Un dossier top secret de la plus haute importance, volé au nez et à la barbe du service de contre-espionnage de Cherbourg, puis la découverte d’un drôle de cétacé échoué sur la plage, inconnu de la faune aquatique : voilà de quoi donner du pain sur la planche aux frères Côme et Tacôme Glacère, à qui on a confié les affaires. Nos deux agents réussiront-ils à percer seuls le mystère de la baleine poilue et de là, découvrir tout un monde énigmatique et captivant ? Heureusement, la nouvelle complicité de Julienne, jeune fille délurée accompagnée de son jeune frère Gus tout aussi dégourdi, ne sera pas de trop pour démêler les arcanes de cette enquête.
Particulièrement documentés, les Cherbourgeois Pierre Gabus au scénario et Romuald Reutimann au dessin ont su emporter les lecteurs dans une histoire endiablée mêlée d’humour et de mystères de bon aloi.
Avec des situations et des dialogues drôles, le scénariste Pierre Gabus entraine le lecteur dans les méandres de la ville de Cherbourg-en-Cotentin, de la plage de Querqueville au Roule Palace en passant par l’arsenal.
Agrémenté d’aplats de couleurs réussis, le dessin semi-réaliste et tout en rondeur sied parfaitement au récit, avec des personnages alertes qui évoluent dans un décor fouillé.
Voilà un premier opus bien prometteur, qui ne demande qu’à être suivi d’histoires aussi rocambolesques dans une période qui ne l’est pas moins.
NEW CHERBOURG STORIES T1 Le monstre de Querqueville Romuald REUTIMANN/Pierre GABUS Editions CASTERMAN 72 pages, 14,50 €
Avant de devenir la célèbre Calamity Jane, assurément l’un des personnages les plus redoutés de l’Ouest américain, Martha Jane Cannary commence bien mal sa vie dans un bouge, l’un des innombrables saloons du fin fond de l’Utah, à s’occuper de chambres fréquentées par des demoiselles dites de petite vertu. Nous sommes autour des années 1860-1870, période où la violence tant physique que psychique règne en maître absolu. Seule la loi du plus fort a cours et Martha va vite l’apprendre à ses dépens. Trahison, agression sexuelle, sévices corporels, Martha va vite se forger un caractère un brin trempé car si elle veut gagner, de haute lutte, sa liberté, elle n’a d’autre solution que de s’affirmer dans ce monde de brutes.
Le scénariste Thierry Gloris entame, de fort belle manière, sa série Wild West avec un personnage haut en couleurs, souvent narré de façon humoristique dans les bandes dessinées avec notamment les récits de Morris ou encore de Christian Perrissin. Ici, la barbarie et la cruauté sont au programme, plongeant le lecteur dans un univers rude où le plus faible n’a guère de solution que de se laisser avilir ou de prendre les armes à feu pour s’imposer et… vivre ! Les dialogues sont enlevés et le découpage intéressant, ménageant le suspense à chaque fin de page, technique qui a fait ses preuves dans les hebdomadaires bd des années 60-70.
Remarquablement servi par le dessin et la mise en couleurs de Jacques LAMONTAGNE qui sublime ce premier opus d’une série prometteuse, Wild West renoue avec les bons westerns et ce, pour le plus grand plaisir de tous.
WILD WEST T1 CALAMITY JANE Jacques LAMONTAGNE/Thierry GLORIS Editions DUPUIS 56 pages, 14,50 €
À cette occasion, FLUIDE GLACIAL le célèbre magazine d'Umour et bandessinées lance une grande campagne d’abonnement avec des contributions exceptionnelles pour lutter contre la morosité ! Rejoignez la bande des copains de Fluide Glacial en soutenant le dernier bastion de la presse d’humour, qui depuis 1975 reste indépendant et sans publicité !
Magazine de bande dessinée à l’humour décomplexé, qui se moque des clichés et des tabous, Fluide Glacial a marqué des générations de lecteurs, s’est transmis de pères en filles ou de cousins en copains, a trôné dans les petits coins de millions de foyers, contribuant ainsi à une solide culture française de la déconnade héritée d’une époque où tout était possible si c’était drôle.
