chronique de jerome boutelier

Publié le 21 Février 2020

Swan T2, Le Chanteur espagnol

Malaise aux Beaux-Arts.

 

Se faisant passer pour un homme, Swan a pu rejoindre son frère Scottie aux

Beaux-Arts, mais le parcours d’un rupin dans la prestigieuse école n’est vraiment pas une sinécure. Si Swan peut donner la pleine mesure de son talent, elle agrège à son encontre toutes les rivalités et craint que le subterfuge soit découvert. Quant à Scottie, il ne parvient pas plus à trouver sa place qu’à exprimer son art.

Opiniâtre et téméraire, Swan saura-t-elle esquiver les coups bas ? Comment Scottie, décontenancé, trouvera-t-il sa voie ? Pour les cousins d’Amérique d’Edgar Degas, il n’est pas aussi facile qu’ils l’auraient imaginé d’assouvir leur vocation.

 

Après un premier volume qui montrait les deux aspirants peintres s’installer dans la capitale, Nejib poursuit ici son évocation du bouillonnement culturel qui habite le Paris artistique en plein milieu du Second Empire.

 

Le plan suit toujours les velléités de Manet de lancer sa carrière, tandis que Degas tâtonne en s’essayant à illustrer le Paris populaire et qu’un Monet encore tendre débarque de sa province. Par petites touches, l’auteur explore les premières aspirations de ces jeunes peintres à s’écarter des canons officiels, et qui donneront, plus tard, naissance à l’impressionnisme.

 

 

Tel est le décor de la fiction dans laquelle évoluent les deux jeunes héros. Avec un sens narratif très moderne et brillant, Nejib propose un haletant découpage feuilletonnesque en treize chapitres, qui permettent de passer avec fluidité d’un personnage et d’une scène à l’autre, pour emporter le lecteur sans jamais laisser retomber le rythme et l’intérêt.

Ces séquences dynamiques sont habillées par son trait sobre et élégant qui éclaire subtilement la psychologie des personnages. Les pages aérées, les couleurs discrètes faites d’aplats souvent en bichromie, les dialogues ciselés forment un écrin qui nourrit le récit tout en lui laissant toute la place pour exprimer sa puissance romanesque.

 

 

 

Tout aussi abouti que le premier tome, Le Chanteur espagnol se révèle une magnifique réussite qui confirme la maitrise scénaristique de Nejib. Le lecteur n’en est que plus impatient de connaitre la fin du récit, qu’il attendra de découvrir dans le prochain et dernier album d’une série passionnante autant qu’instructive.

 

Swan T2, Le Chanteur espagnol

par Nejib

Gallimard, février 2020

160 pages, 20,90 €

 

Illustrations : Nejib © Gallimard 2020

 

 Jérôme Boutelier

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Publié le 19 Janvier 2020

Les Maitres des Iles T2, Martinique 1847

Ouragans…

 

Deux ans sont passés et plus que jamais Eliza Huc, l’indomptable héritière de la plantation sucrière, tente de construire l’avenir avec une détermination sans faille,

s’affrontant tour à tour à la ruine qui guette le domaine, au cynisme jamais démenti d’un grand-père esclavagiste, et au désordre de ses propres sentiments amoureux. Alors qu’avec ingénuité elle tente désespérément d’obtenir un secours des banques, son frère ainé rentre de ses études en France, rappelé par sa famille qui espère en lui un successeur salvateur. Saura-t-elle composer avec les surprenantes foucades de celui-ci ? Leur grand-père, naviguant entre violences et racisme, acceptera-t-il de

passer la main ? Eliza pourra-t-elle dominer ses pulsions et choisir parmi ses prétendants ?

 

Le récit explore les mutations d’une période charnière pour les Antilles, alors que l’ancien monde dont l’économie et les mentalités reposent entièrement sur l’esclavage doit se préparer à l’émergence des idées de liberté apportées depuis la Révolution, et à la modernisation de l’industrie.

