coup de coeur bernard launois

Publié le 21 Novembre 2021

SANGOMA, les damnés de Cape Town, quand le présent n’arrive pas à faire oublier le passé

Le jeune lieutenant Shane Shepperd ne s’attendait pas à se retrouver dans un drôle d’engrenage en enquêtant sur la mort de Sam. Ce dernier, un jeune viticulteur, est retrouvé assassiné sur les terres de la ferme des Pienaar, alors que le Parlement est confronté à de vives discussions autour d’une réforme agraire consistant à redistribuer les terrains acquis par les blancs à l’époque de l’apartheid.

Partagé entre ses amours tumultueux avec une jeune femme noire et son enquête truffée de non-dits, Shane le bad boy, plutôt loser, ne sait plus où donner de la tête : des éléments troublants et concomitants viennent rebattre les cartes, avec la découverte d’un bébé émasculé non loin du lieu du meurtre de Sam, ainsi que la présence de signes caractéristiques de sorcellerie à laquelle aurait recours un des protagonistes. Qui pourrait faire appel à un sangoma, sorte de chaman guérisseur, et pourquoi ? Et puis, pourquoi autant de violences exacerbées dans un pays en reconstruction ?

Caryl Férey captive le lecteur dès les premières pages de l’album en l’intrigant avec cette drôle d’enquête, mais aussi en brouillant les pistes pour mieux qu’il s’y retrouve. Le lieutenant Shane est-il aussi sot et maladroit qu’il veut le faire croire dans son approche de l’enquête, mais également dans la manière de gérer sa vie personnelle ?

Fort de bon nombre de succès tant dans la littérature que dans la bande dessinée, l’écrivain et scénariste français Caryl Férey revient au 9ème art avec un polar se situant en Afrique du Sud, région qu’il affectionne et qui servait déjà de cadre à Zulu, son roman aux dix prix littéraires adapté quelques années plus tard au cinéma.

Si on ne présente plus Corentin Rouge avec son superbe dessin réaliste et ses belles couleurs qui ont conquis son lectorat notamment avec la série Rio, on appréciera son découpage des plus dynamiques qui dynamise le récit haletant de Caryl Férey.

Vous avez aimé Zulu, vous adorerez Sangoma !

SANGOMA, les damnés de Cape Town Caryl Férey/Corentin Rouge Editions GLENAT 152 pages, 25,00 €

Bernard Launois

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 15 Novembre 2021

GO WEST YOUNG MAN, un western aux multiples facettes avec un casting d’auteurs à faire pâlir !

Quelle aventure ! L’auteur Tiburce Oger avait rêvé de réunir une pléiade de dessinateurs autour d’un projet fou et il l’a fait !  Quel casting, dix-sept auteurs de bande dessinée qui ont déjà réalisé des albums western, et pas des moindres, pour quatorze récits qui retracent la conquête de l’Ouest Américain, de 1763 à 1916 !

Tiburce Oger, scénariste et dessinateur a réalisé cette fois uniquement le scénario mais a également orchestré tous les projets proposés aux dessinateurs et ce, avec maestria. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’ensemble des récits constituent bien une seule et même histoire avec pour fil conducteur une montre gousset qui voyage au travers du temps, de la Pennsylvanie en 1933 au Nouveau-Mexique en 1938.

Le récit s’avère linéaire avec à chaque fois, un personnage pour faire la liaison sur le chapitre suivant rendant une belle cohésion et un vrai plaisir de lecture.

Il faut souligner la performance de Tiburce Oger à faire traverser 150 ans d’histoire américaine en un peu plus d’une centaine de pages en donnant à chaque dessinateur le moyen de s’exprimer de la plus belle des manières.

Dominique Bertail, Michel Blanc-Dumont, Benjamin Blasco-Martinez, François Boucq, Steve Cuzor, Paul Gastine, Eric Herenguel, Hugues Labiano, Enrico Marini, Ralph Meyer, Félix Meynet, Patrick Prugne, Christian Rossi, Michel Rouge, Taduc, Ronan Toulhoat, quel bonheur de retrouver tous ces dessinateurs dont on sent, au fil des pages, qu’ils ont pris un immense plaisir à participer à ce beau projet. Alors que les styles de dessin sont fort différents, on peut néanmoins noter une certaine unité rendant la lecture des plus aisées.

Clairement, cet album marque tant par son originalité que par sa performance que tout amateur de western se doit de lire.

