Publié le 12 Janvier 2026

NEIGE DE SANG, un récit fantastique prenant au pays des samouraïs

Alors que la vie s’écoule doucement à Shikomi, un village de pêcheurs dans les années 70, voilà que le ciel s’assombrit et que la neige se met à tomber en plein été. Que penser de ce phénomène sinon qu’il perturbe tout particulièrement le rythme des villageois réduits à squatter l’unique auberge dans l’attente d’une amélioration.

Finalement, les deux jeunesTakashi et Sayori décident de braver la tempête pour chercher du secours mais la découverte, tour à tour, de deux cadavres n’est sûrement ce à quoi ils s’attendaient. Qui donc aurait pu profiter de cette tempête pour faire payer ces pauvres bougres, quelqu’un du village peut-être ? Et s’il fallait chercher plus loin et qui sait, si la légende du sortilège des samouraïs refaisaient surface ?

Les coscénaristes Rurik Sallé et Éric Corbeyran se sont associés pour concocter un superbe récit fantasmagorique, sur une histoire de Rurik Sallé, en reprenant une légende de samouraïs fantômes qui reviendraient en semant la panique au sein du village coupé du monde. La force du scénario réside assurément dans la montée en puissance de l’angoisse dans ce huis clos car il ne faut que quelques pages pour transformer de si paisibles autochtones en êtres habités par le doute et la paranoïa.

Le dessinateur Jef s’est emparé du récit, avec talent, traduisant particulièrement le climat anxiogène de l’histoire. Avec son trait plutôt cinématographique, Jef envoûte son lectorat en le transportant dans un univers onirique et mystérieux.

Pour celles et ceux qui aiment un bel album toilé, un scénario bien construit remarquablement mis en images, Neige de Sang s’avère une lecture à recommander en ce début d’année.

NEIGE DE SANG Rurik SALLÉ /Éric CORBEYRAN/JEF éditions ANKAMA 80 pages, 18,90 € 16/01/2026

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 6 Janvier 2026

ARRIÈRE-CUISINE, à la recherche de bonheurs tant professionnel que personnel

Il est toujours difficile de se faire un prénom quand on marche dans les pas d’un père illustre qui a excellé en la matière. C’est pourtant le pari que la jeune cheffe Claudia est en passe de réussir avec son restaurant Alley, au cœur de la City après seulement trois ans d’existence.

Mais comme si cette récente notoriété ne lui suffisait pas pour montrer qu’elle peut faire aussi bien que son père voire mieux, elle décide de participer au concours « chef pro de l’année ».

Seulement, bien que Claudia s’avère aussi talentueuse qu’ambitieuse, cela lui suffira-t-il à trouver son équilibre ? Son équipe, tout aussi motivée, tiendra-t-elle à ce rythme effréné où la faute de goût ne pardonne pas ?

La scénariste Katriona Chapman transporte le lecteur dans le microcosme des coulisses d’un restaurant, là où tout se joue pour magnifier les plats, en dressant un portrait des protagonistes. Le lecteur appréciera le développement des caractères et de la psychologie de chacun dans le quotidien pour maintenir cette belle cohésion alors que le stress s’avère omniprésent, excepté lors des si rares moments de convivialité.

Avec un dessin plutôt réaliste, la dessinatrice Katriona Chapman travaille ses pastels avec talent, mettant une touche de douceur dans un monde des plus impitoyables, celui de la grande cuisine.

Trois recettes gourmandes mises en images par Katriona Chapman clôturent magnifiquement le récit, histoire de ne pas rester sur sa faim et de prolonger l’agréable moment passé à lire cet album.

ARRIÈRE-CUISINE Katriona CHAPMAN éditions FUTUROPOLIS 192 pages, 26 € 07/01/2026

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 27 Décembre 2025

REPRENDRE GOÛT À LA VIE, un diptyque attachant à consommer sans modération !

On ne peut pas dire que le jeune Mahiru Asaoka démarre sa vie sous les meilleurs auspices entre le décès de sa mère alors qu’il a 5 ans et un père guère aimant passant le plus clair de son temps à le dénigrer, estimant qu’il n’est pas à la hauteur de ce qu’il attend de lui.

