L’association Bulles de Mantes, en partenariat avec Le Domaine de la Corniche, a l'honneur de recevoir pour sa deuxième rencontre de l'année 2018 et sa vingt-sixième depuis le lancement de ce concept novateur en 2010, l’auteur Matthieu Durand, notamment de la série « Tanguy et Laverdure ».
Il vient présenter le tome 2 de TANGUY ET LAVERDURE « Classic » aux éditions DARGAUD.
Aussi, l'association Bulles de Mantes est ravie de recevoir, pour notre plus grand plaisir, cet artiste de talent, dans le cadre prestigieux du Domaine de la Corniche le vendredi 30 novembre 2018.
Alors, pour ceux qui découvrent le concept, ces rencontres sont des moments privilégiés réservés aux seuls membres de l’association (c'est donc le moment ou jamais d'adhérer à l'association : adhésion annuelle 2017 de 15 €), dans le cadre prestigieux du « Domaine de La Corniche » de Rolleboise au restaurant « Le Panoramique », partenaire historique du festival Bulles de Mantes.
Tout commence par une séance de dédicaces de l’auteur invité, suivi d’un cocktail et d’un dîner/débat que nous partageons avec lui, dans ce superbe endroit.
Chaque adhérent inscrit à la rencontre peut se faire accompagner d’une personne de son choix, qui participera au dîner, mais n’aura pas droit à dédicace.
Les dédicaces commenceront à 16h00, le cocktail sera servi autour de 20 h, le dîner étant prévu après et un débat sera engagé en fin de repas. Enfin, une carte souvenir n° et signée, agrémentée d'une illustration sera offert à chaque participant à la soirée.
Matthieu Durand est né dans les années 1970... Mais il n'a pas connu bien longtemps la folie de cette décennie puisqu'il a vu le jour à son crépuscule, en novembre 1979.
Alors qu'il n'a pas encore 10 ans, il découvre les bandes dessinées aéronautiques scénarisées par Jean-Michel Charlier, en particulier "Les aventures de Tanguy et Laverdure" (Dargaud), avec un coup de coeur pour le trait d'Albert Uderzo. Ces lectures lui apportent à la fois une passion pour l'aviation et un objectif professionnel : devenir dessinateur de BD. Son rêve, qui, à l'époque, relève plus de l'utopie, est de se retrouver un jour aux commandes de la série.
Son attrait pour les choses de l'air le pousse à passer un bac scientifique, mais, le diplôme en poche, il préfère privilégier sa fibre créatrice et choisit des études d'arts plastiques pour, éventuellement, se diriger vers l'enseignement. Cependant, il garde toujours à l'esprit son objectif de faire de la BD d'aviation son métier. Pendant sa deuxième année de DEUG, il découvre l'infographie et passe une licence professionnelle dans ce domaine. Avec son diplôme de graphiste multimédia, il débute une carrière de web designer au sein d'agences de communication. En parallèle, et en autodidacte, il continue de travailler à son aspiration, pas du tout inavouée, de devenir dessinateur de romans illustrés.
En 2006, les portes du 9e art s'entrouvrent à lui quand les éditions Zéphyr BD l'enrôlent pour mettre en images une nouvelle série policière se déroulant dans l'Amérique de l'après-guerre et ayant pour héros un pilote dénommé Jack Blues. S'ensuit une évolution vers son domaine de prédilection, à savoir l'aviation de chasse française, puisqu'il se voit proposer de collaborer à "Team Rafale" (Zéphyr) et, trois ans plus tard, on lui confie la création graphique de la série "Rafale leader". Enfin, après 8 huit albums d'aventures aériennes à son actif, son rêve devient réalité : en 2014, il intègre les éditions Dargaud pour dessiner la collection "Classic" des aventures de Tanguy et Laverdure. (biographie copyright Dargaud)
Domaine de la Corniche, restaurant Le Panoramique, 5, route de la Corniche 78270 ROLLEBOISE : 2 toques dans le guide gastronomique Gault et Millau et sélection table distinguée d'Alain Ducasse en 2010.