Créé le 1er avril 1975 par l’immense Gotlib et une bande de joyeux lurons, Fluide Glacial a marqué l'histoire de la BD d’humour et accueilli dans ses pages des auteurs et dessinateurs devenus incontournables (Binet, Franquin, Édika, Margerin, Solé, Coyote, Riad Sattouf, Goossens, Gaudelette, Maëster, Larcenet... pour ne citer qu’eux, les autres étant trop timides) et vu naître des personnages aujourd'hui cultes (Les Bidochon, Gai-Luron, Lucien, Superdupont, Litteul Kévin, Sœur Marie-Thérèse des Batignolles, Pascal Brutal, Cosmik Roger et tant d'autres!! ).
Fluide Glacial est aujourd'hui le dernier survivant de la presse d’humour crée dans les années 70. Il est également l’un des seuls magazines en France qui vit sans publicité ! Plus de 600 numéros, 45 ans d’existence et pas une seule pub, c’est pas formidable, ça ?
Toute l'année, de la bonne humeur et de l'impertinence !
Difficile depuis mardi 24 mars 2020, alors que le papa d’Astérix vient de nous quitter, d’exprimer mes pensées sur cet immense dessinateur qui aura marqué internationalement le monde de la bande dessinée.
Néanmoins, je vais surmonter mon chagrin et mon émotion pour apporter ma contribution aux nombreux témoignages que suscite cette triste disparition.
Tant de souvenirs se bousculent dans ma tête, à commencer par mon apprentissage de la lecture dans les premières aventures d’Astérix… Cependant, ce qui restera gravé dans la mémoire de l’équipe de Bulles de Mantes, ce sont les deux grands moments vécus à ses côtés : d’abord le baptême à Mantes-la-Jolie du groupe scolaire élémentaire Uderzo en décembre 2006, première école à porter son nom en France, ce dont l’association Bulles de Mantes n’est pas peu fière ; puis, en décembre 2011, la pose de plexiglas à l’effigie de ses personnages sur les portes des classes lors du cinquième anniversaire de ce groupe scolaire.
Si vous le permettez, je vais vous faire partager quelques anecdotes qui ont ponctué ces événements majeurs pour la jeune (à cette époque) association Bulles de Mantes.
Cette idée folle a germé dans nos têtes à l’initiative de Philippe Guillaume, alors président de l’association, et des membres de son bureau. Il nous a fallu remuer ciel (avant qu’il ne nous tombe sur la tête, par Toutatis !) et terre pour que le projet se concrétise. Des nombreux échanges téléphoniques pris auprès de l’attachée de presse des éditions Albert René à l’acceptation du Maître Albert, en passant par les contacts très amicaux avec sa fille Sylvie, les négociations furent difficiles. Dans un premier temps, Albert Uderzo pensa qu’on le croyait mort pour avoir pris une telle initiative.
Une fois rassuré sur la légalité de ce baptême, c’est avec émotion et grand plaisir qu’Albert Uderzo accepta.
C’est ainsi que, sur proposition de Bulles de Mantes le conseil municipal de Mantes-la-Jolie, vota à l’unanimité la décision de baptiser au nom d’Albert Uderzo le tout nouveau groupe scolaire élémentaire du quartier des Bords de Seine.
L’inauguration et le baptême du groupe scolaire élémentaire eurent lieu le samedi 2 décembre 2006 (plus d’info sur le site internet de Bulles de Mantes), en sa présence et celle d’Ada, son épouse, ainsi que sa fille Sylvie, son gendre et son petit-fils. Après la découverte de la plaque inaugurale et une visite de l’établissement, c’est très ému et heureux qu’Albert Uderzo a pris la parole en rappelant notamment son attachement à son frère de cœur, René Goscinny.
Il aura fallu l’intervention du gendre d’Uderzo pour me demander si je connaissais un restaurant où il
pourrait, selon ses propos « déjeuner tranquillement, en famille » : j’ai suggéré le restaurant du Domaine de la Corniche de Rolleboise, sans songer un seul instant qu’Albert Uderzo nous demanderait à Philippe et moi-même de les guider jusqu’au restaurant. Alors que nous nous apprêtions à repartir, Albert nous dit : « vous n’allez pas partir comme ça, venez prendre une coupe de champagne avec nous ». Ce moment de convivialité, que je n’aurai jamais imaginé dans mes rêves les plus fous, s’est réalisé : converser avec ce grand Monsieur, monument de la bande dessinée, qui respirait la simplicité. Nous garderons un souvenir ému de cette discussion à bâtons rompus, en compagnie de son épouse, nous racontant leurs débuts difficiles, puis la déferlante du succès du petit Gaulois qui ne s’est jamais démentie. Nous avons découvert un homme humble, discret, avec ce petit œil rieur, pétillant et malicieux qui a enchanté ce moment privilégié dont nous aurions aimé qu’il durât encore et encore, tellement nous étions tombés sous le charme.