Refusant de suivre à l’étranger son père et sa nouvelle compagne, le jeune lycéen Mahiru va trouver refuge chez la romancière Yoruko Kitagawa, une connaissance de son père.

Seulement l’accueil de la romancière s’avère des plus polaires et si Mahiru se demande comment il va bien pouvoir s’intégrer, il va rapidement mettre ses talents de cuisinier au service de Yoruko… sauf qu’elle est anorexique. Aidé par Marika Suga, l’ éditrice de Yoruko, Mahiru finira-t-il finalement par l’apprivoiser ?

L’autrice Yuu Morikawa propose un scénario des plus intéressants dans son cheminement pour narrer la difficulté de deux êtres marqués par un manque d’affection dans leur prime jeunesse et qui vont tenter de s’apprivoiser alors que tout les oppose.

Aux dialogues alertes s’ajoute un dessin réaliste qui l’est tout autant, où une attention toute particulière est portée sur les expressions des visages traduisant parfaitement les émois des protagonistes.

Enfin, le lecteur prendra plaisir à trouver un récit complet en seulement deux opus, pour changer des séries au nombre incalculable de tomes.

Une belle découverte où l’art culinaire reste un excellent vecteur de convivialité voire plus si affinités.

REPRENDRE GOÛT À LA VIE Yuu MORIKAWA collection Moonlight Manga éditions DELCOURT 160 pages et 8,50 € chaque volume

 

 

 

 

 

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Publié le 17 Décembre 2025

ABSOLUTE FLASH T1, quand des nouveaux pouvoirs déstabilisent

Élevé seul par son père, le colonel West, Wally s’ennuie ferme sur la base militaire et finit par trouver de la compagnie auprès du Dr Barry Allen qui se prend d’affection pour lui. Seulement son père ne l’accepte pas, et après une violente dispute Wally va retrouver son confident alors que celui-ci réalise une expérimentation qui va transformer la vie du jeune ado à cause des ondes que ce dernier va recevoir.

Ça commence par de violents maux de tête puis de curieuses sensations d’invulnérabilité, et gagné par la panique il ne se reconnait plus. Il n’a d’autre solution que de s’enfuir car il sait pertinemment que son père ne lui pardonnera pas d’avoir pénétré dans le lieu d’essai militaire.

Les événements vont se précipiter et il ne tarde pas à comprendre que l’on est en train d’organiser une traque pour le neutraliser ainsi qu’un d’un drôle de petit chimpanzé, cobaye de l’expérimentation.

Le prolifique scénariste Jeff Lemire revisite avec talent les récits consacrés aux Flash, super-héros qui ont notamment le don de se déplacer à une vitesse hypersonique. Et la réussite de ce premier tome réside assurément dans la découverte pour Wally de ses super pouvoirs qui apparaissent comme étant plutôt une entrave à sa condition d’adolescent qui se cherche, sans parler de cet affreux pressentiment comme quoi il ne sera jamais plus pareil. Une course poursuite s’engage et le récit s’avère aussi speed que les nouveaux pouvoirs de Wally.

On appréciera la mise en image dynamique réalisée par les dessinateurs Nick Robles, A.L. Kaplan, Giuseppe Camuncoli et Stefano Nesi qui servent bien le scénario.

Voilà un premier album qui tient toutes ses promesses, mené tambour battant et qui mérite une suite aussi décoiffante.

ABSOLUTE FLASH T1 Deux mondes Jeff LEMIRE/Nick ROBLES/A.L. KAPLAN/Giuseppe CAMUNCOLI/ Stefano NESI collection DC ABSOLUTE éditions URBAN COMICS 168 pages, 18,5O €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 13 Décembre 2025

LE VILLAGE, un thriller terrifiant qui laisse à réfléchir

Nous sommes en mars 1984 alors que le lieutenant Sarah Minsk de la SRPJ de Grenoble est envoyée pour enquêter sur la découverte d’une trentaine de cadavres dépourvus de matières cérébrales, et dont un porte une équation mathématique gravée sur le torse. Pas ou peu d’indices sinon que Sarah va être informée qu’un individu vient de se faire écraser alors qu’il attentait à la vie d’un jeune homme pourvu également d’une formule mathématique gravée sur le dos.

