Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre

Publié le 22 Septembre 2017

Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre

Avril 1902, à quelques semaines du cataclysme qui l’anéantira totalement, la ville de Saint-Pierre mérite toujours son surnom de « Perle des Antilles ». La capitale économique et culturelle de la Martinique étale sans complexe les splendeurs de sa nature luxuriante et les richesses générées par l’industrie rhumière. Un ouvrier agricole turbulent, Cyparis, est emprisonné après de nouvelles frasques. Venant rendre visite à son oncle une jeune Française débarque, qui tombe immédiatement sous le charme envoutant de la cité pierrotine et de ses beaux Créoles. Mais les prémices du désastre s’annoncent et se succèdent à un rythme qui va s’accélérant.

 

Le cadre historique est entièrement respecté, le scénario collant au plus près du déroulement

de la catastrophe pour y introduire les personnages, mêlant sujets réels et héros de fiction qui se côtoient sans toujours se croiser au fil des 256 pages de cet imposant album.  Pourtant le suspense prend toute sa puissance grâce au parti pris de l’auteur de suivre un compte à rebours qui captive littéralement le lecteur. Tel un tourbillon irrésistible, l’inexorable enchainement des événements est habilement rendu, et on assiste impuissant aux agitations des protagonistes de l’histoire qui se débattent dans l’étau qui se referme, pris entre les atermoiements politiques du maire et du gouverneur, et les avertissements frénétiques d’un professeur lucide mais inaudible, au milieu d’une population balançant entre insouciance et panique.

 

A la fois scénariste et dessinateur, Lucas Vallerie nous gratifie d’un dessin semi-réaliste maitrisé, sachant parfaitement allier la précision des détails à l’intrigue romanesque. Les couleurs chaudes et chatoyantes plongent le lecteur dans l’ambiance tropicale, qu’a su parfaitement rendre l’auteur grâce aux attitudes de ses personnages pittoresques, et aux dialogues drôles et plus vrais que nature.

Lucas Vallerie, qui réside dans l’île,  réalise ici sa première BD avec maestria, à l’appui d’une forte documentation et d’une excellente connaissance du terrain et de ses habitants.  On attend avec impatience de voir s’il peut renouveler aussi bien l’exercice dans un contexte moins historique.

 

Un album passionnant qui se lit sans reprendre sa respiration.

 

Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre

par Lucas Vallerie, éditions La Boite à Bulles septembre 2017, 32 €

Illustrations ©La Boîte à Bulles 2017

 

Jérôme Boutelier

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

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