Publié le 19 Décembre 2021

Interview de Pascal Rabaté à l'occasion de la sortie de SOUS LES GALETS, LA PLAGE

Un scénario à fleur de peau avec un récit linéaire allant crescendo d’une rencontre entre deux mondes qui n’ont pas de raison de se rencontrer. Pascal Rabaté a répondu à nos questions.

Dès les premières pages, l’on comprend que la petite bourgeoise va être raillée. Avez-vous des comptes à régler avec la petite bourgeoisie ?

Oh, non je n’ai pas de comptes à rendre mais le projet de faire un film était plus sur la fin d’une époque. Une époque qui n’a pas été digéré d’ailleurs. On a un problème de mémoire. Je crois que nous sommes le seul pays où nous avons appelé notre armée, « la grande muette ». Donc, assez lamentable au niveau des cadres en 14-18 avec un Pétain qui a fait fusiller un soldat sur dix dans certains régiments. On finit par donner le pouvoir en 40 et qui a donné, ce qu’on se rappelle. J’ai l’impression qu’il y a une espèce d’entretien de la mémoire où à l’école, l’on n’apprend pas qu’il y a une France de la défaite. On a tout mis sur le troufion en l’appelant l’armée La Doumergue. En 40, c’était d’une incurie complète des cadres de l’armée. Quand je parle des cadres, c’est les grands cadres, ceux qui sont restés à l’arrière en donnant des ordres et il y a eu une espèce de truc comme ça, assez pourri ou De Gaulle a réussi à négocier une entrée dans les villes en 45 avec les forces alliées pour sauver un peu la face, avec des trucs qui sont ignorés d’ailleurs, tels que déshabiller les coloniaux pour donner à des blancs qui étaient là juste pour de la figuration d’ailleurs. La chose est que j’avais envie de parler de cet esprit de révolte où je travaille beaucoup sur des projets sur la métaphore. C’est-à-dire que si j’ai fait La déconfiture, ce n’est pas pour parler de l’époque certes, mais c’était aussi une façon pour moi d’exorciser l’époque présent. Au moment où j’ai commencé à initier le projet, on allait avoir des élections où il se préparait un deuxième tour extrêmement chaud et pour moi, Vie de grains, c’était un peu moi où on allait au fond, sachant qu’on allait perdre ! On n’a pas perdu comme on pensait (rires), on a perdu différemment, c’était moins violent mais il y avait un peu de ça. Et sur ce projet-là (Sous les galets, la plage, ndr), j’avais envie d’en finir avec ces idées moisies de la sagesse que l’on a en vieillissant et de faire confiance aux vieux. Ça me gave ce discours me gêne et je trouve que l’espoir est plus dans la jeune génération. Je ne supporte pas des gens comme BHL, quoiqu’il a toujours été comme ça ou un Glucksmann qui a été dans l’insurrection et qui n’a gardé que le tutoiement et de prendre la parole à tout prix. Ce sont des gens ou leur pensée a été javellisée avec le temps. Je ne vais pas régler mes comptes mais je vais essayer de dire qu’en effet, l’avenir appartient aux jeunes qui vont le vivre et pas à ceux qui vont l’écrire pour les autres. Ça, c’est un peu le nœud du truc et puis après, j’étais en vacances hors saison, en plein montage de mon dernier film, on a fait une pause en allant à Loctudy et lorsque je suis passé devant de belles maisons aux volets fermés, je me suis dit « c’est la saison pour cambrioler ! ». Je me suis donc endormi là-dessus et de là est né l’histoire.

Au début de l’interview, vous faites peut-être un lapsus révélateur en parlant de film alors que la question porte sur la bande dessinée Sous les galets, la plage.  Ah, m… !!!

Alors, avez-vous songé à faire un film de cette bd ? À vrai dire, non ! Je sortais d’un, avec les complications qu’implique un tournage, surtout avec une économie réduite, et où l’on est obligé de tirer sur tout. Alors, c’est un plaisir mais à un moment donné, c’est fatigant et moi, j’ai besoin d’alterner un peu les plaisirs de communion générale, de festivités que sont un tournage avec des engueulades où tout est exacerbé. Et puis, il y a des moments de repos où je conçois plus le livre comme quelque chose de plus intellectuel.

Malgré tout, c’est quelque chose que vous avez déjà fait, une bande dessinée et ensuite un film tiré du scénario ? Oui, effectivement. Maintenant, si l’on me le propose, je ne cracherais pads dedans mais pour moi, le livre se suffisait à lui-même. Après, si plus et affinité, on essaiera de traiter du même sujet mais avec un peu plus d’émotions.

Deux mondes qui se rencontrent, la petite délinquance et la bourgeoisie et qui ne se côtoient pas, du moins en apparence car « chasser le naturel, il revient au galop ». N’est-ce pas ce que vous avez voulu notamment souligner dans cet album ?

Je ne sais pas ce que je voulais vraiment en fait, c’est le nœud de toutes les dramaturgies, de faire rencontrer des mondes qui ne doivent pas se rencontrer. En l’occurrence, ce n’est pas tout à fait vrai, parce que l’on se retrouve avec quelqu’un qui a une éducation classique et qui s’en va faire des études, ainsi que ces deux autres amis d’ailleurs, et les bourgeois sont comme les cochons, ils ont quand même des études, un vernis culturel, ils sont éduqués, classiquement certes. Et la gamine est également éduquée car l’autre lui a fait ses armes sur les arts, sur la manière d’apprécier les choses de valeurs. Aussi des philosophies qui sont plus les miennes que celles de l’autre milieu. Et l’idée était de faire rencontrer ces deux mondes et à un moment, la « sans racine » allait peut-être donner l’envie à un « enraciné » qui traine sa famille comme un boulet, de sortir de ce milieu. Et puis, c’est l’amour pour cette jeune fille qui l’initie à la chair. Et c’est ce truc qui n’est pas définissable, que l’on appelle l’amour. Et donc, c’était vraiment se faire rencontrer des choses et comment l’on pouvait tordre parce que, mine de rien, 68 est né de ça ! Ça été les grands bourgeois qui étaient dans les facs qui ont foutu la merde et à côté, il y avait les katangais qui étaient là pour faire de la guérilla et c’est un peu cette association à laquelle je donne un sentiment de non-retour. J’ai choisi pour Albert, ou en effet il brise les chaînes et il ne pourra retourner dans ce milieu. J’ai choisi pour lui qu’il allait choisir l’inégalisme.   

« La propriété, c’est le vol », une citation de Pierre-Joseph Proudhon, homme politique français considéré comme un précurseur de l’anarchisme, est rappelé en prologue de cet album. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez tenu à mettre cette citation en avant.