Quel point commun, hormis ce tatouage, peuvent avoir les deux personnes ? L’enquête va se durcir lorsqu’on apprend qu’un village, et ce depuis la nuit des temps, disparait aussi vite qu’il apparait en emportant des populations entières.

On ne présente plus Franck Thilliez, un des grands spécialistes du thriller, écrivain, romancier mais aussi ici co-scénariste de ce récit qui, avec Niko Tackian, transporte le lecteur dans une histoire diabolique où expériences scientifiques et sorcelleries se reproduisent à intervalles réguliers depuis des siècles. A la manière d’une enquête policière des plus haletantes, le temps étant compté pour les fins limiers avant que le village ne disparaisse à nouveau, les scénaristes distillent tout au long de la fiction les éléments d’un puzzle pour un final des plus incroyables. La force du récit réside dans sa capacité à tenir le lecteur en haleine et ce, dès la première page.

Avec un tel scénario, on aurait pu s’attendre à un dessin très gore et ce n’est pas le cas. Le dessin de Kamil Kochanski, bien qu’horrifique, s’accorde parfaitement avec les scènes et accompagne le scénario de belle manière, sans oublier les couleurs d’Hugo Sebastian Facio qui enrichissent le dessin en alternant les atmosphères en fonction des périodes traversées.

Assurément, une belle surprise de cette fin d’année 2025 que tout amateur de sensations fortes se devra de lire.

LE VILLAGE Franck THILLIEZ/Niko TACKIAN/Kamil KOCHANSKI/Hugo Sebastian FACIO éditions DELCOURT 148 pages 20,50 € 12/11/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 8 Décembre 2025

KERNOK LE PIRATE, un remake du roman d’Eugène Sue de belle facture

Quelle idée d’aller rencontrer une diseuse de bonne aventure sur les conseils de Mélie, sa compagne… Voilà que Kernok, le pirate sans vergogne, apprend qu’il ne lui reste plus que treize jours à vivre !

Que faire alors, oublier les prophéties de cette sorcière bretonne et continuer à vivre comme avant, ou s’appesantir sur son sort et tenir compte de ses propos ? Toujours est-il que remonté contre Ivonne la sorcière, Kernok jure qu’à son retour à Pampoul il détruira sa maison et l’occira.

Une fois en mer, la chance lui sourit, ainsi qu’à son équipage, avec l’abordage d’un navire rempli de tonnes d’argent faisant oublier un temps les funestes prédictions jusqu’à…

Le scénariste Riff Reb’s possède l’art et la manière de revisiter les récits et son adaptation du premier roman d’Eugène Sue ne fait pas exception. Et s’il s’est permis de rajouter quelques scènes, il en a néanmoins gardé la substantifique moelle, ses ajouts s’intégrant parfaitement au récit. Grâce à un découpage des plus classiques mais tellement efficace, le lecteur se prend au jeu de suivre les péripéties de ce démoniaque capitaine à la fois fort quand il s’agit de régner sur son petit monde et si fragile lorsqu’il se voit envahi par le doute.

Dans une remarquable mise en image, on reconnait le trait anguleux si caractéristique du dessinateur Riff Reff’s qui n’a pas son pareil pour réaliser des scènes maritimes renforcées par des couleurs alcalines de bon aloi.

Et pour les amoureux de l’encrage de l’auteur, ils pourront s’intéresser à la grande version collector en noir et blanc agrémentée d’un superbe cahier de croquis.

KERNOK LE PIRATE Riff REB’S collection Noctambule éditions OXYMORE 116 pages, 20,95 € 08/10/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 20 Novembre 2025

Batman Silent Knight, un surprenant Noël pour Batman et ses amis

Alors qu’à Gotham City les fêtes de Noël se préparent avec ferveur, un groupe de choristes de rue se fait sauvagement attaquer par des créatures mi-chauves-souris mi-humaines, appelées draugars, une souche vampirique de morts-vivants nordiques dont la particularité est de saigner leurs victimes.

