Publié le 30 Avril 2016

L’Herbe Folle, retour vers les années bonheur…

Le Train Bleu, célèbre brasserie parisienne nichée dans la Gare de Lyon, va être le théâtre d’un retour sur les années 70 vécu par Pierre, petit prof de dessin aux Beaux-Arts de Paris. Il aura fallu la volonté de Rose, pétillante jeune femme qui ne fait pas la quarantaine, de rencontrer Pierre qui avait traversé la période hippie en compagnie de ses parents aujourd’hui décédés et qu’elle n’a jamais connus, pour que notre sexagénaire se remémore sa période estudiantine. Seulement, peut-il tout raconter à cette jeune femme qui semble n’avoir guère d’information sur la vie mouvementée de ses parents ? Les blagues de potaches, les consommations de produits illicites, le retour à la terre mais aussi le mouvement « Peace and Love », les amours débridées, comment Pierre va-t-il pouvoir décrire la vie de ses amis Théda et Gilles ?

Quel album ! Le couple Charles nous livre là sûrement un de ses albums les plus intimistes traduisant parfaitement l’insouciance d’une jeunesse qui sortait de 1968, remettant en question l’ordre établi, le système capitaliste qui avait commencé à faire des ravages en Europe. Avec un récit particulièrement fluide, le lecteur aura, selon sa génération, l’occasion de découvrir cette époque du flower power ou de se rappeler, assurément avec nostalgie, des souvenirs d’une période bohème à jamais révolue.

On retrouve, avec grand plaisir, le talentueux travail de Jean-François Charles qui a, entre autres, le don de magnifier le corps féminin dans des décors hyperréalistes du plus bel effet. On ajoutera les décors somptueux et des personnages attachants aquarellés avec maestria, qui sont assurément les ingrédients d’un album des plus séduisants. Enfin, on s’attardera sur le cahier graphique, agrémenté de photos et de superbes dessins, ainsi que sur un récit autobiographique fort proche de cette belle histoire et qui complète l’opus.

Il ne reste plus au futur lecteur qu’à se caler dans son fauteuil avec L’Herbe Folle dans les mains, et dans les oreilles les musiques de Jimmy Hendrix, Joan Baez, The Who, Jefferson Airplane… pour tirer toute la quintessence de ce roman graphique.

Indispensable !

L’HERBE FOLLE Maryse & Jean-François CHARLES Collection Hors Collection Editions GLENAT 230 pages 22,00€

 

Bernard LAUNOIS

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Publié le 25 Avril 2016

L'art du crime T2 Le Paradis de la terreur, tuer pour créer ?

Pour créer, beaucoup d'artistes pensent qu'il faut se transcender pour obtenir un état qui leur permettra d'exprimer leur intérieur. Bon nombre de substances, souvent illégales, auraient la particularité d'aider à atteindre cet état de transe mais ce n'est pas le chemin que va emprunter Hippolyte Beauchamp pour peindre ses toiles. Il aura fallu une rixe de fin de soirée, où il perdra d'ailleurs son meilleur ami, pour que la transe se réalise après qu'il ait commis un crime pour sauver sa peau. Le résultat ne se fait pas attendre : applaudissements, félicitations du milieu, et les commandes affluent ! Seulement, lui faudra-t-il recouvrer cet état de transe pour à nouveau retrouver l'inspiration qui l'a porté aux nues ? 

Après l’univers du neuvième art, thème du premier album de la série qui en comptera neuf, les scénaristes Olivier Berlion et Marc Omeyer consacrent l'art pictural et ce, de fort belle manière, en mettant en scène un jeune peintre provincial qui, voulant conquérir la capitale, va très rapidement se retrouver embarqué dans une spirale infernale. Les ingrédients de l'intrigue sont justement distillés pour un final des plus déconcertants. On ne présente plus le dessin réaliste d'Eric Stalner, riche en décors fouillés et en personnages singuliers, qui met particulièrement en valeur le scénario en magnifiant la vie parisienne du 19ème siècle.

Neuf arts, neuf crimes, une vie, l'accroche laisse augurer une série qui ne laissera pas le lecteur indifférent: Le Paradis de la terreur, deuxième opus, n'y déroge pas.

L’ART DU CRIME T2 LE PARADIS DE LA TERREUR collection GRAFICA éditions GLENAT 48 pages 13.90€

 

Bernard LAUNOIS

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Publié le 14 Avril 2016

Sex Story, quelle histoire !

Il fallait oser, les auteurs Philippe Brenot & Laetitia Coryn l’on fait : raconter l’histoire de la sexualité de l’origine de l’humanité jusqu’à nos jours, voire même avec une incursion vers le sexavenir !

Saviez-vous que Cléopâtre avait inventé le premier vibromasseur de l’histoire, que le préservatif moderne, dit « gant de Vénus »  daterait de 1565 ou encore que les orgies sexuelles à l’antiquité étaient légion ?

