chronique de jerome boutelier

Publié le 28 Mai 2018

Esclaves de l’Ile de Pâques

Une civilisation à l’agonie

 

Découverte deux siècles plus tôt, Rapa Nui (l’Ile de Pâques) avait joui d’une relative tranquillité jusqu’à ce que les producteurs de guano péruviens, à qui la main d’œuvre faisait cruellement défaut, viennent enlever plusieurs centaines de Pascuans. C’est ainsi qu’entre

1859 et 1863 plus de la moitié des 2500 autochtones furent déportés pour être exploités dans la plus effroyable misère. L’un d’entre eux, Pana, ainsi qu’une poignée de ses compagnons d’infortune réchappèrent à cet esclavage et s’en retournèrent sur leur île, amenant avec eux les épidémies… et un missionnaire français venu avec l’intention d’évangéliser les natifs. Mais pour le Père Eyraud l’aventure se complique !

 

Le scénariste Didier Quella-Guyot a pris le parti de privilégier une approche historique en racontant l’inéluctable agonie de la civilisation pascuane. Très richement documenté, il parvient parfaitement à susciter le plus grand intérêt du lecteur dans la découverte de ses traditions culturelles au temps de sa disparition. Mais si l’intrigue est assez fidèle à l’histoire, elle semble manquer de linéarité pour permettre de distinguer parmi les différents protagonistes le héros du récit, auquel on pourrait s’attacher. Le lecteur aura tendance à s’y perdre alors un peu au risque de suivre  avec un peu de distance les pérégrinations des personnages.

 

Illustrant agréablement le récit, le dessin de Manu Cassier, efficace et sans chichis, rend lisibles les intentions des personnages. Tout

d’ocre et de bleu teinté, il apporte un éclairage à la fois lumineux et nostalgique, et confère à l’histoire une heureuse unité.

 

Bien dans l’esprit du scénario, un fort intéressant cahier historique de sept pages prolonge opportunément le récit, et permet au lecteur de tout savoir de ce bien triste épisode !

 

Au final, Esclaves de l’Ile de Pâques se lit avec plaisir et émotion, la justesse et l’intérêt de son propos méritant amplement qu’il prenne place dans toute bonne bibliothèque.

 

Esclaves de l’Ile de Pâques

par Didier Quella-Guyot et Manu Cassier, éditions La Boite à Bulles mai 2018,

80 pages, 16 €

 

Jérôme Boutelier

Illustrations ©La Boîte à Bulles 2018

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 7 Mars 2018

Les Chats du Louvre, tome 2

Un rêve

 

Le petit chat est mort… Il y a du rififi dans les jardins : pris au débotté, les chats du Louvre livrent une bataille homérique contre le chien Ulysse dans le décor sylvestre des Tuileries et perdent l’un des leurs qui, tel le héros d’une tragédie de Shakespeare, se sacrifie pour sauver Flocon, le petit chat blanc qui entre dans les tableaux.

Venant en aide à Marcel, le vieux gardien de nuit un peu décati, la jeune guide Cécile identifie au fond de l’atelier de restauration Les Funérailles de l’Amour, le tableau dans lequel avait disparu 50 ans plus tôt Arrietta, la sœur de Marcel. Flocon se fera-t-il de nouveau passe-tableau pour rejoindre les cupidons espiègles ? Arrietta vit-elle encore, est-elle prisonnière ?

 

Si tel poète se plaisait à voir un chat passant parmi les livres, Taiyô Matsumoto a quant à lui  aimé percher ses chats sur les toits du Louvre ou les cacher dans les soupentes, plutôt qu’à les faire déambuler en catimini dans les couloirs du musée, se glissant peut-être derrière une statue d’Hercule et sous un portrait de Berlioz. Chat mystérieux, chat séraphique, chat étrange: chez Matsumoto il n'y a pas de chat ordinaire. Matous et mistigris montrent un double visage, tantôt félin tantôt mi-humain, comme pour mieux illustrer le passage entre les deux mondes qu’il aime à évoquer, ombre et lumière.

 

Avec virtuosité Taiyô Matsumoto poursuit ainsi en un long rêve la fable poétique qu’il avait

initiée dans le premier tome du diptyque. Jouant en fin psychologue sur les ressorts affectifs des personnages, il entraine le lecteur dans son univers très personnel, réussissant parfaitement à concilier sa griffe de mangaka au trait souple et son approche de la BD européenne, jusqu’au clin d’œil final à Taniguchi, cerise sur le gâteau. Brillant !

