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Publié le 21 Octobre 2020

Pirouette & Nymphéas

Les Passiflore au pays de Monet.

Onésime Passiflore ayant fabriqué un petit pont japonais pour son ami Célestin Blanche et son épouse artiste-peintre, toute la famille Passiflore s’en va leur livrer l’ouvrage. Les cinq petits lapins sont tout heureux de jouer avec les enfants du couple Blanche, deux lapereaux bien décidés, et s'entendent avec eux pour construire une cabane sur l’étang aux nymphéas de leurs hôtes. Mais leurs nouveaux compagnons de jeu ont de drôles de règles : on ne joue pas avec les filles. Délaissée par ses frères, la débrouillarde Pirouette saura-t-elle se trouver des amies, et ne va-t-elle pas manquer aux garçons ?

L’adorable petite famille de lapins dessinée par Loïc Jouannigot enchante depuis plus de trente ans un large public de bambins, mais les parents sont tout autant conquis que leurs enfants par la merveilleuse poésie qui se dégage de leurs histoires. Pour le nouvel album

illustré des Passiflore paraissant aux éditions Daniel Maghen, Loïc Jouannigot, maintenant auteur aussi des textes, reprend avec bonheur la recette qui a fait le succès de la série. L’univers tendre et malicieux de la petite famille fleure à chaque page un doux parfum de bien-être : qu’il fait bon de se laisser emporter dans le monde délicieux des Passiflore et de se réfugier dans son douillet cocon !

Chacun trouvera son compte avec ravissement. Bercés par une jolie histoire avec une morale gentillette, les petits lecteurs seront charmés par un univers gai et familier, et captivés par les nombreux détails qui pullulent à leur hauteur, s’amusant à découvrir abeilles ou libellules, et souriceaux vaquant à leurs activités ludiques ou ménagères. Quant aux adultes, ils pourront s’extasier devant les aquarelles subtiles et délicates de Loïc Jouannigot et se régaler des évocations et des clins d’œil au grand maitre de l’impressionnisme : l’univers de Monet nourrit chaque instant, habillant la maison et sa décoration, parant le jardin et ses couleurs, inspirant les paysages et les personnages.

Pirouette & Nymphéas offre sa douceur à l’approche des fêtes en ces temps un peu moroses et angoissants, et se révèle un album immanquable à mettre entre toutes les mains.

 

Pirouette & Nymphéas

Textes et dessins de Loïc Jouannigot

Editions Daniel Maghen, collection jeunesse, octobre 2020

Album illustré, 24 pages couleur, 13,00 €

 

Illustrations : Jouannigot © Daniel Maghen 2020

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Rédigé par Jérôme Boutelier

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

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Publié le 28 Février 2020

Les Dogues Noirs de l'Empire, la force noire

Familles déchirées.

 

« La civilisation que nous leur apportons doit également engendrer un échange. A nous le cerveau, à eux les bras. » Avec ces brillants arguments, le Général Mangin obtint la création de régiments coloniaux en 1914 pour occuper les possessions allemandes à partir des colonies françaises. Chaque camp recrute de force les villageois dans ses troupes, mais les frontières tracées par les puissances européennes ne recouvrent pas exactement les territoires des ethnies:

ainsi au Dahomey, Bakary est enrôlé dans les Tirailleurs Sénégalais pour envahir le Togo voisin, territoire sous protectorat allemand, tandis que son cousin Babacar se retrouve mobilisé dans le camp ennemi. Se retrouveront-ils un jour face à face ?

 

Christophe Cassiau-Haurie, grand connaisseur de la BD africaine, collabore

régulièrement avec de talentueux dessinateurs subsahariens pour leur proposer des scénarios et leur permettre d’être publiés en France. Avec Les Dogues Noirs de l'Empire, la force noire, il évoque l’utilisation de troupes africaines par les puissances européennes pour défendre leurs empires en périphérie du conflit mondial. Il dépeint l’apprentissage difficile de soldats pourtant dociles, envoyés sans précaution au combat par des officiers préoccupés par leur propre carrière.

 

Le récit privilégie l’aspect historique de la situation sans s’appesantir sur une analyse plus politique du temps honni des colonies, où la force noire était surtout appréciée pour ses excellents services de chair à canon.

