Publié le 31 Octobre 2020

Un Cow-boy dans le coton

Dérangé de la chaudière.

Alors que Lucky Luke se ménage un temps de vacances dans un petit bled isolé, il apprend qu’une riche admiratrice, trépassée sans postérité, lui a légué toute sa fortune. Le voici donc quittant son Far-West pour un séjour en Louisiane à la découverte de la Plantation Pinkwater, la plus grosse de la région, avec la ferme intention de partager ses nouveaux biens entre tous les employés. Mais son projet s’avère presque impossible à mettre en œuvre : il se retrouve en butte à la farouche opposition des planteurs voisins, la méfiance des employés, la rapacité des inévitables Dalton ou la férocité du Ku Klux Klan. Saura-t-il se sortir de cette périlleuse situation ?

L’actualité des derniers mois aux Etats-Unis aura donné raison à Jul de s’être emparé du sujet depuis plus d’un an pour réaliser le scénario d’Un Cow-boy dans le coton : dans le western, le 9e art - comme le 7e art - ne laisse que les strapontins aux Afro-

américains. Pourtant, ainsi que le rapporte la postface, 25% des cow-boys étaient noirs. Jul nous convie alors à découvrir en compagnie du cow-boy solitaire un univers très éloigné du sien, la Louisiane latifundiaire raciste, violente, inégalitaire. Bien plus, il inverse les rôles : le héros justicier pétri de bonnes intentions se révélant plutôt candide et quelque peu désarmé, le salut viendra des descendants d’esclaves !

Tout le mérite de Jul est aussi d’être parvenu à traiter le sujet tout en conservant les codes traditionnels de la série. Il nous offre bons mots, situations cocasses (ah les Dalton extirpés d’un bayou putride par un Cajun bien authentique !) et clins d’œil ou parodies de l’actualité.

Le récit est bien sûr remarquablement servi par le dessin d'un Achdé toujours aussi virtuose et fidèle au style du père de Lucky Luke, à s’y méprendre. Les deux compères réalisent ainsi un album très réussi, peut-être le plus abouti depuis la disparition de Morris.

 

Un Cow-boy dans le coton

Scénario Jul / dessin Achdé

Editions Lucky Comics, octobre 2020

48 pages couleur, 10,95 €

 

Illustrations : Jul et Achdé © Lucky Comics, 2020

Jérôme Boutelier

Voir les commentaires

Rédigé par Jérôme Boutelier

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

Repost0

Publié le 28 Octobre 2020

Les Reines de sang : Njinga, tome 1

La Lionne du Matamba.

En cette première moitié du 17e siècle l’Afrique subsaharienne ne connait encore vraiment de la colonisation que quelques comptoirs, des têtes de pont pour se fournir en esclaves afin d’alimenter le lucratif commerce triangulaire. Le Portugal occupe ainsi Luanda, que dirige un gouverneur avide entouré de ses troupes et accompagné de quelques jésuites l’esprit empli de leur mission salvatrice.

Dans le Royaume du Matamba, aux confins de l’Angola, Njinga est devenue la reine en succédant à son frère après de sanglants événements. Lorsque son peuple se retrouve confronté aux ambitions portugaises, il lui faut exercer tout son art de la négociation.

Elle est sans doute la moins connue en France parmi les héroïnes de la série Les Reines de sang, car il n’existe dans les archives que peu de traces des royaumes africains à ces débuts de l’ère moderne. Njinga n’en est pas restée pour autant une obscure figure de l’Afrique précoloniale, sa renommée ayant traversé les siècles et fait d’elle un modèle et une source d’inspiration pour les femmes de l’Angola contemporain. Se servant des quelques données historiques existantes, le scénariste Jean-Pierre Pécau  brode autour de ces faits pour construire un récit trépidant qui courra sur 2 tomes. Il met en valeur la force de caractère de la reine et sa personnalité hors du commun, dressant le portrait d’une femme fière et décidée, intelligente, habile et impitoyable lorsque nécessité se fait sentir.

La dessinatrice transalpine Alessia de Vincenzi illustre le récit dans un style classique et efficace. Les personnages sont bien campés, et les paysages joliment dessinés autorisent de superbes scènes qu’habillent les couleurs chaudes réalisées par Nuria Sarayo. L’ensemble est réussi.

La bande dessinée n’a que rarement abordé cette période de l’Afrique, et Njinga comble très heureusement la lacune en proposant une histoire intéressante et bien agréable à lire.