 

Petit chat est devenu grand. Le monde de Matsumoto nous conduit à la félicité.

Courons-y !

 

Les chats du Louvre, Tome 2

par Taiyô Matsumoto, Futuropolis & Musée du Louvre éditions, mars 2018

210 pages, 26,00 €

 

Illustrations ©Matsumoto / Shôgakukan, 2017 / Futuropolis – Musée du Louvre éditions, 2018

 

Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 24 Février 2018

Cintré(e)

A qui perd gagne

 

C’est un dessinateur de bande dessinée en galère et sans contrat,  solitaire et un peu déprimé, timide et complexé, faible. Signe particulier : obèse. Elle est une jeune artiste touche-à-tout, excentrique et imprévisible, schizophrène et incontrôlable. Signe particulier : anorexique.

Hasard ou destin ? Poussé par la faim, il se résout à accepter un poste de chef illustrateur dans une agence de pub, charge à lui d’encadrer la fille de son patron, une jeune femme cherchant à émerger d’un long épisode psychiatrique. Ils se découvrent et apprennent à se connaitre, chacun habité par ses propres hantises et en conflit avec son propre corps. Mais en fait, qui secourt l’autre ? L’aide-t-il à recouvrer sa stabilité perdue ? Et elle, entraine-t-elle son mentor vers le bas, ou l’accompagne-t-elle pour qu’il trouve sa rédemption ?

 

Dans une histoire romancée sombre et drôle en même temps, Jean-Luc Loyer dévoile avec délicatesse et tendresse un moment de sa vie. A travers les scénettes plus ou moins courtes, il esquisse le portrait d’une relation plus complexe qu’il n’y parait par petites touches tout empreintes de pudeur et de lucidité à la fois. Son dessin rond, cantonné dans les nuances de gris, laisse toute la place à son propos tout en l’habillant de l’atmosphère grave qui lui convient.

Quel album émouvant, qui saura toucher chacun ! Jean-Luc Loyer nous a habitués à ses romans graphiques dont le regard porté sur la société en raconte souvent les malaises. Il fallait toute sa sensibilité pour aborder le sujet douloureux d’une dramatique maladie psychiatrique et de sa place dans les rapports sociaux et intimes, tout en sachant rester dans le domaine de l’émotion plutôt que de vouloir y donner une valeur documentaire.

Cintré(e), je vous disais.

 

 

Cintré(e)

par Jean-Luc Loyer

Futuropolis, février  2018

20 €

 

Illustrations © Futuropolis 2017

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 8 Février 2018

Le Suaire

La peste, celle qui ronge les âmes

 

En l’hiver 1357 l’abbaye de Lirey abrite Lucie, une jeune et jolie nonne ballotée entre amours refoulées et quête mystique, soignant miséreux et pestiférés. Son cousin Henri, l’évêque de Troyes, cherche à la dissuader de demeurer dans les ordres, pendant que son protecteur Thomas, le prieur de l’abbaye, s’échine à poursuivre la construction d’une abbatiale destinée à accueillir une relique rapportée de Jérusalem. Sur fond de processions des Flagellants et d’épidémie rampante de peste, se noue une intrigue où les passions dévorantes croisent les ambitions tout humaines : et le Suaire va apparaitre.

 

Les scénaristes Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, écrivains et réalisateurs de documentaires télévisés traitant du christianisme, se sont emparés de l’énigmatique histoire du Suaire de Turin pour créer une série en trois volumes. Le Suaire parcourra les siècles et les pays et incarnera la passion amoureuse des trois personnages. Le premier épisode nait ici dans un Moyen-âge décrit dans tous ses excès et ses laideurs, maladie et misère disputant à violence et libations, scènes de flagellation à débordements fanatiques autour de l’ostension de la sainte relique.

 

Éric Liberge s’est naguère révélé au public avec la superbe série en noir et blanc Monsieur Mardi-Gras Descendres, et le lecteur est depuis longtemps habitué à ses magnifiques albums et à ses couleurs directes. Le dessinateur s’est ici dépassé en revenant au noir et blanc pour livrer d’époustouflantes planches, dont les encrages sublimes transcendent le récit et transportent le lecteur au cœur de l’action. Du très grand art !

