coup de coeur bernard launois

Publié le 17 Novembre 2018

DAS FEUER, quand l’horreur est universelle...

« Un mètre cinquante de longueur sur soixante-dix centimètres de largeur et sur quatre-vingt centimètres de profondeur », c’est le trou que le croque-mort réalise pour enterrer le cercueil ? Que nenni, c’est l’excavation que doit faire chaque soldat allemand pour se « protéger » face aux attaques du front français. C’est sur ces propos cyniques que s’illustre le récit d’un épisode de la  « drôle de guerre ». S’ensuit une longue litanie de toutes les misères qu’ont pu supporter les différents protagonistes de cette boucherie organisée par des gradés des deux camps, Allemands et Français.

La suite, bon nombre de personnes la connaissent pour avoir eu dans leur famille, leurs amis, parmi leurs arrière-grands-pères, des personnes qui ont subi les affres de la guerre. L’originalité de cet album réside dans une très bonne adaptation du roman « Le feu » d’Henri Barbusse (prix Goncourt 1916) par le scénariste Patrick Pécherot qui a transposé l’action dans le camp allemand.

De troufion Kropp au caporal Müller en passant par Katczinsky, c’est bientôt trois générations de poilus qui croupissent dans leurs trous en attendant de se faire canarder par les Français. Le scénariste Patrick Pécherot a su très justement tirer toute la quintessence du poignant roman d’Henri Barbusse sublimé par le dessin de Joe Pinelli sans cesse renouvelé, album après album. Les crayonnés poussés sont renforcés par un gris soutenu, accentuant le caractère angoissant du récit.

Tout est là, le texte percutant, accablant, le dessin vif, haletant et si cet album vient s’ajouter aux innombrables ouvrages consacrés, à juste titre, à ces horreurs, il fait assurément partie de ceux incontournables au devoir de mémoire pour les nouvelles générations.

  DAS FEUER PECHEROT/PINELLI Collection Ecritures Editions CASTERMAN 200 pages, 22.00 €

Bernard Launois

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Publié le 12 Novembre 2018

APOSIMZ – LA PLANETE DES MARIONNETTES T1, bienvenue dans le monde des zombies !

Aposimz, astre artificiel venu de nulle part, à l’air raréfié et traversé par un froid sibérien, abrite une poignée d’hommes essayant de survivre dans ce cloaque. A l’occasion d’une sortie en vue de trouver de l’eau et de la nourriture, Ao, Biko et Esserow rencontrent une jeune fille agonisante poursuivie par une horde de soldats qui ont décidé de lui faire la peau. Alors qu’ils s’approchent d’elle pour venir à son secours, la jeune fille remet à Ao un code et sept espèces de balles qui auraient le pouvoir de détruire le monde… Info, intox, toujours est-il qu’après avoir caché les corps des soldats de l’empire, que vont-ils pouvoir faire ? Taire leur découverte avec un sentiment de culpabilité pour ne pas s’être assurés de la véracité des  dires de la jeune fille morte dans leurs bras, ou bien tout raconter au risque d’encourir de graves soucis ? Et puis, lorsque l’on s’apercevra que les soldats de l’empire ont failli à leur mission, ne tentera-t-on pas par tous les moyens de retrouver le précieux présent ?

L’auteur complet Tsutomi Nihei embarque le lecteur, dès les premières pages, dans un univers de science fiction plutôt original où les héros du récit disparaissent les uns après les autres pour faire place à des êtres immortels, plus proches du zombie que de la marionnette. S’engage une course contre la mort entre les êtres qui ont la capacité de pouvoir se régénérer en marionnettes et les autres. Aux dialogues alertes s’ajoute un dessin réaliste tout autant alerte et du plus bel effet. Les personnages  de l’équipe aventurière sont attachants, évoluant dans un univers  glauque des plus hostiles. On regrettera assurément que cet opus  n’ait pas été mis en couleurs, ne serait-ce que pour renforcer le côté anxiogène du récit.

Tsutomi Nihei fait partie des incontournables dans le monde du manga dark fantasy et le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême ne s’y trompe pas, en lui consacrant une grande exposition en janvier 2019 qui devrait ravir tous les amateurs de manga et au-delà, tellement son univers est riche et varié.