Pour remettre tout dans le contexte, cette phrase de Proudhon concernant ces propriétaires, que l’on appellerait aujourd’hui, des marchands de sommeil, qui exploitaient la misère humaine en louant des taudis à des prix exorbitants. Dans cette formulation, c’était Proudhon et après, en extrapolant, j’ai créé Marius, un personnage où l’inconnu au bataillon, c’est moi qui pour le jeu de mots disait, « la propriété, c’est le viol, la résidence secondaire, c’est du vol aggravé » ! Alors, il y a un personnage qui est en filigrane, c’est Marius Jacob qui est l’inspirateur d’Arsène Lupin et qui était un anarchiste qui avait une communauté, avec une vision de clan, car il ne faut pas oublier qu’il nourrissait bon nombre de personnes avec ses larcins.

Quel titre ! Est-ce un clin d’œil au slogan « Sous les pavés, la plage » écrit au moment de mai 68, soir 6 ans après que vous situiez votre scénario ?

Oui, tout à fait !

Vous n’avez pas connu cette période-là, eu égard à votre statut de bébé en 1962. Pouvez-vous nous dire si vous avez interrogé vos aînés pour réaliser cet album !

Je n’ai aucun souvenir de cette période-là, j’étais totalement extérieur à ça car je vivais en province. Ayant fait les beaux-Arts quasiment dix ans après 68, j’ai eu des professeurs tels que Sauvageot qui avaient été actifs pendant cette période et qui n’ont pas manqué d’en faire état. Mais tout pour vous dire, ils m’ont plutôt fait ch… car ils n’appliquaient plus déjà ce qu’ils avaient revendiqué. L’anarchisme, le gauchisme s’exprimaient dans le vote mais pas forcément dans la vie de tous les jours. Ils ont été chiants comme tout le monde : peu de cours magistraux avec eux mais il y avait des restes, de la bonne bourgeoisie de gauche. Je suis issu de la faucille et du goupillon, d’un côté avec un grand père communiste avec sa femme, bonne du curé et de l’autre côté, c’était la même chose sauf que le grand-père était anarchiste. Je suis donc un peu le fils de ce truc-là. J’avais quand même un respect pour ces gens qui avaient foutu la m…. D’où on avait sorti quelques idées mais après quand on voit après ce qu’ils sont devenus. Je n’aime pas l’idée d’apostat, je n’aime pas les gens qui trahissent leurs trucs. Quand on change, bah au mieux, on ferme sa gueule pour faire oublier les conneries qu’on pense avoir dites ou le con qu’on est devenu.

La dominante de couleurs de cet album est le marron et le violet. Est-ce pour souligner le côté mélancolique, nostalgique du récit ou autre chose ?

La chose est que, redonnons à César ce qui appartient à César ! Il y a quelques années, David Prudhomme était en train de faire Noir et vif  et comme moi, on essaie, on essaie, de construire, de re-construire et il me montre chez Futuro, les planches et la mise en couleurs qu’il est en train de faire et me montre des couleurs que je trouve superbe et puis, il les sature et je lui dit, « mais c’est super, aussi » ! Et à la fin, il me dit « Et j’hésite avec ça » et il désature tout. À ce moment-là, on se retrouve avec des couleurs extrêmement pâles et je lui dis « Putain, mais c’est génial » ! « Mais oui, mais qu’est-ce que je choisis ? » Je l’ai laissé faire et il a finalement choisi des couleurs classiques. Et quand finalement, j’ai démarré ce bouquin, je me suis dit que j’allais essayer le désaturé. Le truc, c’est aussi le dessin qui induit ça enfin, c’est une perception que j’ai de la couleur. Il y a un grand maître qui m’a longtemps influencé, c’est Buzzelli, avec son dessin réaliste, très beau et… Sale ! Il faisait des hachures, il avait un trait de pinceau qui finissait en pinceau sec et quand il passait en couleurs, c’était la catastrophe ! D’abord, il n’était pas coloriste, avec des couleurs que l’on se demandait s’il ne faisait pas ça avec des fonds de pots. Il se trouve que son dessin était sale et que quand on met de la couleur derrière, le gris salit la couleur et j’ai été confronté à ça quand j’ai bossé avec des coloristes où en effet, la couleur fallait qu’elle apporte quelque chose au dessin où j’ai posé mes gris, mes spots pour travailler les zones d’ombre. Il faut donc que la couleur apporte une impression, un sentiment : chaque intérieur a sa propre couleur. Quand on est chez Albert, tout est vert, des maisons visitées, tout est bleu et quand on cambriole, tout est rouge. Je me disais qu’il fallait que je me serve de ces tons-là pour changer d’endroit. Là-dessus, je ne voulais pas surligner les choses et c’est la raison pour laquelle j’ai utilisé, par exemple, des roses pâles. Chaque couleur devait donner une indication de lieu et allait participer à une sorte d’ambiance. Je pense que ça ne va pas plaire à tout le monde mais je n’avais pas envie de faire du beau mais ces couleurs devaient donner une ambiance. Alors, il y a des gens qui me disent que j’ai épuré certains décors mais je n’ai pas l’impression. Je connais la vision globale malgré tout je suis un classique dans la narration, je reste un enfant d’Hergé, je l’assume !

Interview réalisée le 30 octobre 2021 dans le cadre du festival Quai des Bulles

Bernard Launois

 

 

 

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Publié le 11 Décembre 2021

Tout est fort ! Un scénario haletant et angoissant rythmé par un dessin dynamique associé à des couleurs attachées à chaque lieu. On avait quitté Raven s’étant joué de Lady Darksee, prêt à faire cavalier seul pour récupérer le trésor perdu de Chickén Itza sur l’île de Morne au Diable. Le décor est planté et l’aventure peut continuer.

Sans dévoiler le dénouement de cet opus, pouvez-vous en raconter un peu plus ?

Oui, en fait j’ai une thématique que je traine dans cette histoire de Raven, c’est le prix de la liberté. Et donc, j’ai choisi de raconter une histoire de pirates pour expliquer en quoi je pense que la liberté est une belle idée mais qui a un coût très élevé et il faut savoir ce que ça veut dire, il faut savoir quel prix on est prêt à la payer. Je montre un personnage qui va passer par trois stades importants : le premier qui est l’insouciance d’une vie qui lui convient et d’une jeunesse qui lui permet de faire tout ce qu’il souhaite et qui est adapté à son environnement on peut dire mais avec un problème sous-jacent qui est, qu’il n’arrive pas à se faire à son univers. Il aime cet univers mais lui ne l’aime pas et il ne comprend pas pourquoi ! Et, dans le deuxième tome, je montre un affrontement tellurique entre deux pirates que tout oppose, un qui vit au jour le jour et qui n’est que spontanéité et intuition et romanesque et une autre qui est pragmatique, avec un projet clair, un pouvoir de projection évident. Qui sait parfaitement ce qu’elle veut et qui prendra les moyens pour les obtenir. Quelqu’un qui a des encrages et un qui n’en pas et la rencontre entre les deux est insupportable parce que Raven considère que cette femme ne profite pas du tout de la vie de pirate et que c’est une traitresse qui pactise avec les aristocrates et qui a donc des projets contraires même à la nature de la piraterie, qui a dit non à la société pour créer une alternative. Et pour Darksee, Raven est quelqu’un de compétent éventuellement mais qui ne fait rien de sa compétence, qui ne sert à rien à personne et qui n’a aucun intérêt, qui ne devrait pas exister. Or, je m’arrange pour qu’ils soient obligés de se fréquenter et de faire une aventure ensemble. Et pourquoi ? Parce que ça m’intéresse de voir, de faire faire cet itinéraire à Raven pour qu’il comprenne pourquoi ça foire ! Pourquoi, il est toujours celui qui se retrouve seul, rejeté par les autres. Qui, au final commence des aventures, même extraordinaires et qui au final, termine tout seul sur une chaloupe ou sur un radeau selon les circonstances.