 

Tandis que les polémiques resurgissent régulièrement au gré des publications quant à la nature du Suaire de Turin, les plus fervents partisans de son authenticité seront sans nul doute déçus du parti-pris des auteurs d’en faire le résultat d’une supercherie, qui plus est purement mercantile. Mais ne serait-ce pas une erreur de penser qu’ils ont fait de ce point de vue une hypothèse de scientifique, alors qu’il ne serait que le postulat nécessaire au développement d’une grande fiction romanesque, servant d’écrin aux passions les plus folles ?

 

 

Le Suaire, premier tome Lirey 1357

par Gérard Mordillat, Jérôme Prieur et Eric Liberge

Futuropolis janvier  2018

17 €

 

Illustrations © Futuropolis 2017

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 7 Février 2018

3 fois dès l’aube

Rêve ou réalité ?

 

Une valse à trois temps, qui s’offre encore le temps… chantait Brel. Trois scènes pour évoquer deux personnages qui s‘y croisent à différents moments de leur existence; trois rencontres improbables, à l’heure où la nuit n’est plus tout à fait nuit et où le jour tarde encore un peu à poindre, chacune marquant un tournant dans la vie des deux interlocuteurs. Ce pourrait être une histoire banale, mêlant un incendie, un meurtrier, une scène de ménage… Mais la cohérence attendue s’évanouit devant l’âge de chacun des deux protagonistes, un âge qui évolue de façon distincte pour défier toute logique.

 

En une centaine de pages le scénariste Denis Lapière a parfaitement su tirer la substantifique moelle du roman éponyme d’Alessandro Barrico dans une adaptation magistrale, qui laisse au lecteur la déroutante impression de ne plus avoir de repère temporel et de flotter dans un rêve. Qui sont-ils ? Où et quand vont-ils ? Avec brio, Denis Lapière croise et entremêle l’évidence de chaque rencontre et l’énigmatique destin des personnages.

 

Le style de la dessinatrice Aude Samama montre encore sa pertinence dans cette nouvelle  association avec Denis Lapière. Par ses planches soignées tout empreintes de sensualité et de vigueur à la fois, elle donne chair au récit pour l’extirper de sa construction un brin évanescente. Reprenant avec talent une technique particulière et peu souvent utilisée dans la bande dessinée, elle peint à l’acrylique sans crayonné préalable, apportant de la densité aux scènes pour mieux inviter le lecteur à prendre le temps de la découverte.

Une histoire subtile et grave à la fois qui vous empoigne et vous entraine dans un tourbillon  jusqu’à ses dernières pages : à ne pas manquer.

 

3 fois dès l’aube

par Denis Lapière et Aude Samama, d’après Alessandro Barrico

Futuropolis février  2018

20 €

 

Illustrations © Futuropolis 2017

 

 Jérôme Boutelier

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Publié le 2 Janvier 2018

Les Damnés de la Commune, à la recherche de Lavalette

Les images de l'histoire.

Un jour de pluie Raphaël Meyssan entre s’abriter dans la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. Attendant la fin de l’averse, il feuillette un livre et s’aperçoit qu’il vit dans un immeuble également habité quelques 150 ans plus tôt par un illustre inconnu, un certain Lavalette, qui était communard. Mais bien qu’ayant été un des acteurs de la Commune de Paris ce Lavalette n’a guère laissé de traces. Sa curiosité alors éveillée, Raphaël Meyssan se lance dans une minutieuse enquête historique.

 

Dans cette BD pas comme les autres, l’habile parti-pris de son maître d’œuvre Raphaël

Meyssan a été de décrire en filigrane les étapes de ses recherches documentaires qui s’immiscent au fil des pages et du déroulé des faits historiques, permettant de donner du piquant au récit. Respectant la chronologie des événements retracés de façon rigoureusement exacte, découpée en chapitres tels les feuilletons populaires de l’époque, la narration reste fluide, délicatement adoucie par le récit qui s’intercale de la vie émouvante de Victorine, une misérable Communarde de base.