Arrivés sur les lieux juste après l’attaque, Batman et Robin ne peuvent que constater le massacre, se demandant comment trouver les coupables qui n’ont pas demandé leur reste. L’arrivée concomitamment de la pétillante Zatanna et de Santa Claus éclaircira-t-il le mystère ?

Toujours est-il que l’affaire est grave car rien ne dit que d’autres attaques ne sont pas programmées, entachant alors sérieusement les fêtes de fin d’année. Peut-être alors devront-ils faire appel aux super-héros de l’univers DC pour endiguer le phénomène ?

L’auteur complet Jeff Parker signe un scénario de bon aloi et bien dans la tradition des fêtes de Noël. Beaucoup de rythme, des situations de retournement mais également une multitude de super-héros tels que Superman, Miss Martian, Green Allow,  Hawkgirl, Blue Beetle… Que l’on retrouve avec plaisir d’autant plus lorsqu’ils s’unissent pour venir à la rescousse de Batman.

Bien que l’album requiert le concours de deux dessinateurs, Michele Bandini et Trevor Hairsine, il n’en reste pas moins une certaine unité. De belles scènes de cascades, de superbes décors où évoluent nos héros, le tout rehaussé par des couleurs pétantes, voilà tous les ingrédients pour passer un bon moment en patientant pour les cadeaux sous le sapin.

BATMAN-SANTA CLAUS SILENT KNIGHT Jeff PARKER/Michele BANDINI/Trevor HAIRSINE collection DC URBAN BLAST éditions URBAN COMICS 112 pages, 15,00 € 21/11/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 18 Novembre 2025

GOTLIB Une vie en bandessinées, et si ce maestro de la bd nous était conté

Voilà bientôt une dizaine d’années que Marcel Gotlib, ce génie de l’humour, nous a quitté laissant derrière lui une incommensurable production de scénarios et de dessins tout aussi désopilants les uns que les autres.

Mais connait-on vraiment ce personnage, co-fondateur respectivement de L’Écho des Savanes et de Fluide Glacial et qui a notamment fait partie de la dream team du journal Pilote sous la houlette de René Goscinny ? Néanmoins son parcours ne se résume pas à ça, et qui de mieux pour revenir sur la vie de Marcel Gottlieb, dit Gotlib, que le scénariste Arnaud Le Gouëfflec et le dessinateur Julien Solé, tous deux biberonnés à Fluide Glacial ?

C’est sous la forme de onze chapitres, de ses premières années auprès de ses parents où déjà les facéties se comptaient par dizaine à sa retraite où il délaissera le dessin sans se départir de raconter des conneries, que le scénariste Arnaud Le Gouëfflec a ciselé son récit revenant sur les événements marquants d’une carrière hors du commun. Les chapitres, entrecoupés de photos de l’artiste, narrent avec beaucoup de sensibilité et de pudeur le parcours de ce grand Monsieur à double facette cachant ses maux derrière un humour décapant. Les Dingodossiers créés avec René Goscinny, l’inénarrable Gai-Luron, la désopilante La rubrique-à-brac, sans omettre son animal totem la coccinelle font partie de la panoplie du récit, mais pas que…

Le dessinateur Julien Solé met remarquablement en images le scénario d’Arnaud Le Gouëfflec en apportant sa touche de sensibilité et on ne pourra, entre autres, que s’extasier devant les superbes pleines pages que le maître n’aurait pu renier, tellement elles restent dans son esprit.

Une postface des plus touchantes d’Ariane, fille de Marcel, revient sur les tendres années passées auprès d’un père aimant, partagé entre son humour débordant et un mal être récurrent consécutif à de nombreux drames familiaux.

Avec cet album, les auteurs rendent de fort belle manière un vibrant hommage à un monument de la bande dessinée qui aura marqué toutes les générations et aujourd’hui encore.

Voilà un opus qui assurément devrait donner l’envie au lecteur de se (re)plonger dans les magazines qui ont contribué à l’essor de Fluide Glacial et à faire qu’aujourd’hui, neuf ans après sa mort, le journal reste fidèle à son ADN.