Avec douze chapitres et plus de 200 pages, le tour de force que propose cet album est de divertir par des historiettes qui sont racontées de manière chronologique sans jamais ennuyer le lecteur, sur  l’intimité de l’humanité et ce, sans fausse pudeur. Souvent drôle, le scénariste, psychiatre et anthropologue Philippe Brenot s’est appuyé sur des faits historiques et a su rendre vivante cette somme de connaissances.

Le style plutôt « gros nez » bien réaliste du dessin de Laetitia Coryn s’accorde parfaitement bien avec le scénario et rajoute à la touche humoristique des textes.

Les références bibliographiques des ouvrages, sur chaque période, qui ont servi d’appui pour réaliser cette anthologie démontrent la somme de travaux qu’il a fallu accomplir pour faire un tel volume.

Si après la lecture de cette anthologie du sexe, le lecteur n’est pas devenu incollable, il ne lui reste plus qu’à le relire car il aura assurément oublié quelque chose.

SEX STORY BRENOT/CORYN Editions LES ARENES 208 pages 24.90 €

 

Bernard LAUNOIS

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Publié le 11 Avril 2016

Avec PANDORA, les Editions CASTERMAN sont de revue !

Près de vingt après que l'aventure d'A Suivre se soit arrêtée avec près de 250 numéros au compteur, voilà que les Editions CASTERMAN décident de remettre le couvert et ce, de belle manière avec Pandora !

Si À suivre s'inscrivait, comme son nom l'indique, comme un magazine à feuilleton, Pandora est une revue semestrielle qui publie sur 264 pages une quinzaine d'histoires courtes, d'auteurs différents, au style différent, à la manière d'un laboratoire.

Et quel laboratoire ! Du mangaka Katsuhiro Otomo à l'américain Art Spiegelman en passant par Jean-Claude Götting, du policier au récit mythologique en passant par la science fiction, du style hyperréaliste de Christian Rossi au style minimaliste de Viscogliosi, en passant par le côté grinçant de Florence Dupré-Latour  il faudrait être rudement difficile pour ne pas trouver des œuvres qui nous siéent, et ne pas découvrir des talents en devenir. On ne peut citer tous les auteurs, mais il se dégage de cette revue un melting pot des plus réussis.  

Souhaitons longue vie à ce magazine qui devrait plaire à bon nombre et que vous serez, lecteurs, nombreux à acquérir afin d’éviter, comme on le fait encore aujourd’hui pour À suivre, d’avoir à regretter son absence dans les kiosques.

Lancer un magazine aujourd'hui n'est guère plus simple que naguère et il faut saluer le courage et le caractère innovant des Editions CASTERMAN pour la réalisation de cette première petite pépite qui en appellera, à n'en point douter, beaucoup d'autres.

PANDORA T1 Collectif Editions CASTERMAN 264 pages format 18.4 X 26 18.00 €

 

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 9 Avril 2016

HINOMARU  SUMO T1, petit mais costaud !

Petit, maigre, voilà des « qualitatifs » qui ne font certainement pas partie des standards pour tout nippon qui désire embrasser la carrière d'un sumo. Et pourtant, le jeune Hinomaru Ushio n'a peur de rien et n'hésite pas à s'inscrire dans le club lycéen d'Ôdachi.

Passés les quolibets et les interrogations de ses congénères sur son avenir dans le clan des sumos, le héros de cette série va montrer que la valeur n'attend pas le nombre des années et qu'il ne suffit pas de peser, a minima, un quintal pour prétendre sortir tout le monde du dohyô, ring japonais !

Son association avec le pétillant Yuma Gojô et le loser Sinya Oseki sera-t-il le bon choix pour atteindre le grade suprême de yokozuna ?

Heureuse surprise que ce manga plutôt plaisant grâce auquel, tout en se distrayant avec le récit d'un jeune homme bien déterminé à en découdre, on apprend à se familiariser avec les termes et les codes du sport national si prisé au pays du soleil levant. On sent que l'auteur complet Kawada maîtrise particulièrement les rouages de cet art, et il rend rapidement sympathique son personnage certes pas aidé par la nature mais tellement efficace.

Les répliques sont vives, autant que les coups, et le rythme du récit est soutenu. Avec un dessin plutôt fouillé et de belles scènes d’action, on s'approprie rapidement l'histoire, en découvrant, comme il est souligné dans ce premier tome qu'il existe autant de façons de gagner que de lutteurs.

HINOMARU SUMO KAWADA Collection Shônen Editions GLENAT 192 pages 6.90 €

 

Bernard LAUNOIS

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Publié le 7 Avril 2016

Tokyo Killers, du grand art dans le polar !

Des histoires de tueurs à gage à gogo, voilà ce que nous propose le duo Natsui Sekikawa et Jirô Taniguchi dans ce recueil qui regroupe six histoires tout aussi noires et cyniques les unes que les autres, et qui montrent une fois de plus le côté précurseur tant dans la narration concise et efficace, que dans la mise en image,  de l’immense dessinateur qu’est Jirô Taniguchi.