Le destin des deux cousins est esquissé en filigrane au long du récit, laissant le lecteur imaginer les conséquences destructrices du conflit importé sur la cohésion des ethnies impliquées bien malgré elles dans la guerre.

 

Le dessinateur Massiré Tounkara avait déjà révélé son talent prometteur dans quelques albums publiés au Mali, puis dans un album collectif Sommets d’Afrique, paru chez L’harmattan il y a quelques années. Il montre ici une nouvelle fois un dessin réaliste assez classique et agréable à regarder. Le découpage est efficace, et les couleurs très réussies exposent les tons chauds de l’Afrique pour y transporter le lecteur comme s’il y était !

L’ensemble constitue un album plutôt plaisant publié par les éditions L’Harmattan, qu’il faut féliciter pour leur travail à faire connaître la bande dessinée africaine, laquelle mérite vraiment un public plus large en Europe, comme en Afrique.

 

 

Les Dogues Noirs de l'Empire, la force noire

par Massiré Tounkara et Christophe Cassiau-Haurie

L’Harmattan, février 2020

64 pages, 12,90 €

 

Illustrations : Tounkara et Cassiau-Haurie © L’Harmattan 2020

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

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Publié le 21 Février 2020

Swan T2, Le Chanteur espagnol

Malaise aux Beaux-Arts.

 

Se faisant passer pour un homme, Swan a pu rejoindre son frère Scottie aux

Beaux-Arts, mais le parcours d’un rupin dans la prestigieuse école n’est vraiment pas une sinécure. Si Swan peut donner la pleine mesure de son talent, elle agrège à son encontre toutes les rivalités et craint que le subterfuge soit découvert. Quant à Scottie, il ne parvient pas plus à trouver sa place qu’à exprimer son art.

Opiniâtre et téméraire, Swan saura-t-elle esquiver les coups bas ? Comment Scottie, décontenancé, trouvera-t-il sa voie ? Pour les cousins d’Amérique d’Edgar Degas, il n’est pas aussi facile qu’ils l’auraient imaginé d’assouvir leur vocation.

 

Après un premier volume qui montrait les deux aspirants peintres s’installer dans la capitale, Nejib poursuit ici son évocation du bouillonnement culturel qui habite le Paris artistique en plein milieu du Second Empire.

 

Le plan suit toujours les velléités de Manet de lancer sa carrière, tandis que Degas tâtonne en s’essayant à illustrer le Paris populaire et qu’un Monet encore tendre débarque de sa province. Par petites touches, l’auteur explore les premières aspirations de ces jeunes peintres à s’écarter des canons officiels, et qui donneront, plus tard, naissance à l’impressionnisme.

 

 

Tel est le décor de la fiction dans laquelle évoluent les deux jeunes héros. Avec un sens narratif très moderne et brillant, Nejib propose un haletant découpage feuilletonnesque en treize chapitres, qui permettent de passer avec fluidité d’un personnage et d’une scène à l’autre, pour emporter le lecteur sans jamais laisser retomber le rythme et l’intérêt.

Ces séquences dynamiques sont habillées par son trait sobre et élégant qui éclaire subtilement la psychologie des personnages. Les pages aérées, les couleurs discrètes faites d’aplats souvent en bichromie, les dialogues ciselés forment un écrin qui nourrit le récit tout en lui laissant toute la place pour exprimer sa puissance romanesque.

 

 

 

Tout aussi abouti que le premier tome, Le Chanteur espagnol se révèle une magnifique réussite qui confirme la maitrise scénaristique de Nejib. Le lecteur n’en est que plus impatient de connaitre la fin du récit, qu’il attendra de découvrir dans le prochain et dernier album d’une série passionnante autant qu’instructive.