 

Njinga T1, la lionne du Matamba

Scénario Jean-Pierre Pécau / dessin Alessia de Vincenzi / couleurs Nuria Sarayo

Editions Delcourt, septembre 2020

56 pages couleur, 14,95 €

Illustrations : Pécau, De Vincenzi et Sarayo © Delcourt, 2020

Jérôme Boutelier

Voir les commentaires

Rédigé par Jérôme Boutelier

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

Repost0

Publié le 27 Octobre 2020

Tropiques toxiques

« 22 ans d’épandage, 70 à 700 ans de pollution».

Ce pourrait être l’histoire banale d’une pollution agricole, à l’échelle de tout un territoire: Tropiques toxiques décrit pourtant une pollution exceptionnelle. De 1972 à 1993, les planteurs de banane de Guadeloupe et de Martinique ont légalement utilisé un pesticide aux effets ravageurs pour l’environnement, le chlordécone. Les conséquences sont dramatiques : la majeure partie des deux îles irrémédiablement polluée pour plusieurs siècles et des filières économiques dévastées. La santé de l’ensemble de la population est menacée, les modes de vie domestique sont bousculés et le scandale altère la confiance.

Comment les gouvernements successifs et les administrations ont-ils pu autoriser durant plus de vingt ans un produit que l’on savait être un dangereux poison pour l’homme et la nature ?

Dès les premières pages les intentions de l’auteur apparaissent : ce roman graphique est une BD documentaire destinée à mieux informer les générations montantes. La scénariste Jessica Oublié a mené deux années d’investigations pour une enquête extrêmement fouillée, réalisant 136 interviews et s’appuyant sur nombre de données chiffrées. Il s’ensuit des pages très touffues, mais le propos conserve toute sa clarté. Les différentes décisions administratives et gouvernementales prises depuis 50 ans constituent autant de surprises et de coups de théâtre qui dynamisent le récit en interpellant le lecteur. En abordant tour à tour les problématiques historiques et sociologiques, politiques et économiques, écologiques, sanitaires et sociales, Jessica Oublié dresse un tableau exhaustif de la situation. Laissant affleurer ses questionnements et ses colères, sans parti-pris mais sans concession, elle permet d’avancer dans la compréhension des responsabilités.

Le dessinateur Nicola Gobbi illustre le propos avec inspiration et énergie, gratifiant les planches de portraits expressifs et d’allégories inventives agréablement colorisés par Kathrine Avraam. Enfin, les clichés pertinents pris par la photographe Vinciane Lebrun et insérés dans les pages apportent une authentique touche d’émotion et de proximité avec les témoignages.

Par-delà l’information complète que sa formidable enquête offre sur le scandale du chlordécone, Tropiques toxiques possède, à l’heure des débats enflammés sur le glyphosate ou les néonicotinoïdes, une portée universelle en démêlant les entrelacs de mécanismes politiques et économiques typiquement générateurs d’un désastre écologique. Une BD indispensable pour mieux comprendre !

Tropiques toxiques

Scénario Jessica Oublié / dessin Nicola Gobbi / couleurs Kathrine Avraam / photos Vinciane Lebrun

Editions Les Escales - Steinkis, collection Témoins du monde, octobre 2020

240 pages couleur, 22,00 €

Illustrations : Oublié, Gobbi, Avraam et Lebrun © Les Escales - Steinkis 2020

Jérôme Boutelier

Voir les commentaires

Rédigé par Jérôme Boutelier

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

Repost0

Publié le 26 Octobre 2020

Hitler est mort ! T1, ou les dessous d’une bataille entre les services d’espionnage soviétiques

Nous sommes début mai 1945 et alors que l’Allemagne s’apprête à capituler après une guerre mondiale qui aura tué des milliers de gens et mis l’Europe à feu et à sang, personne n’a la certitude du décès du Führer et de sa compagne Eva Braun. Or, Staline veut être sûr que le IIIe Reich n’a pas maquillé la vérité afin que son chef suprême échappe aux griffes de l’Union Soviétique pour lui éviter de finir ses jours en prison. Le seul moyen pour le dirigeant soviétique consiste donc à récupérer des preuves, et il ne va hésiter à mettre en compétition ses deux services de renseignement, le puissant NKVD, ancien nom du tristement célèbre KGB et un service du contre-espionnage, le Smersh qui dépend du comité de défense de l’état.

Il va s’ensuivre une course avec la mort à celui des services qui rapportera les preuves de la mort d’Hitler, gage de sa survie,,. car pour Staline un service qui n’assure pas ne mérite que la mort.