GOTLIB, UNE VIE EN BANDESSINEES Arnaud LE GOUËFFLEC/Julien SOLÉ éditions FLUIDE GLACIAL 88 pages, 19,90 € 13/11/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 12 Novembre 2025

A l’occasion de la sortie Thorgal saga T5 La cité mouvante, nous avons rencontré le dessinateur Mohamed Aouamri.

Le cinquième album de Thorgal Saga, dessiné par Mohamed Aouamri, marque une nouvelle étape pour la série. C’est l’occasion de dialoguer avec lui sur les coulisses de sa réalisation, de découvrir sa manière de travailler et de mettre en lumière les relations qu’il a nouées avec les partenaires de cette réussite.

« Le mouvement, c’est essentiel. Je me sens presque plus à l’aise dans l’action que dans les scènes figées. Les champs contre champs, ça va bien un moment… (rires). »

Comment avez-vous accueilli la proposition de dessiner ce 5ème album de la collection Thorgal saga ? 

J’ai été très agréablement surpris par l’appel de mon éditeur, Gauthier Van Meerbeeck : « On a pensé qu'après Saga Valta, tu serais parfait pour réaliser un Thorgal Saga. Est-ce que ça t’intéresse ? » Évidemment, ma réponse a été immédiate ! Nous nous sommes ensuite rencontrés pour en discuter. Je connaissais déjà Antoine Ozanam, le scénariste, mais cette occasion nous a permis de nous retrouver à Paris autour d’une bonne table. J’avais apporté mes premières esquisses, ma vision de la reprise du personnage, tout en respectant bien sûr le cahier des charges…

Comment avez-vous accueilli la proposition de dessiner ce 5ème album de la collection Thorgal saga ? 

Eh bien, j’étais très agréablement surpris du coup de fil de Gauthier, mon éditeur, alors que je m’apprêtais à sortir. J’ai décroché les clefs de la voiture et à ce moment-là « Allo, c’est Gauthier, on a pensé à toi, autour de la table, et on s’était dit qu’après Saga Valta (série en 3 albums, ndlr), tu étais en condition pour faire un Thorgal Saga, est-ce que ça t’intéresse ? » A ton avis, lui répondais-je » ! C’est parti de là, on s’est vu pour en discuter. Je connaissais, pour l’avoir croisé Antoine Ozanam (le scénariste, ndlr) mais bon, ça été l’occasion de se voir sur Paris autour d’une bonne table. J’avais ramené les premières ébauches, comment je voyais un petit peu la reprise du personnage tout en tenant compte, bien sûr du cahier des charges et aussi…

Vous saviez déjà que le choix était en rapport avec l’album de Thorgal (T5 Au-delà des ombres) ?

J’avais été informé par téléphone et ce, dès le début, que cela s’inscrirait entre La gardienne des clés et L’épée soleil et ça m’a plu.

Alors, une fois que vous avez raccroché de l’appel de l’éditeur…

Je me suis empressé d’annoncer la nouvelle à ma femme, que c’était une bonne nouvelle !

J’espère que vous n’avez pas été étonné d’avoir été choisi ?

Non, j’ai simplement pris la décision que, pour mener ce projet à bien et dans les délais, je devais m’y consacrer entièrement et mettre de côté les travaux alimentaires qui avaient été indispensables auparavant.

Les circonstances ayant évolué favorablement, ce fut un véritable plaisir de réaliser, pendant deux ans, les planches de La cité mouvante. Je m’étais engagé auprès de mon éditeur, Félix Pirovano, à livrer chaque lundi le scan d’une nouvelle planche, engagement que j’ai tenu : 80 planches en deux ans.

Comment s’est passée la relation avec le scénariste Antoine Ozanam, vous avez eu le scénario d’un seul bloc, avez-vous réalisé le découpage ?

J’ai d’abord reçu une première série de découpages de planche. Ce qui était précieux avec Antoine, ce sont ces petits croquis griffonnés en marge : ils m’ont permis de gagner beaucoup de temps et de trouver des pistes, même lorsqu’il ne s’agissait que d’un dessin minuscule, à peine de la taille d’une carte postale. Ensuite, je réalisais une prémaquette avant de me lancer sur ma grande page blanche.