Des Récits, album collectif sur Arthur Rimbaud au deuxième tome de Moby Dick, c’est près d’une vingtaine d’albums réalisés par l’auteur complet Christophe Chabouté qui enchantent les lecteurs toujours plus nombreux. Si le dessin noir et blanc n’a pas toujours remporté l’adhésion du public, souvent plus attiré par des couleurs chatoyantes, souvent flatteuses, des artistes comme Christophe Chabouté ont transcendé le genre et lui ont donné toutes ses lettres de noblesse.
Cette fois, point d’histoire à raconter, mais plutôt un brillant florilège de somptueux dessins qui seraient sortis des cartons de l’artiste.
L’ArtBook commence par une suite remarquablement bien orchestrée de portraits de bluesmen, tous plus émouvants les uns que les autres. Suivent des illustrations de musiciens dont la réputation n’est plus à faire, tels que Jimmy Hendricks, Nick Cave ou Keith Richard, des pochettes de disques, des affiches de spectacle de blues… Seulement, l’émotion ne s’arrête pas là. S’ensuit une avalanche de dessins sur l’univers de la ville, peuplés de chats noirs, puis des instantanés de mégalopoles américaines. L’univers de l’enfance n’est pas oublié avec des clins d’œil à Calvin & Hobbes, Gaston Lagaffe, Spiderman, John Difool, Corto Maltese et… Didier Comès, l’autre grand spécialiste du dessin noir & blanc ; la fin du volume étant consacrée à bon nombre de travaux préparatoires aux albums conçus par l’auteur.
Bricoles, gribouillis, voire fonds de tiroirs, sont des mots retenus pour faire le titre de l’ArtBook qui ne sont, décidément, vraiment pas appropriés. Petites pépites auraient assurément mieux collé à ces dessins. Si Charlélie Couture, réalisateur d’une très belle préface, qualifie ce titre d’autodérision de son travail, il importe également de rajouter que la modestie de ce grand artiste est passée par là !
Voilà un ouvrage fait pour les inconditionnels des réalisations de Christophe Chabouté, mais également pour tous les amoureux d’un beau trait, souvent épuré, faisant toujours mouche. Gageons que ce bel objet de près de 300 pages réalisé par les éditions Glénat ornera indubitablement de belle manière l’étagère de nombreuses bibliothèques, toujours prêt à être repris, relu, re-compulsé avec un bonheur et des émotions sans cesse renouvelés.
Accueilli dans une salle de concert de la Cité de la Musique, le monde journalistique spécialisé dans la bande dessinée pouvait s’attendre à une présentation en fanfare. Tel fut le cas avec tout d’abord un partenariat nouveau avec la Cité de la Musique dans la réalisation de concerts de dessins sur le site avec Monstres d’Asie, Hänsel & Gretel : l’Orchestre de Paris, la Philharmonie de Paris et le Festival font se rencontrer musique classique et bande dessinée dans des spectacles musicaux pour toute la famille avec Kim Jung Gi et Lorenzo Mattotti.
Avec ses 46 printemps, le Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) en a encore sous la godasse en présentant encore cette année un programme des plus alléchants à commencer par une douzaine d’expositions, de Milo Manara à Richard Coben, auteur de l’affiche, en passant par Taiyo Matsumoto, Bernadette Després, les 80 ans de Batman, une cinquantaine de débats, trois catalogues, des master classes, la liste est impressionnante et il faudra avoir des dons d’ubiquité très affirmés afin de pouvoir profiter au maximum de tous les manifestations proposées pendant ses 4 jours, du 24 au 27 janvier 2019.
Le FIBD, c’est également la remise des récompenses dans une dizaine de catégories, à commencer par la sélection officielle avec :
• Le Fauve d’Or – Prix du meilleur album
Ce prix met à l’honneur le meilleur album de l’année, sans discernement de genre, de style ou de provenance géographique.
