Pour la 25e édition de la Foire aux Disques, BD et Cinéma de Limay, les préparatifs battent leur plein.
Le rendez-vous est aux 18 et 19 mars 2023, comme chaque année au gymnase Guy Môquet de Limay. La formule ne change pas et comme chaque année l’association Big Band Vexinée a invité près de 80 exposants qui mettent à la disposition du public 300 mètres de bacs remplis de pièces de collection, de quoi permettre à chaque collectionneur de dénicher la perle rare…
Conformément encore à la tradition, Bulles de Mantes s’est vue confier le soin d’organiser les séances de dédicaces avec des auteurs de BD.
Auteur
Derniers titres parus
Présence
ARGUNAS Will
Artbooks
S-D
DEQUEST Pierre-Emmanuel
L'Appel de la forêt / Croc-Blanc
S
DJINDA Vincent
De sel et de sang
S-D
GUILLAUME Philippe
L'Or des Belges / Une féministe révolutionnaire à l'atelier / Le Banquier du Reich
Après Le régiment, Bagdad Inc., vous revenez sur le thème de la guerre. Est-ce un sujet de prédilection ?
Non pas spécialement. En fait, la guerre du Vietnam est le contexte dans lequel se déroule l’histoire de Latah mais n’en est pas le thème. Tout comme Bagdad Inc. avait pour sujet l’appropriatio
Comment avez-vous appréhendé le rôle de scénariste et de dessinateur ?
Ce projet a commencé dans des conditions difficiles. Il faut savoir qu’au départ, j’avais essayé de le développer avec un scénariste, mais celui-ci a abandonné le projet en cours de route. C’était en 2020, l’année Covid, compliquée pour tout le monde. Mais les bases qui avaient été posées au niveau du scénario étaient bonnes, ça demandait juste encore beaucoup de travail. Cependant, je n’avais pas le temps de recommencer avec un autre scénariste car à l’époque, je n’avais pas d’autres contrats en vue et c’était mon seul projet viable. J’avais l’impression de savoir ce qu’il fallait faire et quelle direction lui donner. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre. Je me suis réapproprié le sujet et je suis donc devenu scénariste un peu par accident et pas du tout de ma volonté.
Quelles sont vos influences, en matière de lecture, cinématographiques… ?
Cinéma, complètement ! Je suis plutôt un cinéphile qu"un bédéphile.
On le voit également dans la manière dont vous prenez les angles dans la bande dessinée, on se sent plus dans un film.
C’est effectivement un angle de caméra, pris à hauteur d’homme la plupart du temps. J’ai une approche très cinématographique et je ne m’en cache pas. J’ai même fait des albums presque exclusivement en 16/9ème à l’instar de Bagdad Inc. Mais si mes influences sont complètement cinématographiques, je me considère comme un bédéiste intégral.
Vous avez commencé très jeune dans la bande dessinée. Quel est votre regard aujourd’hui après vingt ans de réalisation de bandes dessinées ?
Voir plus, car j’ai fait de la bande dessinée pour moi bien avant. En fait, c’est ça qui est assez amusant avec Latah, c’est qu’après avoir terminé Sisco, Régiment, etc, j'avais envie de revenir à ce que je faisais avant de passer professionnel.Je faisais alors plutôt du fantastique ou de la SF et d’ailleurs ma prochaine série sera de la science-fiction.En fait, comme j’avais fini mes séries, qui avaient plutôt bien marché et avec lesquelles je me suis bien amusé, je me suis dit que c’était l’occasion de revenir à faire ce que je faisais quand j’étais plus jeune mais avec l’expérience que j’avais acquise depuis.
Quels retours du public avez-vous eus alors que ce sont les premières séances de dédicaces de Latah, sorti en noir et blanc et en avant-première sur le festival d’Angoulême ? Est-ce que les personnes rencontrées l’ont lu ?
Quelques- uns l’ont lu et à chaque fois, j’ai visiblement créé une certaine surprise ! Ceci dit, c’est le but, je veux emmener le lecteur dans ce qu'il croit être un type de récit et le retourner, le désorienter.
C'est effectivement la sensation que j'ai ressentie à la lecture, m'incitant à revenir en arrière.