 

Swan T2, Le Chanteur espagnol

par Nejib

Gallimard, février 2020

160 pages, 20,90 €

 

Illustrations : Nejib © Gallimard 2020

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 19 Janvier 2020

Les Maitres des Iles T2, Martinique 1847

Ouragans…

 

Deux ans sont passés et plus que jamais Eliza Huc, l’indomptable héritière de la plantation sucrière, tente de construire l’avenir avec une détermination sans faille,

s’affrontant tour à tour à la ruine qui guette le domaine, au cynisme jamais démenti d’un grand-père esclavagiste, et au désordre de ses propres sentiments amoureux. Alors qu’avec ingénuité elle tente désespérément d’obtenir un secours des banques, son frère ainé rentre de ses études en France, rappelé par sa famille qui espère en lui un successeur salvateur. Saura-t-elle composer avec les surprenantes foucades de celui-ci ? Leur grand-père, naviguant entre violences et racisme, acceptera-t-il de

passer la main ? Eliza pourra-t-elle dominer ses pulsions et choisir parmi ses prétendants ?

 

Le récit explore les mutations d’une période charnière pour les Antilles, alors que l’ancien monde dont l’économie et les mentalités reposent entièrement sur l’esclavage doit se préparer à l’émergence des idées de liberté apportées depuis la Révolution, et à la modernisation de l’industrie.

Grâce à un Stéphane Piatzszek en grande forme à la manœuvre, le scénario se

densifie encore avec ce second tome pour promener le lecteur d’ouragans en ouragans : le cyclone dévastateur qui frappe l’habitation, l’imminente proclamation de l’abolition, ou encore le tourbillon des sentiments d’une fougueuse et très moderne Eliza. Les personnages gagnent en densité et montrent leurs failles et leurs contradictions jusqu’à les rendre attachants. Jamais le Morne Folie n’aura aussi bien porté son nom !

 

Le dessin réaliste de Gilles Mezzomo met parfaitement en images la société vieillissante des plantations avec des personnages expressifs campés dans des décors précis et soignés, ajoutant encore de l’authenticité au récit.

 

Un album passionnant et coloré riche en rebondissements et en sentiments.

Les Maitres des Iles T2, Martinique 1847

par Stéphane Piatzszek et Gilles Mezzomo

Éditions Glénat, janvier 2020

62 pages, 14,95 €

 

Illustrations : Piatzszek et Mezzomo © Glénat 2020

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 3 Novembre 2019

L’écolier en bleu, Chaïm Soutine

Pas si rustre !

En 1941, le peintre Chaïm Soutine et sa compagne Marie-Berthe Aurenche fuient Paris et les rafles de Juifs pour se cacher dans le village de Champigny-sur-Veude. Durant les deux années de ce séjour assez productif pour Soutine, l’artiste un peu misanthrope et un jeune gamin du village s’apprivoisent mutuellement, et leur rencontre donne naissance à un tableau. Mais l’état de santé du peintre décline.

Le scénariste Fabien Grolleau a pris le contrepied de l’image qui est souvent restée de Soutine, celle d’un rustre plutôt introverti et caractériel, en faisant découvrir au lecteur un personnage plus complexe qu’il n’y parait. Le récit brosse habilement le portrait d’un homme qui s’isole, terrassé par les douleurs dues à sa maladie, habité par le doute, alternant périodes de ferveur créatrice et épisodes de crise, entouré par les quelques proches dont il consent à s’entourer. Avec habileté Fabien Grolleau replace les événements racontés dans leur contexte historique et dans celui de la vie de Soutine.

Au dessin exécuté d’un trait un peu charbonneux, Joël Legars s’est emparé du personnage avec une tendresse certaine qui transparait dans son style un peu jeté, évoquant la fugacité des instants ou la discrétion de l’homme, tout en lui donnant une vraie consistance. Il apporte avec talent une grande fluidité au récit.

L’ensemble est parfaitement cohérent et permet au lecteur de découvrir, avec un intérêt qui ne faiblit à aucun moment, les facettes ignorées d’un artiste tout aussi attachant que pas assez connu.

Un roman graphique très réussi, à lire sans attendre.

 

L’écolier en bleu, Chaïm Soutine (1941-1943)

par Fabien Grolleau et Joël Legars

Steinkis octobre 2019

99 pages, 18 €

 

Illustrations : Grolleau et Legars © Steinkis 2019

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 11 Octobre 2019

Mentawaï !

L’esprit de la forêt.

 

L’archipel indonésien des Mentawaï, situé au large de Sumatra, abrite un peuple autochtone profondément animiste, vivant en symbiose avec la forêt et qui tente de résister par sa culture aux tentatives d’assimilation que voudrait lui imposer le gouvernement indonésien : ce sont les Mentawaï.