• Le Fauve d’Angoulême – Prix Spécial du Jury Ce prix récompense une œuvre qui a particulièrement marqué le jury par sa narration, son esthétique ou l’originalité de ses choix.
• Le Fauve d’Angoulême – Prix de la Série Ce prix distingue une œuvre en trois volumes ou plus, et ce peu importe sa longueur totale.
• Le Fauve d’Angoulême – Prix Révélation Ce prix est décerné à l’album d’un(e) auteur(rice) encore au début de son parcours artistique et qui a publié professionnellement trois albums maximum.
Mais également, la Sélection FAUVE Polar SNCF, la Sélection Patrimoine, la Sélection Jeunesse, la Sélection Bande dessinée alternative, le prix de l’ACBD.
Enfin, le FIBD, c’est près de 1 500 auteurs et autrices, 400 rencontres, ateliers, conférences, spectacles et projections.
Tous ces chiffres donnent le vertige d’un évènement mondialement incontournable de la bande dessinée de tous les types, tous les styles, toutes les nationalités.
Alors, il ne vous reste plus qu’à vous précipiter sur l’adresse internet indispensable www.bdangouleme.com/ pour compléter cet article et faire vos choix avant de rejoindre l’endroit le plus opportun pour partager la bande dessinée du monde entier.
Depuis 2014, la volonté des associations Bulles de Mantes et Blues sur Seine de mettre en évidence les connexions entre le blues et la bande dessinée se réalise notamment dans la création du Prix de la bande dessinée aux couleurs du blues.
Pour ce vote, près d’une vingtaine d’albums parus entre juin 2017 et juin 2018 ont été examinés par un comité de lecture de Bulles de Mantes, pour sélectionner cinq titres dans la liste finale:
La ballade de Dusty T1(Ducoudray et Goulesque) éditions Grand Angle
Les enfants du Bayou T1 (Bottier et Roussel) éditions Jungle
Karen Dalton (Rassat et Rousse) éditions Sarbacane
Les Maîtres de White Plain (Chevais-Deighton et Giner-Belmonte) éditions Grand Angle
Panama Al Brown (Goldstein et W. Inker) éditions Sarbacane
Le Prix de la BD aux couleurs du blues récompense le meilleur album illustrant une thématique du blues ou des musiques afro-américaines qui en sont dérivées, ou encore illustrant le contexte social et historique en relation.
L’excellent album Panama Al Brown, paru aux éditions Sarbacane a remporté le concours haut la main, faisant de cet album le 5ème Prix de la bande dessinée aux couleurs du blues 2018.
La cérémonie de remise du prix a eu lieu juste avant les concerts de Kolas Experiment et de Molly Johnson dans l’espace Maurice Béjart de Verneuil-sur-Seine et ce, pour la deuxième année consécutive. Le prix a été remis par Ghislain Limelette, Président de Blues sur Seine et Bernard Launois, Président de Bulles de Mantes, à Jean-Marie Clergeot, représentant des établissements Selmer, en l’absence des auteurs excusés.
Deux expositions des planches de Panama Al Brown ont été présentées, du 9 au 25 novembre 2018 à la médiathèque Georges Duhamel de Mantes-la-Jolie et du 5 au 30 novembre 2018 à la médiathèque de Verneuil-sur-Seine.
L'aventure fantastique continue avec ce deuxième opus tout aussi passionnant que le précédent, comprenant quatre bandes dessinées aux quatre coins de la planète, du Massachusetts à la Thaïlande avec la suite de Devil's garden, en passant par l'Egypte et l'Angleterre sans oublier deux nouvelles pas ordinaires agrémentées d’illustrations de Mathieu Bablet. On commence par l’histoire de Witch Winchester où les scénaristes Morse, Maudoux et Bablet rebondissent avec talent sur la légende de la malédiction de la famille Winchester qui veut que l'épouse du créateur de la carabine éponyme fasse construire une maison avec autant de pièces que de personnes tuées par la Winchester afin de recueillir leurs âmes.