APOSIMZ La Planète des marionnettes NIHEI Editions GLENAT, 180 pages 7,60 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 4 Novembre 2018

Mozart à Paris, où la musique n’adoucit pas forcément les mœurs de tout le monde !

Après bien des années à faire le tour de l’Europe pour se produire, bien que très jeune, accompagné de son père et de sa sœur Maria-Anna, Wolfgang Amadeus Mozart se retrouve au point de départ, à Salzbourg, la ville qu’il n’a jamais aimée. Enfin, l’opportunité d’en partir se dessine quand le prince-archevêque qui l’emploie lui rend sa liberté.

C’est accompagné de sa mère, son père n’en ayant pas été autorisé par le prince-archevêque, que Wolfgang Amadeus Mozart entreprend de conquérir Paris avec les appuis du diplomate et homme d’affaires Melchior Grimm. Arrivera-t-il à se faire un nom dans la Ville Lumière alors que personne ne l’attend ?

 

L’auteur complet Frantz Duchazeau, féru et fin connaisseur de musique classique et plus particulièrement de celle du génie Wolfgang Amadeus Mozart, raconte en images une période peu glorieuse pour le jeune musicien compositeur. Du fait de sa petite taille et de son aspect juvénile, il était considéré encore comme un gamin tout juste bon à agrémenter les soirées et à donner des cours à des nobles pour qui il ne servait que de faire valoir. Le scénario romance de fort belle manière la vie chaotique d’un Mozart tiraillé entre son père resté à Salzbourg et sa mère qui s’étiole chaque jour dans un appartement parisien, et ne rêvant que de retour. Les dialogues sont vifs et percutants, à la manière de la fougue d’un jeune prodige en quête de reconnaissance.

Avec un dessin semi-réaliste, chaque fois renouvelé dans ses différentes œuvres, Frantz Duchazeau transporte le lecteur dans le Tout-Paris de cette fin du XVIIIème siècle, utilisant l’artifice de grandir ou réduire ses personnages en fonction de l’ascendant psychologique qu’il veut leur donner dans la case. On ajoutera une mise en couleurs des plus agréables réalisée par Walter pour cet opus, une belle réussite qui donne assurément l’envie de se replonger dans les chefs d’œuvre du maître.

MOZART A PARIS DUCHAZEAU Editions CASTERMAN 94 pages, 18.95 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 31 Octobre 2018

Viravolta T1, quand l’Orchidée noire, fine fleur vénitienne, débarque à la cour du Roi-Soleil

Difficile de se faire une réputation d'espion à la cour du roi Louis XIV lorsqu'on est un ancien détenu vénitien. Heureusement Pietro Viravolta, plus communément connu sous le pseudo de "l'Orchidée noire", débarque en France avec de sérieux gages d'être une des plus fines lames d'Europe. Une tentative d'assassinat du roi va le propulser dans les arcanes du Tout-Paris où les comploteurs contre le roi sont légion. On constate une fois de plus que les ennemis peuvent être partout et ne sont pas souvent ceux que l'on croyait. Rapidement embringué dans un imbroglio des plus scabreux, sera-t-il alors à la hauteur de ses exploits vénitiens ?

Voilà une enquête policière des plus intéressantes, remarquablement bien scénarisée par l'écrivain Arnaud Delalande, qui connaît de nombreux succès avec des romans traduits dans une vingtaine de pays, tels que Notre-Dame sous la terre ou encore Les fables du sang. Pour cette première adaptation en bande dessinée tirée de sa série en 5 tomes, Le piège de Dante, autant dire que le contrat est rempli et ce, mené tambour battant ! Avec des dialogues alertes, des rebondissements divers nombreux,  le final de ce premier opus apparaît au lecteur pour le moins inattendu.

On retrouve avec grand plaisir un Éric Lambert au sommet de son art, avec son dessin hyperréaliste collant parfaitement au récit. Les décors sont particulièrement fouillés, particulièrement bien mis en valeur par la mise en couleurs numérique de Filippo Rizu. On ne pourra que s'extasier devant les paysages vénitiens, parisiens et versaillais du XVIIIème.

Les récits de cape et d'épée sont nombreux et variés mais ce dernier retient toute l'attention à la fois par sa construction de l'intrigue mais également le rendu d'un dessin efficace. Cette série, à priori conçue sous forme de one-shots devrait ravir assurément un large public.