GO WEST YOUNG MAN Tiburce OGER/COLLECTIF collection GRAND ANGLE Éditions BAMBOO 112 pages, 19,90 €

Bernard Launois

 

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 13 Novembre 2021

Frank Lee, l’après-Alcatraz, de l’enfer au… paradis

Frank Lee Morris peut se targuer d’être l’un des rares prisonniers à avoir pu s’évader de la célèbre prison d’Alcatraz où l’on vous martèle, dès votre incarcération, que toutes les tentatives ont lamentablement échoué ! Il faut dire que ce cloaque, situé sur une ile à 1,2 mile de la côte dans la baie de San Francisco, requiert une sacrée dose de ruse pour échapper à la vigilance des matons et de détermination pour s’extirper de cette forteresse. Dans l’évasion de 1962, aucun corps des trois fugitifs n’a été retrouvé par le FBI, pas plus Frank Lee que les frères Anglin. Que sont-ils devenus ? Ont-ils refait leur vie à des milliers de miles de là ?

Le scénariste David Hasteda s’est attardé sur la nouvelle vie de Frank Lee en imaginant un après-Alcatraz. Blessé lors de la traque, alors qu’il tentait d’échapper aux meutes de chiens à ses trousses, Frank Lee se retrouve dans un lit, soigné par une famille qui a rapidement compris d’où il venait mais qui tient à l’en faire sien, ne serait-ce que pour « remplacer » leur fils unique décédé quelques années plus tôt. Va s’ensuivre un long et difficile apprentissage avec un entourage aimant, contrastant avec sa vie antérieure. Seulement, ce bonheur ne va-t-il pas s’avérer éphémère ? Ne dit-on pas que l’on se fait toujours rattraper par son passé ?

Le scénario est fort bien construit en deux parties : tout d’abord, la lente résurrection de ce jeune homme qui reste sur le qui-vive alors que les mois et les années passent et que les médias et le FBI ont fini par l’oublier, puis une période plus difficile des plus haletantes que le lecteur n’aura de cesse de découvrir jusqu’à son dénouement.

Le dessin semi-réaliste de Ludovic Chesnot, rehaussé par des couleurs soignées, plonge le lecteur, dès les premières pages dans une ambiance particulière qui sied parfaitement au scénario, mêlant l’inquiétude à la quiétude.

A découvrir instamment !

FRANK LEE L’après-Alcatraz David HASTEDA/Ludovic CHESNOT Collection Label 619 Editions ANKAMA 128 pages 19,90 €

Bernard Launois

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 8 Novembre 2021

Largo Winch T23, La frontière de la nuit, en route pour une aventure stellaire des plus réussies !

Une fois encore, le jeune et sémillant Largo Winch est sur tous les fronts, à commencer par régler ses problèmes concernant le respect des droits internationaux sur son site d’Indonésie, où les enfants sont exploités dans des mines d’étain. Il lui faut également songer à l’avenir du groupe Largo Winch et rien n’est plus porteur aujourd’hui que les nouvelles technologies, même si c’est au grand dam de son conseil d’administration, peu enclin à se lancer dans l’aventure.

Seulement, il n’est pas le seul à avoir cette idée et la concurrence s’avère rude, et si Largo ne recule devant rien, il va rapidement s’apercevoir que ses projets sont bien évidemment semés d’embûches et que les résultats ne sont assurément pas ceux auxquels il aurait pu s’attendre.

A l’heure des initiatives des géants de l’informatique de se lancer dans la conquête spatiale, ce diptyque tombe à pic en délaissant quelque peu l’économie et la finance au profit de l’aventure avec un grand A, et c’est réussi.

Si le récit peut apparaitre parfois romancé, il faut souligner que les coscénaristes Éric Giacometti et Philippe Francq se sont attachés à être le plus proche de la réalité en se documentant auprès de spécialiste des vols spatiaux et autres technologies innovantes.

Alors, avec un découpage dynamique d’un récit haletant, le scénario se déroule à vitesse supersonique sous le trait efficace du dessinateur Philippe Francq. Il ne reste plus qu’à y adjoindre les couleurs de Bertrand Denoullet et de Philippe Francq pour parfaire l’ensemble.

Enfin si l’action s’avère être le maitre mot de cet opus, le plaisir de la lecture est quelque peu gâché par le suspense de la dernière page qui demandera au lecteur un peu de patience pour en connaitre le dénouement.

Déjà fort de ses vingt-deux albums avec une série vendue à onze millions d’exemplaires, le phénomène Largo Winch n’a jamais cessé de truster les rayons des libraires et cette vingt-troisième aventure ne fera pas exception !