 

Mais la véritable originalité de l’album réside dans sa conception, car Raphaël Meyssan, graphiste de métier, n’a réalisé aucun dessin ! Il a exclusivement utilisé la très riche iconographie de l’époque, se constituant une base documentaire de milliers de gravures qu’il a savamment découpées, recadrées ou agrandies, employant chaque détail avec un parfait à-propos. Plaquant dialogues et commentaires off, il donne vie aux images et sublime leur authenticité.

 

Parce qu’elle en utilise tous les codes, les Damnés de la Commune est à la fois une véritable bande dessinée et une jolie petite leçon d’histoire: une magnifique réussite.

 

 

 

Les Damnés de la Commune, T1 A la recherche de Lavalette

par Raphaël Meyssan, éditions Delcourt,  novembre 2017, 23,95 €

 

Illustrations ©Delcourt 2017

 

Jérôme Boutelier

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Publié le 9 Décembre 2017

Undertaker T4, L’Ombre d’Hippocrate

Chute ou rédemption ?

 

Hanté par le remords, Jonas Crow l’Undertaker poursuit l’ogre de Sutter Camp, un certain Quint, chirurgien autant génialement habile que démoniaque : que n’avait-il supprimé ce monstre quelques années plus tôt, lorsqu’il en avait l’occasion ! Seulement Quint a su contraindre Rose à l’accompagner, après l’avoir blessée et promis de la soigner. Quel dilemme pour l’Undertaker ! Flanqué de Lin, saura-t-il vaincre ses démons et punir Quint sans condamner Rose ?

Avec un scénario particulièrement réussi, les rebondissements se succèdent à un rythme enlevé au fur et à mesure que se révèlent les plans machiavéliques de l’ogre, maitre de la manipulation. Mais derrière l’intrigue, le scénariste Xavier Dorison a su aussi nourrir de sens un récit dans lequel tous les protagonistes convergent vers le dénouement, suivant chacun leur chemin vers la chute ou la rédemption. Les auteurs nous incitent à réfléchir à des questions existentielles toujours actuelles, laissant au lecteur le soin d’y répondre : un criminel sauvant dix fois plus de vies qu’il n’en prend doit-il rester libre ? Peut-on faire des concessions à la morale lorsque notre vie en dépend ? Aider malgré soi des assassins vous en rend-il complice ?

Au dessin, Ralph Meyer se montre tout aussi efficace, son trait réaliste campant brillamment des personnages expressifs au milieu de décors soignés et bien servis par les couleurs de Caroline Delabie.

Avec de tels ingrédients, nul doute que L’Ombre d’Hippocrate, qui clôt le second diptyque d’Undertaker, rencontrera le même succès que les précédents opus, un succès amplement mérité !

 

Undertaker, tome 4 L’Ombre d’Hippocrate

par Xavier Dorison et Ralph Meyer, Dargaud, novembre 2017, 13,99 €

 

Illustrations ©Dargaud 2017

 

Jérôme Boutelier

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Publié le 6 Décembre 2017

Les Chats du Louvre

La poésie de Matsumoto

 

La nuit tous les chats sont gris, dit-on. Et pourtant depuis des siècles, chaque soir après que les salles du Louvre sont désertées par les visiteurs, une harde de chats rode dans les couloirs silencieux du musée, chacun portant son propre secret. Bien que tenus à la clandestinité, il leur arrive de croiser furtivement un regard au risque de se faire démasquer.

Ici les chefs d’œuvre ne sont plus que figurants et décorent les pérégrinations nocturnes de Marcel, le vieux gardien flanqué du petit nouveau, et de Cécile la guide, sensible et curieuse. Mais Marcel parviendra-t-il à retrouver sa sœur, disparue cinquante ans plus tôt dans un tableau ? Peut-on entendre la voix des peintures ? Flocon est-il un passe-tableau ? Pourquoi les chats changent-ils de forme sur les toits ?

Confondant en un album singulier son style de mangaka et le monde de la bande dessinée européenne, le réputé Taiyô Matsumoto répand au fil des pages un récit tout empreint de poésie, parvenant à habiter les murs de son univers onirique. Pudeur et délicatesse habillent les relations entre les personnages, que souligne la douceur du dessin au milieu d’un décor hachuré.

Après Taniguchi et quelques autres fameux dessinateurs mangakas qui l’ont précédé dans la réalisation d’un album pour le Musée du Louvre et Futuropolis, le talentueux Japonais Matsumoto réussit à son tour un coup de maitre avec le premier tome d’un diptyque dont on attend l’épilogue avec impatience.