VIRAVOLTA T1 L'Orchidée noire DELALANDE/LAMBERT  Collection 24x32 Éditions GLENAT 13,90 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 21 Octobre 2018

SERVIR LE PEUPLE, quel bel engagement !

Alors que la Chine populaire de Mao Tsé-Toung est en pleine expansion, la jeune mariée au soldat Petit Wu n’a pas conscience que dans ses trois demandes faites à son mari quand il retourne dans son régiment, le dernier sera exécuté à la lettre : «Tu dois me jurer que tu obéiras à tes chefs ! Sans avoir peur de souffrir pour monter en grade et me donner une vie heureuse ! ». Fort des injonctions de sa jeune épouse exigeante qu’il désire conserver, Petit Wu va donc devoir se plier à toutes les exigences de la vie militaire mais assurément pas comme il l’aurait imaginé. Voilà que désigné comme ordonnance auprès d’un colonel, ce dernier lui demande d’être à l’entière disponibilité de son épouse alors qu’il est appelé à Pékin pour une durée de deux mois. 

Petit Wu s’avère être un bon petit soldat révolutionnaire prêt à tout pour gravir les échelons hiérarchiques, et bien que plutôt naïf de nature il comprend rapidement qu’il doit s’apparenter à un parfait caméléon s’adaptant à toutes les situations, et quelles situations !

Mais que Tante Liu, jeune et jolie épouse du colonel, a-t-elle dans la tête ? Comment compte-t-elle traiter ce jeune freluquet, tout juste bon à lui servir des petits plats ?

Après Apache et l’excellente biographie du boxeur Panama Al Brown, l’auteur Alexandre Widendaele, plus connu sous le nom d’Alex W. Inker, frappe encore très fort avec ce troisième opus.

Sur une adaptation du très controversé livre éponyme de Yan Lianke, Alex W. Inker entraîne le lecteur dans une satire de l’univers de l’Armée rouge où cette organisation et sa propagande ne sont guère épargnées.  A chaque album sa technique de dessin et ses codes graphiques : Servir le peuple  apparait conçu comme les lianhuanhua, bandes dessinées chinoises qui recèlent de superbes illustrations très fouillées, remplies de décors et de personnages en pied.

Les dessins faussement naïfs sont rehaussés par des couleurs à dominante rouge et verte formant une ambiance surannée de bon aloi.

Une mention particulière pour les éditions Sarbacane qui ont réalisé un bel objet, fort soigné, mettant un joli écrin à ce bel album, tout en sensualité.

Immanquable !

SERVIR LE PEUPLE W. INKER Editions SARBACANE 202 pages, 28,00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 18 Octobre 2018

CYBERFATALE T1, une bd qui tient « hacker » !

La cyber, préfixe mystérieux apparu il y a maintenant une cinquantaine d’années pour regrouper tout ce qui concerne la fameuse révolution numérique, est aujourd’hui volontiers mise à toutes les sauces. Et quand elle touche à la Défense nationale et qu’elle s’appelle cyberdéfense, elle revêt un caractère d’autant plus mystérieux qu’elle appartient à la « grande muette ».

Alors, quand un cliché représentant le chef de l’État en slip léopard dans les appartements de son amoureuse circule sur  le net et ce, de manière virale, cela s’apparente vite à  un scandale d’état qu’il faut tuer dans l’œuf. Et puis il faut redorer le blason d’un service qui aurait failli : rien de tel alors que de proposer à une émission d’actualité la présence d’un journaliste, pour montrer tout le sérieux d’une telle organisation. Seulement le reportage va-t-il se dérouler comme prévu ? Les situations plutôt cocasses s’enchainent et le lecteur va tomber de Charybde en Scylla, ne sachant plus s’il nage en plein délire ou pas.

Réalité ou fiction, telle est la question, que nous délivrent là les scénaristes regroupés sous le nom de Cépanou afin sans doute de ne pas être reconnus. Le lecteur jugera de lui-même… Le dessin de Clément Oubrerie, récemment mis à l’honneur au festival BD Quai des Bulles 2018, fait merveille, collant parfaitement au scénario.

Il n’empêche que malgré le caractère humoristique et d’autodérision que les auteurs ont voulu donner à cet opus, la cybercriminalité combattue par ce service reste un problème grave qui est pris à bras le corps et qui n’apparait pas toujours évident à endiguer. Car malgré les compétences avérées des personnels qui composent la cyberdéfense, force est de constater que les hackers ont toujours un coup d’avance et qu’il appartient non seulement de se prémunir contre les attaques mais également de les anticiper.