LARGO WINCH T23 La frontière de la nuit Philippe FRANCQ/Éric GIACOMETTI Editions DUPUIS 48 pages 14,95 €

Bernard Launois

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 16 Octobre 2021

L’homme n’a cessé depuis son arrivée sur terre de se sentir supérieur à l’animal, ne serait-ce que parce qu’il est doté de la parole et d’une âme, et qu’à ce titre il se donne des droits et peu de devoirs envers les autres espèces. Mais après tout, pourquoi si peu d’humilité et de reconnaissance vis-à-vis du monde animal qu’il côtoie, mais aussi exploite depuis la nuit des temps ? Peut-être alors faudrait-il se poser la question de savoir si l’on ne doit pas à l’espèce animale notre construction et in fine, notre évolution ?

C’est notamment à partir de ces réflexions que la scénariste et journaliste Karine-Lou Matignon propose au lecteur de tordre le cou à bon nombre de préjugés et d’idées reçues vis-à-vis des animaux et nous montre, au travers de ce récit, que ces derniers ont pesé dans le succès de l’évolution humaine.

Parmi les sept chapitres allant des « origines communes » entre l’animal et l’homme aux « animaux du XXIème siècle », le lecteur trouvera vite son rythme et pourra à son gré lire de manière chronologique ou picorer au gré de ses envies, attiré par tel ou tel thème ou dessin.

Fort de ses 176 pages, l’histoire incroyable des animaux recèle une succession de récits et d’anecdotes où tour à tour, l’animal sera vénéré, vilipendé, chassé, asservi et bien sûr mangé, le montrant ainsi sous une multitude de facettes, souvent méconnues.

Si les récits sont captivants, on le doit au remarquable travail du dessinateur Olivier Martin et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on peut admirer sa parfaite maitrise dans la réalisation de toutes ces espèces.

Mieux connaître les animaux, voire aider tout un chacun à réfléchir sur la manière dont on pourrait leur (re)donner toute leur place sur notre planète, c’est assurément le pari réussi de l’album.

L’INCROYABLE HISTOIRE DES ANIMAUX Karine-Lou MATIGNON/Olivier MARTIN Éditions LES ARENES BD,  176 pages 21,90 €

 

Bernard LAUNOIS

 

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 13 Octobre 2021

LE CLUB DES INADAPTE.E.S, quand la différence marginalise

Martin, Edwige, Fred et Erwan, jeunes adolescents aussi unis que les trois mousquetaires et ce, assurément grâce ou à cause de leur manière d’être, se font remarquer au collège par les autres élèves. Alors, que ce soit par leur façon de s’habiller plutôt de manière excentrique, de leur couleur de cheveux mais aussi dans leur faculté à truster les premières places de la  classe, ils se distinguent du commun des mortels et de fait, ils dérangent. Et comme il fallait s’y attendre, on ne va pas tarder à s’en prendre à eux et c’est finalement le plus gentil, Erwan le bricoleur fou, qui va en faire les frais.

Tabassé après avoir été pris par derrière et ce, sans aucune explication, il se retrouve à l’hôpital. Autant dire que ce n’était assurément pas la meilleure solution pour faire changer d’attitude les membres du club des inadapté.e.s, solidaires d’Erwan et qui ressortent encore plus déterminés que jamais, toujours prêts à s’insurger contre les injustices.

Et si Erwan le savant fou, s’ingéniait à quelque invention qui lui permettrait de combattre toutes ces personnes qui en veulent à son groupe ?

 

 

C’est à partir du roman éponyme de Martin Page que l’auteur Cati Baur scénarise et met en images de belle manière un récit contemporain relatant les difficultés que peuvent rencontrer les jeunes dans leurs relations avec leurs congénères, du fait de leur condition sociale, de leur appartenance à tel ou tel groupe… Et à l’heure où la « génération 2010 » fait l’objet d’harcèlements par les plus grands, Le Club des inadapté.e.s apparait comme un ballon d’oxygène sur la manière dont peut être abordé ce phénomène difficile qui touche beaucoup plus de jeunes que l’on croit. Si les dialogues de jeunes traduisent bien le mal-être que ces situations peuvent générer, le ton humoristique est toujours là pour mieux dédramatiser la gravité du propos.

 

 

Avec un dessin semi-réaliste associé à des couleurs acidulées de bon aloi, Cati Baur croque ses adolescents avec tendresse rendant le récit des plus attachants et qui devrait retenir, au minimum, l’attention des ados et de leurs parents.