Comme si vous aviez oublié quelque chose (rires)
De cet album, on dira qu’il ne laissera pas le lecteur indifférent. Comment avez-vous construit cette dramaturgie ?
Voulant que ce scénario soit très construit et cohérent, je me suis astreint à le rédiger de a jusqu’à z. En fait, comme il y a plusieurs thématiques dans l’album avec un changement de style au milieu, je voulais que l’ensemble soit hyper cohérent, avec en fil rouge une réflexion sur la culpabilité. En fait, le scénario était pensé pour qu’il y ait presque une nécessité de deuxième lecture : avec les éléments donnés à la fin, je pense que l’on relit l’album différemment.
Au niveau dessin, c’est un crayonné puis un encrage ensuite ?
Oui, de manière hyper classique et pour répondre à votre question de tout à l’heure, le fait d’être dessinateur et scénariste, il y a un avantage et un inconvénient. L’avantage c’est la liberté dont on dispose : j’ai pu imprimer mon rythme narratif avec très peu de contraintes. Le désavantage, c’est le manque de retour sur son travail. Comme j’ai toujours travaillé avec des scénaristes jusqu’ici, j’ai toujours eu l’habitude, et ce dès l’étape du crayonné et à chaque page, d’avoir un retour du scénariste. Sauf que là, j'étais mon seul critique et j'étais obligé d'être encore plus exigeant. Surtout que, n’étant pas scénariste, j’avais vraiment peur de merder ce projet. Autant je pense avoir fait plus ou moins mes preuves en tant que dessinateur, autant en tant que scénariste le fait d’être son propre critique m’a amené à dix fois plus d’exigence. Parfois, j’ai jeté deux-trois semaines de travail parce que je n’étais pas content de moi.
Avez-vous travaillé avec votre éditeur, quels ont été vos rapports avec lui ?
Oui, ça s’est plus joué sur la partie scénaristique, car cela fait quinze ans que je travaille avec le même éditeur qui a l’habitude de me faire confiance sur mon dessin. Mais ça s’est aussi bien passé pour le scénario, il m’a fait confiance. Cela été très particulier mais comme je l’ai dit précédemment, il y a quand même un avantage à se retrouver seul aux commandes d’un projet, c’est la liberté. Avec cette pagination, je me suis offert une énorme liberté.
En fait, c’est assez paradoxal, la liberté d’un côté et la rigueur de l’autre, surtout quand on est un scénariste novice entre guillemets. Fatalement, si l’on veut faire les choses bien, il faut être hyper-rigoureux ! D’où, une construction hyper-carrée, que j’ai essayé de rendre la plus irréprochable possible
Allez-vous continuez à endosser, à l’avenir, les deux rôles de scénariste et de dessinateur ?
Non, ce n’est pas prévu dans l’immédiat. Mon prochain album est aussi une idée personnelle à la base, mais c’est un scénariste qui l’a développée et il a fait un bien meilleur travail que ce que j’aurais fait.
Atmosphère pesante et ce, dès les premières pages, la pression monte continuellement. Le lecteur est rapidement plongé dans une atmosphère délétère. Le dessin est à l’image du scénario dans cet univers luxuriant et angoissant. Comment vous êtes-vous documenté pour rendre ce récit des plus réalistes ?
En dehors des costumes militaires et des quelques armes et avions, ça n’a pas exigé une documentation énorme, et c’est un travail qui avait été déjà fait en partie avec le scénariste avec qui j’avais commencé le développement du projet au départ. Le but était de rendre le contexte suffisamment crédible.
Le Latah fait appel à des croyances ancestrales perpétuées depuis la nuit des temps. Comment avez-vous trouvé cette inspiration ?
C’est à nouveau avec le scénariste que l’idée est venue. Le latah, c'est un concept qui existe, c'est une sorte d'état de transe dans le sud-est asiatique.Mais ce qui en a été fait dans l’album n’a rien à voir avec ça, c’est évidemment une pure fiction que j’ai utilisée pour créer un effet miroir avec les tensions au sein du groupe de soldats »
Il faut dire que le récit se déroule dans un état de guerre, de peur perpétuelle.