Il finit par devenir sympathique, en fait.

Parce qu’il se bat beaucoup ! Il y met de l’énergie et c’est une ode à la vitalité, en fait. C’est-à-dire que toute cette histoire montre qu’est-ce que c’est qu’une vie sans lendemain dans lequel le jour fait l’essentiel du travail. Et donc, on voit les choses de manière très différente et j’aime bien mettre en scène, ça. J’aime bien monter l’agacement des gens qui construisent face à des gens qui sont inconstants et inconséquents parce que c’est infernal et qu’il n’y a rien de pire qu’une compétence mal utilisée et mal employée et j’aime bien cette idée de mouche du coche que Raven fait en permanence pour prouver sans arrêt à Darksee qu’il est capable, qu’il mérite le respect. Et elle n’en a rien à faire de respecter Raven, elle a un projet et juste il l’emmerde ! Ce n’est pas possible, il va falloir qu’il sorte de sa vie et lui reviendra éternellement tant qu’elle n’aura pas reconnu l’intérêt, le respect et l’attention.

Un moment, dans cet opus, on avait l’impression qu’ils allaient faire quelque chose ensemble.

Il y a un vrai moment de complicité parce qu’ils ont un projet et c’est un indice que moi je mets quand je raconte cette histoire qui m’amuse. Et je mets un certain nombre d’indices pour expliquer quel vont être le trajet pour que Raven comprenne pourquoi ça ne marche jamais, pourquoi il n’y arrive pas. Il y a une rivalité directe avec Darksee qui ne va pas forcément mal se passer pour lui dans ce tome 2 mais il n’en tirera pas grand-chose finalement. Et, encore une fois, sa compétence aura été mal employée. Et lui, il ne comprend pas avec pourquoi une telle débauche d’énergie et de capacité ne l’amène absolument pas à voir ce qu’elle a, à savoir un équipage, un navire. J’aime bien cette espèce de proposition de mettre en scène ces gens à la vitalité exacerbée avec un mélange d’idéo et de sur-gourmandise de vie, confronté à la brutalité d’une vie dans laquelle ils ont été projetés car c’est vrai qu’ils ne l’ont pas choisi. Le pirate ne nait pas par choix. Il a été catapulté là parce qu’on l’a vendu, on l’a arrêté, on l’a déporté, il a été enrôlé de force et qu’il s’en est échappé. Enfin bref, ça n’a jamais été simple et quand il sort là, c’est qu’ils ne peuvent pas être ailleurs. Très pragmatiquement, ils ne peuvent retourner nulle part. Donc, il va falloir vivre comme ça et il se réinvente des individualités, des sur-compétences pour avoir mérité de participer à quelque chose, de faire partie d’un groupe. D’ailleurs sur le terrain, c’étaient des gens assez étonnants. Mais pour deux raisons d’abord, ils voulaient mériter le droit de vivre mais de faire partie de quelque chose et ensuite, je pense qu’il y avait un désir de revanche assez marqué contre les sociétés qui les avaient chassées en disant « vous m’avez mal parlé, je ne suis pas le gros nul que vous pensez et maintenant vous allez voir, vous allez comprendre.

On a toujours besoin d’un plus petit que soi. Ne pourrait-elle pas être la devise de Raven au contact d’Arthur, le jeune garçon ?

Oui, oui ! Alors, puisqu’il y a toujours un côté infantile dans les énergies développées par les pirates. Pourquoi ? Parce qu’ils ne vivent que l’instant et la beauté du geste. Ils ne sont pas dans la construction, dans l’épargne ou dans bâtir une maison, bâtir une famille. Ils sont dans l’idée, ensemble on va faire des trucs, vivons des choses et essayons de monter que l’on en ait capable et que l’on n’a pas peur et que l’on mérite d’être respecté et qu’on a sa place dans la famille, quelque part. Et donc, les enfants et les pirates communiquent très bien. Pour moi, c’est quelque chose d’intuitif et ça m’amuse de voir ces espèces de chicaneries entre Raven et Arthur, qui explique à Arthur qu’il faut qu’il arrête de jouer les gros bras parce que dès l’instant où il a un problème, les autres le résolvent pour lui, ce qui fait

partie de la thématique de Raven qui est que, que l’on soit un homme ou une femme, on doit se démerder et ne dépendre de personne et que c’est comme cela que l’on gagne la liberté. Arthur va lui prouver, du coup, que ce n’est pas vrai du tout et qu’il est capable de s’en sortir et donc, il va relever le gant.  Et c’est pour ça qu’il y a une petite histoire qui se passe entre eux et moi, j’assimile le fait que dans le tome 3. Raven va être confronté au fond du fond de sa mythologie en fait et qui est, si je suis mon dogme et si je suis mes idées, je serai forcément en opposition avec le groupe et donc, je devrai sacrifier le groupe à mes idées. Et pour quelqu’un qui en pâtit, et qui estime agir avec une éthique et avec ce qui lui paraît être juste, comme il fait dans la première scène. La première scène du tome 1, il attaque un navire parce que ce sont des vilains espagnols qui ont pillé les richesses d’Amérique du sud sauf qu’il y a une jeune fille là-dedans qui va se faire repasser par l’intégralité de l’équipage pirate et ça, ce n’est pas tolérable. Donc, en une seconde, il protège la fille et se retourne contre tout l’équipage, de ses alliés avec lesquels il avait mené la campagne, ça ce n’est pas tolérable. C’est quelque chose qui est inacceptable par un groupe et donc il va donc se mettre tout le monde à dos alors qu’il a sauvé une jeune fille et que vu de l’extérieur, on va considérer qu’il avait raison de ce qu’il a fait. Et, c’est toujours ma question sous-jacente qui est, quand on fait partie d’un groupe, il faut savoir mettre un petit peu son éthique personnelle de côté parce que celle du groupe passe devant.  Et la fidélité au groupe est une valeur qui est très belle et qui est moins facile à tenir, entre guillemets, du point de vue personnel que de faire toujours tout à sa façon mais si on veut bénéficier du groupe, et si on veut faire partie d’un groupe, c’est quand même quelque chose d’intuitivement puissant et de viscéral chez tout le monde. Eh bien, il y a un prix à payer et il faut le savoir.

