Publié le 30 Mars 2021

Léonard Cohen, sur un fil, entre ombre et lumière

Qui ne connaît pas les chansons magnifiées par la voix inimitable du Canadien Léonard Cohen, un de ces musiciens qui aura marqué la musique du XXème siècle ?

Rares sont ceux, par contre, à connaître ses tranches de vie souvent chaotiques qui l’auront fait passer de l’ombre à la lumière.

C’est ce que propose Philippe Girard dans cet opus, en faisant découvrir au lecteur, au travers de flashbacks, les aléas comme les heureuses rencontres qui auront façonné l’immense artiste qu’il est devenu. Il va de sa jeunesse et sa difficulté à trouver sa voie avec l’espoir secret de marcher sur les pas de son grand-père en tentant de devenir le prince des grammairiens, jusqu’à ce qu’il se découvre des talents de poète et plus tard de musicien.

Le lecteur découvrira, tour à tour, différentes facettes de sa vie tumultueuse partagée entre des amours déçus et les trahisons de producteurs qui ont abusé de sa gentillesse et de ses largesses. On apprendra ainsi les conditions dans lesquelles il aura perdu les droits de Suzanne, un de ses grands succès, sans parler de ce morceau Hallelujah dont peu de gens savent qu’il en a été le créateur.

Alors que l’on soit un groupie de ce chanteur à texte au timbre de voix si enchanteur ou que l’on soit simplement curieux de découvrir la vie peu ordinaire de Léonard Cohen, son autobiographie concoctée par Philippe Girard devrait retenir toute l’attention du lecteur. La réussite de ce biopic réside assurément dans la fluidité du récit sur 120 pages retraçant près de 70 ans d’une vie d’artiste hors norme. Le dessin n’est pas en reste également, avec un style ligne claire des plus intéressants que ne renierait certainement pas Gallant Grégory, plus connu sous le pseudonyme de Seth.

LEONARD COHEN Sur un fil Philippe GIRARD Éditions CASTERMAN 120 pages, 20,00 €

 

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 29 Mars 2021

La fortune des Winczlav T1, retour sur les origines de l’empire Largo Winch

Nous sommes en 1848, au Monténégro où le jeune médecin Wanko Winczlav après avoir rejoint les paysans en rébellion contre la tyrannie du prince-évêque, doit fuir ses soldats venus l’arrêter pour haute trahison. Que faire alors pour le jeune homme épris de liberté sinon rejoindre l’Amérique, laissant l’Europe aux prises avec le printemps des révolutions. C’est donc accompagné de Veska, une jeune bulgare maltraitée par son patron d’aubergiste et épousée sur le bateau, qu’ils partent à l’assaut du Nouveau Monde, pleins d’espoir d’un monde libre qui leur semble meilleur.

Mais, comme tous les colons expatriés européens fraîchement débarqués, on ne les attend pas vraiment. Aussi, pour vivre, il se résoudra à accepter un poste sous-payé d’infirmier, son diplôme européen n’étant pas reconnu. Et comme si ça ne suffisait pas, il ne tarde pas à divorcer de Veska qui a refusé d’élever Sandor, l’enfant qu’elle venait d’avoir.

L’avenir semble s’éclaircir alors que ses compétences commencent à être reconnues au sein de l’hôpital et que sa fréquentation avec la jeune infirmière Jenny débouche sur un mariage et la naissance d’un fils qui viendra rejoindre Sandor. Mais ce bonheur reste bien fugace lorsqu’une accusation d’exercice illégal de la médecine l’envoie droit en prison et ce, pour une quinzaine d’années, jusqu’à son enrôlement forcé dans la guerre de sécession puis… sa désertion.

Quelle heureuse surprise de retrouver l’excellent scénariste Jean Van Hamme qui a marqué plusieurs décennies avec de nombreuses sagas au succès bien mérité, de Thorgal à  Lady S. en passant par la célèbre série XIII, et bien sûr par Largo Winch, série pour laquelle il réalise ici un passé des plus intéressants. Ses talents de conteur ne sont plus à prouver, mêlant intiment l’histoire de ses personnages à l’histoire avec un grand H et cette fois encore, la mayonnaise prend de belle manière !

Alors, quand Jean Van Hamme s’associe avec l’excellent dessinateur Philippe Berthet, le résultat est à la hauteur des espérances que les auteurs ont nourries depuis que leur collaboration avait été annoncée. Avec un découpage dynamique, Philippe Berthet a su se jouer des difficultés de bulles souvent fort remplies eu égard à l’installation du récit et ravir le lecteur de ses superbes cases.

