coup de coeur bernard launois

Publié le 19 Octobre 2022

KISS THE SKY Jimi Hendrix 1942-1970, ou les débuts difficiles d’une légende du rock

Noir c’est noir, le titre des Los Bravos repris par Johnny Halliday aurait pu faire le titre de cet album tellement les débuts dans la vie de cet artiste de génie ont été misérables. Né d’un père qui aura passé sa vie à chercher des petits boulots pour faire vivre sa famille et d’une mère des plus volages qui désertait régulièrement la maison pour chercher du réconfort auprès d’autres hommes, Jimi est trimballé de famille tout court en famille d’accueil, toujours en attente de retrouver Lucille, sa mère pour des apparitions aussi inopinées que furtives.

Ce chemin de croix, il le portera tout au long de sa jeunesse et ce jusqu’à ses vingt-quatre ans où il commencera enfin à se faire un nom. La musique aura été son refuge de tous les instants et s’il a été empêché de connaitre la consécration plus tôt, il le doit notamment à son souci de l’expérimentation musicale qui ne lui permettait pas de s’intégrer au sein de formations.

Le scénariste Jean-Michel Dupont signe là encore un scénario ciselé, s’attachant aux faits historiques en retraçant le parcours chaotique de l’artiste sans faire dans le pathos. Les dialogues sont enlevés et c’est avec talent que les différentes facettes du personnage sont dévoilées : de ses difficultés relationnelles avec la gent féminine, alors qu’il aura passé le plus clair de son temps à collectionner les demoiselles qui ressemblaient le plus à sa mère, à son caractère indépendant mais aussi à sa violence, qui lui vaudront bien des déboires.

On retrouve avec plaisir les dispositions de conteur de Jean-Michel Dupont, déjà ressenties dans Love in vain et une fois encore, l’association avec le talentueux dessinateur Mezzo fonctionne à merveille. Le dessin réaliste fouillé transcende le scénario et pour ceux qui ont vécu cette période, on s’y croirait. Des décors de la chambre intimiste aux envolées lyriques sur les scènes des cabarets où il se produisait, les effets s’avèrent envoutants.

Alors, pour compléter le tout et s’immerger dans l’atmosphère, il ne reste plus qu’à accompagner la lecture par une écoute des titres proposés en fin de l’album concernant les artistes évoqués dans les cases.

Dommage qu’il faille encore attendre quelques temps le deuxième album de ce diptyque à consommer sans modération.

KISS THE SKY Jimi Hendrix 1942-1970 Jean-Michel DUPONT/MEZZO Hors Collection Éditions GLENAT 88 pages, 24,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 17 Octobre 2022

CELLE QUI FIT LE BONHEUR DES INSECTES, un conte fantastique à prendre au vol !

Le royaume oriental de Shandramabad, plutôt calme en temps normal, va vivre de biens douloureux moments métamorphosant la vie du palais et de tout son peuple. Imaginez, le prince décède dans un accident de chasse quelques semaines avant la naissance de ses jumeaux, Jalna et Gorakh.

Devenue reine, Skirara va reporter tout son amour sur ses deux bébés, les couvrant de cadeaux avec notamment deux oiseaux-volcan, lesquels remplissent de joie ses jeunes enfants qui aiment particulièrement les oiseaux. Ces moments d’apaisement ne vont, hélas, guère durer avec le décès de Gorakh, défenestré alors qu’il tentait de récupérer son oiseau qu’il avait laissé en liberté dans sa chambre.

Anéantie par la douleur, la souveraine ne supporte plus les pépiements des oiseaux et ordonne à son armée de les occire, jusqu’au dernier. Le royaume s’enferme alors dans un silence mortuaire, attristant toute la population.

Quel impact va avoir cette infâme extermination ? Mais comme si cela ne suffisait pas, voilà que la reine apprend que sa fille reçoit un va-nu-pieds dans sa chambre, et elle va s’empresser de le faire condamner à un horrible châtiment.

Le prolifique et talentueux scénariste Benoit Drousie, plus connu sous le pseudonyme de Zidrou, transporte le lecteur dans un conte des mille et une nuits où tendresse et horreur se côtoient sans que l’une prenne le dessus sur l’autre. Le récit s’avère bien construit avec bon nombre de temps forts jusqu’à un final que le lecteur aura hâte d’atteindre.

Voilà une belle histoire remarquablement mise en images par un Paul Salomone qui y apporte tout son talent. On retrouve, avec plaisir, ce dessin plutôt classique mais terriblement efficace que l’on avait apprécié notamment dans la série L’homme qui n’aimait pas les armes à feu. Ici, le lecteur prendra plaisir à voyager dans des décors luxuriants et un palais aux mille facettes en appréciant les superbes aquarelles qui subliment le dessin.