Tous les ruses et les stratagèmes vont être déployés pour qu’ils arrivent à leurs fins, mais à quel prix ?

Jean-Christophe Brisard, le scénariste, narre avec talent cette course effrénée pour récupérer toutes les preuves et donner la possibilité à Staline de briller auprès de ses « alliés » dans le conflit qui les a unis contre l’hégémonie allemande. Avec ce premier tome haletant d’un triptyque historique, le scénariste capte rapidement l’attention du lecteur qu’il entraîne dans un imbroglio dans lequel tous les coups sont permis.

Avec un dessin semi-réaliste plutôt intéressant et collant bien au scénario, Alberto Pagliano décrit de belle manière et sans fioriture le Berlin qui vient de voir se terminer ses heures de gloire au profit d’une armée russe prête à tout.

Voilà une excellente entrée en matière qui ne demande qu’à être concrétisée dans les deux prochains opus.

Hitler est mort ! T1 Jean-Christophe BRISARD/Alberto PAGLIARO Collection 24X32 Editions GLENAT 64 pages, 14,95 €

Bernard Launois

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 21 Octobre 2020

Pirouette & Nymphéas

Les Passiflore au pays de Monet.

Onésime Passiflore ayant fabriqué un petit pont japonais pour son ami Célestin Blanche et son épouse artiste-peintre, toute la famille Passiflore s’en va leur livrer l’ouvrage. Les cinq petits lapins sont tout heureux de jouer avec les enfants du couple Blanche, deux lapereaux bien décidés, et s'entendent avec eux pour construire une cabane sur l’étang aux nymphéas de leurs hôtes. Mais leurs nouveaux compagnons de jeu ont de drôles de règles : on ne joue pas avec les filles. Délaissée par ses frères, la débrouillarde Pirouette saura-t-elle se trouver des amies, et ne va-t-elle pas manquer aux garçons ?

L’adorable petite famille de lapins dessinée par Loïc Jouannigot enchante depuis plus de trente ans un large public de bambins, mais les parents sont tout autant conquis que leurs enfants par la merveilleuse poésie qui se dégage de leurs histoires. Pour le nouvel album

illustré des Passiflore paraissant aux éditions Daniel Maghen, Loïc Jouannigot, maintenant auteur aussi des textes, reprend avec bonheur la recette qui a fait le succès de la série. L’univers tendre et malicieux de la petite famille fleure à chaque page un doux parfum de bien-être : qu’il fait bon de se laisser emporter dans le monde délicieux des Passiflore et de se réfugier dans son douillet cocon !

Chacun trouvera son compte avec ravissement. Bercés par une jolie histoire avec une morale gentillette, les petits lecteurs seront charmés par un univers gai et familier, et captivés par les nombreux détails qui pullulent à leur hauteur, s’amusant à découvrir abeilles ou libellules, et souriceaux vaquant à leurs activités ludiques ou ménagères. Quant aux adultes, ils pourront s’extasier devant les aquarelles subtiles et délicates de Loïc Jouannigot et se régaler des évocations et des clins d’œil au grand maitre de l’impressionnisme : l’univers de Monet nourrit chaque instant, habillant la maison et sa décoration, parant le jardin et ses couleurs, inspirant les paysages et les personnages.

Pirouette & Nymphéas offre sa douceur à l’approche des fêtes en ces temps un peu moroses et angoissants, et se révèle un album immanquable à mettre entre toutes les mains.

 

Pirouette & Nymphéas

Textes et dessins de Loïc Jouannigot

Editions Daniel Maghen, collection jeunesse, octobre 2020

Album illustré, 24 pages couleur, 13,00 €

 

Illustrations : Jouannigot © Daniel Maghen 2020

 

Jérôme Boutelier

Voir les commentaires

Rédigé par Jérôme Boutelier

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

Repost0

Publié le 20 Octobre 2020

Bulles de Mantes présente du 16 octobre au 12 novembre à la médiathèque de Limay une exposition du dessinateur Juan-Maria Cordoba.

L’exposition met en évidence tout le talent du dessinateur avec de magnifiques planches encrées remplies de vie où s’exprime pleinement la verve comique qu’on lui connait, révélant ses influences.

Une vingtaine de planches ont été sélectionnées, axées principalement sur le nouvel album dessiné par Juan-Maria Cordoba et qui parait ce mois-ci aux éditions Varou : Les Vikings (tome 1 : Bienvenue en Neustrie, scénario de Céka). Rien d’étonnant à ce que le dessinateur d’origine espagnole se soit attaqué aux Vikings, lui qui, marchant sur les traces de ces farouches guerriers venus du Nord, a fait comme eux de la Normandie sa terre d’adoption.