LE CLUB DES INADAPTE.E.S Cati BAUR Éditions RUE DE SEVRES 96 pages, 14,00 €

Bernard Launois

 

 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 10 Octobre 2021

LES ZAZOUS, T1 ou La culture de la danse pour résistance

Paris, juin 40, un jeune pickpocket, se fait serrer par les condés. Frankie ne mesure pas alors que, pour ne pas finir entre quatre murs à la Santé, il se verrait imposer une contrepartie par le commissaire de police : faire l’indic et pister sa fille qui aurait des mauvaises fréquentations.

Frankie va devoir fréquenter une jeunesse dorée dont il ignorait tout quelques heures auparavant : les zazous ! Mais qui sont-ils, ces jeunes gens de bonne manière, originalement fringués et dont la finalité première semble de pratiquer le swing envers et contre tout, alors que l’occupation fait rage ?

Frankie n’est guère à l’aise parmi ces jeunes, lui le jeune réfugié espagnol qui n’a en tête que de préserver sa petite sœur de toutes les turpitudes d’une vie parisienne sous l’occupation. Malgré tout, il lui faut prendre son courage à deux mains pour s’infiltrer parmi eux, afin de mieux les appréhender et remplir la mission dont il se serait bien passé. Arrivera-t-il à se faire accepter sans qu’il soit découvert ?

Les scénarios de Salva Rubio sont toujours bien ficelés, et ce premier tome d’une série qui en comportera trois ne fait pas exception. Remarquablement documenté, le récit emportera rapidement le lecteur qui prendra plaisir à rentrer dans une intrigue qui a pour trame l’histoire avec un grand H.

On ajoutera au constat un rythme aussi soutenu que le swing que revendiquent les zazous : Salva Rubio déroule son script passant d’un semblant de légèreté à une réelle gravité eu égard à la période difficile et l’omniprésence nazie.

Avec son dessin et ses couleurs, Daniel Deano, plus connu sous le nom de Danide, dynamise le scénario, qui n’en avait déjà pas besoin, et offre au lecteur un album que l’on dévore… en attendant la suite de ces zazous, toujours prêts à danser sur la croix gammée.

Une mention particulière est à ajouter pour le cahier historique qui complète l’opus en revenant sur cette période de l’occupation vécue par les Parisiens.

LES ZAZOUS T1 ALL TOO SOON Salva RUBIO/DANIDE Collection 24X32 Editions GLENAT 64 pages, 15,50 €

Bernard Launois

 

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 4 Octobre 2021

LECONTE FAIT SON CINEMA, un envers du décor bien singulier

On ne présente plus Patrice Leconte, assurément l’un des meilleurs cinéastes de sa génération. Mais pas que, ses talents sont multiples et à celui de cinéaste, il faut ajouter ceux de dessinateur, scénariste, romancier… Toutefois c’est aussi quelqu’un de très simple, de très accessible que les auteurs Nicoby et Joub rêvaient de mieux connaitre. Alors, pourquoi ne pas réitérer avec ce monument du cinéma ce que nos deux auteurs ont déjà réalisé au sujet de l’auteur de bande dessinée Jean-Claude Fournier, avec Dans l’atelier avec Fournier il y a maintenant une petite dizaine d’années et déjà avec les éditions Dupuis ?

Cette fois encore et pour le plus grand bonheur des lecteurs, nos deux compères se sont mis en scène alors qu’ils ont entrepris de suivre Patrice Leconte entre deux tournages. De son suivi sur le Festival du Film du Croisic au tournage de sa prochaine production, les confidences et les anecdotes de Patrice Leconte s’enchaînent, que ce soit sur les recherches de financement, les approches avec les acteurs pour qu’ils acceptent de suivre le cinéaste dans ses projets ou encore les séances de préparation du tournage…

Le scénario de Nicoby et Joub se déroule comme un reportage filmé, aussi rythmé que la vie trépidante du cinéaste touche-à-tout de talent qui passe allègrement du cinéma à la littérature, sans omettre le dessin… Le lecteur prendra plaisir à revenir sur cette carrière incroyable avec ses 30 films en près de 43 ans où plantages et réussites sont narrés avec humour, pudeur voire tendresse.

Le dessin « gros nez » de Nicoby colle parfaitement à ce genre de reportage, et avec un découpage alerte il réussit à entrainer le lecteur dans l’aventure, n’hésitant pas parfois à « plaquer » ses personnages sur des photos pour rajouter une touche de réalisme au récit.