On est toujours plus fort lorsqu’on est en groupe

Bien sûr, et on le sait tous, c’est une condition de survie. Et j’aime ce moment où les idéologies des individus se fracassent contre la réalité communautaire. Une communauté qui va construire ensemble et il va falloir accepter que l’intérêt commun passe devant l’intérêt individuel et donc, même chez les pirates, c’est quelque chose qui fait sens. Et j’aime bien parler de ça !

Pouvez-vous nous décrire vos méthodes de travail, tout d’abord au niveau du scénario, storyboard, que du dessin crayonnés, encrage mais aussi mise en couleurs ?

C’est construit comme une fable, je raconte vraiment une petite parabole sur des comportements humains et c’est pour ça que je suis retourné vers les pirates parce que je voulais parler du prix de la liberté. J’ai construit mon histoire en 3 volets : l’état des lieux, où en est ce personnage, qu’est-ce qui marche chez lui ce qui ne marche pas. J’ai créé ma dramaturgie là-dessus. J’avais besoin de mes 3 pôles : du personnage protagoniste, sa Némésis qui est en fait, tout ce qu’il n’est pas et une reconstitution d’une société organisée et donc, qui a tout sacrifié au collectif. J’ai donc mis ces 3 pôles dans un lieu qui ne leur est familier à aucun et je vois comment chacun de ces systèmes peut cohabiter, s’affronter ou affronter un problème commun qui est la survie dans ce lieu et le fait qu’ils sont des envahisseurs dans une ile qui ne veut pas d’eux.

J’ai donc créé ma fable n°1 en présentant les protagonistes, la mission. Pour le 2, j’avais besoin d’avoir un duel entre Némésis et Raven pour savoir s’ils arrivaient à se supporter devant l’adversité. Le fait qu’il y est un objectif commun rend naturel que la collaboration va donner davantage de chance de succès et c’est la beauté de l’affaire. J’assimile progressivement le fait que Raven va devoir accepter l’idée que le groupe a raison sur lui. Et donc, je vais le mener très loin dans le 3 puisqu’il va falloir qu’il choisisse de faire seul ou avec les autres et qu’il aille au bout de sa logique.

Choisir, c’est renoncer ! J’aime l’idée que l’on a nos programmes pour réagir, ce qui nous paraît bien, logique… Mais l’apprentissage ne s’arrête jamais ! Nous sommes des paresseux et il faut être confronté à des situations inhabituelles pour que l’énergie à se sortir de l’inconfort soit légitime à ce moment-là et, tout d’un coup, faire le saut que l’on n’aurait fait en terrain habituel.

Sortir de sa zone de confort ? Exactement et là, il va le faire !

Et pour le dessin ?  Pour les couvertures, je vais avoir une tonalité différente par rapport à l’intensité du chapitre, c’est quelque chose qui est important pour moi. Je commence dans les froids, je continue dans les chauds et je vais carrément terminer dans le tumulte dans le 3ème tome qui va s’appeler Furie parce que là, c’est toutes les personnes qui vont aller au bout d’elle-même, etc. Il y a un code chromatique qui va avec la nature de l’émotion traitée. J’accorde aussi de plus en plus de l’importance à ce que j’appelle l’incarnation : aller de moins en moins dans l’ellipse pour aller de plus en plus dans la scène, ce que provoque la scène, le conflit de la scène et il y a la conséquence de la scène, ce que j’appelle la question de sortie qui est le moment où on avait un état de départ, un conflit interne de milieu de scène, faut faire un choix. Ce choix vous amène vers une nouvelle conséquence qui pose une nouvelle question en fin de scène.

J’aime ce moment où l’on traite de la conséquence humaine et là, je suis obligé d’aller très vite dans mon format parce que j’ai 54 pages, énormément d’action et je trouve qu’en développement interpersonnel, j’ai la substance et je veux la montrer. Je suis maintenant en train de travailler, c’est vraiment de la tuyauterie, de telle manière à montrer ce rapport interpersonnel où le personnage va réagir émotionnellement à la conséquence de ses choix mais pas uniquement factuellement. Ça prend un peu de place mais c’est chouette, c’est là je pense que le lecteur ou spectateur, je suis comme ça, ont créé le lien magique. C’est là où l’attachement au personnage devient très fort. C’est pour ça que dans la bd, on appelle nouvelle bd ou plus contemporaine, on minimise l’action au profit de la réaction interpersonnelle. Parce que, du coup, on créer un attachement viscéral à la psyché du personnage et l’action est moins efficace pour créer le lien que la réaction émotionnelle ou affective à l’action elle-même, même si elle est traitée. Voilà, moi j’ai besoin de cette action, j’ai besoin de confronter mes personnages aux périls pour qu’ils se transfigurent mais je ne veux pas faire l’impasse complète sur l’interpersonnel et sa conséquence.

Quand on lit cette série, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle va servir de support à la réalisation d’un film, qu’en pensez-vous ?

Ah, disons que je n’ai jamais pu faire vraiment la différence entre les médias, sachant que et c’est ça que j’aime, que ce soit ce que je lis, j’écoute, je regarde un film ou une bande dessinée, ça finit par faire une espèce d’image dans ma tête, de sensation globale et chacun a ses moyens. Et oui, il y aurait moyen à faire du cinéma avec Raven parce que la nature des émotions est très cinématographique mais je sais aussi que la logistique du cinéma demande à ce que l’on soit à l’aise en communauté et il faut savoir gérer les affaires de groupe : les affaires de politique, de financement, de séduction et c’est dur ! J’ai côtoyé ce milieu, il faut être armé pour ça et ce n’est pas quelque chose dans lequel je suis… Je trouve les couleuvres assez rudes, je trouve cette guerre assez féroce et c’est la force du projet qui rend l’affaire légitime. Toujours est-il que je n’irai pas la fleur au fusil dans cette expérience.

Interview réalisée le 30 octobre 2021 dans le cadre du festival Quai des Bulles

Bernard Launois

 

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Publié le 8 Décembre 2021

René.e aux bois dormants, Grand Prix de l'ACBD 2022 !

Au terme d’un troisième tour de vote, l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD) couronne René.e aux bois dormants de Elene Usdin, publié aux éditions Sarbacane, de son Grand Prix 2022.

Comme Alice au pays des merveilles, René cherche un lapin, son doudou en peluche, mystérieusement disparu. Sa quête mène le petit garçon dans un monde étrange et beau, où il questionne ses origines, lui qui ne se sent bien nulle part – en particulier avec sa mère, à qui il ne ressemble pas. Dans René.e aux bois dormants, son premier album de bande dessinée, l'illustratrice et photographe Elene Usdin interroge le sort des enfants des peuples autochtones enlevés à leurs familles, au Canada dans les années 1960. Elle le fait de façon onirique et engagée, traitant aussi le thème du genre, avec un graphisme riche, puissant, très coloré.
Le prix sera remis à l’autrice et à son éditeur le jeudi 27 janvier 2022 à 12h30, premier jour du Festival International de Bande dessinée d’Angoulême, au Musée de la Bande Dessinée.René.e aux bois dormants succède à Peau d’homme de Hubert et Zanzim, Grand Prix 2021. L’album a été choisi par les membres de l’ACBD parmi les cinq titres de leur dernière sélection établie en novembre.