Alors, c’est là où je pourrais peut-être répondre à la question Pourquoi la guerre ? peut-être parce que la guerre, plus que toute autre situation, amène les êtres humains dans des positions extrêmes face à des situations extrêmes, avec un danger de mort immédiate. Est-ce dans ces moments-là que l’on se révèle vraiment tel que l’on est ? J'aime bien aller à l'os, au fond des choses et même si l'os n'est pas beau à voir. C’est la raison pour laquelle, j’aime bien le survival parce que cela permet d’aller au plus profond de ses personnages, en bien ou en mal.
Entretien réalisé le 27 janvier 2023 sur le stand Le Lombard au FIBD Angoulême à l’occasion de la sortie, en avant-première, de l’album Latah en version noir & blanc.
Propos recueillis par Bernard Launois le 27 janvier 2023 au FIBD Angoulême
Le jeune Geoffroy se désespère de voir que son entreprise de barbier n’arrive pas à être aussi florissante qu’il l’aurait espéré. De l’ambition, il en a à revendre mais les gentes dames ne se bousculent pas dans l’échoppe de son père boucher pour se faire coiffer. Heureusement, la chance sourit aux audacieux et voilà qu’en sauvant de la noyade un laquais du Roi-Soleil, il trouve le moyen d’approcher le chirurgien de Louis XIV.
Ses techniques de réanimation étant venues aux oreilles du Roi, ce dernier ne tarde pas à s’intéresser à ce barbier peu ordinaire et à demander au chirurgien Charles-François Félix de le prendre à ses côtés. Voilà Geoffroy introduit dans l’entourage et c’est triomphant qu’il retourne auprès de son père afin de lui faire part de ses nouvelles ambitions. Pendant ce temps, l’abcès mal placé du roi, ne cesse de croitre et embellir, occupant toutes les attentions de la cour mais aussi aiguisant les appétits de certains en voyant le monarque bien diminué.
Intrigues, complots autour du roi, Geoffroy va-t-il comprendre que sa nouvelle place n’est pas de tout repos et qu’il risque d’y perdre des plumes s’il n’est pas plus méfiant ?
Réaliser un scénario avec pour thème principal la fistule anale du Roi-Soleil, il fallait oser ! Et force est de reconnaitre que le scénariste Philippe Charlot s’en est plutôt bien sorti en plongeant le lecteur dans un récit historique bien ficelé auquel il ajoute une bonne dose d’humour qui permet, dès les premières pages, de faire adhérer son lectorat. Les dialogues s’avèrent alertes et l’on passe du rire aux larmes au gré de l’histoire.
Le dessin tout en rondeur d’Éric Hübsch n’est pas en reste pour mettre en valeur un scénario des plus grotesque. Les personnages croqués évoluent dans des décors plutôt fouillés, passant des échoppes versaillaises aux fastes royaux, et le tout est agréablement mis en couleurs par Orlane Chambert.
Apprendre en s’amusant, c’est assurément ce que le lecteur découvrira dans ce récit porté sur l’intime du roi.
ROYAL FONDEMENT Philippe CHARLOT/Éric HÜBSCH Collection GRAND ANGLE Éditions BAMBOO 72 pages 16,90 €
Des histoires de marins, il s’en raconte dans tous les ports et de tout temps et dans ce livre II de Les filles des marins perdus, l’on retrouve avec plaisir ces récits qui sentent bon les embruns.
Cette fois, la belle et intelligente Tess cherche par tous les moyens de rejoindre son frère, la seule personne de sa famille qu’il lui reste, à Madras. Seulement, elle est ici à Plymouth et pour ça il faut payer le voyage en bateau alors qu’elle n’a pas le moindre sou. Aussi quand sa meilleure amie lui propose de rejoindre la pension du Pilar, elle n’hésite pas à devenir une femme de petite vertu. Son arrivée dans le bordel rencontre un succès fou auprès des marins et lui permet d’entrevoir son voyage tant désiré, mais maintenant il va falloir convaincre un capitaine de vaisseau de la prendre à son bord. C’est en Yasser Allali, capitaine du Last chance qu’elle va fonder tous ses espoirs. Réussira-t-elle à l’amadouer pour entreprendre cette périlleuse traversée ?