 

Les Chats du Louvre, Tome 1

par Taiyô Matsumoto, Futuropolis & Musée du Louvre éditions, novembre 2017, 26,00 €

 

Illustrations ©Matsumoto / Shôgakukan, 2016 / Futuropolis – Musée du Louvre éditions, 2017

 

Jérôme Boutelier

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Publié le 5 Décembre 2017

Airborne 44 T7, Génération perdue

Enjeux majeurs

Mars 1945, alors que l’étau commence à se former autour de Berlin, une poignée d’Allemands cherche à échapper au chaos dans une ambiance crépusculaire propice à la panique. Parmi eux un officier sans scrupules, Geisel, est chargé de préparer en éclaireur leur fuite à l’étranger, et pour y parvenir il contraint à l’accompagner Aurélius, un soldat hostile aux exactions nazies mais fidèle à son devoir d’obéissance. Accompagnés par Solveig, la fille d’un dignitaire du régime, ils croisent sur leur route deux adolescents juifs évadés du camp de Dora, et un savant en fuite spécialiste des V2.

 

 

Après les premières pages consacrées à mettre en place les divers protagonistes du récit, l’intrigue se déploie savamment, louvoyant entre bassesses et vengeances, complots et trahisons. Au détour de quelques cases la Shoah est montrée, sans ostentation mais avec suffisamment de présence pour rappeler que les personnages incarnés ici avec humanité, appartenant à un peuple éminemment cultivé, se sont pourtant laissé entrainer à se vautrer dans la plus immonde des boues.

Le dessin de Philippe Jarbinet est toujours aussi réaliste et précis dans les détails, et ses couleurs splendides accompagnent parfaitement l’atmosphère lugubre de l’horreur dans une Allemagne en déroute.

Dans la droite ligne d’une série devenue une référence de la bande dessinée relative à la Seconde guerre mondiale, Jarbinet, en parfait raconteur d’histoires qu’il est, amorce ainsi avec ce nouvel album passionnant la transition entre le conflit vu à travers son aspect le plus terrible et le plus essentiel, et les enjeux majeurs de l’après-guerre qui se dessinent déjà et dont on devine dans l’intrigue naissante qu’ils se joueront sous nos yeux au fil des pages.

Airborne 44 T7, Génération perdue

par Philippe Jarbinet, éditions Casterman, novembre 2017, 14,50 €

 

Illustrations ©Casterman 2017

Jérôme Boutelier

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Publié le 24 Octobre 2017

Peyi an nou

Peyi an nou

 

Peu nombreux sont ceux qui peuvent se targuer de connaitre le Bumidom et son histoire, sauf à l’avoir vécue…  ou à suivre les programmes des heures creuses de France Télévisions. En 1963 la France crée le Bumidom, une agence d’état chargée d’attirer les Antillais et les Réunionnais vers l'Hexagone et d’y organiser leur arrivée. C’est ainsi qu’en vingt ans plus de 160.000 Domiens ont émigré, quittant leur terre natale pour des rêves bien souvent déçus dans un exil d’où le retour est parfois impossible.

Sous forme de récit documentaire, Peyi an nou (notre pays en langue créole) relate l’enquête des deux auteures sur les traces des malheureux postulants passés par les services de l’organisme, décrivant l'isolement, la précarité et la discrimination, les désillusions des déracinés pris au piège.

Alternant la distance nécessaire à une étude objective et l’empathie naturelle pour les témoins qui se livrent à elle, la scénariste Jessica Oublié brosse un tableau très complet de ce qu’a représenté le Bumidom, étayant les témoignages des usagers par les éclairages de spécialistes, pour faire connaitre ce pan plutôt ignoré et tu de notre histoire récente.

Tout en complicité, la dessinatrice Marie-Ange Rousseau a su parfaitement se couler dans le sillage de sa scénariste, croquant les sujets avec tendresse et efficacité.

 

Un roman graphique absolument indispensable pour comprendre la place des Domiens dans la France hexagonale d’aujourd’hui.

 

Peyi an nou

par Jessica Oublié et Marie-Ange Rousseau,

Editions Steinkis, octobre 2017, 20 €

 

Illustrations ©Steinkis 2017

Jérôme Boutelier

 

 

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