Une jeune Française, Tahnee Juguin, les a étroitement côtoyés effectuant chez eux plusieurs longs séjours pour apprendre leur langue et découvrir leur mode de vie ancestral, jusqu’à nouer une intense amitié. Partageant avec eux leur désir de sauvegarder leur culture, elle les convainc de réaliser ensemble un film sur leur vie et sur leurs coutumes. Pour raconter les péripéties de cette entreprise, elle décide d’écrire aussi une bande dessinée relatant l’aventure, s’adjoignant alors la complicité de Jean-Denis Pendanx.

 

Avec un regard tout à la fois affectueux et objectif, le scénario de Tahnee Juguin entraine le lecteur dans une plongée extrêmement documentée du point de vue ethnographique au cœur des umas, vastes habitations collectives traditionnelles. Le récit du tournage du film, qui sert de fil conducteur, permet d’explorer sans lassitude aucune les multiples facettes de l’univers des Mentawaï : le partage des biens et des ressources, la répartition des tâches, l’harmonie des familles, les rires incessants et les jeux des enfants, les modes d’alimentation et d’habillement, ou la relation au tourisme…

Un intérêt particulier est porté aux sikerei, les chamanes, et à leur initiation, à leurs gestes, aux objets porteurs d’esprit, aux tabous, aux liens profondément harmonieux et respectueux avec la nature qui les entoure et les nourrit.

 

Jean–Denis Pendanx nous a depuis longtemps habitués à ses splendides couleurs qu’il pare de tons chauds et lumineux dans les ambiances tropicales qu’il excelle à composer. Pour ce nouvel album il a su doser avec beaucoup de justesse et de subtilité la flamboyance des décors qui immergent le lecteur dans une exotique forêt indonésienne, sans jamais reléguer au second plan une précision quasi-documentaire dans la description du quotidien des Mentawaï et de leurs traditions.

 

Tout autant récit de voyage prenant et attachant que documentaire riche et précis, Mentawaï !  s’avère une superbe bande dessinée dans la droite ligne des albums d’un Emmanuel Lepage… sur les conseils duquel s’est régulièrement appuyée Tahnee Juguin.

Amoureux des voyages, de la nature ou des civilisations, précipitez-vous !

 

Mentawaï !

par Tahnee Juguin et Jean-Denis Pendanx

Futuropolis septembre 2019

160 pages, 25 €

 

Illustrations : Juguin et Pendanx© Futuropolis 2019

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

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Publié le 2 Septembre 2019

Les Indes Fourbes

Une épopée flamboyante.

 

« Gueux j’étais, gueux je resterai… ». Cherchant à échapper au destin misérable réservé à sa naissance, Pablos atteint le Nouveau Monde - les Indes – en quête de l’Eldorado, et se sert de tous les moyens pour assurer sa survie, déployant les ruses les plus perfides ou les roublardises les plus odieuses pour tromper les faibles comme les forts, suscitant mépris et ires vengeresses.

Le roman picaresque a marqué la littérature espagnole du 17e siècle. Alain Ayroles et Juanjo Guarnido se sont emparés d’un de ses fleurons, El Buscon, pour en imaginer la suite. Le scénario d’Alain Ayroles, dense et remarquablement complexe dans sa construction, engendre une suite de rebondissements rocambolesques et plonge le lecteur dans un récit haletant de la genèse à la conclusion de l’histoire.

Empruntant aux codes du genre, Ayroles livre un récit que raconte à la

première personne une voix off. Il déploie tout son art du verbe dans le style qu’il affectionne aux tournures un brin surannées et parfaitement écrit. Avec une extraordinaire maestria, les deux auteurs insufflent tout au long de l’album une force à souhait comique ou tragique au moyen de savants décalages : décalage entre le texte et l’image qui montre la réalité des événements, décalage entre les versions d’un chapitre à l’autre au gré des narrateurs successifs, décalage entre les émotions avec un dessin instillant ça et là un détail comique ou tragique à l’inverse de la situation.

 

Au sommet de son art, Juanjo Guarnido offre 145 planches époustouflantes. Illustrés dans un style réaliste, les paysages et les animaux sont sublimes, les décors somptueux, parés de couleurs aquarellées splendides et éclatantes.