Cette très belle exposition est visible aux horaires d’ouverture de la médiathèque, le mardi de 14h à 18h, le mercredi et le vendredi de 10h à 12h30 et 14h à 18h, et le samedi de 10h à 12h30 et 14h à 17h.

Juan-Maria Cordoba animera aussi deux ateliers à la médiathèque les 21 et 28 octobre.

 

Médiathèque de Limay, 8 Avenue du Président Wilson, 78520 Limay.

Entrée libre.

 

Illustration : Céka et Cordoba © Varou, 2020 

Photos © Bulles de Mantes  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par Jérôme Boutelier

Publié dans #Bulles en villes

Repost0

Publié le 17 Octobre 2020

La Bête T1, un vibrant hommage au Marsupilami !

C’est une véritable hécatombe chez les animaux exotiques victimes d’un voyage funeste dans un vieux cargo qui aurait mérité la casse depuis longtemps ! Seules quelques bestioles ont résisté à l’absence d’eau et de nourriture pendant près de trois semaines, dont un drôle d’animal sauvage non identifiable, ressemblant plutôt à un singe doté d’une queue interminable et que les Indiens Chahutas ont eu toutes les peines du monde à capturer.

La fameuse bête ne va pas tarder à s’échapper et errer dans les faubourgs de Bruxelles où il est approché par François, lequel a transformé sa maison en refuge pour toute une ménagerie, au grand dam de sa mère.

Il fallait s’y attendre, son retour au bercail avec l’animal ne recueille pas vraiment l’assentiment de sa génitrice. Que faire de la bestiole qui a tendance à montrer les crocs ? François n’en démord pas, il veut l’adopter et s’en faire un compagnon. Son amour pour la faune n’a pas de limite: peut-être révèle-t-il un certain manque d’affection, car il n’a pas connu son papa et l’amour que lui porte sa mère n’est pas suffisant ?

Le scénariste Zidrou fait partie de ceux qui ont le don de trouver et de raconter de superbes histoires, pleines d’émotion, de tendresse mais aussi de suspense. Bref, il conjugue tous les ingrédients pour accrocher le lecteur et lui faire regretter de devoir attendre encore quelques mois pour connaitre la fin de ce diptyque de 300 pages.

Seulement, un excellent scénario ne suffit pas pour faire une bonne bande dessinée, il faut également un dessin qui soit à la hauteur : et là apparait le grand art de Frank Pé, assurément un des plus grands dessinateurs de sa génération, un passionné d’animaux qui excelle dans sa manière de les croquer. Il nous gratifie de superbes décors où évoluent des personnages, tant humain qu’animal, rehaussés par de superbes couleurs.

Assurément, La Bête fera date comme une des grandes réussites de ces dernières années !

La Bête 1/2 Zidrou/Frank Pé Editions DUPUIS 156 pages, 24,95€

Bernard Launois

 

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 13 Octobre 2020

Le Printemps suivant T1, un retour attendu et réussi !

Il aura fallu sept ans pour que l’auteure Margaux Motin nous gratifie d’un nouvel opus, et quel album ! En fait, voilà que son autofiction redémarre avec de nouvelles pages, tout aussi drôles, sensibles, comme si le temps n’avait prise sur cette famille bobo recomposée qui a décidé de lâcher la capitale pour le Pays Basque. Terminée la grisaille parisienne avec son lot de contraintes diverses et variées, voici la vie sous des auspices de campagne, avec d’autres contraintes mais toujours des chamailleries de couple, des crises de jalousie et autres fous rires.

Les méthodes de travail ont également changé. Finis les découpages format blog qu’utilisait Margaux Motin depuis qu’elle s’est fait un nom dans la bande dessinée. Place à une présentation plus traditionnelle avec des saynètes sur plusieurs pages, permettant de mieux développer sans perdre de la dynamique à laquelle nous avaient habitués les planches publiées sur les réseaux sociaux avant de paraître sous format de livre et ce, pour le plus grand bonheur des amateurs.

De l’installation dans la nouvelle demeure aux travaux de jardin… sous la pluie, en passant par irrésistible leçon de paddle, l’autodérision est de mise mais pas que: Pacco, son compagnon et leurs deux enfants ne sont guère épargnés. A partir de situations cocasses que l’on pourrait souvent s’approprier dans nos vies quotidiennes, Margaux Motin a le chic de capter l’instant et le retranscrire pour le tourner en dérision.