Une mention particulière est à faire pour les couleurs fort réussies de Meephe Versaevel qui complète le tableau d’une belle série qui débute sous les meilleurs auspices.

LA FORTUNE DES WINCZLAV T1 Vanko 1848 Jean VAN HAMME/Philippe BERTHET Éditions DUPUIS 56 pages, 15,95 €

 

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 25 Mars 2021

LE CLAN  DES OTORI T1, soumission ou vengeance ?

Takéo, jeune adolescent du peuple des Invisibles doit son salut à sire Shigeru, chef du clan des Otori alors qu’il prend la fuite, poursuivi par un soldat du clan Tohan, après avoir été témoin de l’incendie de son village et de l’extermination des siens. Mais surtout, il a osé braver le seigneur Tohan en le désarçonnant de son  destrier, ce qui lui vaudra d’être poursuivi  jusqu’à la fin de ses jours. Alors que faire pour fuir cet enfer, sinon de suivre ce seigneur qui l’a défendu et qui décide de le prendre sous son aile et l’adopter ? Seulement, intégrer le clan des Otori ne semble pas être une mince affaire pour le jeune Takéo, paysan de son état, qui va devoir apprendre à lire, à écrire sans parler des  bonnes manières qu’il n’a pas encore eu l’occasion d’acquérir.

Aux difficultés de s’intégrer dans un monde aux antipodes de sa vie précédente, s’ajoute la défiance de certains proches de  sire Shigeru qui le considèrent comme un paria, indigne de faire partie du groupe. Finira-t-il par s’intégrer au clan des Otori alors que le désir de venger les siens l’anime ?

Adapter ce best-seller de la littérature pour jeunesse de la célèbre autrice australienne connue sous le pseudonyme de Lian Hearn, pour un scénario de bande dessinée ne s’avérait pas d’une grande facilité et revêtait assurément une pression pour le scénariste Stéphane Melchior. Force est de constater  qu’il a réussi le pari pour ce premier opus de plonger le lecteur dans une belle saga du Japon médiéval et féodal. Avec un découpage dynamique et des répliques qui le sont tout autant, et sublimée par le dessin vif et efficace de Benjamin Bachelier, cette adaptation en bande dessinée semble promise à un beau succès fort mérité.

 LE CLAN DES OTORI T1 Le Silence du Rossignol Stéphane MELCHIOR/ Benjamin BACHELIER Éditions GALLIMARD BANDE DESSINEE 96 pages,  17,80 €

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 24 Mars 2021

LES CHIMÈRES DE VENUS, un spin-off  réussi du CHÂTEAU DES ETOILES

Nous sommes en 1874 et la conquête des planètes du système solaire n’a jamais été aussi prégnante en France. Et lorsque c’est au tour de la planète Vénus, la célèbre et sémillante Hélène Martin, actrice d’opéra-bouffe, rêve d’intégrer l’expédition à bord de l’Excelsior. Pour cela, il va lui falloir s’attirer les faveurs de Monsieur le duc de Chouvigny, ce qu’elle réussira sans trop de difficulté.

Mais que diable cette jeune fille, à l’apparence si frêle, allait-elle faire dans cette galère, avait-elle des inclinations à découvrir une planète aussi luxuriante que dangereuse ? La raison en est plus ordinaire puisqu’elle est motivée par la recherche d’Aurélien, un jeune homme que ses poèmes ont  précipité au bagne de Cayenne dans un premier temps avant qu’il vienne grossir les rangs du contingent envoyé sur les terres hostiles vénusiennes, et dont elle est tombée éperdument amoureuse. Seulement, le méchant duc de Chouvigny restera-t-il longtemps dupe d’un tel stratagème ?

Si le voyage se déroule sans histoire, la découverte de la planète et plus particulièrement de sa faune, composée de ptérosaures et  autres mégalosaures, va vite se transformer en cauchemar tant pour Aurélien que pour Hélène.

Quel grand plaisir de retrouver tout le talent de conteur de l’auteur de la célèbre saga De capes et de crocs, le scénariste Alain Ayroles, qui emmène le lecteur dans une aventure romanesque dans la lignée de l’univers du Château des étoiles et où les surprises s’égrènent tout au long des pages. Le dessin d’Étienne Jung s’accorde parfaitement au récit, avec des personnages caricaturés qui donnent l’impression de sortir tout droit d’un dessin animé. Il est rehaussé par un remarquable travail de couleur à la gouache donnant toute la profondeur au dessin.