Grâce à un Stéphane Piatzszek en grande forme à la manœuvre, le scénario se

densifie encore avec ce second tome pour promener le lecteur d’ouragans en ouragans : le cyclone dévastateur qui frappe l’habitation, l’imminente proclamation de l’abolition, ou encore le tourbillon des sentiments d’une fougueuse et très moderne Eliza. Les personnages gagnent en densité et montrent leurs failles et leurs contradictions jusqu’à les rendre attachants. Jamais le Morne Folie n’aura aussi bien porté son nom !

 

Le dessin réaliste de Gilles Mezzomo met parfaitement en images la société vieillissante des plantations avec des personnages expressifs campés dans des décors précis et soignés, ajoutant encore de l’authenticité au récit.

 

Un album passionnant et coloré riche en rebondissements et en sentiments.

Les Maitres des Iles T2, Martinique 1847

par Stéphane Piatzszek et Gilles Mezzomo

Éditions Glénat, janvier 2020

62 pages, 14,95 €

 

Illustrations : Piatzszek et Mezzomo © Glénat 2020

 

 Jérôme Boutelier

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Publié le 3 Novembre 2019

L’écolier en bleu, Chaïm Soutine

Pas si rustre !

En 1941, le peintre Chaïm Soutine et sa compagne Marie-Berthe Aurenche fuient Paris et les rafles de Juifs pour se cacher dans le village de Champigny-sur-Veude. Durant les deux années de ce séjour assez productif pour Soutine, l’artiste un peu misanthrope et un jeune gamin du village s’apprivoisent mutuellement, et leur rencontre donne naissance à un tableau. Mais l’état de santé du peintre décline.

Le scénariste Fabien Grolleau a pris le contrepied de l’image qui est souvent restée de Soutine, celle d’un rustre plutôt introverti et caractériel, en faisant découvrir au lecteur un personnage plus complexe qu’il n’y parait. Le récit brosse habilement le portrait d’un homme qui s’isole, terrassé par les douleurs dues à sa maladie, habité par le doute, alternant périodes de ferveur créatrice et épisodes de crise, entouré par les quelques proches dont il consent à s’entourer. Avec habileté Fabien Grolleau replace les événements racontés dans leur contexte historique et dans celui de la vie de Soutine.

Au dessin exécuté d’un trait un peu charbonneux, Joël Legars s’est emparé du personnage avec une tendresse certaine qui transparait dans son style un peu jeté, évoquant la fugacité des instants ou la discrétion de l’homme, tout en lui donnant une vraie consistance. Il apporte avec talent une grande fluidité au récit.

L’ensemble est parfaitement cohérent et permet au lecteur de découvrir, avec un intérêt qui ne faiblit à aucun moment, les facettes ignorées d’un artiste tout aussi attachant que pas assez connu.

Un roman graphique très réussi, à lire sans attendre.

 

L’écolier en bleu, Chaïm Soutine (1941-1943)

par Fabien Grolleau et Joël Legars

Steinkis octobre 2019

99 pages, 18 €

 

Illustrations : Grolleau et Legars © Steinkis 2019

 

 Jérôme Boutelier

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Publié le 11 Octobre 2019

Mentawaï !

L’esprit de la forêt.

 

L’archipel indonésien des Mentawaï, situé au large de Sumatra, abrite un peuple autochtone profondément animiste, vivant en symbiose avec la forêt et qui tente de résister par sa culture aux tentatives d’assimilation que voudrait lui imposer le gouvernement indonésien : ce sont les Mentawaï.

Une jeune Française, Tahnee Juguin, les a étroitement côtoyés effectuant chez eux plusieurs longs séjours pour apprendre leur langue et découvrir leur mode de vie ancestral, jusqu’à nouer une intense amitié. Partageant avec eux leur désir de sauvegarder leur culture, elle les convainc de réaliser ensemble un film sur leur vie et sur leurs coutumes. Pour raconter les péripéties de cette entreprise, elle décide d’écrire aussi une bande dessinée relatant l’aventure, s’adjoignant alors la complicité de Jean-Denis Pendanx.