Êtes-vous intervenu dans le scénario, y a-t-il eu des moments où vous trouviez que le découpage ne fonctionnait pas ?

Oui, dans certaines pages, j’ai apporté ma touche personnelle, notamment dans les scènes de métamorphose de Vigrid. Lorsqu’il passe de l’état humain à l’état animal, j’ai ajouté une case intermédiaire afin que le lecteur saisisse mieux le processus, qu’il s’agisse d’une transformation en demi-dieu ou de l’inverse. J’ai également proposé une autre fin, car je souhaitais quelque chose de plus mélancolique et onirique.

J’ai donc réalisé un nouveau découpage que j’ai transmis au scénariste, qui l’a accepté sans difficulté. Il estimait qu’aucun commentaire n’était nécessaire, ce que j’ai contesté en demandant qu’un texte accompagne la conclusion. Une fois cela intégré, j’ai été ravi du résultat.

Il m’est aussi arrivé de rencontrer quelques impasses dans le scénario, mais mon éditeur a su me guider avec des suggestions pertinentes. C’était la première fois que je travaillais avec un éditeur qui prenait la peine de m’appeler pour me faire des remarques toujours justes et constructives.

Je tiens également à souligner qu’Antoine Ozanam est un scénariste ouvert, sans ego démesuré, acceptant volontiers de remettre son travail en question. Même lorsque certaines propositions de l’éditeur pouvaient le déranger, il n’hésitait pas à les intégrer en apportant des ajustements judicieux.

Au final, j’ai eu le sentiment d’être privilégié avec ce projet, riche en passages consacrés aux animaux et à la nature, des thèmes qui me passionnent.

Comment s’est passée la relation avec le scénariste Antoine Ozanam, vous avez eu le scénario d’un seul bloc, avez-vous réalisé le découpage ?

J’ai d’abord reçu une première série de découpages de planche. Ce qui était précieux avec Antoine, ce sont ces petits croquis griffonnés en marge : ils m’ont permis de gagner beaucoup de temps et de trouver des pistes, même lorsqu’il ne s’agissait que d’un dessin minuscule, à peine de la taille d’une carte postale. Ensuite, je réalisais une prémaquette avant de me lancer sur ma grande page blanche.

Êtes-vous intervenu dans le scénario, y a-t-il eu des moments où vous trouviez que le découpage ne fonctionnait pas ?

Oui, dans certaines pages, j’ai apporté ma touche personnelle, notamment dans les scènes de métamorphose de Vigrid. Lorsqu’il passe de l’état humain à l’état animal, j’ai ajouté une case intermédiaire afin que le lecteur saisisse mieux le processus, qu’il s’agisse d’une transformation en demi-dieu ou de l’inverse. J’ai également proposé une autre fin, car je souhaitais quelque chose de plus mélancolique et onirique.

J’ai donc réalisé un nouveau découpage que j’ai transmis au scénariste, qui l’a accepté sans difficulté. Il estimait qu’aucun commentaire n’était nécessaire, ce que j’ai contesté en demandant qu’un texte accompagne la conclusion. Une fois cela intégré, j’ai été ravi du résultat.

Il m’est aussi arrivé de rencontrer quelques impasses dans le scénario, mais mon éditeur a su me guider avec des suggestions pertinentes. C’était la première fois que je travaillais avec un éditeur qui prenait la peine de m’appeler pour me faire des remarques toujours justes et constructives.

Je tiens également à souligner qu’Antoine Ozanam est un scénariste ouvert, sans ego démesuré, acceptant volontiers de remettre son travail en question. Même lorsque certaines propositions de l’éditeur pouvaient le déranger, il n’hésitait pas à les intégrer en apportant des ajustements judicieux.

Au final, j’ai eu le sentiment d’être privilégié avec ce projet, riche en passages consacrés aux animaux et à la nature, des thèmes qui me passionnent.

Pas de moment de découragement sur le travail, parce qu’il restait peut-être cette pression ou pas ?