Voilà un beau premier opus d’une histoire qui comptera trois albums, digne de l’univers fantasmagorique créé par Alex Alice et qui complète bien la série Le château des étoiles.

LES CHIMÈRES DE VENUS T1 Alain AYROLES/Étienne JUNG Éditions RUE DE SÈVRES 60 pages, 15,00 €

Bernard Launois

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 21 Mars 2021

DESSINER ENCORE, ou les affres d’une reconstruction difficile

 

Dessiner encore et encore, c’est le leitmotiv de Coco, scénariste et autrice de bande dessinée, qui a trouvé refuge dans le dessin pour s’exorciser de l’horreur qu’elle a vécue un certain 7 janvier 2015 alors qu’elle s’apprêtait à quitter le siège du journal satirique Charlie Hebdo.

Depuis, des images d’un scénario improbable lui reviennent en boucle et ce, à toute heure du jour et de la nuit. Si, parfois, ces images semblent s’estomper de sa mémoire, c’est pour mieux revenir comme un boomerang et ce, sans qu’elle en connaisse l’explication.

 

De ses séances chez le psy, qui ne lui semblent pas d’une réelle efficacité, aux retours sur cette terrible journée proprement surréaliste, l’autrice Coco se dévoile, sans fard. Entre cris de colère contre cette injustice et attendrissements pour Cabu et Charb, ses amis perdus, elle n’a de cesse, tout au long de l’album, de livrer son état d’esprit.

En suivant le cours du récit, le lecteur va se trouver immergé au sein de l’équipe de Charlie tout d’abord à l’occasion de la conférence de rédaction, moment de joyeuses joutes et prélude indispensable à la conception du journal. Puis il assistera à cette fin de journée cauchemardesque dont Coco ressasse inlassablement le déroulement en se disant qu’elle aurait peut-être dû appeler au secours, s’échapper, avertir ceux qui étaient à la rédaction. Le sentiment de culpabilité reste palpable tout au long de l’album, comme  un leitmotiv lancinant la ramenant à ce point de non retour.

 

Avec quelques traits appuyés, incisifs lorsque la situation le réclame, plutôt doux quand il s’agit de revenir sur les moments privilégiés avec le maître Cabu, qu’elle glorifiait, lorsque celui-ci lui donnait des conseils pour la réalisation d’une caricature, Coco retranscrit avec talent ses états d’âme. Les couleurs froides, du bleu au noir, alternent avec des rouges et des marrons pour renforcer la narration.

Malgré tout, la vie continue et il faut tenir, avancer, ne serait-ce que pour ses proches mais également pour le souvenir de ses amis à jamais perdus.

 

 

DESSINER ENCORE COCO Éditions LES ARENES BD 352 pages, 28,00 €

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 20 Mars 2021

Il y a un an, le 24 mars 2020, s’éteignait l’illustre et talentueux saxophoniste Manu Dibango. A l’occasion de l’anniversaire de sa disparition, l’immense artiste qu’il était va recevoir un hommage de Mantes-la-Ville, où s’était souvent rendu Manu Dibango pour acheter ou pour entretenir ses instruments : il se fournissait en effet fidèlement auprès de la Manufacture Selmer, le célèbre fabricant mantevillois de saxophones.

Bulles de Mantes s’est associée à l’événement et propose une exposition de bande dessinée mettant à l’honneur le saxophone. Grâce à la collaboration des éditions Glénat et l’aimable autorisation de l’éditeur japonais Shogakukan, la série manga Blue Giant est présentée au CVS Augustin Serre, à Mantes-la-Ville.

Blue Giant est une série manga en dix volumes parue au Japon dès 2013 et traduite en français à partir de 2018, qui raconte le parcours d’un lycéen débutant au saxo, et décidé à devenir le meilleur saxophoniste de jazz du monde. De multiples pages mettent en valeur le saxophone ténor avec lequel il joue, véritable second héros d’un récit dans lequel transpire l’amour de l’auteur de Blue Giant, Shinichi Ishizuka, pour le jazz et pour l’invention du génial Adolphe Sax.

                                              Illustration Shinichi Ishizuka ©Shogakukan,2013 ©Glénat,2018

Exposition du 24 mars au 14 mai 2021.

CVS Augustin Serre, 60 rue Louise Michel, à Mantes-la-Ville.

Ouvert du lundi au vendredi 9h-12h30 et 13h-17h30.

Entrée gratuite.