L'Égypte des pyramides et ses mystères autour de la mort reste un terrain propice à l'hermétisme que n'hésite pas à revisiter l'auteur complet Mathieu Bablet avec la terrifiante histoire de Sir Bartholomew, lequel frappé d’un sortilège et devant tenir dans une urne, sera prêt à y laisser sa fortune pour recouvrer sa taille normale. Réussira-t-il à se sortir de ce guêpier avec le talent des midnight girls ?
Résumer cet album de 136 pages à ces deux seuls récits serait particulièrement réducteur, compte tenu de la qualité des histoires tout aussi passionnantes les unes que les autres, mais n'est-ce pas là un stratagème pour inciter le lecteur à s’y plonger et découvrir par lui-même ces histoires fantasmagoriques ? Après tout, cette chronique n'aura peut-être comme seule finalité que de donner l'eau à la bouche ?
Quant aux dessins et aux couleurs, s'ils sont diamétralement opposés les uns les autres, il s'en dégage néanmoins une belle unité donnant sens à ce deuxième collectif.
Enfin, le lecteur appréciera de retrouver, en encart dans la couverture, les sources qui ont permis de bâtir les récits pour lui donner l'envie d'en connaître un peu plus.
Voilà un pari bien réussi pour ce deuxième collectif placé sous le signe de l'ésotérisme féminin, qui réussit à captiver son lectorat de la première à la dernière page.
« Un mètre cinquante de longueur sur soixante-dix centimètres de largeur et sur quatre-vingt centimètres de profondeur », c’est le trou que le croque-mort réalise pour enterrer le cercueil ? Que nenni, c’est l’excavation que doit faire chaque soldat allemand pour se « protéger » face aux attaques du front français. C’est sur ces propos cyniques que s’illustre le récit d’un épisode de la « drôle de guerre ». S’ensuit une longue litanie de toutes les misères qu’ont pu supporter les différents protagonistes de cette boucherie organisée par des gradés des deux camps, Allemands et Français.
La suite, bon nombre de personnes la connaissent pour avoir eu dans leur famille, leurs amis, parmi leurs arrière-grands-pères, des personnes qui ont subi les affres de la guerre. L’originalité de cet album réside dans une très bonne adaptation du roman « Le feu » d’Henri Barbusse (prix Goncourt 1916) par le scénariste Patrick Pécherot qui a transposé l’action dans le camp allemand.
De troufion Kropp au caporal Müller en passant par Katczinsky, c’est bientôt trois générations de poilus qui croupissent dans leurs trous en attendant de se faire canarder par les Français. Le scénariste Patrick Pécherot a su très justement tirer toute la quintessence du poignant roman d’Henri Barbusse sublimé par le dessin de Joe Pinelli sans cesse renouvelé, album après album. Les crayonnés poussés sont renforcés par un gris soutenu, accentuant le caractère angoissant du récit.
Tout est là, le texte percutant, accablant, le dessin vif, haletant et si cet album vient s’ajouter aux innombrables ouvrages consacrés, à juste titre, à ces horreurs, il fait assurément partie de ceux incontournables au devoir de mémoire pour les nouvelles générations.
Aposimz, astre artificiel venu de nulle part, à l’air raréfié et traversé par un froid sibérien, abrite une poignée d’hommes essayant de survivre dans ce cloaque. A l’occasion d’une sortie en vue de trouver de l’eau et de la nourriture, Ao, Biko et Esserow rencontrent une jeune fille agonisante poursuivie par une horde de soldats qui ont décidé de lui faire la peau. Alors qu’ils s’approchent d’elle pour venir à son secours, la jeune fille remet à Ao un code et sept espèces de balles qui auraient le pouvoir de détruire le monde… Info, intox, toujours est-il qu’après avoir caché les corps des soldats de l’empire, que vont-ils pouvoir faire ? Taire leur découverte avec un sentiment de culpabilité pour ne pas s’être assurés de la véracité des dires de la jeune fille morte dans leurs bras, ou bien tout raconter au risque d’encourir de graves soucis ? Et puis, lorsque l’on s’apercevra que les soldats de l’empire ont failli à leur mission, ne tentera-t-on pas par tous les moyens de retrouver le précieux présent ?