Au cœur de l’album le récit glisse vers douze pages muettes sans qu’on s’en aperçoive tant la force expressive du dessin suffit. Les personnages, eux, sont croqués de façon semi-réaliste avec la verve cartoonesque dont il est passé maitre. Les références au peintre Velasquez sont nombreuses et plus particulièrement à l’un de ses tableaux les plus connus, Les Menines, dont l’énigmatique composition a subtilement inspiré les deux auteurs.

 

Dans une symbiose aboutie qui donne à chacun des deux toute sa place, le scénario et le dessin flamboyants de l’album font des Indes Fourbes un titre phare de l’année et qui restera immanquablement dans les annales.

 

 

 

Les Indes Fourbes,

par Alain Ayroles et Juanjo Guarnido

Delcourt août 2019

160 pages, 34,90 €

 

Illustrations : Ayroles et Guarnido© Delcourt 2019

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 26 Septembre 2018

Le Suaire T2, Turin 1898

Amour, politique et religion

 

Quelque cinq bons siècles après sa première apparition en Champagne, le Suaire connait une nouvelle ostension dans la cathédrale de Turin à la fin du mois de mai 1898. Un photographe prend des clichés, et sur le négatif transparaissent le corps et le visage du Christ. Supercherie ou relique authentique? Deux mondes aux conceptions diamétralement opposées s’affrontent sur le sujet, sur fond de combat politique et de révolte populaire. Le baron Tomaso Pastore d’Urbino emploie tous les moyens pour prouver l’authenticité du Suaire. Mais Enrico, un député socialiste athée, défend avec virulence la thèse contraire. Entre les deux évolue la fille du baron, Lucia, dont Enrico est secrètement l’amant. Jusqu’où iront les deux adversaires, obstinément arc-boutés sur leurs idées ? Lucia sortira-t-elle indemne de cette lutte acharnée?

 

C’est la seconde étape de la trilogie imaginée par les deux scénaristes Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, pour un nouveau moment crucial dans l’histoire du débat sur l’authenticité de la relique. Si après une quinzaine de planches quasi muettes on entre petit à petit dans les arcanes de l’Église et les arguments scientifiques, au risque pris par les auteurs de sembler austères, très vite l’intrigue prend corps et entraine irrésistiblement le lecteur dans son sillage. Avec habilité le scénario progresse parallèlement sur trois plans, disputes politiques, polémiques religieuses et rivalité amoureuse, dont Lucia est l’enjeu passionné et finalement le centre d’un récit éminemment romanesque.

 

Dans la droite ligne du premier tome, Éric Liberge livre une prestation graphique exceptionnelle avec un dessin réaliste en noir et blanc d’une beauté à couper le souffle, tant par la finesse et l’élégance du trait, que par la composition des planches, la précision des détails et le jeu des lumières : du grand art, faisant de chaque case un tableau qu’on ne se lasse pas d’admirer.

 

 

On attend impatiemment la troisième lecture de cette folle passion entre trois personnages,

avec la dernière époque dont la parution est prévue en 2019.

 

Le Suaire, deuxième tome, Turin 1898

par Gérard Mordillat, Jérôme Prieur et Éric Liberge

Futuropolis septembre  2018

72 pages, 17 €

 

Illustrations © Futuropolis 2018

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 23 Septembre 2018

Negalyod

Le Réseau maitrise l’eau

Le Réseau maitrise l’homme

 

Jeune berger nomade du désert de Ty, Jarri guide ses chasmosaures dans un étonnant monde post-apocalyptique. Lorsque son troupeau est anéanti par une nouvelle expérience climatique du « Réseau », une entité aussi mystérieuse que tyrannique qui dirige le monde, il gagne la ville pour se venger, et s’allie à un groupe de rebelles emmenés par le Grand Kan et sa fille Korienzé. Découvriront-ils les secrets du Réseau, et sauront-ils en venir à bout ?

 

Vincent Perriot, auteur à la fois du scénario et du dessin, propose un habile mélange de genres avec une histoire fantastique empruntant aux codes de la science-fiction comme à ceux du western, où les créatures préhistoriques côtoient les vestiges d’une civilisation ultra-technologique. Fable aux tons politiques sur le contrôle des esprits par une dictature, parabole aux accents écologiques sur l’eau comme enjeu majeur de la survie de l’humanité, allégorie sociale et religieuse illustrant le fossé entre élites et masses, le récit sans être novateur est adroitement construit et parvient immédiatement à captiver le lecteur, nonobstant quelques questions restées sans élucidation.