Bulles de Mantes remercie les Editions Glénat et Shogakukan pour leur aide précieuse.

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Rédigé par Jérôme Boutelier

Publié dans #Bulles en villes

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Publié le 14 Mars 2021

FACTEUR POUR FEMMES T2, ou le dénouement tant attendu d’une drôle d’histoire

Le  beau récit émouvant et attachant que livrait il y a cinq ans Facteur pour femmes réclamait une suite salvatrice, demande heureusement entendue par le scénariste Didier Quella-Guyot qui nous livre là un scénario aussi fort que dans le premier opus. Alors que la Grande Guerre se termine, les soldats qui ont réchappé à cette boucherie, avec plus ou moins de bonheur, s’apprêtent à rejoindre leur île bretonne et leurs femmes.

Mais celles-ci ont appris à se passer d’eux pendant près de quatre ans, particulièrement en accomplissant en leur absence toutes les tâches qu’ils se glorifiaient naguère d’exécuter. C’est donc avec une certaine assurance, malgré tout entachée de la crainte du retour de leurs hommes, que les iliennes vont les accueillir alors qu’elles viennent d’enterrer Maël, le seul mâle exempté de défendre la patrie eu égard au pied bot qui l’handicapait, et désigné comme facteur de remplacement.

Le souvenir du facteur devient-il maintenant trop gênant, alors qu’il s’était rapproché de bon nombre de femmes en mal de réconfort ? Un pacte semble lier une partie de la population féminine de l’ile, et le retour d’Australie en 1958 de la jeune Linette, fille de Solange et Maël, désireuse de mieux connaitre son père, ne va-t-il pas le faire voler en éclats ?

On saluera l’excellent travail du dessinateur Manu Cassier qui a su s’approprier le récit en respectant tant le code graphique que celui des couleurs du premier album réalisé par Sébastien Morice, tout en lui apportant néanmoins sa patte.

Un cahier graphique d’une dizaine pages revient notamment sur les recherches de nouveaux personnages absents du livre I, sur le making-off, et sur des essais de couverture qui complètent agréablement le volume.

FACTEUR POUR FEMMES Livre 2 Didier QUELLA-GUYOT/Manu CASSIER Collection Grand Angle Editions BAMBOO 112 pages, 18,00 €

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 12 Mars 2021

COMME PAR HASARD, et si c’était écrit ?

Le hasard fait parfois bien les choses, c’est une remarque qui interpelle le comptable Victor Namas depuis quelques jours alors que des épisodes inattendus viennent troubler sa petite vie bien rangée de célibataire. Lui, le cartésien jusqu’au bout des ongles, pétri de certitudes sur le fait que tout est chiffre, le voilà sérieusement ébranlé par une succession d’évènements. De la découverte d’un  billet pour l’Opéra de Paris qu’il aurait jeté il y a encore peu, à son coup de foudre pour une jeune danseuse à la sortie du concert, les hasards se multiplient et pour ce pauvre Victor, ce ne sera  que le début d’enchainements qui vont bouleverser son quotidien.

Persuadé qu’il ne reverra jamais l’amour de sa vie, voilà qu’il retrouve la belle Tania Volkova à Baden-Baden, à plus de 500 kms de leur premier lieu de rencontre, alors qu’il séjourne dans la ville pour soigner une mauvaise bronchite. Que fait-elle ici dans la salle de jeux à dépenser éperdument tout son argent et à quelle fin ? Quel terrible secret la jeune femme, emplie de tristesse, va-t-elle lui révéler ?

Avec un scénario des plus originaux dont il a le secret, l’auteur Cyril Bonin, au fur et à mesure du récit, distille avec soin une série d’évènements propres à troubler et intriguer le lecteur qui foncera avec Victor dans un tourbillon où hasards et destinées se disputent la vedette.

Avec son joli trait acéré et si caractéristique, l’auteur fait évoluer ses personnages dans des scènes riches et détaillées, le tout dans un décor Belle époque de fort belle facture, et offre au lecteur le plaisir de découvrir les arcanes de l’album dans un cahier graphique.

COMME PAR HASARD Cyril BONIN Collection HORS COLLECTION Éditions VENTS D’OUEST 104 pages, 18,00 €.  