Après le succès de Le port des marins perdus, Teresa Radice au scénario et Stefano Turconi au dessin avaient récidivé avec Les filles des marins perdus. C’est donc une heureuse surprise qu’ils ont offert aux lecteurs en réalisant un livre II de ce dernier titre, tout aussi passionnant que les précédents ouvrages. L’album est composé de deux parties, comme l’a été le livre I, et le lecteur va s’attacher dès les premières pages à cette jeune femme courageuse et téméraire qui n’hésite pas à braver son entourage pour arriver à ses fins. Les rebondissements ne manquent pas et l’on peut se prendre à rêver d’un troisième opus.
Le dessin réaliste de Stéfano Turconi sied toujours parfaitement au scénario permettant au lecteur de retrouver ses décors particulièrement soignés et fouillés où les personnages évoluent au gré du récit.
LES FILLES DES MARINS PERDUS Livre II Teresa RADICE/Stefano TURCONI Collection TREIZE ETRANGE Éditions GLENAT 128 pages, 17,00€
Bienvenue dans le petit monde de Chevrotine, jeune femme plutôt délurée à la tête d’une « petite » famille tout aussi fantasque que leur mère. Blottis dans une cabane au fin fond d’une forêt, les cinq zouaves Nope, Nougatine, Mornifle, Mandale flanqués de Chevrotine et sans oublier Cassidy le chien qui parle, vont vous entrainer dans des aventures tout aussi loufoques que fantasmagoriques.
Composé de six chapitres et d’un épilogue, le scénario réalisé par Pierrick Starsky décoiffe par un drôle de récit où science-fiction, western, sorcellerie et onirisme s’entremêlent avec délice. De l’astronaute en panne de vaisseau spatial aux voisins qui détestent les sorcières, en passant par le facteur en moto volante ou encore l’enfant qui a décidé qu’il ne grandirait plus, les situations burlesques s’enchainent et si les premières pages déroutent quelque peu, cette impression s’estompe très vite au profit d’un réel plaisir de lecture.
Avec son dessin réaliste, Nicolas Gaignard plante bien le décor en mettant en valeur les personnages tout aussi cocasses les uns que les autres, et le parti pris de griser quasiment l’ensemble de l’album hormis quelques touches de bleu s’avère réussi.
Attention lecteurs, voici 56 pages de détente dont vous ne ressortirez assurément pas indemne et dont la lecture ne devrait laisser aucun indifférent. Reste à souhaiter que ce récit en amènera d’autres, ne serait-ce que pour suivre la belle Chevrotine à la détente facile.
À l’aube de la quarantaine et de la crise qui l’accompagne, le Napolitain Luigi trouve que sa vie n’a plus aucun sens, entre son
commerce de santons guère palpitant tant financièrement qu’intellectuellement et une vie de famille pas plus épanouissante, où sa compagne passe son temps à lui reprocher de négliger sa famille. Bref, rien ne va plus et quand l’on rajoute que sa bonne vieille ville napolitaine est gangrenée par les individus de la Camorra qui passent leur temps à racketter, la coupe est pleine. Lui vient alors l’idée de se transformer en justicier masqué et de faire sa propre police puisque les autorités ont baissé les bras depuis fort longtemps. Affublé d’un masque de Polichinelle, le voilà à régler les comptes la nuit tombée de jeunes voyous en mal de larcins. Mais pris à un jeu qui fonctionne plutôt bien, voilà qu’il décide de s’acoquiner avec d’anciennes connaissances afin de monter d’un cran.
Jusqu’où ira cette association de « bienfaiteurs » dans son équipée sauvage et nocturne ? Où s’arrête la conviction de faire le bien et commence le constat d’être devenu assassin à son tour ? Clairement, la frontière s’avère particulièrement ténue.
C’est autour de ce thème que le scénariste Cheero Deemartsio, dont c’est la première bande dessinée, bâtit son récit. Il gratifie le lecteur d’un album particulièrement bien construit, l’entrainant dans une sarabande étourdissante jusqu’à…
Avec un dessin semi-réaliste, Luca Albanese plante rapidement le décor aussi noir que le récit avec notamment des personnages taillés à la serpe, seyant parfaitement au scénario. Quant aux couleurs, naviguant entre le bistre et le bleu sale, tellement éloignées des couleurs chatoyantes du sud de l’Italie, elles concourent à renforcer l’ambiance sombre du récit.