 

Avec un regard tout à la fois affectueux et objectif, le scénario de Tahnee Juguin entraine le lecteur dans une plongée extrêmement documentée du point de vue ethnographique au cœur des umas, vastes habitations collectives traditionnelles. Le récit du tournage du film, qui sert de fil conducteur, permet d’explorer sans lassitude aucune les multiples facettes de l’univers des Mentawaï : le partage des biens et des ressources, la répartition des tâches, l’harmonie des familles, les rires incessants et les jeux des enfants, les modes d’alimentation et d’habillement, ou la relation au tourisme…

Un intérêt particulier est porté aux sikerei, les chamanes, et à leur initiation, à leurs gestes, aux objets porteurs d’esprit, aux tabous, aux liens profondément harmonieux et respectueux avec la nature qui les entoure et les nourrit.

 

Jean–Denis Pendanx nous a depuis longtemps habitués à ses splendides couleurs qu’il pare de tons chauds et lumineux dans les ambiances tropicales qu’il excelle à composer. Pour ce nouvel album il a su doser avec beaucoup de justesse et de subtilité la flamboyance des décors qui immergent le lecteur dans une exotique forêt indonésienne, sans jamais reléguer au second plan une précision quasi-documentaire dans la description du quotidien des Mentawaï et de leurs traditions.

 

Tout autant récit de voyage prenant et attachant que documentaire riche et précis, Mentawaï !  s’avère une superbe bande dessinée dans la droite ligne des albums d’un Emmanuel Lepage… sur les conseils duquel s’est régulièrement appuyée Tahnee Juguin.

Amoureux des voyages, de la nature ou des civilisations, précipitez-vous !

 

Mentawaï !

par Tahnee Juguin et Jean-Denis Pendanx

Futuropolis septembre 2019

160 pages, 25 €

 

Illustrations : Juguin et Pendanx© Futuropolis 2019

 

 Jérôme Boutelier

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Publié le 2 Septembre 2019

Les Indes Fourbes

Une épopée flamboyante.

 

« Gueux j’étais, gueux je resterai… ». Cherchant à échapper au destin misérable réservé à sa naissance, Pablos atteint le Nouveau Monde - les Indes – en quête de l’Eldorado, et se sert de tous les moyens pour assurer sa survie, déployant les ruses les plus perfides ou les roublardises les plus odieuses pour tromper les faibles comme les forts, suscitant mépris et ires vengeresses.

Le roman picaresque a marqué la littérature espagnole du 17e siècle. Alain Ayroles et Juanjo Guarnido se sont emparés d’un de ses fleurons, El Buscon, pour en imaginer la suite. Le scénario d’Alain Ayroles, dense et remarquablement complexe dans sa construction, engendre une suite de rebondissements rocambolesques et plonge le lecteur dans un récit haletant de la genèse à la conclusion de l’histoire.

Empruntant aux codes du genre, Ayroles livre un récit que raconte à la

première personne une voix off. Il déploie tout son art du verbe dans le style qu’il affectionne aux tournures un brin surannées et parfaitement écrit. Avec une extraordinaire maestria, les deux auteurs insufflent tout au long de l’album une force à souhait comique ou tragique au moyen de savants décalages : décalage entre le texte et l’image qui montre la réalité des événements, décalage entre les versions d’un chapitre à l’autre au gré des narrateurs successifs, décalage entre les émotions avec un dessin instillant ça et là un détail comique ou tragique à l’inverse de la situation.

 

Au sommet de son art, Juanjo Guarnido offre 145 planches époustouflantes. Illustrés dans un style réaliste, les paysages et les animaux sont sublimes, les décors somptueux, parés de couleurs aquarellées splendides et éclatantes.

Au cœur de l’album le récit glisse vers douze pages muettes sans qu’on s’en aperçoive tant la force expressive du dessin suffit. Les personnages, eux, sont croqués de façon semi-réaliste avec la verve cartoonesque dont il est passé maitre. Les références au peintre Velasquez sont nombreuses et plus particulièrement à l’un de ses tableaux les plus connus, Les Menines, dont l’énigmatique composition a subtilement inspiré les deux auteurs.

 

Dans une symbiose aboutie qui donne à chacun des deux toute sa place, le scénario et le dessin flamboyants de l’album font des Indes Fourbes un titre phare de l’année et qui restera immanquablement dans les annales.