Les quatre autres finalistes étaient :

● Écoute, jolie Márcia, par Marcello Quintanilha (éditions Çà et Là)

● Le Grand Vide, par Léa Murawiec (éditions 2024)

● Les Grands Cerfs, par Gaëtan Nocq, d’après Claudie Hunzinger (éditions Daniel Maghen)

● Jours de sable, par Aimée de Jongh (éditions Dargaud Benelux)

Les prix de l’ACBD ont pour ambition de « soutenir et mettre en valeur, dans un esprit de découverte, des livresde bande dessinée, publiés en langue française, à forte exigence narrative et graphique, marquants par leur puissance, leur originalité, la nouveauté de leur propos ou des moyens que les auteurs et autrices y déploient ».

L’ACBD compte 96 journalistes et critiques actifs qui parlent régulièrement de bande dessinée dans la presse régionale et nationale écrite, audiovisuelle et numérique. Le Grand Prix de la Critique ACBD 2022 a été choisi parmi les 4196 nouveaux titres publiés dans l’espace francophone européen (France, Belgique, Suisse) entre le 1er novembre 2020 et le 31 octobre 2021.

 

Le bureau de l’ACBD : Fabrice Piault (Livres Hebdo), Antoine Guillot (France Culture),

Laurence Le Saux(Télérama, BoDoï),

Laurent Turpin (bdzoom.com),

Anne Douhaire (franceinter.fr),

Patrick Gaumer (Dictionnaire mondial de la BD “Larousse”),

Benoît Cassel (PlaneteBD.com).

 

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Publié le 7 Décembre 2021

Ne perdez pas instant de découvrir la hotte de Bulles de Mantes !

Les années se suivent et heureusement pour les cadeaux de noël, se ressemblent !

Après une année 2021, pleine de bonnes surprises en bandes dessinées, de chroniques diverses et variées, il est temps pour l’association Bulles de Mantes de faire une petite sélection qui nous l’espérons, vous aidera à faire votre choix parmi près de 5 000 titres parus dans l’année.

Les romans graphiques

La sélection de Bernard Launois :

René.e aux bois dormants (par Elene Usdin, Éditions Sarbacane) :  (cf. article sur le blog de Bulles de Mantes) :

René n’est à sa place nulle part. Ni dans l’appartement qu’il partage seul avec sa mère, femme absente, aux manières froides ; ni avec les autres enfants de son école ; ni dans cette ville canadienne trop grande. Hypersensible, sauvage, il est sujet aux évanouissements durant lesquels il voyage dans des mondes fantasmagoriques. Un retour sur cette période douloureuse de l’Amérique avec ce que l’on appelle plus communément la  rafle des années soixante, où bon nombre d’enfants autochtones ont été volés à leurs familles pour permettre l’adoption à des gens de la classe moyenne des États-Unis et du Canada. Récit intense et poignant remarquablement mis en images. René.e aux bois dormants a reçu le Grand Prix de la Critique ACBD 2022.

 

 

La fée assassine (par Sylvie Roge et Olivier Grenson, Éditions Lombard) : Si l’on connait la criminelle dès les premières pages, les auteurs dévoilent avec talent, au fur et à mesure, ce qui a conduit à de telles agissements. Quand on le prend, on ne le lâche plus ! (cf. article sur le blog de Bulles de Mantes)

 

La sélection de Jérôme Boutelier

Le Peintre hors-la-loi (par Frantz Duchazeau, Éditions Casterman) :

un récit inspiré de la vie de Lazare Bruandet à l’époque de la Révolution de 1789, un peintre tout à la fois émouvant et repoussant, animé tant par sa passion pour l’art que par l’alcool et la violence. Duchazeau fait une nouvelle fois preuve d’une maitrise accomplie dans le trait, le rythme et le découpage pour livrer un album éblouissant.

 

Blanc autour (par Wilfrid Lupano et Stéphane Fert, Éditions Dargaud) : Contrairement aux états du sud, l’esclavage n’existe plus au Connecticut en 1832, mais pourtant le scandale éclate dans une petite ville quand une école pour filles de bonne famille est transformée par la directrice Prudence Crandall en école pour élèves noires. Les habitants de Canterbury s’y opposent par tous les moyens, estimant l’initiative trop dangereuse pour être tolérée, et les petites élèves découvrent la haine qu’elles suscitent quand elles ont la prétention de vouloir s’instruire. Avec douceur  et délicatesse, les auteurs, qui se sont inspirés de faits réels, brossent une belle histoire de solidarité au milieu d’un monde hostile où s’exerce encore un racisme impitoyable.  Blanc Autour a reçu le Prix 2021 de la BD aux couleurs du blues.

La jeune femme et la mer (par Catherine Meurisse, Éditions Dargaud) : La découverte de la culture japonaise par Catherine Meurisse et le rapport avec la nature. De magnifiques décors emplis de références aux estampes japonaises abritent les déambulations d’une autrice contemplative et nostalgique, découvrant l’influence des paysages sur l’art. Splendide !

 

 

Un peu d’histoire

La sélection de Bernard Launois :

 

Fukushima, chronique d’un accident sans fin (par Bertrand GALIC/Roger VIDAL, Éditions Glénat) : Et si vous viviez le désastre de Fukushima au cœur de la centrale nucléaire ? C’est ce que les auteurs proposent en s’appuyant sur les auditions de commissions d’enquête rendues publiques. Saisissant ! (cf. article sur le blog de Bulles de Mantes).

 

Madeleine, Résistante T1 (par Jean-David Morvan et Dominique Bertail, Éditions Dupuis) La vie héroïque de

Madeleine Riffaud, figure de la résistance, scénarisée par Jean-David Morvan à partir des entretiens avec Madeleine Riffaud et sublimée par le trait de Dominique Bertail. A lire, ne serait-ce que pour apporter sa pierre à l’édifice du devoir de mémoire. (cf. article sur le blog de Bulles de Mantes)

 

La sélection de Jérôme Boutelier

 

Idiss (par Richard Malka et Fred Bernard, d’après Robert Badinter, Éditions Rue de Sèvres) : C’est l’histoire personnelle de la grand-mère de Robert Badinter, et par-delà aussi l’histoire universelle des persécutions de l’humanité. Idiss évoque avec beaucoup de pudeur et d’émotion les persécutions antisémites dans l’Europe des années 30. Touchant et instructif.