A la manière du diptyque « Quai d’Orsay » qui avait ravi bon nombre de lecteurs à commencer par les protagonistes, souhaitons que ce Cyberfatale remporte le même succès tout aussi mérité.

 

CYBERFATALE T1 si ça sort, on est morts Editions Rue de Sèvres 56 pages, 15.00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 12 Octobre 2018

XIII Mystery T13 le dernier opus...détonant !

De la Mangouste à Judith Warner en passant par colonel Amos, les albums XIII Mystery auront apporté un vrai plus à  la série mythique, qui a tenu en haleine des milliers de lecteurs et fait de cette saga une des plus marquantes en bd des trente dernières années. Si la suggestion d'Yves Shlirf, directeur éditorial de Dargaud Benelux, de faire un focus sur treize personnages de la série au travers de cette nouvelle collection apparaissait plutôt comme une machine à  cash pour continuer à  faire fructifier la série, elle s'est vite révélée comme une idée géniale. Il faut dire que les Éditions Dargaud avait mis les petits plats dans les grands en demandant aux plus grands scénaristes et dessinateurs du moment de se lancer dans le projet. Quel challenge pour ces auteurs que de marcher sur les pas du talentueux Jean Van Hamme au scénario et du regretté WilliamVance au dessin et de réaliser des albums d'exception.

L'ultime opus, Judith Warner, ne fait pas exception à la règle, avec le talent du dessinateur Olivier Grenson qui éclate encore de tous ses feux sur le scénario diabolique du scénariste créateur de la série.

 

L'histoire débute dans la station balnéaire de Santa Barbara où Jessica Martin tente d'oublier un passé de tueuse à gages, et d'échapper aux griffes du FBI qui la traque inlassablement. Il aura fallu la rencontre de sa logeuse d'un soir, la pharmacienne Judith Warner retranchée dans la petite bourgade, pour que leurs vies basculent. Jessica réalise rapidement que Judith a traversé comme elle la route de XIII. Les deux femmes se découvrent, se plaisent et se rapprochent : heureuse ou malheureuse circonstance, la nasse se referme petit à petit et Jessica n'a de solution que dans la fuite, entraînant Judith dans son sillage. Va s'ensuivre un incroyable et haletant road-movie dont Jean Van Hamme a notamment la spécialité, remarquablement mis en valeur par le beau trait hyperréaliste d'Olivier Grenson, et rehaussé par de belles couleurs chatoyantes dont il a le secret. Se sortiront-elles du guêpier dans lequel va l'entraîner Jessica ?

 

Alors, si vous n'avez pas encore franchi le pas et découvert la série Mystery XIII, cet album vous donnera assurément l'envie d'en savoir plus.

Indispensable.

XIII Mystery T13 Judith Warner VAN HAMME/GRENSON éditions DARGAUD 48 pages 12,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 8 Octobre 2018

L’OGRE AMOUREUX, il ne manquait plus que cela !!!

Ours et Renard en ont assez de ne pas trouver de quoi remplir leurs panses et comme dit le proverbe, changement d’herbe réjouit les veaux ! Les voilà donc partis à l’aventure dans une contrée où ils ne sont pas attendus ! Ici, le chapardage coûte cher et Renard va en faire les frais puisqu’il se retrouve chez le comte de Barback, un ogre qui mange plus que de raison. Seulement, il a d’autres projets pour Renard, celui de l’aider à trouver une épouse. Voilà Renard bien embêté, affublé d’un ogre laideron  et au sujet duquel il se demande bien ce  que ce dernier va pouvoir lui trouver comme promise.

L’auteur complet Nicolas Dumontheuil n’a pas fini de nous étonner et surtout de nous ravir avec des histoires bien ficelées. Cette fois, c’est une fable des plus réussies qui va nous être narrée, entre Le Roman de Renard et Shrek. Grâce à des dialogues drôles, des situations ubuesques, beaucoup d’imagination et un zeste de folie, le lecteur sera vite emporté dans cette saga. Reste que le tour de force de ce diable de scénariste réside dans le fait que les caractères et personnalités de chacun se révèlent souvent contraires à celles que l’on pourrait attendre !