 

 

 

Les Indes Fourbes,

par Alain Ayroles et Juanjo Guarnido

Delcourt août 2019

160 pages, 34,90 €

 

Illustrations : Ayroles et Guarnido© Delcourt 2019

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 26 Septembre 2018

Le Suaire T2, Turin 1898

Amour, politique et religion

 

Quelque cinq bons siècles après sa première apparition en Champagne, le Suaire connait une nouvelle ostension dans la cathédrale de Turin à la fin du mois de mai 1898. Un photographe prend des clichés, et sur le négatif transparaissent le corps et le visage du Christ. Supercherie ou relique authentique? Deux mondes aux conceptions diamétralement opposées s’affrontent sur le sujet, sur fond de combat politique et de révolte populaire. Le baron Tomaso Pastore d’Urbino emploie tous les moyens pour prouver l’authenticité du Suaire. Mais Enrico, un député socialiste athée, défend avec virulence la thèse contraire. Entre les deux évolue la fille du baron, Lucia, dont Enrico est secrètement l’amant. Jusqu’où iront les deux adversaires, obstinément arc-boutés sur leurs idées ? Lucia sortira-t-elle indemne de cette lutte acharnée?

 

C’est la seconde étape de la trilogie imaginée par les deux scénaristes Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, pour un nouveau moment crucial dans l’histoire du débat sur l’authenticité de la relique. Si après une quinzaine de planches quasi muettes on entre petit à petit dans les arcanes de l’Église et les arguments scientifiques, au risque pris par les auteurs de sembler austères, très vite l’intrigue prend corps et entraine irrésistiblement le lecteur dans son sillage. Avec habilité le scénario progresse parallèlement sur trois plans, disputes politiques, polémiques religieuses et rivalité amoureuse, dont Lucia est l’enjeu passionné et finalement le centre d’un récit éminemment romanesque.

 

Dans la droite ligne du premier tome, Éric Liberge livre une prestation graphique exceptionnelle avec un dessin réaliste en noir et blanc d’une beauté à couper le souffle, tant par la finesse et l’élégance du trait, que par la composition des planches, la précision des détails et le jeu des lumières : du grand art, faisant de chaque case un tableau qu’on ne se lasse pas d’admirer.

 

 

On attend impatiemment la troisième lecture de cette folle passion entre trois personnages,

avec la dernière époque dont la parution est prévue en 2019.

 

Le Suaire, deuxième tome, Turin 1898

par Gérard Mordillat, Jérôme Prieur et Éric Liberge

Futuropolis septembre  2018

72 pages, 17 €

 

Illustrations © Futuropolis 2018

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 23 Septembre 2018

Negalyod

Le Réseau maitrise l’eau

Le Réseau maitrise l’homme

 

Jeune berger nomade du désert de Ty, Jarri guide ses chasmosaures dans un étonnant monde post-apocalyptique. Lorsque son troupeau est anéanti par une nouvelle expérience climatique du « Réseau », une entité aussi mystérieuse que tyrannique qui dirige le monde, il gagne la ville pour se venger, et s’allie à un groupe de rebelles emmenés par le Grand Kan et sa fille Korienzé. Découvriront-ils les secrets du Réseau, et sauront-ils en venir à bout ?

 

Vincent Perriot, auteur à la fois du scénario et du dessin, propose un habile mélange de genres avec une histoire fantastique empruntant aux codes de la science-fiction comme à ceux du western, où les créatures préhistoriques côtoient les vestiges d’une civilisation ultra-technologique. Fable aux tons politiques sur le contrôle des esprits par une dictature, parabole aux accents écologiques sur l’eau comme enjeu majeur de la survie de l’humanité, allégorie sociale et religieuse illustrant le fossé entre élites et masses, le récit sans être novateur est adroitement construit et parvient immédiatement à captiver le lecteur, nonobstant quelques questions restées sans élucidation.

 

Chaque scène est prétexte à livrer d’époustouflantes planches alternant décors splendides et constructions complexes, pleines pages et amoncellements de petites cases. Le dessin de Vincent Perriot est dynamique et rythmé, expressif et riche en détails, épanoui dans les mouvements, accompli dans les paysages. Les pages sont majestueusement mises en couleurs par Florence Breton dont il faut souligner la participation à cette grande et superbe réussite graphique qu’est Negalyod.