Lecteurs, accrochez-vous pour un récit des plus palpitants !
Si les frères Paul et Gaëtan Brizzi nous avaient déjà fortement impressionnés avec l’adaptation en bande dessinée de Les contes drolatiques d’Honoré de Balzac, on peut dire que L’enfer de Dante, roman graphique hybride partagé entre illustration et bande dessinée, apparait carrément incroyable.
Alors que L’Enfer, première partie de la Divine comédie s’avère une œuvre des plus compliquées de Dante Alighieri, la tâche de la rendre lisible et compréhensible en images pourrait apparaître impossible à réaliser.
Mais force est de constater que le pari de la rendre accessible à tout un chacun est réussi. Le récit est fluide, et les dialogues sont plutôt vifs entre Dante à la recherche de Béatrice, son épouse décédée et Virgile le poète qui le guidera, l’aiguillera, le soutiendra tout au long de sa longue et périlleuse traversée des neufs cercles de l’enfer.
Au scénario réussi s’ajoute une superbe mise en images. Tout le talent des frères Brizzi éclate, de la noirceur du trait qui sait souligner, si besoin en était, la dramatique d’une quête vers un inconnu des plus hasardeux, aux décors fantasmagoriques mais tellement superbes qu’on ne peut que s’extasier devant toutes les illustrations. Du rivage de l’Achéron avec la venue de Caron le nocher à l’apparition de Lucifer l’ange déchu en passant par le Minotaure prostré sur son mur, tous les personnages et autres animaux plus fantastiques les uns que les autres hantent le long voyage de nos deux compagnons.
Les presque 160 pages du récit se lisent d’une traite tellement on a hâte d’en connaitre la fin, puis vient l’envie irrésistible de le reprendre pour enfin, en apprécier toutes les illustrations, aussi belles les unes que les autres et pourquoi pas, se (re)plonger dans l’œuvre originale.
L’ENFER DE DANTE Paul et Gaëtan BRIZZI Editions Daniel MAGHEN 154 pages, 29,00 €
Osciller entre l’obésité et l’anorexie au 21ème siècle, et à plus forte raison quand on réside aux States, n’a hélas rien de banal. Mais vouloir se sortir de ce cercle infernal où l’activité principale consiste à se restreindre pour perdre ce fameux poids cumulé par des ingestions incontrôlées et à priori incontrôlables apparait salutaire pour la jeune Zazou. Corps difforme, envies irrépressibles de se jeter à corps perdu dans la nourriture sont le quotidien de la jeune femme qui décide d’intégrer une réunion des Anorexiques anonymes pour enrayer sa descente aux enfers. Aidée de Bambi, sa coach, Zazou ne va pas tarder à réaliser dans quel engrenage elle s’est fourrée et ce, depuis sa petite enfance en consommant du sucre mais également du gras.
S’appuyant sur des études et de nombreux témoignages, le scénariste Arthur Croque dresse un tableau des plus noirs de la malbouffe où le sevrage notamment de cette drogue qu’est le sucre s’apparente au même parcours du combattant que celui d’un accro à la dive bouteille ou au tabac. Les mécanismes d’addiction sont fort bien décrits.
Avec un sujet aussi sensible et encore bien tabou qu’est le traitement de la malbouffe, le scénariste prend le parti de narrer son récit sur un ton des plus sarcastiques en mettant en scène cette jeune femme désemparée mais bien décidée à s’en sortir. Ce parti pris du récit se reflète également dans le dessin d’Émilie Gleason, épuré et rehaussé par les couleurs acidulées utilisées par les industriels de l’alimentation pour attirer dans leurs filets toutes les générations et ce, depuis le plus jeune âge.
Assurément, le lecteur ne sortira pas indemne de cette docu-fiction fort intéressante et si l’on venait à réfléchir à deux fois avant de se jeter sur un cheesecake, parfaite illustration du cocktail détonnant gras/sucre, c’est que le récit aura été suffisamment percutant.