 

Chaque scène est prétexte à livrer d’époustouflantes planches alternant décors splendides et constructions complexes, pleines pages et amoncellements de petites cases. Le dessin de Vincent Perriot est dynamique et rythmé, expressif et riche en détails, épanoui dans les mouvements, accompli dans les paysages. Les pages sont majestueusement mises en couleurs par Florence Breton dont il faut souligner la participation à cette grande et superbe réussite graphique qu’est Negalyod.

 

 

Ses précédents opus, notamment Belleville

Story et Paci, avaient valu à Vincent Perriot la reconnaissance du milieu. Abordant un autre genre, il montre une nouvelle facette de son talent avec cet imposant one-shot de 208 pages qui se lit d’une traite avec un plaisir qui ne faiblit pas un instant jusqu’à la fin: de la belle, de la grande science-fiction !

Negalyod

par Vincent Perriot

Couleurs : Florence Breton

Casterman septembre 2018,

208 pages, 25 €

 

Jérôme Boutelier

Illustrations © Casterman 2018

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 18 Septembre 2018

Le Château des étoiles, T4 Un Français sur Mars

Voyages fantastiques

Dans le précédent tome, le Professeur Dulac avait été enlevé par une expédition prussienne partie vers Mars. Son fils Séraphin, accompagné par ses amis, part maintenant à sa recherche sur la planète rouge, non sans être escorté par Gudden, le traitre. Rebondissements et rixes s’enchainent jusqu’à ce que Séraphin se retrouve seul. Il rencontre alors une mystérieuse princesse blessée, à qui il vient en aide. Trouveront-ils ensemble du secours avant d’affronter de nouveaux dangers ?

 

 

Le scénario d’Alex Alice, ménageant quelques coups de théâtre entre des péripéties assez classiques, entretient un rythme alerte de chapitre en chapitre et soutient l’intérêt du lecteur jusqu’à la dernière case. Par un habile dosage il alterne avec romanesque événements empruntés au monde du conte de fées avec actions dignes d’un space opéra, enrobés d’un style tout à fait vernien tant dans les rebondissements vécus par les héros que dans les relations entre personnages.

Avec une mise en scène très réussie, son dessin semi-réaliste fait montre d’une certaine élégance, et est habillé de somptueuses couleurs pastel tout empreintes d’une grande douceur, aux tons un peu éthérés pour être en parfaite harmonie avec le genre.

Le charme tout à la fois un peu suranné et empreint de poésie qui se dégageait des premiers volumes de la série reste entier dans ce nouvel opus. Alex Alice a parfaitement su maintenir la veine rétro-fantastique qu’il a utilisée avec bonheur depuis le premier tome de la série. Le soin apporté à la couverture et la construction des planches font référence aux éditions Hetzel et participent à la réalisation d’une extrême cohérence.

 

Jeunes et adultes, à coup sûr tous pourront y trouver leur compte. Un album immanquable, qui clôt le diptyque sur Mars.

 

Le Château des étoiles, vol.4 Un Français sur Mars

par Alex Alice

Rue de Sèvres septembre 2018,

64 pages, 14 €

 

Jérôme Boutelier

Illustrations © Rue de Sèvres

 

 

Exposition Le Château des étoiles

 

A l’occasion de la sortie du Volume IV du Château des Étoiles, Un Français sur Mars, la Galerie Daniel Maghen présente une vaste exposition théâtralisée dédiée à Alex Alice, du 20 au 23 septembre 2018 à l’Espace Commines (17 rue Commines, Paris 3e). Cet événement se prolongera à la Galerie Daniel Maghen, du 26 septembre au 6 octobre 2018 (36 rue du Louvre, Paris 1er).

L’événement plongera le visiteur en 1873, alors que la fièvre de l’éther s’est emparée du monde. Au sein d’un parcours visuel et sonore, l’exposition-vente présentera une centaine de planches, illustrations et couvertures issues des quatre albums du Château des étoiles.

 

Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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