 

 

Ses précédents opus, notamment Belleville

Story et Paci, avaient valu à Vincent Perriot la reconnaissance du milieu. Abordant un autre genre, il montre une nouvelle facette de son talent avec cet imposant one-shot de 208 pages qui se lit d’une traite avec un plaisir qui ne faiblit pas un instant jusqu’à la fin: de la belle, de la grande science-fiction !

Negalyod

par Vincent Perriot

Couleurs : Florence Breton

Casterman septembre 2018,

208 pages, 25 €

 

Jérôme Boutelier

Illustrations © Casterman 2018

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 18 Septembre 2018

Le Château des étoiles, T4 Un Français sur Mars

Voyages fantastiques

Dans le précédent tome, le Professeur Dulac avait été enlevé par une expédition prussienne partie vers Mars. Son fils Séraphin, accompagné par ses amis, part maintenant à sa recherche sur la planète rouge, non sans être escorté par Gudden, le traitre. Rebondissements et rixes s’enchainent jusqu’à ce que Séraphin se retrouve seul. Il rencontre alors une mystérieuse princesse blessée, à qui il vient en aide. Trouveront-ils ensemble du secours avant d’affronter de nouveaux dangers ?

 

 

Le scénario d’Alex Alice, ménageant quelques coups de théâtre entre des péripéties assez classiques, entretient un rythme alerte de chapitre en chapitre et soutient l’intérêt du lecteur jusqu’à la dernière case. Par un habile dosage il alterne avec romanesque événements empruntés au monde du conte de fées avec actions dignes d’un space opéra, enrobés d’un style tout à fait vernien tant dans les rebondissements vécus par les héros que dans les relations entre personnages.

Avec une mise en scène très réussie, son dessin semi-réaliste fait montre d’une certaine élégance, et est habillé de somptueuses couleurs pastel tout empreintes d’une grande douceur, aux tons un peu éthérés pour être en parfaite harmonie avec le genre.

Le charme tout à la fois un peu suranné et empreint de poésie qui se dégageait des premiers volumes de la série reste entier dans ce nouvel opus. Alex Alice a parfaitement su maintenir la veine rétro-fantastique qu’il a utilisée avec bonheur depuis le premier tome de la série. Le soin apporté à la couverture et la construction des planches font référence aux éditions Hetzel et participent à la réalisation d’une extrême cohérence.

 

Jeunes et adultes, à coup sûr tous pourront y trouver leur compte. Un album immanquable, qui clôt le diptyque sur Mars.

 

Le Château des étoiles, vol.4 Un Français sur Mars

par Alex Alice

Rue de Sèvres septembre 2018,

64 pages, 14 €

 

Jérôme Boutelier

Illustrations © Rue de Sèvres

 

 

Exposition Le Château des étoiles

 

A l’occasion de la sortie du Volume IV du Château des Étoiles, Un Français sur Mars, la Galerie Daniel Maghen présente une vaste exposition théâtralisée dédiée à Alex Alice, du 20 au 23 septembre 2018 à l’Espace Commines (17 rue Commines, Paris 3e). Cet événement se prolongera à la Galerie Daniel Maghen, du 26 septembre au 6 octobre 2018 (36 rue du Louvre, Paris 1er).

L’événement plongera le visiteur en 1873, alors que la fièvre de l’éther s’est emparée du monde. Au sein d’un parcours visuel et sonore, l’exposition-vente présentera une centaine de planches, illustrations et couvertures issues des quatre albums du Château des étoiles.

 

Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 15 Septembre 2018

Eldorado

La couleur des solitudes

 

Ouvrier dans une usine d’un port industriel des États-Unis, meneur de grèves indigné, poète

romantique à ses heures perdues, Marcello est un idéaliste fougueux et rêveur qui brûle d’un amour incandescent pour Louisa. Mais piégé par son entourage, il se retrouve recruté de force sur le gigantesque chantier de construction d’un canal quelque part en Amérique tropicale, au début du  XXe siècle. Confronté à de terribles conditions, il n’y survit que dans l’espoir de retrouver son amoureuse.