Du sang, du sexe aussi, des personnages habités par le fatalisme qui trainent leur carcasse sans espoir de jours meilleurs, tous les ingrédients du bon polar sont là ! 

De Tokyo à Paris, les petites histoires se succèdent à un rythme effréné : de « Good Luck City », sans une bulle mais avec un texte narratif en bas de chaque page à « meurtre Tokyoïte » tout en noirceur, la palette du talent du duo Sekikawa/Taniguchi éclate à chaque histoire pour le plus grand plaisir du lecteur avisé. Après Au temps de Botchan et Trouble is my business, la collaboration de Natsui Sekikawa et Jirô Taniguchi est toujours aussi efficace et on se projette dans un univers cinématographique que ne renieraient pas bon nombre cinéastes de films d’action, ce que ne manque pas de souligner si justement Marc Fernandez dans sa postface.

Il aura fallu attendre plus de trente ans pour que ces pépites, qui n’ont pas vieilli d’un iota, soient enfin éditées en France et ce grâce aux efforts soutenus d’éditeurs comme Kana.

Indispensable pour tout amateur de polar !

TOKYO KILLERS SEKIKAWA/TANIGUCHI Collection MADE IN Editions KANA, 200 pages, 15,00 €

 

Bernard LAUNOIS

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Publié le 3 Avril 2016

L’homme qui tua Lucky Luke…n’est pas encore né !

Vous connaissez Froggy Town, une des belles bourgades boueuses de l’Ouest obsédées par la quête du métal jaune ? Lucky Luke non plus, avant qu’il n’y atterrisse par une soirée pluvieuse pour, a priori, une rapide halte. Or la ville est empêtrée dans une triste histoire de vol de pépites, et les mineurs qui les avaient si durement acquises implorent notre cowboy de  leur venir en aide. 

Rien ne fait peur à Lucky Luke, sinon qu’il va quand même lui falloir, pour tenter de mener à bien l’enquête avec l’aide de Doc Wednesday, faire face à la fratrie des Bone dirigée d’une de main de fer par leur patriarche, et tout cela sans une once de tabac puisque le village est en pénurie !  

Et si le héros de notre enfance, le célèbre cowboy qui tire plus vite que son ombre, venait à mordre la poussière après 70 ans de bons et loyaux services ? Suspense insoutenable pour un album qui commence par un Lucky Luke face contre terre…

Quel hommage ! L’auteur complet Matthieu Bonhomme sort des sentiers battus pour nous présenter un Lucky Luke « new look » du plus bel effet. La surprise passée de découvrir un Jolly Jumper qui a perdu l’usage de la parole, on trouve un récit bien ficelé, rythmé, avec un final pour le moins inattendu. Le dessin ligne claire de Matthieu Bonhomme, déjà bien rodé dans la série Texas Cowboy, nous entraine dans un far West où la couleur jaune est omniprésente et que ne renierait pas Morris, son créateur.

Un must !

L’HOMME QUI TUA LUCKY LUKE BONHOMME Collection Lucky Comics Editions DARGAUD 64 pages 14.99 €

 

Bernard LAUNOIS

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Publié le 1 Avril 2016

LOST SEVEN 1 & 2, un conte de fées qui tourne au cauchemar

Qui ne connait la célèbre Blanche-Neige popularisée par Disney et ses sept nains. Ici, pas de nains mais des valeureux guerriers qui apprennent que Blanche-Neige a été spoliée par la Reine Rose et qui vont faire tout ce qui va être en leur pouvoir pour rendre le château à la belle demoiselle. Vaste programme qui va entrainer, à n’en pas douter, des séries de combats tous plus homériques les uns que les autres. Hélas, dans la bataille, voilà que le miroir maléfique de la reine Rose se brise en mille morceaux, laissant déferler une myriade d’êtres maléfiques à combattre également si l’on veut revenir à la paix.

Entre la reine Rose décédée, Blanche-Neige laissée pour morte et la malédiction répandue sur la terre, le tableau n’est guère reluisant.  Les sept guerriers seront-ils condamnés à se battre pour réparer l’irréparable ? Il faudra attendre une dizaine d’années pour que de nouveaux éléments viennent contrecarrer cette immonde machinerie que le lecteur va découvrir au travers des deux premiers albums de la série.

Grâce à un scénario plutôt bien ficelé, plein de surprises et avec des personnages attachants, la scénariste Kazuki Nakashima revisite de belle manière le conte des frères Grimm. La dessinatrice Yasung Ko n’est pas en reste en nous livrant de belles planches avec des décors fouillés, dans un rythme des plus dynamiques faisant de cette série une des belles réussites mangas du début d’année.

Enfin, pour les lecteurs qui auraient tendance à se morfondre en attendant la énième sortie d’un nouvel opus, ils pourront se réjouir que la série se résume à un quadriptyque.

LOST SEVEN 1 & 2 NAKASHIMA/YASUNG Editions DOKI-DOKI 192 et 176 pages, 7.50 € pièce

 

Bernard LAUNOIS

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