Très attaché à ce groupe scolaire qui porte son nom, Albert Uderzo a régulièrement doté la bibliothèque de l’établissement de nombreux albums, et offert aux élèves des différentes classes des billets pour le Parc Astérix.
Samedi 10 décembre 2011, cinq ans quasiment jour pour jour après le baptême du groupe scolaire, nous avons eu le plaisir de revoir le papa d’Astérix pour lui faire découvrir cette fois les onze portes ornées chacune d’un plexiglas à l’effigie de ses héros, d’Astérix à Oumpah-Pah en passant par César…
Et là encore, bien que sa main douloureuse lui rappelait les années qui passent, Albert Uderzo s’est bien volontiers prêté, à quelques signatures sur des albums d’enfants présents. Surtout, il a esquissé sur un tableau de conférence six têtes de ses célèbres personnages, d’Astérix à Idéfix en passant par Obélix, Assurancetourix, César et Panoramix.
En octobre 2018, Albert Uderzo ne pourra malheureusement pas assister pour des raisons de santé à l’inauguration de l’extension du groupe scolaire.
Depuis ces moments magiques, la fidélité du grand homme ne s’est jamais démentie et, en recevant sa carte de vœux annuelle à la mi-janvier 2020, j’étais loin de penser qu’elle serait la dernière…
Au nom de l’association Bulles de Mantes, toutes nos pensées attristées se tournent vers sa famille et ceux qui lui étaient chers.
Dans un futur plus ou moins proche, un virus s’apparentant à une grippe estivale sévit aux les Etats-Unis et n’en finit pas de faire des ravages dans la population. C’en est au point que le gouvernement finit par instaurer une loi martiale, afin de juguler des conflits qui finissent par ressembler à un état de guerre civile. Liam, un jeune papa, finit par s’angoisser car Marie son épouse ne répond pas aux appels, alors qu’elle aurait dû terminer son service aux soins intensifs depuis longtemps. Que se passe-t-il, Marie serait-elle en danger ?
Et comme si cela ne suffisait pas, Liam vient de perdre son travail et c’est un combat de tous les jours que de trouver de la nourriture et des produits de nécessité : les magasins ont été dévalisés par une population repliée sur elle-même et terrorisée par la progression fulgurante du mystérieux virus, et qui malgré les vaccinations n’arrive pas à être endiguée.
A l’heure de la pandémie alarmante du COVID-19, ce premier album d’une série annoncée de six tomes, réalisé par le scénariste et dessinateur Jared Muralt, sort à point nommé en fournissant un récit des plus anxiogènes. Entre les cadavres qui jonchent les rues de son quartier et la charge de la l’armée pour empêcher les pillards de dévaliser le peu de magasins qui recèlent encore quelques menues victuailles, le pauvre papa ne sait plus à quel saint se vouer sinon envisager de fuir ce cloaque, peut-être vers un monde meilleur.
Le trait fin et expressif de Jared Muralt, complété par des couleurs numériques qui confortent le côté angoissant du récit, met remarquablement en valeur une fiction qui devrait intéresser bon nombre de lecteurs.
LA CHUTE MURALT Editions FUTUROPOLIS 72 pages, 15,00 €
Le 6 août 1945 restera gravé dans les mémoires des anciennes générations comme le jour où la face du monde a changé. Hiroshima et Nagasaki, rien que prononcer le nom de ces villes japonaises rappelle l’effroi avec lequel le monde entier a découvert le pouvoir destructeur de la première arme de destruction massive. 75 ans après, à l’heure où les conflits ne cessent de s’intensifier, force est de constater que cette arme nucléaire, possédée par une poignée d’états, aura jusqu’à maintenant permis de ne pas embraser la planète.