Franchement, non ! Mon scénariste m’a toujours mis à l’aise en n’hésitant à m’encourager dans mes choix à la condition que ce soit bénéfique pour la planche.

Passer derrière le maître Rosinski, ce n’est pas rien !

C’est vrai mais j’ai fini par être rassuré concernant mon travail sur cet album lorsque j’ai été mis en copie d’un mail de Piotr, le fils de Grzegorz Rosinski, saluant mon travail.

Qu'avez-vous retenu de cette expérience ?

Avec l’âge, on acquiert une certaine forme de sagesse (rires). En réalité, il n’y a pas tant de hauts et de bas, car la construction du scénario est remarquablement bien pensée : chaque séquence en appelle une autre. On passe d’une scène à l’autre, tantôt avec Thorgal, tantôt dans la cité, tantôt auprès de Vigrid et Aaricia. Ce panachage apporte une véritable respiration. Lorsqu’on est plongé dans un paysage nocturne en ville, la scène suivante nous ramène à Aaricia, ou à Vigrid réparant le toit de la chaumière… C’est formidable qu’aucune séquence ne s’éternise dans un huis clos.

Comment s’est passée la collaboration avec le coloriste Bruno Tatti ?

J’apprécie son travail et dans un 1er temps, je me suis rendu chez lui pour lui préciser mes envies. Je l’ai laissé ensuite les 2/3 de l’album et puis après, on a repassé les planches, une à une, pour faire des rectifications. Par exemple, il avait toujours pour habitude de faire systématiquement l’ombre des mèches de cheveux sur le front et compte tenu de mon dessin, ça allait devenir trop roboratif, trop lourdingue. Je lui ai donc demandé d’éclaircir tout ça en précisant, par exemple, tel ou tel aplat pour un visage et ce travail minutieux a permis de beaucoup alléger, éclairer.

En fait, comme c’est le dernier du maillon…

Effectivement cela peut plomber, et vous pouvez réussir une planche et vous pouvez la planter ensuite avec la couleur car c’est trop assombri, trop bouffé…

Après, il y avait une nouvelle validation.

Effectivement, une fois toutes les corrections faites, Bruno m’a renvoyé tous les fichiers par correspondance que j’ai revu et nous avons ensuite passé des heures au téléphone pour que je lui précise ce que j’attendais de lui. C’est souvent les scènes nocturnes, les contre-jours où parfois, un peu trop chargé. Par exemple, pour le profil de la gardienne des clefs dans une scène, j’ai estimé que l’ombre et le profil ne correspondaient pas à mes attentes et que pour une meilleure compréhension entre nous, de faire un scan d’une photocopie de la case que j’aurais aquareller et lui renvoyer pour qu’il intègre comment procéder. C’est ainsi que nous avons procédé et ça c’est très bien passé.

Avec cet album de Thorgal Saga, avez-vous eu le sentiment de sortir de votre zone de confort ?

Oui et non (rires).  Oui, dans le sens où il faut être dans les clous, ne pas trahir le personnage et toute la galerie de personnages qu’il y a autour. Puis, en même temps, se dire que l’on est à l’aise car c’est un univers déjà visité par mes soins. En fait, Saga Valta a été comme un sas, un truc intermédiaire qui m’a permis de passer un cap. C’est vrai que de la doc, je n’en ai pas eu besoin et puis, il ne faut pas oublier qu’il y a les albums de la série mère sur laquelle je pouvais m’appuyer. J’ai effectivement eu besoin de revenir dessus afin de coller le plus possible à l’histoire. Parfois, ce sont des petits détails très précis qui fait que l’on ouvre ces albums-là pour voir, par exemple, l’implantation des cheveux de Thorgal, elle s’avère très spécifique. Pour Shania, c’est pareil, elle a beaucoup de cheveux mais pas trop car il faut faire attention car c’est une gamine de 15-16 ans et il ne faut pas la vieillir.

Et votre méthode de travail ?

Mon truc, c’est l’encrage au pinceau et je sais qu’il y en a très peu qui le font maintenant. J’aime bien ce rituel du pinceau, on jauge la qualité du trait, la charge du pinceau, on la sent et c’est vraiment mon outil de prédilection. J’utilise également un peu la plume pour certains aspects comme lorsqu’on dessine de l’écorce d’arbre, de la racine. C’est bien également lorsque je fais mon aplat du sol…

Si l’on vous proposait une autre collaboration, un autre Thorgal ?

