chronique de jerome boutelier

Publié le 12 Décembre 2013

Tsunami

L’éternité est là, présente dans les 112 pages de cet album splendide. Un jeune Français parcourt les iles d’Indonésie pour retrouver la trace de sa sœur ainée, qui n’a plus jamais donné de nouvelles après qu’elle soit venue soigner les victimes du tsunami sept ans plus tôt.

En quelques pages, les auteurs nous font entrer dans leur univers. Ils nous brossent un monde à la fois de sérénité et de confrontation, où la beauté sublime de la nature s’oppose à la laideur et la violence des dégâts, où se croisent des cultures différentes, où se frôlent des mondes parallèles.

Mettant à nu leurs failles, le scénariste Stéphane Piatzszek excelle à camper ses personnages,

qui d’improbables en viennent à nous toucher et nous devenir proches. Le découpage est parfaitement réussi et sert à merveille la narration. Le dessinateur Jean-Denis Pendanx a su magnifiquement traiter les couleurs, et c’est une véritable succession de tableaux qu’il nous est donné à découvrir en tournant une à une les pages.

On est rapidement happé par l’histoire, habité par l’ambiance, comme envouté par la grandeur et la force de cette terre si belle, si douce, et si cruelle aussi…

 

Pays tropical, catastrophe naturelle, nous sommes à l’autre bout du monde. Il faut lire Tsunami.

 

Tsunami, par Pendanx et Piatzszek, aux éditions Futuropolis

 

Jérôme Boutelier

Illustrations © Futuropolis 2013

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Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

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Publié le 2 Mai 2013

Les Voleurs de Carthage

Les pieds-nickelés de l'antiquité

Delenda est Carthago.

Alors que la chute de Carthage est imminente, un improbable duo de mercenaires déserteurs et devenus brigands tente maladroitement de tirer son épingle du jeu. Il s'associe à une sorte de mata-hari de l'antiquité et, ballottés par les événements, nos comploteurs s'introduisent dans le temple de Tanit en vue de s'emparer du trésor sacré.

  Félonie, séduction, aventure, combats épiques, tous les ingrédients d'un roman à succès sont au rendez-vous. Humour et cruauté font bon ménage dans cette histoire de pieds-nickelés débridée et hilarante, écrite par le scénariste Appollo, régional de l'étape puisqu'il est né en Tunisie. Sans jamais se départir d'une touche de tendresse pour ses personnages, il joue sur le décalage que notre vision moderne peut avoir d'un monde antique et féroce. Le récit oscille entre plusieurs pistes, sans toujours prendre la direction que l'on attendrait. Les dialogues distillent avec drôlerie un regard cocasse sur des rebondissements tout aussi inattendus les uns que les autres.

Rehaussé des couleurs chaudes d'Isabelle Merlet, le dessin expressif  et vif d'Hervé
Tanquerelle est terriblement efficace, qui sait restituer à merveille à la fois l'atmosphère lourde et  mystérieuse du complot, et la touffeur de l'Afrique du Nord avec une sensualité tout orientale.
 
Le grand maitre Goscinny se serait certainement régalé à la lecture de cet album parsemé de clins d’œil historiques et littéraires, dont l'humour grinçant habille avec impertinence un scénario dense et parfaitement construit: un album vraiment réussi, dont on attend avec impatience le deuxième et dernier épisode.


Les Voleurs de Carthage,

tome 1: Le Serment du Tophet


Appollo et Tanquerelle - Éditions Dargaud

54 pages 13,99 €

 

illustrations © Dargaud 2013

 

Jérôme Boutelier
 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 15 Octobre 2012

Un printemps à Tchernobyl

Vous avez dit la mort ?

 

Un printemps à Tchernobyl nous révèle dès même son titre toute l’ambiguïté du voyage qu’Emmanuel Lepage, en s’associant à une action humanitaire pour aider des enfants contaminés, a fait sur les lieux de Tchernobyl.

A la rencontre des quelques habitants vivant en lisière de la zone interdite, Emmanuel Lepage nous dévoile la découverte progressive et maladroite de l’autre, à la faveur de portraits tout empreints de finesse et de sensibilité. L’image de la centrale maudite reste sinistre dans l’inconscient collectif, et pourtant rapidement, la beauté trompeuse de la nature le conduit sur des sentiers insoupçonnés.

Plus qu’un pamphlet militant, plus qu’un témoignage journalistique, il nous entraine en immersion dans un univers où la réalité a rejoint la fiction la plus terrible, où les repères ont disparu tant le visible et l’invisible s’imposent tour à tour pour troubler les perceptions du monde environnant. C’est un conte philosophique qu’il nous offre, balançant entre éloge funèbre et hymne à la vie, dans lequel il se confronte aux mystères insondables du beau et du laid, du bien et du mal, de la vie et de la mort, en une quête initiatique où l’auteur est inéluctablement ramené à la recherche de lui-même.

Par le rythme de la construction, par la délicatesse extrême du dessin, par la progression chromatique et l’aboutissement du trait, par le cheminement de la réflexion et l’élégance du propos, Emmanuel Lepage nous livre un chef d’œuvre à couper le souffle.

Un printemps à Tchernobyl ne se raconte pas, il nous emporte dans une recherche dont la réponse est à discerner au profond de notre être.

Un témoignage bouleversant pour un album qui soulève des questions essentielles.

Vous avez dit la mort ? Et c‘est la vie !

 

Un Printemps à Tchernobyl, par Emmanuel Lepage, 164 pages, éditions Futuropolis

Illustrations © Futuropolis 2012

Jérôme BOUTELIER

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Rédigé par Jérôme BOUTELIER

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