Tout ce que vous aurez voulu apprendre sur l’arme atomique est dans ce récit de 450 pages remarquablement scénarisé par Laurent-Frédéric Bollée et Alcante. On saluera le travail phénoménal de recherche historique et de compilation qui permet de retracer la genèse de la bombe, depuis les mines d’uranium du Katanga jusqu’aux déflagrations nippones en passant par tous les pays qui ont été plus ou moins impliqués dans la création de cet engin de la désolation. Des scientifiques aux politiques en passant par les anonymes qui ont servi de cobayes pour étudier les effets sur la santé d’injections de plutonium, les scénaristes ont brossé, de belle manière, l’histoire de la bombe atomique, sans concessions.
Si au premier abord, le lecteur pourra être rebuté à l’idée de lire les 450 pages qui composent l’album, il se passionnera rapidement pour le devenir funeste de l’uranium, traité comme si c’était un personnage du récit, à part entière. Il suivra ainsi toutes les recherches de savants passionnés, mais également, pour certains d’entre eux, épouvantés par l’ampleur que cela prend et les angoisses que leur création va susciter en eux.
La course entre les états à celui qui la possédera le premier apparait fort bien rendue tant par le scénario que par le dessin réaliste et fouillé de Denis Rodier, mis en valeur par ses noirs profonds.
A l’heure des tristes commémorations de l’événement des explosions qui auront tué des centaines de milliers de Japonais, voilà assurément un ouvrage de référence qui devrait faire date, venant de plus apporter sa pierre à un devoir de mémoire indispensable pour tous, jeunes et vieilles générations.
Que rêver de mieux pour Barry, ce chauffeur de bus Chicagoan ? Une jolie petite femme aimante et deux beaux enfants qu’il chérit par-dessous tout, jusqu’au jour où… Son passé le rattrape. De sa carrière professionnelle de guitariste de blues dans le groupe Blues Larry Jackson, il y a bien longtemps qu’il a remisé son instrument dans le grenier. Mais pourquoi alors avoir quitté l’univers de la musique alors qu’il était adulé ? Un dégoût de la musique, de ses ambiances de bar où il se produisait chaque soir, après s’être noyé dans des vapeurs éthyliques ? Peut-être, tout bonnement, une envie de refaire sa vie et de tirer un trait sur cette aventure de music-hall ?
L’auteur Raul Ariño nous plonge rapidement dans une histoire passionnelle et particulièrement glauque où il n’est pas toujours bon que l’on revienne sur votre passé. Si l’on semble comprendre, dès les premières pages, les tenants et aboutissants, le ressort habile du récit réside dans la manière dont ce pauvre Barry va tenter de se dépêtrer de la nasse dans laquelle il surnage alors qu’elle se referme petit à petit sur lui.
Avec un découpage imposant un minimum de cases, l’auteur met singulièrement bien en images cette histoire palpitante qui devrait ravir bon nombre de lecteurs, qu’ils soient mélomanes ou amateurs de thrillers. Si le dessin apparait, à première vue, plutôt minimaliste, il n’en est rien car les cases regorgent de détails embellis de couleurs, tantôt chatoyantes tantôt ternes, au gré du récit.
Assurément une belle réalisation en ce début d’année 2020 !
27 femmes, voilà en tout et pour tout la population d’Hippolyte, une petite ville fantôme située au fin fond de l’Arizona. Mais qui pourrait s’intéresser à cette petite congrégation d’amazones, à la fin du 19ème siècle, alors que ces dernières cherchent avant tout à se fondre dans le paysage ? En fait, des exactions sont commises régulièrement dans leur coin avec notamment des attaques et pillages de diligence non élucidés, qui finiront par éveiller les soupçons d’un enquêteur zélé , et l’amèneront à tenter d’en débusquer les auteurs. Il ne tardera pas à se faire enlever, mais pour leur malheur il sèmera le trouble au sein de la gent féminine qui ne saura que faire de lui. A cela s’ajoute le retour d’une ex-donzelle du groupe qui n’a pour but que de récupérer son magot.
Voilà un tableau bien singulier que dresse la scénariste Clotilde Bruneau, celui de pétroleuses à qui il ne faut pas en conter, et c’est à celle qui sera la plus bravache et qui saura se détacher du groupe.