L’auteur complet Tsutomi Nihei embarque le lecteur, dès les premières pages, dans un univers de science fiction plutôt original où les héros du récit disparaissent les uns après les autres pour faire place à des êtres immortels, plus proches du zombie que de la marionnette. S’engage une course contre la mort entre les êtres qui ont la capacité de pouvoir se régénérer en marionnettes et les autres. Aux dialogues alertes s’ajoute un dessin réaliste tout autant alerte et du plus bel effet. Les personnages de l’équipe aventurière sont attachants, évoluant dans un univers glauque des plus hostiles. On regrettera assurément que cet opus n’ait pas été mis en couleurs, ne serait-ce que pour renforcer le côté anxiogène du récit.
Tsutomi Nihei fait partie des incontournables dans le monde du manga dark fantasy et le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême ne s’y trompe pas, en lui consacrant une grande exposition en janvier 2019 qui devrait ravir tous les amateurs de manga et au-delà, tellement son univers est riche et varié.
APOSIMZ La Planète des marionnettes NIHEI Editions GLENAT, 180 pages 7,60 €
Après bien des années à faire le tour de l’Europe pour se produire, bien que très jeune, accompagné de son père et de sa sœur Maria-Anna, Wolfgang Amadeus Mozart se retrouve au point de départ, à Salzbourg, la ville qu’il n’a jamais aimée. Enfin, l’opportunité d’en partir se dessine quand le prince-archevêque qui l’emploie lui rend sa liberté.
C’est accompagné de sa mère, son père n’en ayant pas été autorisé par le prince-archevêque, que Wolfgang Amadeus Mozart entreprend de conquérir Paris avec les appuis du diplomate et homme d’affaires Melchior Grimm. Arrivera-t-il à se faire un nom dans la Ville Lumière alors que personne ne l’attend ?
L’auteur complet Frantz Duchazeau, féru et fin connaisseur de musique classique et plus particulièrement de celle du génie Wolfgang Amadeus Mozart, raconte en images une période peu glorieuse pour le jeune musicien compositeur. Du fait de sa petite taille et de son aspect juvénile, il était considéré encore comme un gamin tout juste bon à agrémenter les soirées et à donner des cours à des nobles pour qui il ne servait que de faire valoir. Le scénario romance de fort belle manière la vie chaotique d’un Mozart tiraillé entre son père resté à Salzbourg et sa mère qui s’étiole chaque jour dans un appartement parisien, et ne rêvant que de retour. Les dialogues sont vifs et percutants, à la manière de la fougue d’un jeune prodige en quête de reconnaissance.
Avec un dessin semi-réaliste, chaque fois renouvelé dans ses différentes œuvres, Frantz Duchazeau transporte le lecteur dans le Tout-Paris de cette fin du XVIIIème siècle, utilisant l’artifice de grandir ou réduire ses personnages en fonction de l’ascendant psychologique qu’il veut leur donner dans la case. On ajoutera une mise en couleurs des plus agréables réalisée par Walter pour cet opus, une belle réussite qui donne assurément l’envie de se replonger dans les chefs d’œuvre du maître.
MOZART A PARIS DUCHAZEAU Editions CASTERMAN 94 pages, 18.95 €
Difficile de se faire une réputation d'espion à la cour du roi Louis XIV lorsqu'on est un ancien détenu vénitien. Heureusement Pietro Viravolta, plus communément connu sous le pseudo de "l'Orchidée noire", débarque en France avec de sérieux gages d'être une des plus fines lames d'Europe. Une tentative d'assassinat du roi va le propulser dans les arcanes du Tout-Paris où les comploteurs contre le roi sont légion. On constate une fois de plus que les ennemis peuvent être partout et ne sont pas souvent ceux que l'on croyait. Rapidement embringué dans un imbroglio des plus scabreux, sera-t-il alors à la hauteur de ses exploits vénitiens ?