Quant au dessin, entre Sylvain et Sylvette et le canard Gédéon, tout à fait approprié à l’histoire, il permettra au lecteur de bien s’immerger dans ce petit bijou. Les animaux croquignolets évoluent dans un décor  luxuriant aux couleurs chatoyantes.

Riche de près d’une centaine de pages, cet opus ravira petits et grands avec une fable bien revisitée, à l’apparence naïve.

 L’OGRE AMOUREUX DUMONTHEUIL Editions FUTUROPOLIS 92 pages, 19,00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 5 Octobre 2018

JE REVIENS VERS VOUS, c’est fin, ça se mange sans faim

L’auteur complet Olivier Tallec revient avec un troisième recueil de gags désopilants et tout aussi déjantés. Après les recueils Bonne Journée et Bonne continuation, la verve de l’auteur n’a pas pris une ride et l’on prend plaisir à voir comment ce dernier arrive à prendre le contrepied d’histoires dramatiques qui en deviennent hilarantes. Alors, est-ce uniquement par un cynisme exacerbé que le lecteur interloqué à la première vue finit par s’esclaffer et presque avoir des remords d’avoir éclater de rire sur des situations des plus dramatiques.

Les exemples sont nombreux car rares sont ceux, sur les quarante dessins, qui ne déclenchent qu’un sourire.

De l’oie qui court alors qu’elle s’est fait décapiter la tête et qui se demande ce qu’elle a bien pu faire de ses lunettes, aux élucubrations des escargots sur une plage qui prennent la pause pour se dorer la pilule en se plaignant qu’ils sont toujours mal installés, Olivier Tallec manie la dérision avec malice. Mais les gags n’ont pas forcément besoin de texte pour être risibles : ainsi la situation absurde de deux vaches qui font du trampoline en se délectant de bananes, avec en toile de fond un panneau publicitaire vantant ici la vente directe de MilkShake goût banane, suffit à faire rire l’auditoire. Le dessin semi-réaliste, particulièrement efficace, rehaussé par de vives couleurs aquarelles  répond pleinement aux comiques de situation.

Contrairement à la citation de Pierre Desproges comme quoi l’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde, il n’en est pas de même avec Olivier Tallec qui, avec talent, ravira assurément grand nombre de lecteurs.

Taciturnes, passez votre chemin !

JE REVIENS VERS VOUS TALLEC Editions RUE DE SEVRES 56 pages, 14,00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 3 Octobre 2018

TOUT LE PLAISIR EST POUR MOI, et nous donc !

 

Rien ne va plus entre les Indiens du Dakota et les troupes américaines, qui font preuve de toutes les bassesses tant physiques que psychologiques. Le lâche assassinat du valeureux guerrier indien Sitting Bull dans la réserve de Standing Rock va mettre le feu aux poudres, car  la période des explorateurs est bien révolue et son ultime compagnon de route, dit l’ « Indien », s’est mis en tête de le venger en exterminant toutes les personnes rencontrées. Jusqu’où ira-t-il dans cette course effrénée, sera-t-il rattrapé par ce capitaine français pétris d’humanisme, fraîchement arrivé sur les lieux ? Que faire, quel camp faut-il rallier, celui des soldats américains qui ne rêvent que de conquête de terres ou celui d’Indiens qui ont tout perdu, souvent femmes et enfants, et sont noyés par un mauvais alcool ?

Le scénariste Olivier Mau réalise ici une fiction des plus poignantes, décrivant le climat de haine entre deux peuples qui ne se comprennent pas ou ne veulent pas se comprendre, les idéaux étant assurément diamétralement opposés. Les dialogues, souvent crus, sont percutants et le récit est bien soutenu, au rythme des cavalcades pour un final aussi percutant qu’un uppercut clouant l’adversaire au sol.

Les remarquables dessins noir et blanc de Fred Druart soulignent le caractère anxiogène de cette course-poursuite. Les « gueules » des personnages évoluent dans des  paysages d’hiver, pluie ou neige, au milieu des étendues de forêt, et qui sont d’un réalisme criant.  Riche de deux cents pages, cet album devrait ravir les amateurs de western et au-delà les amoureux de belles histoires.

TOUT LE PLAISIR EST POUR MOI MAU/DRUART Collection HORS COLLECTION Editions GLENAT 200 pages, 22.00 €

Bernard LAUNOIS

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