Enfin, on apportera une mention spéciale pour les doubles-pages avec les pour et les contre d’une vie à deux, ce que Margaux aime ou n’aime pas dans le couple ou encore ses pires cauchemars.

Voilà un album qui se sera fait attendre mais pour la bonne cause.

LE PRINTEMPS SUIVANT T1 Vent lointain Margaux MOTIN Editions CASTERMAN 144 pages, 20,00 €

Bernard Launois

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 11 Octobre 2020

Sa Majesté des ours, une saga animalière des plus singulières

Von Noord le roi des ours règne sur ses sujets et sur ses terres de Valencyre en pleine harmonie, loin des humains qu’il redoute et apparemment à l’abri des hostilités. Hélas, la découverte d’Ifrit, un jeune humain à moitié mort, dans la gueule d’un cétacé échoué sur une des grèves du royaume, va changer la donne. L’arrivée de ce jeune homme, qui prétend revenir du royaume des morts, n’est-il pas le signe annonciateur d’une prédiction de mauvais augure qui précèderait le déclin du monde animal ? La cause est grave et la réponse ne se fait pas attendre. Le roi diligente aussitôt une équipe de vaillants soldats, avec à leur tête son fils Kodiak, pour prendre la mer afin de parlementer avec les oiseaux en vue d’élaborer une stratégie de défense. Que diable vont-ils faire dans cette galère, arriveront-ils à bon port, comment seront-ils accueillis auprès du peuple du ciel ? Les questions se bousculent et une partie des réponses sont livrées dans ce premier opus, fort prometteur.

Sur une idée originale d’Olivier Vatine qui en aura bâti le storyboard, le scénariste Dobbs immerge le lecteur dans un univers fantasmagorique des plus aventureux où s’initie une course contre la mort.  Les dialogues sont aussi alertes que l’est le récit et lecteur va suivre avec intérêt les aventures de ces ambassadeurs du monde animal, accompagnés du jeune humain.

Après l’excellent Nymphéas noirs, le dessinateur Didier Cassegrain fait découvrir au lecteur une autre facette de son talent. Les animaux, plus vrais que nature, évoluent dans un décor fantastique qui met le scénario remarquablement en valeur.

SA MAJESTE DES OURS T1 Les colonnes de Garuda Olivier VATINE/DOBBS/Didier CASSEGRAIN 56 pages, 14,50 €

Bernard Launois

 

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Repost0

Publié le 9 Octobre 2020

Que de la gueule ou la chronique d’un jeune banlieusard en quête d’identité

Rahim est un ado qui vit dans une banlieue chaude avec Bibi sa mère alors qu’il est en quête d’un père qu’il n’a pas connu et dont personne ne veut lui dire ce qu’il est devenu.

Rahim traîne beaucoup et n’a qu’une idée en tête, celle de pouvoir intégrer la bande de petites frappes qui squatte au bas des immeubles et qui le fait tant rêver. Mais personne ne l’attend et s’il veut pouvoir intégrer le petit groupe il doit, soit les impressionner, soit leur servir à quelque chose, n’importe quoi du moment qu’on l’estime et qu’enfin on le reconnaisse. Seulement il y a Era, un petit voyou qui a le don de se faire bien voir auprès de Wood, le boss, et qui lui vole continuellement la vedette. Rahim n’a alors plus qu’une idée en tête, rabaisser ce fiérot d’Era, quitte à l’humilier. Une indiscrétion de sa mère sur la jeunesse d’Era va peut-être lui permettre enfin de briller aux dépens de celui-ci…

Jeux de dupes, tentatives d’intimidation, flambage auprès des filles, Rahim ne tarde pas à rentrer dans un cercle infernal duquel Dieu seul sait comment il va se sortir. Le scénariste Sztybor tisse petit à petit une toile dans laquelle le personnage principal ne va pas tarder à s’emberlificoter, et ménage le suspense jusqu’à la fin de l’album. Grâce à des dialogues fleuris et un beau sens de la narration, le lecteur va rapidement rentrer dans l’action et ne plus lâcher jusqu’à la dernière page. Le dessin semi-réaliste d’Akeussel, qui fait penser par certains côtés à celui de Brüno, est rehaussé par des couleurs flashy qui égaient une histoire plutôt noire.

A découvrir instamment.

QUE DE LA GUEULE SZTYBOR/AKEUSSEL Editions SARBACANE 124 pages, 18,50€

Bernard Launois

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Repost0