Voilà une enquête policière des plus intéressantes, remarquablement bien scénarisée par l'écrivain Arnaud Delalande, qui connaît de nombreux succès avec des romans traduits dans une vingtaine de pays, tels que Notre-Dame sous la terre ou encore Les fables du sang. Pour cette première adaptation en bande dessinée tirée de sa série en 5 tomes, Le piège de Dante, autant dire que le contrat est rempli et ce, mené tambour battant ! Avec des dialogues alertes, des rebondissements divers nombreux, le final de ce premier opus apparaît au lecteur pour le moins inattendu.
On retrouve avec grand plaisir un Éric Lambert au sommet de son art, avec son dessin hyperréaliste collant parfaitement au récit. Les décors sont particulièrement fouillés, particulièrement bien mis en valeur par la mise en couleurs numérique de Filippo Rizu. On ne pourra que s'extasier devant les paysages vénitiens, parisiens et versaillais du XVIIIème.
Les récits de cape et d'épée sont nombreux et variés mais ce dernier retient toute l'attention à la fois par sa construction de l'intrigue mais également le rendu d'un dessin efficace. Cette série, à priori conçue sous forme de one-shots devrait ravir assurément un large public.
Après Sykes, le duo Pierre Dubois et Dimitri Armand remet le couvert pour réaliser l’excellent western Texas Jack aux éditions Le Lombard. La venue de Dimitri Armand sur le festival Quai des Bulles était l’occasion de parler de cet album et plus généralement de son regard sur la bande dessinée.
Bonjour Dimitri
Votre première collaboration avec le scénariste Pierre DUBOIS a eu lieu en 2014 avec Sykes, comment ça s'est passé cette fois-ci ?
En fait, ça c'est très bien passé. Au départ, c'est le Lombard qui nous a mis en relation et on s'est tout de suite très bien entendu. Je pense que, du coup, c'était assez astucieux de la part du Lombard, de nous mettre en relation. Je pense que ça a assez surpris les gens qui s'attendait de voir Pierre DUBOIS sur du western alors que l'on l'attend plutôt sur des elfes.
Plutôt de sujets poétiques comme il a l'habitude de le faire.
Là aussi, il y a de la poésie (rires)
Je ne suis pas convaincu qu'ici, ça soit la même !
Comme ça s'était super bien passé avec le premier album, on a remis le couvert pour Texas Jack qui va bientôt sortir.
J'ai eu l'occasion de le lire et de l'apprécier tout particulièrement. Quelles sont les méthodes de travail entre Pierre et vous ?
Avec Pierre, c'est un peu particulier qu'avec les autres scénaristes, car le scénario était écrit comme une nouvelle, donc sans découpage BD, pas de page 1, case 1... C'est donc moi qui aie dû découper l'album. De plus, c'est un scénario manuscrit ! Je dois dire que ça m'a surpris au début, j'ai plutôt trouvé cela plutôt charmant. De voir le scénario écrit et pas du tout découpé, j'ai trouvé ça plutôt intéressant au final.
Une fois le découpage réalisé, lui avez-vous envoyé ? De quelle manière est-il intervenu ou pas ?
En fait, pour ainsi dire jamais ! En gros, ce sont deux choses qui m'ont fait peur au départ : le fait que le scénario ne soit pas découpé et le fait d'être livré un peu à moi-même. Au final, ça été les deux choses les plus enrichissantes sur ces projets-là. Du coup, j'ai dû apprendre à découper un bouquin car normalement c'est un travail de scénariste habituellement. Ça m'a permis de me former là-dessus.