Épouse solitaire et neurasthénique de l’ingénieur en chef du chantier, Barbara s’étiole dans sa villa, mourant d’ennui et rêvant de rentrer en Europe. Elle parvient à intercepter les lettres enfiévrées que Marcello adresse quotidiennement à Louisa, et bientôt leur lecture devient pour elle la seule lueur de son monotone quotidien, vite indispensable. Croisera-t-elle un jour Marcello ?

Après une BD parue en 2017 dans la Revue Dessinée, faite avec le même Damien Cuvillier sur un thème touchant déjà la Guyane, la jeune journaliste Hélène Ferrarini publie ici son premier album de bande dessinée. Elle met en exergue la destruction de la forêt amazonienne par la civilisation industrielle, dans un mouvement à la fois inéluctable et inane. Les personnages, romanesques à souhait, semblent prisonniers de leur destin et s’enfoncent avec quelque folie dans le tourbillon de leur solitude.

Le dessinateur Damien Cuvillier, après s’être fait remarquer avec son précédent opus Nuit noire sur Brest, démontre l’étendue de son talent et de sa maitrise des pinceaux. Ses magnifiques planches aquarellées aux dominantes grisâtres ou chaudes illustrent merveilleusement tant l’ère industrielle que les étouffantes langueurs tropicales, animant des personnages expressifs au sein de décors splendides. Les couleurs habitent subtilement les silences et les souvenirs évanescents, apportant un heureux supplément de densité à l’ambiance du récit.

 

Une belle histoire dans un somptueux écrin de couleurs, à lire à tout prix.

 

Eldorado

par Hélène Ferrarini et Damien Cuvillier

Editions Futuropolis août 2018,

176 pages, 26 €

 

Jérôme Boutelier

Illustrations ©Futuropolis 2018

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Publié le 2 Juin 2018

Les Oubliés de Prémontré

Personne ne nous entendra

 

Depuis que les troupes allemandes sont parvenues fin août 1914 à quelques kilomètres de l’Asile de Prémontré, près de Soissons, l’administration française a évacué le personnel médical et infirmier, abandonnant les 1300 aliénés qui sont internés sous la seule protection de l’économe André Letombe, assisté d’une poignée de gardiens et de religieuses. Arrive pour se faire embaucher Clément, qu’un mystère entoure, et qui devient vite un second fort utile.

Lorsqu’un régiment ennemi vient prendre ses quartiers dans l’établissement et réquisitionner vivres et charbon, André Letombe et Clément doivent faire face aux ravages dus au froid et à la famine, et composer avec les officiers allemands tantôt hostiles, tantôt bienveillants. Petits drames et instants fugaces de joie vont se succéder.

Si les combats ne sont pas loin, c’est une tout autre guerre que nous raconte Les Oubliés de Prémontré, un récit inspiré de faits réels: pas d’assaut ici, mais une lutte de tous les jours contre les règlements de l’administration française ou des autorités allemandes pour obtenir du secours; pas de barbarie non plus, mais une galerie de personnages confrontés chacun à ses propres failles et limites, à ses propres prisons. Stéphane Piatzszek a réalisé là son scénario le plus abouti avec une histoire humaine riche d’attentions et de dévouements, de frustrations et de solitudes. Il pose un regard respectueux sur la différence, effleurant avec tact la compréhension qu’avait l’époque des maladies mentales.

Une nouvelle fois Jean-Denis Pendanx libère tout son talent pour la couleur, sublimant les

paysages qui aèrent les planches comme autant de respirations pour entrecouper le huis clos de Prémontré. Il multiplie les petites vignettes comme pour symboliser l’enfermement des sujets sur leur monde intérieur, et propose des gros plans sur les visages et les regards reflétant parfaitement la profondeur de l’âme ou son mystère impénétrable, avec une intense sensibilité et beaucoup de tendresse pour les personnages aliénés.

 

Les talents conjugués des deux auteurs nous offrent, avec Les Oubliés de Prémontré, une

belle et poignante leçon d’humanité, un rayon de soleil pour illuminer une triste histoire.

Un album magnifique à lire absolument.

 

Les Oubliés de Prémontré

Stéphane Piatzszek et Jean-Denis Pendanx

Editions Futuropolis, mai 2018

104 pages, 21 €

 

 

Jérôme Boutelier

 

Illustrations ©Futuropolis 2018

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Rédigé par Bulles de Mantes

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