Mais que diable irait-il faire dans cette galère ? C’est assurément la question que le détective Josuah Flanagan aurait dû se poser avant d’accepter la proposition de Winston, son vieux copain de régiment, d’enquêter avec lui sur la disparition d’Amber, sa nièce jeune chicagoane noire. Il faut dire que dans les années 50, aller protester en Louisiane, pleine terre ségrégationniste suite au meurtre d’Emmett Till, s’apparente à se jeter dans la gueule du loup.
Aussi, afin que l’enquête ne se transforme pas en pugilat pour son ami de couleur, Josuah décide qu’il se présenterait sur place comme un riche propriétaire blanc flanqué de son chauffeur noir, Winston et advienne que pourra. Les investigations vont bientôt rencontrer des difficultés, à commencer par l’absence de coopération des forces de police dont certains agents font partie du Ku Klux Klan. Faisant fi du signalement de la disparition d’Amber, le chef de la police semble couvrir son adjoint jusqu’à ce l’affaire rebondisse avec la réapparition d’Amber et ses allégations quelque peu embarrassantes. Mais au pays où l’homme de couleur n’a que le droit de se taire, quel poids peuvent valoir les dires d’Amber face aux tout puissants hommes de loi ?
Avec cette dernière enquête du détective Flanagan, l’indéfectible duo Eric Warnauts et Guy Raives embarque le lecteur dans une aventure rarement traitée en bande dessinée et qui rappelle tristement les heures sombres où la ségrégation raciale régnait en maître dans le Sud des USA. Suivant un récit fluide, remarquablement documenté, le lecteur intègre rapidement cette ambiance délétère d’un pays gangréné par le racisme. On ajoutera un dessin riche et alerte rehaussé de belles couleurs pour couronner le tout, et on ne peut qu’avoir l’envie de dévorer ce tome quatre tout en s’attristant que la série ne se poursuive pas.
Après une collaboration de près de quarante ans pour une quarantaine d’albums réalisés à quatre mains, le duo fonctionne toujours aussi bien et ce, pour le plus grand plaisir du lecteur.
PURPLE HEART T4 Jambalaya blues Eric WARNAUTS/Guy RAIVES 56 pages, 15,45 €
Quelle drôle de titre, à croire que cette université s’adresse à des caprins ! Mais plus prosaïquement, c’était la possibilité pour bon nombre de petits montagnards, jusqu’à la fin du 19ème siècle, de bénéficier d’un instituteur pour l’apprentissage de la lecture, l’écriture et le calcul avant la loi Guizot de 1882 qui imposera l’école à tous les garçons dans les communes de plus de 500 personnes. C’est lorsque fut promulguée cette loi que Fortuné Gazot, maitre d’école itinérant, décida d’émigrer chez les amérindiens Hopis dans l’Arizona afin de poursuivre son sacerdoce. Bien plus tard, en 2018, on retrouve les mêmes pratiques avec Sanjar, flanqué de son tableau pour enseigner aux petits montagnards afghans, au mépris des talibans qui n’auront de cesse de lui interdire son exercice.
Quel lien alors entre ces deux enseignements distants de deux siècles et de plus de 5 000 kilomètres de distance, sinon une jeune journaliste américaine descendante de Fortuné Gazot et répondant au nom d’Arizona Florès, envoyée en reportage en Afghanistan ?
On se prendra rapidement à cette fiction poignante de l’auteur Christian Lax qui transporte le lecteur à travers les montagnes françaises, arizoniennes et afghanes avec un dénominateur commun : l’apprentissage du savoir. Mais c’est également dans le combat, toujours d’actualité, que se révèle l’importance de défendre l’enseignement au mépris d’hommes voulant asservir la population en l’empêchant d’acquérir les moyens de s’émanciper. Aussi « Le savoir, c’est le pouvoir », citation du philosophe anglais Francis Bacon, ne se sera jamais aussi bien appliquée qu’à ce récit.
Au sommet de son art, Christian Lax démontre encore qu’il n’est pas seulement un remarquable conteur, mais également un dessinateur de talent se mettant au service du récit, pour le magnifier avec un dessin fouillé, de superbes vues de montagnes et des personnages croqués hauts en couleurs, rehaussés de belles aquarelles.
Voilà assurément un album indispensable qui fera date, et à découvrir instamment.
L’UNIVERSITE DES CHEVRES Christian LAX Éditions FUTUROPOLIS 152 pages, 23,00 €