Un gros challenge alors ?
Effectivement et il y a des trucs que je regrette un petit peu au niveau mise en scène. J'aurai aimé après coup, les faire différemment mais malheureusement ou pas, ça fait partie de l'apprentissage. En plus, il m'a fait une confiance aveugle. C'est à dire que lorsque l'on a commencé à travailler ensemble, je faisais livrer les pages imprimées par courrier, 5 à 6 pages dans un premier temps et il a tout adoré. J'ai eu que des retours dithyrambiques et chaque fois, il était ravi. Il n'a jamais eu rien à redire et pourtant au début, j'étais disposé à retoucher si c'était pertinent ou autre à suivre ses remarques mais il a toujours adoré ma façon sur ces bouquins-là de mettre en scène et de faire les pages. J'étais hyper libre et ça c'est vraiment jouissif.
C'est à la fois libre et contraint par un énorme challenge car c'est quand même un album qui fait 120 pages, tant pour le découpage que pour la réalisation ensuite ?
Bah oui, au départ il devait faire la taille de 75 pages mais le problème, c'est que le manuscrit faisait déjà 90 pages et qu'en faisant le story-board, au fur et à mesure, je me rendais compte que j'allais exploser la pagination. Je n'ai pas voulu décaler la date de sortie car on s'est dit avec l'éditeur que ce serait bien de le sortir pas très de loin de Sykes.
Pourquoi pas en deux albums alors ?
Ça été pensé, le souci c'est que c'est vraiment une quête et que dans la première partie, il n'y a vraiment d'événements mais plus la relation entre les personnages qui va se tisser tout le long de l'album et du coup, coupé en deux, s'aurait fait un premier album où il ne s'y passe pas vraiment grand chose. Il aurait alors fallu réécrire la structure.
Je ne suis pas tout à fait d'accord quand vous dites qu'il ne se passe rien dans la première partie.
En fait, je pense que ça aurait un peu cassé la montée en puissance de l'intrigue et des relations entre les personnages et la rencontre finale.
Texas Jack ressemble, par certains côtés, à Buffalo Bill et son côté grand spectacle, comment avez-vous appréhendé le personnage ?
C'est une autre chose qui m'a beaucoup plu dans l'écriture de Pierre, c'est que quand je lis son scénario, j'ai tout de suite des images qui me viennent et en fait, lui je l'ai toute de suite imaginé comme ça. Oui, c'est une forme de Buffalo Bill.
Où tout est dans l'apparat quand même? Dès les premières pages, il est dans un spectacle, en représentation, tel que je l'ai compris ?
Oui, c'est exactement ça !
Sauf qu'à un moment, il va se retrouver dans la vraie vie.
Et il va vite le regretter !
Il va va se faire piéger ?
C'est ça qui était intéressant, c'est que comme graphiquement, j'avais fait Sykes avec un personnage plus sombre, les yeux fatigués, une moustache noire... J'ai vu cette espèce de petit minet, blondinet, toujours avec le sourire ridicule. Mais, c'est son personnage !
Ce que je trouve important dans cet album, c'est que vous avez dessiné vraiment des "gueules" au sens où nous avons des personnages burinés, des visages et des postures expressifs. Il apparaît très important d'avoir cette densité dans ces personnages qui évoluent dans de superbes paysages. Par contre, beaucoup de violence, ce qui n'est pas dans les habitudes de Pierre DUBOIS, plutôt dans un registre poétique. Est-ce que cela vous a gêné ?
Non, je pense même qu'il s'est plutôt amusé de ce côté-là parce qu'il savait qu'au contraire, j'aimais bien dessiner ce genre de scènes. La violence n'est jamais gratuite parce que même si j'ai tendance à exagérer les impacts de balles ou autres, au final ça met en avance la faiblesse de Texas parce qu'en temps que lecteur, on va s'identifier à Texas Jack qui est en fait en dehors de tout ça car il tire sur des assiettes et c'est tout. On prend presque pitié de lui a un certain moment dans l'album.