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 9 Mars 2021

Anatole(s), toute une vie en 80 pages

L’auteur James n’est pas à un défi près et consacrer une page à chaque année de la vie d’un homme, ce n’est pas banal, voire compliqué car il faut tenir sur la longueur, et l’on peut dire que c’est plutôt réussi. Banal par contre, c’est assurément le qualificatif que l’on peut donner à Anatole, le personnage principal de l’album : ni beau, ni moche, ni pauvre, ni riche. Plutôt l’archétype de ce que l’on appelait encore il y a quelques décennies un « français moyen », avec une enfance couvée par une mère qui, comme toutes les mères, rêve de faire de son enfant un être d’exception. Suit une adolescence tumultueuse en recherche de personnalité ; puis, les vies professionnelle et personnelle où ce brave Anatole va, sans cesse, chercher sa place d’homme « moderne » qui peut se résumer à être un bon copain, un bon ami, un bon père, un bon grand-père et bien sûr, un bon amant ! 

Car toute sa vie est jalonnée d’amour, pas avec un grand A loin s’en faut mais plutôt avec des hauts et des bas. James manie avec talent la dérision, le cynisme, et une de fois de plus le lecteur va être servi. Mais pas que, c’est parfois attendrissant, souvent drôle voire hilarant, mais c’est avant tout terriblement humain. Avec un découpage millimétré et concentré sur six cases par pages, le dessin de James fait mouche et sert fort bien son scénario.

Mais attention, au fond de chacun de nous ne réside-t-il pas un petit Anatole ? Ce serait bien étonnant que  les lecteurs ne retrouvent pas, au travers d’une ou plusieurs de ces planches de bd, une histoire analogue vécue ou entendue.

ANATOLE(S) JAMES Editions FLUIDE GLACIAL 80 pages, 12,90 €

Bernard Launois

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 7 Mars 2021

FUKUSHIMA, chronique d’un accident sans fin…  Mais pas sans conséquence !

11 mars 2011, voilà dix ans que la centrale de Fukushima Daiichi, victime d’un tsunami suite à un tremblement de terre de magnitude sur l’échelle de Richter, allait devenir le théâtre de la plus grande catastrophe nucléaire après Tchernobyl que nous ayons connue depuis l’exploitation de l’atome à des fins industrielles. Dix ans déjà et pourtant ça semblait hier tellement cet événement médiatisé a pu marquer les esprits.

C’est notamment à partir des auditions de commissions d’enquêtes, rendues publiques, de Masao Yoshida directeur de la centrale au moment de la catastrophe que le scénariste Bertrand Galic a conçu ce scénario terrifiant en s’appuyant sur les  cinq premiers jours qui ont été déterminants pour la suite. Comme si la nature ne suffisait pas à déclencher le malheur, il a fallu la conjonction de trois éléments d’importance pour plonger l’équipe sur place dans le plus profond désarroi : fusion des cœurs des quatre réacteurs entrainant le perçage des cuves, puis leur explosion entrainant la diffusion de nuages radioactifs incontrôlables. Avec un découpage précis associé à des dialogues percutants, le scénariste arrive à immerger le lecteur au milieu de ces femmes et ces hommes dévoués à leur cause pour sauver tout ce qui peut être sauvé sans penser un seul instant au point de non-retour qui pendait au dessus de leur tête. Entre des dirigeants inconséquents au siège de Tepco incapables de donner des instructions cohérentes et un gouvernement qui ne cherche qu’à garder la face, c’est un miracle que le pragmatisme du directeur d’exploitation l’emporte, en faisant fi des directives et en motivant ses troupes pour que l’esprit de groupe  l’emporte dans ces moments désespérés. Bien que nous en connaissions l’issue fatale, le scénario bien ficelé incite le lecteur, dès les premières pages, à se plonger au cœur de cette aventure héroïque d’une poignée de valeureux guerriers face à l’adversité nucléaire.

Avec un dessin vif et précis, le dessinateur Roger Vidal a su remarquablement mettre en images la dramaturgie de ce récit haletant. Après Au cœur de Fukushima, un manga documentaire relatant la vie d’un dessinateur qui s’était fait engagé pour nettoyer la centrale après la catastrophe, Fukushima, chronique d’un accident sans fin apporte un éclairage salutaire sur un événement qui n’aurait sûrement jamais dû prendre de telles proportions si des mesures préventives avaient été mises en place alors que la région est sujette à des tremblements de terre fréquents.

Enfin, le lecteur appréciera le dossier fort complet d’une douzaine de pages de Pierre Fetet qui complète le récit en revenant sur les enquêtes ainsi que sur les conséquences de la catastrophe.

FUKUSHIMA, chronique d’un accident sans fin Bertand GALIC/Roger VIDAL Editions GLENAT 128 pages, 18,50 €

Bernard Launois

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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