CELLE QUI FIT LE BONHEUR DES INSECTES Paul SALOMONE/ZIDROU Éditions Daniel MAGHEN 96 pages, 19,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 6 Octobre 2022

HOLLYWOOLAND T1, ou l’envers du décor de l’industrie cinématographique américaine

Nous sommes dans les années 50, à l’heure où l’Amérique a les yeux braqués sur la planète Hollywood, capitale du 7ème art où les tournages de films vont bon train. Ce sont les années tiroirs-caisses pour une profession qui amasse les dollars grâce notamment aux légendes du cinéma que sont, Gary Cooper, Elisabeth Taylor, Cary Grant, Montgomery Clift et nous en passons, tellement la liste est longue. Cette Amérique-là fait rêver : l’argent facile, les strass et les paillettes, les starlettes et les jeunes premiers dans de belles américaines. Mais ce tableau idyllique, c’est la face A, celle immergée de l’iceberg ; la face B s’avère beaucoup moins reluisante avec son lot de déceptions de carrières avortées, d’exploitations souvent peu ragoûtantes pour bon nombre qui ont tenté l’aventure, au risque de s’y briser les ailes.

C’est sur ce thème que le scénariste Zidrou incite le lecteur à découvrir neuf histoires courtes, de H, comme à Hayworth à D, comme Doug, en passant par W, comme Woody, reformant ainsi le nom d’HOLLYWOOD. Ainsi, à partir de faits souvent romancés, le scénariste distille chacune des neuf tranches de vie avec un ton humoristique plutôt grinçant. On appréciera l’exercice, souvent difficile, de planter un décor, une histoire en si peu de pages et de finir en beauté ou pas et Zidrou excelle plutôt dans ce genre d’exercice.

On retrouve avec plaisir un Éric Maltaite qui n’est pas en reste et livre là son dessin réaliste « rond » qui sied parfaitement au récit, rehaussé par des couleurs années 50 de Philippe Ory, une belle réussite.

Saluons ici l’éditeur Fluide Glacial d’avoir accepté un projet qui finalement, rentre bien dans le catalogue et souhaitons que ce premier opus en amène d’autres.

Enfin, signalons l’édition noir et blanc, grand format, dos toilé, agrémentée d’une histoire supplémentaire et de 8 cartes postales.

HOLLYWOOLAND T1 ZIDROU/ Éric MALTAITE Editions FLUIDE GLACIAL 56 pages 13,90 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 5 Octobre 2022

ELVIRA & OTTO dans la jungle, quelle ménagerie !

Voilà qu’Elvira la gazelle et Otto, l’éléphant, s’aiment d’amour tendre. Quelle affaire en pleine savane, où le mélange des genres n’est vraiment pas d’actualité ! Cela va provoquer l’ire de beaucoup d’autres d’animaux de la savane, à commencer par les buffles qui leur enjoignent d’arrêter car les touristes en safari se tordent de rire en les observant. Mais nos deux tourtereaux n’en ont cure et continuent effrontément à se pavaner, bras dessus, bras dessous jusqu’à ce qu’ils tombent sur un drôle de boitier tombé d’une jeep et qui répond au nom de Siri.

S’engage un drôle de dialogue avec cette voix, développée par une pomme en Californie, et les voilà à découvrir sur l’écran du boitier perdu la ville d’où est issu son propriétaire. Qu’est-ce donc que la ville, qui ressemble à une termitière où vivent ces singes qui viennent les filmer régulièrement ? Les images défilent devant leurs yeux ébahis et leur curiosité s’aiguise. Et si nos deux amoureux franchissaient le pas, et se rendaient sur place ?

Le scénariste Martin Baltscheit, couronné régulièrement pour de nombreux récits jeunesse, aime le monde animalier et le fait partager avec bonheur à son public. Cette fois, ce sont les animaux qui partent à la découverte des humains, qui n’ont pas fini de les étonner par leur mode de vie.

Le récit est drôle, les dialogues sont bien enlevés et le lecteur ne peut que prendre plaisir à rentrer dans le jeu du scénariste qui se complait malicieusement à nous montrer sous un jour pas très à notre avantage. Mais au-delà de ces sarcasmes, Martin Baltscheit s’ingénie à nous sensibiliser sur la place des animaux dans le monde.

Le dessin semi-réaliste de Max Fielder, rehaussé des couleurs chatoyantes de Claire Pag, complète de belle manière le récit.