Cet album est vif, rythmé et l'on sent que vous avez pris un réel plaisir à le réaliser, je me trompe ?
Non, vous ne vous trompez pas, je me suis clairement éclaté. Il m'aurait fallu clairement six mois de plus pour vraiment le faire comme je voulais.
Près de 125 pages, on ne s'ennuie pas un seul instant. Quel a été la recette pour tenir le lecteur en haleine ?
La grosse qualité de Pierre sur cet album réside dans la multiplicité des personnages qui ont tous des dialogues qui vont les présenter avec toutes leurs personnalités. Ce que j'aime beaucoup dans le travail de Pierre Dubois c'est qu'il n'y a pas dialogue gratuit. Tout ce que les personnages vont dire, ça va les installer, les faire exister vraiment dans l'album.
Y aura-t-il une prochaine collaboration avec Pierre Dubois ?
On aimerait beaucoup en fait, L'idée d'une trilogie, on aimerait beaucoup faire rencontrer Sykes et O'Malley et le problème, c'est que Pierre a de superbes idées. Déjà avec Sykes, je m'étais dit que je ne ferai que cet album mais un jour, il m'a juste envoyé la suite et j'ai pas pu faire autrement que de plonger. Le problème actuellement, c'est qu'il faudra attendre un peu pour une nouvelle collaboration car je viens de commencer une nouvelle série au Lombard.
Vous faites partie des artistes à maîtriser la réalisation d'un western en bande dessinée et s'il fallait citer quelques noms d'auteurs que vous admirez dans cette discipline, ce seraient lesquels ?
Au début, je dirai qu'il y a François Boucq sur le Bouncer qui m'a bien inspiré, Ralph Meyer pour Undertacker avec un dessin très propre. On ne dessine pas du tout pareil tous les deux mais nous partageons un dessin assez lisse, assez propre comparé à Mathieu Lauffray qui va avoir un trait beaucoup plus lâché, beaucoup plus expressif. Il y a également Mathieu Bonhomme que j'ai découvert tard sur Texas Cow-boy. Album que j'ai adoré car il a, par exemple, un don sur les postures des personnages. Bien qu'il y ait très peu de trait, les personnages existent vraiment. Enrico Marini qui a toujours été une grosse influence pour moi. Je ne pense pas que mon dessin ressemble mais c'est dans sa façon de gérer l'efficacité des scènes, en fait. Marini est extrêmement impressionnant graphiquement mais quand on regarde bien, je sais que c'est facile à dire, ce sont des recettes assez simple, il va mettre en avant son personnage qui est au cœur de l'action, il va esquisser un morceau de décor, et tout envoyer à la couleur et ça va être super impressionnant. Il ne va jamais mettre trop d'information et ça c'est vraiment quelque chose que j'aime bien !
Je ne suis pas doué pour faire, comme par exemple, comme Otomo dans Akira où il y a là une débauche visuelle et malgré tout, ça reste d'une grande lisibilité et je trouve ça hallucinant. Pour ma part, si je commence à faire des traits partout, ça faire un truc illisible.
Là, justement, le trait est clair, c'est fluide
Merci ! J'ai essayé du coup de le rendre le plus lisible possible.
Et vous ne citez pas Jean Giraud, il ne fait pas partie des auteurs qui vous ont influencé ?
Bah non, je l'ai lu et c'est un passage obligé, j'adore son travail, je l'ai regardé régulièrement.
Lui aussi va avoir un dessin extrêmement fouillé et malgré tout assez lisible et puis il ne faut pas oublier que c'est un pilier de la bande dessinée franco-belge. C'est vrai qu'au départ, il ne fait pas vraiment partie de ma culture et quand vous m'avez posé la question, ce n'est pas un nom qui m'est sorti spontanément.
Propos recueillis par Bernard LAUNOIS dans le cadre du festival Quai des Bulles St Malo le 13 octobre 2018