Je ne dirais pas non et à ce moment-là, je demanderais à ce que je puisse plus dessiner Kriss de Valnor, avec son fichu caractère (rires), parce que je sens que ce serait une jubilation !

C’est vrai qu’elle est affreuse, elle joue bien son rôle.

Elle a une présence de dingue dans cette série. Elle met du piquant, du piment là où il faut. Peut-être également, dessiner Thorgal dans d’autres accoutrements, peut-être un peu plus de naval, je ne sais pas… changer de décors. Un deuxième album, ce serait comme reprendre une deuxième part de tarte (rire).

La gourmandise…

C’est ça, exactement !

Et, c’est la première fois, ici à Quai des bulles, que vous dédicacez cet album ?

J’ai déjà commencé à dédicacer à librairie Bulles en tête à Paris et là comme ici, ça a dépoté !

Quel est le retour alors des lecteurs ?

Tout le monde était ravi et franchement, j’ai déjà eu quelques articles élogieux. 

J’ai entendu parler tout à l’heure que vous étiez en train de vous lancer dans un nouveau projet, pouvez-vous en dire quelques mots ?

Je ne peux vous donner que deux ou trois indications à savoir qu’il y a la notion de « petit peuple », il est question d’un bestiaire divers et varié et ça j’adore…

Vous allez vous régaler…

Tout à fait car c’est le genre de thématique qui me plait bien. C’est situé au moyen âge mais en fait, les êtres humains sont représentés comme des entités un peu nuisibles pour ce « petit peuple » et on ne voit jamais plus haut que le haut du mollet et le reste est un peu dans la brume, des géants inhospitaliers. Et ce « petit peuple » a une histoire très complexe. Le scénario s’avère très fouillé et tout ce que je peux dire, c’est que c’est l’adaptation d’un jeu de rôles. Pour l’instant, je n’en dis pas plus sinon que ça va être un one shot de 80 pages aux éditions Le Lombard et que c’est très bien foutu.

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 7 Novembre 2025

HIVER NUCLEAIRE, entre colère et résilience

La région de Montréal vit depuis quelques semaines au rythme des fuites radioactives de la centrale nucléaire de Gentilly-3, et ce n’est vraiment pas la joie ! Radiations et tempêtes de neige entrainent une désorganisation dans le quotidien de chacun, excepté visiblement pour la jeune Flavie, livreuse en motoneige de son état, toujours hyperactive, semblant être dopée par les radiations. Cet état de fait n’a malheureusement qu’un temps car il lui arrive une succession de soucis qui vont mettre à mal sa bonhomie.

Entre une recrudescence de travail alors que les conditions météorologiques se sont singulièrement dégradées, la rencontre de jeunes clients capricieux, une pénurie de sirop pour la toux au sujet de laquelle elle va se charger de mener l’enquête, l’apparition d’animaux mutants et comme si ça ne suffisait pas, l’arrivée de sa sœur venue squatter son petit nid douillet, Flavie va devoir se retrouver à tout gérer en même temps.

Initialement sortie sous forme de webcomic, cette comédie douce-amère dans un univers postapocalyptique narre le quotidien d’une jeune Québécoise passant régulièrement de la résilience à la colère devant tant de difficultés tant dans sa vie sociale qu’environnementale, et avec peu d’espoir d’amélioration. Et bien qu’il faille se familiariser avec les expressions canadiennes, les dialogues de la scénariste Cab s’avèrent alertes et l’on se prend au jeu à suivre l’intrépide jeune fille dans ses pérégrinations.

Avec son dessin semi-réaliste et des couleurs numériques de bon aloi, Cab accompagne bien son scénario, doté d’un découpage efficace qui aura permis une lecture fluide tant sur le Net qu’en roman graphique.

HIVER NUCLEAIRE CAB collection AUX CONFINS éditions STEINKIS 262 pages 24,00 € 16/10/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

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