Alors, en attendant le deuxième tome où les protagonistes vont pouvoir réaliser leur rêve de visiter la ville, c’est le moment de déguster cette petite pépite dans la savane, aussi cocasse qu’attachante.

ELVIRA & OTTO T1 Dans la jungle Martin BALTSCHEIT/Max FIELDER Éditions RUE DE SEVRES 64 pages 14,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 4 Octobre 2022

CRISTAL 417, ou les tribulations d’une jeune policière au sein de la Crim’

Rejoindre la prestigieuse Crim’ s’avère être, pour un fonctionnaire de police, une sorte de graal. Alors, quand Pauline, jeune policière fraîchement émoulue dans un commissariat de province, apprend qu’elle est acceptée comme stagiaire à la Crim’, elle n’en croit pas ses oreilles !

Passées les présentations dans ce nouveau service mais aussi les railleries de certains de ses collègues quant à ses attitudes un peu gauches, voilà que l’on rentre dans le dur. Fini, l’éventail de toutes les misères sociales rencontrées dans son commissariat de Metz, place aux dossiers réservés à la Crim’, les plus sordides, mais surtout les dossiers qui risquent d’être rendus médiatiques et pour lesquels, il ne faut pas se louper, sous peine d’écorner sa carrière. C’est à Pauline que sera un confié un vieux dossier pour lequel elle va devoir revoir toutes étapes afin de s’assurer que rien n’a été oublié, et au besoin reprendre les questionnements, engendrant un vrai travail de fourmi. Parallèlement, la stagiaire est invitée à parfaire sa formation sur le terrain en suivant ses collègues dans des filatures.

Comme si vous y étiez, voilà ce que nous proposent les scénaristes, Mark Eacersall et Henri Scala avec cet album, en plongeant le lecteur dans les arcanes de la Crim’. Il faut dire qu’avec Henri Scala, par ailleurs, commissaire de police, on ne peut pas être plus au cœur de ce service dont il a fait partie. Alors, si elle apparait prestigieuse sur le papier, générant beaucoup de fantasmes, la réalité est tout autre et l’on va constater que dans les faits, c’’est souvent loin d’être rose.

Au-delà des méthodes d’action décrites tout au long du récit, le lecteur va également découvrir les luttes de pouvoir entre chefs et services. On retrouve, avec plaisir, le style narratif efficace de Mark Eacersall qui rend accessible une matière obscure aux profanes, le tout servi par le dessin réaliste de Boris Golzio.

CRISTAL 417 Mark EACERSALL/Henri SCALA/Boris GOLZIO Éditions GLÉNAT collection 1000 feuilles 120 pages, 19,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 22 Septembre 2022

GLACÉ, une histoire des plus réfrigérantes !

Les ouvriers de la centrale hydroélectrique de Saint-Martin-de-Comminges ne s’attendaient pas à découvrir, en arrivant par le téléphérique, le corps d’un cheval décapité suspendu à la montagne. L’enquête ne tarde pas à révéler que cet animal martyrisé n’est autre que le pur-sang appartenant au milliardaire Éric Lombard. Qui peut bien avoir commis ce forfait et dans quel but ?

C’est, notamment, cette énigme que le commandant Martin Servaz et Irène Ziegler, la capitaine de gendarmerie vont s’employer à résoudre. L’affaire se corse quand, parallèlement à cette triste affaire, des jeunes du village sont accusés d’avoir battu à mort un sdf.

Est-ce la ou les mêmes personnes qui ont tué ? Les résultats d’autopsie sur l’équidé vont révéler l’ADN d’un détenu des plus dangereux incarcéré dans le centre psychiatrique de haute de sécurité, situé à quelques encablures des meurtres. Ce suspect aurait-il déjoué la surveillance des geôliers ? Le mystère s’assombrit et l’enquête ne tarde pas à piétiner jusqu’à…

Tiré du polar éponyme de Bernard Minier, plusieurs fois primé pour ce roman qui a remporté un franc succès auprès du public, le scénariste Philippe Thirault réalise là une belle adaptation des plus fidèles d’un polar vraiment diabolique, en rendant l’atmosphère haletante de la première à la dernière page. Le récit s’avère rythmé, peuplé de rebondissements tenant le lecteur en haleine.

Mais le récit n’aurait pas cette force si le dessin n’avait pas été à la hauteur de la tâche. Avec un dessin plutôt réaliste, le dessinateur Mig livre une remarquable mise en images, en soulignant le caractère pesant de cette quête où les temps sont comptés si l’on ne veut pas que la liste des exécutés s’allonge.