 

 

Elise et les nouveaux partisans (par Dominique Grange et Jacques Tardi, Éditions Delcourt) : La sortie d’un nouveau

Tardi est bien sûr inévitable dans toute sélection, et celui-ci mérite encore toute sa place. Si l’album est fidèle à l’œuvre de Tardi, dans la continuité de sa fresque politique et avec son superbe et si efficace dessin noir et blanc, il est aussi innovant en raison d’un changement d’éditeur et, surtout, de l’écriture du scénario par la seule Dominique Grange, son épouse. Elise et les nouveaux partisans est une auto-fiction certes engagée et éminemment partisane, mais qui fait revivre aux lecteurs avec le plus grand réalisme et une intensité jamais démentie l’atmosphère qu’ont vécue les militants les plus contestataires des années 1960 et 70.

De l’aventure

La sélection de Bernard Launois :

 

Go west young man (par Tiburce Oger/collectif, Éditions Bamboo) : Un casting de rêve pour une belle rétrospective de l’ère du far-West avec, pour fil conducteur, une montre à gousset qui traversera le temps. À ne pas louper !

 

 

La sélection de Jérôme Boutelier

Le voyage du Commodore Anson (par Matthieu Blanchin et Christian Perrissin, Éditions Futuropolis) :

Une grande aventure maritime, celle du Commodore Anson qui réalisa une circumnavigation aux motivations guerrières dans les années 1740. Un véritable souffle épique emplit les pages d’un épais volume passionnant de bout en bout qui nous fait vivre au jour le jour avec l’équipage.

 

 

Tango T6, Le fleuve aux trois frontières (par Matz et Philippe Xavier, Éditions du Lombard) : Une fin de cycle très réussie pour les deux aventuriers en Amérique du Sud, avec un scénario haletant et un dessin magnifique : on ne s’ennuie pas un seul instant.

 

 

Pour les amateurs de SF

La sélection de Bernard Launois :

 

Negalyod (2 tomes) (par Vincent Perriot, Éditions Casterman) : L’auteur continue de s’intéresser aux problématiques contemporaines liées à l’environnement et aux technologies, rappelant subtilement la résilience de l’humanité dans un monde en plein bouleversement remarquablement mis en images et sublimé par les couleurs de Florence Breton (Le Monde d’Edena, de Moebius)

 

Du déjanté

La sélection de Bernard Launois :

 

Gun crazy T1 (par Stef D et Jef, Éditions Glénat): Vices et préjugés. La balade sauvage de deux filles prêtes à tout pour réaliser leur rêve d’une vie meilleure et qui n’hésitent pas à dégommer à tout va quand elles sont face à des bouseux white trash racistes et méchants. Un road trip détonnant au travers des States dans les années 70 qui ne laissera pas indifférent. (cf. le blog de Bulles de Mantes).

 

Rien ne vaut un bon polar

La sélection de Bernard Launois :

 

Sangoma, les damnés de Cape Town (par Caryl Férey et Corentin rouge, Éditions GLENAT): (re)plonger dans l’univers de Caryl Férey, auteur du polar Zulu dans une enquête avec pour décor l’Afrique du Sud, au temps de l’apartheid. Haletant, de la première à la dernière page avec le dessin hyperéaliste de Corentin Rouge. Une belle découverte !

 

La sélection de Jérôme Boutelier

A fake story (par Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx, Éditions Futuropolis) : une adaptation romancée de la

fameuse fake news d’Orson Wells, qui terrorisa les Américains en 1938 en racontant à la radio une invasion d’extra-terrestres. Le scénario met en place une passionnante enquête policière prétexte à une analyse du mécanisme des fausses nouvelles, qu’accompagne le dessin magnifique de Jean-Denis Pendanx. Une véritable prouesse.

 

 

 

Blacksad T6, Alors tout tombe (1ère partie) (par Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido, Éditions Dargaud) : après huit ans de silence, on retrouve avec un plaisir non dissimulé le fameux chat détective. Le scénario rythmé et les dessins toujours aussi splendides font de ce nouvel épisode une réussite à la hauteur de la légende.

 

Docu-BD :

La sélection de Jérôme Boutelier

# J’accuse… ! (par Jean Dytar, Éditions Delcourt) : une plongée détaillée dans les articles de presse qui ont accompagné toute l’affaire Dreyfus, avec une mise en scène imaginant les échanges sur les réseaux sociaux. Jean Dytar reconstitue de main de maitre l’Histoire tout en se servant de l’anachronisme qu’il a inventé pour mieux représenter les prolongements de l’affaire dans l’opinion publique. Le principe est génial et fonctionne jusqu’au bout d’un album peut-être un peu copieux. L’ouvrage est présenté dans un superbe écrin qui lui permettra de trôner avantageusement dans la bibliothèque de tout amateur d’histoire.

Manga :

La sélection de Bernard Launois :

 

Tomino la maudite (par Suehiro Maruo, Éditions Casterman) Considéré comme le grand-œuvre de ce divin marquis du manga, chef de file du courant érotique-grotesque, cette série en deux tomes transporte le lecteur dans un univers fantasmagorique au sein de la famille du cirque où deux jumeaux vont évoluer. Tour à tour déroutant, intrigant, captivant mais jamais ennuyant. (cf. le blog de Bulles de Mantes)

 

 

Les comics

La sélection de Bernard Launois :

 

Vei (par Sara Bergmark ELFGREN et Karl JOHNSSON Éditions ANKAMA) : Une belle saga nordique et mythologique, remarquablement bien construite et accessible dès l’adolescence. Comme quoi, le comics n’est pas réservé aux américains !  (cf. le blog de Bulles de Mantes)

 

 

À réserver aux lecteurs avertis

La sélection de Bernard Launois :

 

Faunes contes grivois et autres diableries (par Maryse & Jean-François Charles, Éditions Keynes) : Infatigables conteurs, les auteurs divertissent cette fois le lecteur avec des histoires d’antan, qui auraient été racontées au coin de la cheminée où fantasmes et réalités se mêlaient pour le grand plaisir des pèlerins. Alternant bandes dessinées, illustrations, tous les talents des auteurs sont concentrés dans ce bel objet, certes réservé aux adultes mais jamais vulgaire. A (re)compulser avec grand plaisir quand les petits sont couchés !

Et pour compléter la hotte, en vrac quelques petites pépites pour ceux qui n’auraient pas trouvé leurs bonheurs dans la sélection précédente : de Mademoiselle Baudelaire (Éditions Dupuis) à Wanted Lucky Luke (Éditions Lucky Comics) en passant par Le corps est un vêtement que l’on quitte (Éditions Glénat), Noir Burlesque (Éditions Dargaud), Tananarive (Éditions Glénat) ou encore le dernier Largo Winch (Éditions Dupuis), que de belles choses !

Bernard Launois & Jérôme Boutelier

 

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Divers

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Publié le 4 Décembre 2021

Interview Thierry Martin, un forçat du dessin !