LECONTE FAIT SON CINEMA JOUB/NICOBY Collection AIRE LIBRE Editions DUPUIS 144 pages, 19,00 €

Bernard LAUNOIS

 

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 25 Septembre 2021

LES CATASTROPHOBES, RIONS AVEC LA FIN DU MONDE, et si c’était nous ?

A l’heure où la transition écologique est dans l’air du temps, le lecteur ne sera pas surpris de la manière dont l’auteur Didier Tronchet aborde le sujet sur un ton humoristique. Mais n’est-ce pas un des meilleurs moyens de faire passer le message alarmant d’un monde qui s’autodétruit ?  Ne dit-on pas qu’un dessin vaut mieux qu’un grand discours ? Didier Tronchet l’a fort bien compris depuis longtemps et après plus d’une soixantaine d’albums à son actif, Les Catastrophobes font encore mouche !

Après une belle préface de Pablo Servigne, chercheur en agroécologie, place à la BD de Didier Tronchet qui, sous forme de sketchs d’une page, met le lecteur face à ses contradictions. Il nous faudrait prendre conscience de la gravité de la dégradation de notre planète, ne serait-ce que par les constatations des désordres météorologiques, mais a contrario personne, ou presque, n’est prêt à renier son petit confort en trouvant tous les prétextes fallacieux. Clairement, les efforts sont à faire par les autres mais surtout pas par soi.

Alors, c’est drôle quand on se dit que beaucoup de nos concitoyens rentrent pleinement dans les considérations de l’auteur mais par contre, là où le bât blesse, c’est lorsqu’on s’aperçoit que l’on fait partie également de ces gens-là !

Avec son dessin plutôt caricatural, souvent épuré, voire dénué de tout décor pour mieux mettre en valeur ses personnages, Didier Tronchet atteint parfaitement son but, celui de faire rire… jaune et assurément de remuer le lecteur, de le mettre face à ses réalités et avec quel talent ! Les personnages apparaissent niais, non sans rappeler un de ses précédents albums Les Ducon et Ducon, et devraient interroger le lecteur sur sa propre condition à l’aube de ce XXIème siècle.

Après le Petit traité de vélosophie où le thème de l’écologie avait été abordé, les Catastrophobes en remettent une couche finalement pour notre plus grand plaisir.

LES CATASTROPHOBES Rions avec la fin du monde Didier TRONCHET Editions FLUIDE GLACIAL 56 pages, 12,90 €

 

Bernard LAUNOIS

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0

Publié le 20 Septembre 2021

L’ECHELLE DE RICHTER, le polar noir qui ne peut laisser indifférent

C’est à partir d’un fait divers, un homicide comme on en dénombre environ 700 chaque année en France, que commence ce roman graphique : le lecteur ne le lâchera plus jusqu’à son épilogue, tellement le récit est prenant. Stéphanie Delattre vient à peine d’avoir 21 ans et voilà qu’elle finit sa vie dans un sordide hôtel parisien. Que s’est-il passé, qui peut bien avoir réalisé ce forfait et quel en était le mobile ? C’est ce que va s’employer à trouver Laurent, jeune flic de la PJ rôdé et rompu à cet exercice.

Au travers de sept chapitres, tout aussi déroutants les uns que les autres, le scénariste Raphaël Frydman dresse le portrait des protagonistes. Qu’ont-ils en commun, Hassan le cuisinier sans-papiers de l’hôtel, Laurent le flic désabusé, Ruben le rappeur déchu, J.O. le drôle de dealer, Karl le raté et père de la morte, Dany le médecin volage et enfin Noémie, l’actrice en herbe, sinon que d’avoir, au minimum, approché de près ou de loin le destin de Stéphanie ?

Si Raphaël Frydman distille au fur et à et mesure les clés de l’énigme, c’est l’occasion pour lui de revenir sur la personnalité et le parcours de chacun. Avec des dialogues durs et cyniques, les violences physiques et verbales sont omniprésentes, générant parfois un sentiment de malaise. Le rythme du récit s’avère soutenu et ce sont près de 500 pages qui se dévorent comme un bon film policier.

Usant d’un trait noir, à l’image du récit, le dessinateur Luc Desportes n’épargne pas le lecteur, au moyen d’une succession de dessins qui s’affranchit de la conformité des cases pour mieux le dérouter. Le trait est juste, sans fioritures, comme une lame qui s’enfonce dans la barbaque et qui fait mal.

L’ECHELLE DE RICHTER Raphaël FRYDMAN/Luc DESPORTES Editions GALLIMARD, 496 pages, 29,00 €

Bernard LAUNOIS

Voir les commentaires

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Coup de coeur Bernard LAUNOIS

Repost0