Une mention particulière est à faire pour la mise en couleurs, avec principalement des tons bleus qui renforcent le côté diabolique d’une histoire pas ordinaire.

A frissonner, de froid mais encore plus de peur !

GlacÉ Philippe THIRAULT/MIG Éditions PHILÉAS 112 pages, 19,90 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 19 Septembre 2022

COMME SI C’ÉTAIT ARRIVÉ et avec des si…
COMME SI C’ÉTAIT ARRIVÉ et avec des si…

Faut-il avoir des regrets ou des remords, c’est assurément la question qui tourne sans cesse dans la tête de Francesco alors qu’il se rend aux obsèques de Sophie dont il vient d’apprendre le décès ?

Lui, d’origine italienne, plutôt introverti, elle, Française plutôt délurée et ne sachant choisir, se sont rencontrés et aimés alors que Sophie passait quelques jours de farniente sur la côte italienne. Passade, amour de vacances, de jeunesse, ils se sont revus plusieurs fois mais à chaque nouvelle rencontre, Francesco voulait aller plus loin dans leur relation tandis que Sophie fuyait. Aurait-il dû être plus insistant au risque de la perdre ? Toujours est-il qu’il refait sa vie et… Sophie aussi, au point qu’il lui en voudra. Alors, pour son premier jour de retraite qu’il devait fêter ce soir avec sa petite femme, il décide plutôt de prendre la route…

Avec un scénario plutôt bien ficelé, Lorenzo Coltellacci se sert du trajet jusqu’au lieu de l’enterrement pour revenir sur la vie de Francesco, sur celle qu’il aurait pu construire avec Sophie, mais aussi sur son devenir avec son épouse, alors qu’il ne répond pas aux nombreux appels de cette dernière qui se demande où il a bien pu passer.

Composé principalement de flashbacks, ce road-movie des plus émouvants pose beaucoup de questions, de remises en question pour un final réellement attendrissant. Beaucoup d’émotions, de sensibilité s’expriment au travers des 128 pages qui se lisent d’une traite, tellement l’on a envie d’en connaître le dénouement.

Avec une mise en images soignée et rehaussée de pastels soulignant, s’il en est encore besoin, le côté touchant de l’histoire, la dessinatrice Tamara Tantalo s’empare du récit avec talent.

COMME SI C’ÉTAIT ARRIVÉ Lorenzo COLTELLACCI/Tamara TANTALO Édition SARBACANE 128 pages, 24,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 26 Août 2022

UN AUTOMNE EN BAIE DE SOMME, un polar « Belle époque » bien singulier

Voilà que le riche industriel Alexandre De Breucq est retrouvé au petit matin sur son bateau échoué en baie de Somme, seul et baignant dans son sang. C’est la panique dans les ministères qui ne vont pas tarder à lancer leur plus fin limier sur les traces du ou des meurtriers, en la personne de l’inspecteur Amaury Broyan. A peine celui-ci débarqué en baie de Somme et après les constats d’usage, le verdict tombe : Alexandre De Breucq a été empoisonné et de quelle manière, par un de ces poisons qui vous tuent à petit feu dans les souffrances les plus atroces.

Qui peut bien avoir réalisé le forfait ou l’avoir commandité ? Sa veuve héritière semble être la coupable toute désignée mais… Ce serait trop simple ! L’inspecteur va rapidement apprendre qu’Alexandre De Breucq, bien que n’ayant pas d’ennemis connus, menait néanmoins une vie dissolue et passait notamment la plupart de ses nuits avec Axelle Valencourt une des modèles du célèbre peintre Alfons Mucha. Serait-elle impliquée dans cette disparition, aurait-elle été mise dans la confidence sur des sujets compromettants ?

Le scénariste Philippe Pelaez déroule son scénario en distillant des indices tout en prenant un malin plaisir à brouiller les cartes, rendant le lecteur, de temps à autre, bien perplexe. Situer le récit dans la période de la Belle Époque s’avère une belle idée d’autant plus que l’auteur a su placer son histoire dans l’Histoire. Cela a également permis au lecteur de se (re)plonger dans une période riche en progrès sociaux, économiques, technologiques et politiques mais aussi culturels.

Il n’en fallait pas plus au talentueux dessinateur Alexis Chabert pour se lancer dans l’aventure avec brio. À son dessin réaliste s’ajoutent ses superbes aquarelles qui magnifient le scénario faisant de leur album, un des plus réussis de ces derniers mois.