Quai des bulles fait partie des festivals où les toutes les conditions sont réunies pour s’adonner aux interviews. Cette année, j’ai eu plaisir notamment à rencontrer Thierry Martin pour son album Mickey et les mille Pat, réalisé avec le scénariste Jean-Luc Cornette et plus généralement revenir sur ses méthodes de travail.

Comment avez-vous été approché pour intégrer cette belle série Disney by Glénat ?

C’est nous qui avons fait la démarche. On est allé voir GLENAT mais ça été un peu alambiqué comme parcours. Quand la série a commencé, je n’étais pas dans l’idée de vouloir absolument faire un Mickey. D’abord, je ne m’en sentais pas forcément légitime. Je ne suis pas forcément un auteur très connu, qui vend beaucoup. Ceux qui étaient déjà sorties, il y avait déjà un nom et je me disais, je ne vais pas préparer un dossier si ça se trouve, pour rien. Et puis, un soir au festival d’Angoulême, un auteur me dit que j’en ferais un bien, de Mickey. Ça m’a trotté dans la tête et et j’ai commencé à en dessiner et je me suis aperçu que ça venait plutôt facilement. Je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire et sauf, que si je faisais un Mickey, il devait impérativement se situer au Moyen-âge. Le travail sur le Roman de Renart que j’avais fait, je voulais aller plus loin dans cette démarche et aussi l’occasion de faire pleinement un hommage à ce qui m’a donné envie de faire de la bd, en l’occurrence les Johan et Pirlouit.  J’ai posé quelques dessins sur le net et ça a bien réagi. Entre temps, on est allé à un super festival en Guyane notamment avec Keramidas et Jean-Luc Cornette avec lesquels j’ai bien sympathisé. En rentrant, Jean-Luc me contacte pour me dire qu’il avait dormi chez l’éditeur qui s’occupe de la collection et Jean-Luc voulait en faire un. L’éditeur lui a dit que s’il trouvait un dessinateur pour en faire un qui soit à la hauteur, pourquoi pas ? On a donc décidé de tenter le truc à deux. J’ai indiqué à Jean-Luc mon souhait de faire un album qui se situerait dans le Moyen-Âge. Ça a mis un petit bout de temps à se débloquer et pour le faire court, tout le monde était au courant que j’allais en faire un sauf moi ! Puis, une fois partie, planche d’essai, présentation de projet !

 C’est bien quand même, quand on voit cette belle pléiade d’auteurs qui ont déjà participé à l’aventure.

J’en suis très content ! En même temps, c’était l’occasion d’avoir un coup de projecteur sur mon travail car il y a quand même 5 à 7 000 albums par an et les chances sont assez minces d’être un petit peu vu. On fait aussi un peu ça pour ça. Là, il y avait le deux en un, le plaisir d’en faire un, de plus un Moyen-Âge et puis un coup de projecteur sur mon travail.

Disney est quand même emblématique et je suppose qu’autour de vous, on a été plutôt content ?

Tout à fait, d’autant plus que j’avais déjà fait un Batman. Sauf que là, ce n’était pas calculé !

Quel est votre rapport avec Mickey et plus généralement avec l’œuvre de Disney ?

En fait, je n’ai pas un grand grand rapport avec Mickey, dans le sens où je ne lisais pas forcément Mickey magazine quand j’étais petit. Je connaissais Mickey, j’en feuilletais mais c’était plus Spirou ou Tintin. Mais par contre, c’est peut-être plus dans l’animation. Ayant travaillé dans l’animation, je suis plus le travail de Disney dans l’animation et notamment un épisode de Mickey qu’on peut voir sur le net, Mickey, le brave petit tailleur. 15’ d’animation hyper joyeuse et visuellement, je ne peux que faire encore le lien avec Johan et Pirlouit, en fait j’aime bien le Moyen-Âge. Tout simplement ça ! C’est plus donc un rapport avec l’animation qu’avec la bande dessinée.

Il y a un petit côté Fantasia dans cette bd, avez-vous le sentiment d’avoir été influencé ?

Oui, oui !

Ces multiplications des balais que l’on pourrait rapprocher de la multiplication des Pat Hibulaire, des Minnie…

C’est aussi un clin d’œil aux Schtroumpfs et on revient à Johan et Pirlouit. Je retourne toujours sur mes pattes, sur mes mille pattes (rires). Une fois que nous avons mis en place notre synopsis, j’ai peut-être été un peu chiant au départ car je voulais le faire un peu pour me faire plaisir aussi et Jean-Luc a été très à l’écoute. Donc, on a eu beaucoup d’échanges sur quoi faire, ce qu’il se passe dans l’aventure, etc. Puis, une fois que tout a été établi, après plusieurs synopsis, il a fait son histoire. J’ai découvert la multiplication des Minnie, clin d’œil à Fantasia. Même le début de l’histoire est un clin d’œil à Blanche Neige. Ça, c’est le seul petit retour que nous avons eu de Disney : Minnie qui arrive dans une maison et qui décide de faire ménage en cette période Metoo, c’est pas terrible ! En même temps, c’est juste un clin d’œil à Blanche neige. Mais bon, on a dû modifier quelques passages, au niveau du scénario. Donc, ce n’est pas dans la maison d’un inconnu et pour le coup, ça passe mieux.

Ça ne vous pas inquiéter, lorsque vous avez reçu le scénario, d’avoir à dessiner un nombre incommensurable de Minnie ?

Non, au contraire, il faut que ça bouge, que ça fourmille. Et j’ai dit à l’éditeur que je n’en ferai qu’un, car je crois que je vais sortir épuisé du truc. Bon, j’ai mis un peu de temps quand même. En fait, je voulais faire quelque chose de très généreux. Je ne sais pas si j’aurai l’occasion d’en faire un deuxième. Je ne voulais pas faire 46 pages, tant que l’histoire me permet de développer et bien je vais développer. Et puis je voulais, là pour le coup, je n’ai plus la mémoire si les Johan et Pirlouit étaient sur douze cases comme ça, mais là les Mickey, les premiers de Gottfredson, c’est plusieurs cases par pages. Je voulais rentrer dans ce côté un peu « Old school » de la bd et jouer avec cette dynamique-là. Développer des scènes, se rapprocher de l’animation. Il y a des scènes là-dedans où le personnage, on le voit rarement bouger, presque. Après qu’il y ait un maximum de personnages, j’aurai plus en mettre plus mais à un moment donné, je me suis dit qu’il fallait peut-être un peu se calmer.

Avez-vous beaucoup d’aller-retour entre vous deux ?