Grâce à un scénario des plus rythmés, le lecteur se trouvera vite pris dans la spirale de ces jeunes femmes qui ont décidé que les hommes n’avaient aucun intérêt à leurs yeux, qu’elles étaient capables de fomenter des attaques et de les réussir au nez et à la barbe des plus fins limiers du western.
Avec un passé de dessinatrice dans les jeux d’arcanes, Carole Chaland livre là son premier album de bande dessinée avec un dessin dynamique et réaliste, rempli de décors fouillés et de personnages plutôt attachants, le tout rehaussé par des couleurs qu’un bon comics ne renierait pas. Bref, un bon western qui fait fi des conventions à découvrir instamment.
Établie dans une petite ville quelque part en Europe, Juliana Brovic mène une vie bien remplie, entre son métier de médecin généraliste et sa fonction de conseillère municipale, sans parler de s’occuper de sa famille composée de deux enfants et d’un mari. Cette relative sérénité va bientôt voler en éclats avec la déclaration d’une guerre civile. Son village, si tranquille, ne va pas tarder à être envahi par une troupe de légitimistes bien décidée à en découdre pour éradiquer ceux des habitants du village qui ne seraient pas de leur bord. Passés les moments de surprise, de colère et d’incompréhension, il va bien falloir s’adapter pour la jeune médecin, et faire que cet envahissement se passe du mieux possible en ménageant les deux parties.
Voilà le sujet de la guerre civile, rarement traité en bande dessinée, auquel s’est attaqué le scénariste, féru d’histoire, Sylvain Runberg. Sans fioriture ni le moindre misérabilisme, le scénariste s’est attaché avec talent à montrer la guerre civile telle que la vivaient les deux camps : un déchirement peuplé d’incompréhensions. Le récit s’avère fort bien rythmé avec son lot de surprises, entraînant le lecteur dans une histoire des plus dramatiques.
Grâce à une remarquable mise en images par le dessinateur Joan Urgell, le lecteur sera transporté dans un beau décor rupestre qui contraste avec les horreurs de la guerre qui se déroulera sous ses yeux.
A l’heure où l’Europe vacille, les auteurs rappelleront au lecteur que les bruits de bottes ne sont peut-être pas si loin qu’on peut le penser, incitant ce dernier à réfléchir…
Nous sommes en 1951 et Hjalmar Schacht, banquier de son état, s’apprête à revenir à Rome, mais il n’avait pas prévu que son avion de retour d’Inde ferait une escale technique à Tel-Aviv : cela l’obligera à poser le pied en Israël, pays où il n’est pas le bienvenu compte tenu de son passé nazi. Rassuré de ne finalement pas y avoir été arrêté, il croit souffler mais c’était sans compter sur un agent du Mossad qui l’enjoint à révéler des faits dont il aurait omis de parler au procès de Nuremberg. Que faire, sinon se plier à ses questions et se découvrir…
C’est par cette astuce scénaristique que le tandem d’auteurs Pierre Boisserie et Philippe Guillaume entame de fort belle manière lediptyque qui va narrer la vie peu ordinaire d’un surdoué de la finance. Tout d’abord à la tête de la Reichsbank, cet argentier aura trouvé les ressources intellectuelles et financières pour sauver une Allemagne au bord du gouffre, souffrant d’une inflation galopante. Puis, au fil de ce premier opus, le lecteur se trouvera transporté dans les méandres du pouvoir des années 30 où Hjalmar Schacht ne tardera pas à être reconnu par le Führer pour ses talents d’économiste. Avec des dialogues fournis et un découpage dynamique, les coscénaristes réalisent un premier tome intéressant, remarquablement mis en valeur par le dessin réaliste de Cyrille Ternon qui colle parfaitement au récit.
Voilà une excellente mise en scène et en images de la vraie vie d’Hjalmar Schacht qui devrait assurément intéresser bon nombre de lecteurs, férus d’histoire ou pas. Elle aura également le mérite de revenir sur cette période trouble de notre histoire et d’apporter une indispensable pierre à l’édifice du devoir de mémoire, qui aurait tendance, de nos jours, à être particulièrement bafoué.
LE BANQUIER DU REICH T1 BOISSERIE/GUILLAUME/TERNON Collection 24X32 Editions GLENAT 56 pages, 14,50 €