mars 2021

DESSINER ENCORE, ou les affres d’une reconstruction difficile

 

Dessiner encore et encore, c’est le leitmotiv de Coco, scénariste et autrice de bande dessinée, qui a trouvé refuge dans le dessin pour s’exorciser de l’horreur qu’elle a vécue un certain 7 janvier 2015 alors qu’elle s’apprêtait à quitter le siège du journal satirique Charlie Hebdo.

Depuis, des images d’un scénario improbable lui reviennent en boucle et ce, à toute heure du jour et de la nuit. Si, parfois, ces images semblent s’estomper de sa mémoire, c’est pour mieux revenir comme un boomerang et ce, sans qu’elle en connaisse l’explication.

 

De ses séances chez le psy, qui ne lui semblent pas d’une réelle efficacité, aux retours sur cette terrible journée proprement surréaliste, l’autrice Coco se dévoile, sans fard. Entre cris de colère contre cette injustice et attendrissements pour Cabu et Charb, ses amis perdus, elle n’a de cesse, tout au long de l’album, de livrer son état d’esprit.

En suivant le cours du récit, le lecteur va se trouver immergé au sein de l’équipe de Charlie tout d’abord à l’occasion de la conférence de rédaction, moment de joyeuses joutes et prélude indispensable à la conception du journal. Puis il assistera à cette fin de journée cauchemardesque dont Coco ressasse inlassablement le déroulement en se disant qu’elle aurait peut-être dû appeler au secours, s’échapper, avertir ceux qui étaient à la rédaction. Le sentiment de culpabilité reste palpable tout au long de l’album, comme  un leitmotiv lancinant la ramenant à ce point de non retour.

 

Avec quelques traits appuyés, incisifs lorsque la situation le réclame, plutôt doux quand il s’agit de revenir sur les moments privilégiés avec le maître Cabu, qu’elle glorifiait, lorsque celui-ci lui donnait des conseils pour la réalisation d’une caricature, Coco retranscrit avec talent ses états d’âme. Les couleurs froides, du bleu au noir, alternent avec des rouges et des marrons pour renforcer la narration.

Malgré tout, la vie continue et il faut tenir, avancer, ne serait-ce que pour ses proches mais également pour le souvenir de ses amis à jamais perdus.

 

 

DESSINER ENCORE COCO Éditions LES ARENES BD 352 pages, 28,00 €

Bernard Launois

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Publié le 14 Mars 2021

FACTEUR POUR FEMMES T2, ou le dénouement tant attendu d’une drôle d’histoire

Le  beau récit émouvant et attachant que livrait il y a cinq ans Facteur pour femmes réclamait une suite salvatrice, demande heureusement entendue par le scénariste Didier Quella-Guyot qui nous livre là un scénario aussi fort que dans le premier opus. Alors que la Grande Guerre se termine, les soldats qui ont réchappé à cette boucherie, avec plus ou moins de bonheur, s’apprêtent à rejoindre leur île bretonne et leurs femmes.

Mais celles-ci ont appris à se passer d’eux pendant près de quatre ans, particulièrement en accomplissant en leur absence toutes les tâches qu’ils se glorifiaient naguère d’exécuter. C’est donc avec une certaine assurance, malgré tout entachée de la crainte du retour de leurs hommes, que les iliennes vont les accueillir alors qu’elles viennent d’enterrer Maël, le seul mâle exempté de défendre la patrie eu égard au pied bot qui l’handicapait, et désigné comme facteur de remplacement.

Le souvenir du facteur devient-il maintenant trop gênant, alors qu’il s’était rapproché de bon nombre de femmes en mal de réconfort ? Un pacte semble lier une partie de la population féminine de l’ile, et le retour d’Australie en 1958 de la jeune Linette, fille de Solange et Maël, désireuse de mieux connaitre son père, ne va-t-il pas le faire voler en éclats ?

On saluera l’excellent travail du dessinateur Manu Cassier qui a su s’approprier le récit en respectant tant le code graphique que celui des couleurs du premier album réalisé par Sébastien Morice, tout en lui apportant néanmoins sa patte.

Un cahier graphique d’une dizaine pages revient notamment sur les recherches de nouveaux personnages absents du livre I, sur le making-off, et sur des essais de couverture qui complètent agréablement le volume.

FACTEUR POUR FEMMES Livre 2 Didier QUELLA-GUYOT/Manu CASSIER Collection Grand Angle Editions BAMBOO 112 pages, 18,00 €

Bernard Launois

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