En fait, avec Jean-Luc, ça c’est super bien passé, un vrai plaisir ! Comme je papillonnais sur d’autres projets aussi en même temps, j’ai pris un peu de retard et quand je faisais mon story-board, parce que j’avais discuté avec l’éditeur de mon intention de le réaliser mon story-board d’une seule traite avant de me lancer. Il se trouve qu’il y avait quatre chapitres et j’ai donc réalisé pour chaque chapitre, un story-board complet. Et comme j’avais mis du temps entre le moment où il avait écrit son histoire et ma réalisation que je lui envoyais, il avait presque oublié ce qu’il avait écrit et il découvrait en story-board. Et du coup, il était content de ses vannes, parce que ça marchait bien et effectivement, s’il y avait eu des choses qui l’auraient dérangé, je n’ai pas souvenir que l’on ait changé grand-chose.

Alors, est-ce que cela correspond avec la période du dernier souffle, est-ce la période où vous faisiez, journellement, un dessin publié sur Instagram ?

Eh oui ! Le dernier souffle est né d’une frustration de faire Mickey, en fait dans la façon de travailler Mickey. Il se trouve que parce que l’on pouvait avoir quand même des contraintes avec Disney, nous avions convenu avec l’éditeur, d’envoyer une bonne partie crayonnée pendant que eux, dans l’attente de leurs réponses, je pouvais avancer sur autre chose. Il se trouve que je suis un dessinateur qui aime bien dessiner et encrer tout de suite, ne serait-ce que pour ne pas avoir de routine. Comme c’était difficile pour moi, de cette frustration-là, je me suis dit qu’après avoir fait du crayonné toute la journée, je vais faire un truc où j’encre de suite.

C’est un truc de fou, ça aussi ?

Non, je dis toujours qu’il y a deux sortes de dessinateur : celui qui fait son travail jusqu’à dix-huit heures puis, il oublie totalement ce qu’il a fait et il passe autre chose et puis, il y a le dessinateur compulsif qui n’arrête jamais. Pour moi, je crois que c’est le deuxième cas. En fait, j’avais besoin de me lâcher dans une exigence graphique et narrative et donc avec les contraintes que je me suis fixé.

Je suis toujours admiratif devant la capacité de certains dessinateurs de changer radicalement de style comme de passer de l’univers de Mickey à celui du Dernier souffle.

Ce qui m’a servi pendant pas mal d’années, c’est le travail dans l’animation où l’on faisait des story-boards et où l’on apprend à travailler dans différents styles. Après, ce n’est que des volumes. Mickey, ça m’est venu assez naturellement. Le dernier souffle, c’est un défi, je vais voir où ça va m’amener mais, il y a un point commun entre tout ce que je fais dans tous ces différents styles, là où j’attache beaucoup d’importance, c’est la narration en fait. Quand je parlais de Peyo tout à l’heure, ce j’ai appris dans son univers, quand j’étais enfant, je ne lisais pas les bd de Johan et Pirlouit, je les regardais et c’est comme ça que je rentrai dans l’histoire.  C’est quelque chose qui m’a énormément marqué. Je regardais également les films de Chaplin, j’ai connu les films noir et blanc, les films muets et j’aimais ça. Buster Keaton après, le rapport à l’image sans dialogue ou sans texte est quelque chose qui me passionne vraiment parce que c’est la première approche visuellement d’une histoire. Après tout le reste, le texte, le dialogue sont des informations supplémentaires qui enrichissent l’histoire, lui donne du fond. Mon travail dans l’animation a aussi permis ça, quand on fait des story-boards pour les enfants, on apprend à être très clair parce que l’enfant voit l’image en une seconde. Il faut qu’en une seconde, il faut qu’il ait capté qui est qui et qui va où. Pour le coup, quand j’étais sur ces deux projets, cela ne m’a pas posé d’effort particulier. Si j’ai un talent, c’est celui-là, celui de visualiser rapidement une scène pour la mettre en image. Après, effectivement le dessin, c’est du travail : on fait, on refait, on recommence. Et là, sur Le dernier souffle, je me suis dit, je ne le refais pas ! C’est un premier jet et un jet unique. En acceptant cette idée-là, c’est-à-dire que j’ai tendance à refaire mes planches et là, ça a duré plus de deux cents jours. Aujourd’hui, sur une telle expérience comme ça, je ne le referai pas parce qu’en fait, ça m’a fait un choix de travail, de projet pour le futur. Au niveau médium bd, je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à explorer.

S’il fallait choisir parmi les dessinateurs emblématiques de chez Disney, tels que Floyd Gottfredson, Romano Scarpa, Carl Barks ou que sais-je encore ?

Le premier, Floyd Gottfredson, dont je me sens le plus proche.

Après Mickey, Batman, the world collectif, vos collaborations sur des personnages emblématiques en verront-ils d’autres ?

Je ne peux rien dire, (rires) ! Sinon, j’ai actuellement un projet pour Fluide Glacial autour d’un cow-boy qui s’appelle Jerry Alone qui est un peu mon alter égo et où je raconte mon rapport à la paternité, de façon plus ou moins humoristique.

J’aurai voulu revenir sur vos diversions sur les enveloppes qui ont donné lieu à de forts belles expos, à commencer par celles de Quai des Bulles en 2019, qui a remporté un franc succès. Continuez-vous toujours à vous adonner à cette activité ?

C’est Vince qui a commencé à faire des pin-ups sur des enveloppes et j’ai trouvé ça trop génial ! La première fois que j’ai rencontré Vince dans un festival, j’étais venu avec une enveloppe pour qu’il m’en fasse une et de là, je me suis amusé à en faire comme ça. J’ai trouvé que c’était intéressant de travailler sur des objets que l’on jette à la poubelle et là, tu lui donnes une sorte de valeurs en la dessinant. A force d’en faire et toujours avec mon rapport avec la narration, je me suis dit qu’avec les enveloppes qui avait une fenêtre, ce serait intéressant de jouer avec. De là, j’ai commencé à partir en vrille. Je faisais ça aussi le soir quand j’étais un peu fatigué de ma journée, je me disais : « tiens, je vais me défouler avec une petite pin-up ». Alors des fois, c’est inspiré par le style d’enveloppe, des fois, c’est totalement gratuit, simplement un désir de dessin. C’est au festival d’Amiens que l’on a organisé une exposition où une vingtaine d’auteurs devaient raconter une histoire sur trois enveloppes et de là, a germé l’idée d’aller plus loin avec ça.

Mais avec tout ça, vous arrivez à avoir une vie de famille ?

Bah oui, ce qui est rassurant pour mes enfants, c’est qu’ils savent toujours où je suis ! Ils rentrent dans mon bureau, je suis là ! C’est vrai que des fois, j’ai un peu pourri des vacances mais, je m’en occupe, j’ai pris le temps de jouer avec eux, les emmener à l’école. J’ai fait ça aussi, de travailler à la maison, car quand j’étais en studio, je n’ai pas vu grandir mon ainé et j’ai décidé pour les jumeaux, de travailler à la maison pour en profiter. On n’est pas parti souvent ensemble en vacances mais on a été quand même souvent ensemble !

Interview réalisé par Bernard Launois à l’occasion de Quai des Bulles 2021

Bernard Launois

 

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