 

UN AUTOMNE EN BAIE DE SOMME Philippe PELAEZ/Alexis CHABERT collection GRAND ANGLE Éditions BAMBOO, 64 pages 15,90 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 15 Août 2022

SOIXANTE PRINTEMPS EN HIVER, mieux vaut peut-être tard que jamais !

Rien ne va plus ! Alors que Josy s’apprête à souffler les bougies de ses soixante ans, entourée des siens, voilà qu’elle refuse de les éteindre et finit par leur dire qu’elle part ! Adieu famille et surtout mari, Josy a envie de tourner la page et elle va en prendre les moyens. Au volant de son combi Volkswagen, à elle la nouvelle vie et ses découvertes au gré de ses pérégrinations ;

elle fuit un environnement dont elle ne veut plus. Seulement, on ne quitte pas une quarantaine d’années de vie commune en ayant fondé une famille simplement en claquant la porte de son van : pressions, intimidations des siens n’auront de cesse jusqu’à ce qu’elle rejoigne le cocon familial. Mais, malgré le tsunami qu’elle a engendré, Josy s’avère déterminée, elle ne reviendra pas !

Après un stage sur un parking, c’est quelque peu désorientée par cette nouvelle existence, qu’elle finira par trouver compréhension et sérénité auprès du club des vilaines libérées, où elle finira par trouver l’amour.

La scénariste Ingrid Chabbert aborde, avec sensibilité, un sujet encore rarement traité, celui de la crise de la soixantaine, une crise qui il y a encore quelques années surgissait plus communément à la quarantaine, évoquant cette envie de tout plaquer pour espérer un monde meilleur alors que les années sont comptées. Des tiraillements avec la famille aux rencontres déterminantes faites au sein du club, la scénariste brosse le portrait d’une femme mûre qui ose briser ses chaînes au mépris d’un passé qu’elle veut oublier.

Le dessin réaliste d’Aimée de Jongh, tout en rondeur, sied parfaitement au récit et le lecteur appréciera de s’approprier les personnages et tout particulièrement l’héroïne Josy.

SOIXANTE PRINTEMPS EN HIVER Ingrid CHABBERT/Aimée DE JONGH Collection AIRE LIBRE, Éditions DUPUIS 120 pages 23,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 10 Août 2022

DE SEL ET DE SANG, pour ne pas oublier…

Fortes chaleurs et labeur n’ont jamais fait bon ménage, et à l’heure où les pouvoirs publics français tentent d’adapter dans la législation les conditions de travail aux conditions climatiques, force est de constater que c’était le cadet des soucis des gouvernements à la fin du 19ème siècle. Pour gagner sa croûte à cette période, il ne fallait pas hésiter déjà à traverser les frontières et accepter des travaux de force. Les conditions de travail déplorables, les jalousies des ethnies entre elles et la chaleur pour exacerber les tensions n’ont pas tardé à déclencher ce qui est encore considéré à l’heure actuelle comme l’un des plus grands massacres d’étrangers que la France ait tristement connu.

Aigues-Mortes, août 1893, ouvriers français et italiens triment dur dans les marais salants à extraire le sel pour un salaire de misère : cadences infernales, pénibilité maximale avec des charges inhumaines à transporter… Engendrant une fatigue qui ne sera même pas atténuée par des nuits réparatrices. Aussi, il suffira qu’un ouvrier français traite un ressortissant transalpin de fainéant pour mettre le feu aux poudres et relancer des querelles racistes.

En s’appuyant sur des faits historiques, le romancier et scénariste Frédéric Paronuzzi met en scène, avec talent, cette tragique histoire en la rendant vivante. Si l’on comprend très rapidement que tous les ingrédients sont réunis et qu’il suffira d’une étincelle pour tout embraser, le lecteur appréciera les dialogues fournis, les descriptions des protagonistes ainsi que les prises de position des représentants de l’État, dont le seul objectif était de ramener la paix sociale sans se soucier des dégâts collatéraux pouvant être engendrés. Sans oublier, bien sûr, les riches propriétaires surfant sur les querelles des ouvriers, voire les entretenant pour leur unique profit, montrant une fois encore que la lutte des classes s’avère un éternel recommencement.

Avec un dessin semi-réaliste de belle facture aux couleurs caractéristiques d’un Midi écrasé par la chaleur, Vincent Djinda traduit bien cette ambiance pesante et survoltée.

On notera la présence d’un cahier historique illustré qui vient compléter le récit d’un bien triste fait divers.

DE SEL ET DE SANG Frédéric PARONUZZI/ Vincent DJINDA Éditions LES ARENES BD 144 pages 22,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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