Publié le 1 Mai 2023

CARLETTI, un voyageur moderne au temps du XVIIème siècle, mythe ou réalité ?

Né avec une cuillère d’argent dans la bouche, le jeune florentin Fransesco Carletti entreprend de suivre la carrière de son père Antonio, qui a fait fortune dans le commerce. C’est après une formation de deux ans en Espagne que père et fils s’embarquent dans une singulière aventure, celle de faire le tour du monde en espérant faire fortune avec le trafic humain, visiblement plus lucratif que celui des soieries et autres épices en perte de vitesse. Seulement, traverser les mers alors que les guerres font rage s’avère des plus périlleux et la vie confortable d’une bourgeoisie florentine n’est plus qu’un lointain souvenir à bord de navires où les conditions de vie sont particulièrement difficiles.

A la rudesse des traversées s’ajoutent les tracasseries administratives notamment pour passer les frontières où seule la monnaie sonnante et trébuchante s’avère une planche de salut. Alors, quand enfin ils arrivent à négocier l’achat d’esclaves, le retour avec la cargaison de malheureuses victimes de pauvres hères se révèle encore plus difficile que l’aller. Combien arriveront à bon port, quand sur le bateau la nourriture commence à manquer et les maladies ne cessent de progresser ? Quel regard va finalement porter Franscesco sur ce commerce d’esclaves ?

Réalité, fiction ou plutôt un mix des deux, l’historien et scénariste Giorgio Albertini construit son scénario des plus exaltants à la manière du carnet de bord, tenu au jour le jour, d’un périple peu ordinaire où le jeune Carletti tantôt découvre des paysages merveilleux des contrées traversées de l’Afrique au Japon tantôt se trouve confronté à des conditions de vie des plus inhumaines et insupportables.

L’intérêt du récit réside à la fois dans l’évocation d’un personnage qui a réellement existé et vécu cette aventure extraordinaire, mais aussi dans le plaisir d’un scénario bien ficelé où le suspense est entretenu tout au long d’un opus de plus de 250 pages.

À son talent de scénariste Giorgio Albertini ajoute celui de dessinateur avec une remarquable mise en images qui devrait assurément passionner les amoureux de l’aventure avec un grand A.

CARLETTI un voyageur moderne Giorgio ALBERTINI Éditions CASTERMAN 268 pages, 25,00 €

Bernard LAUNOIS

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 15 Avril 2023

TROIS CHARDONS, voilà de belles plantes qui ne peuvent laisser indifférent !

35 ans, voici un âge qui s’avère être bien trop jeune pour enterrer un mari. C’est hélas, le sort de Moïra qui se retrouve alors sans ressources pour élèver ses deux jeunes enfants. Nous sommes en 1933 et Moïra qui n’a jamais travaillé, sait qu’elle aura toutes les peines du monde à s’insérer dans la vie professionnelle. Que faire alors, sinon se rapprocher de sa famille, en l’occurrence de Margaret sa sœur ainée, qui lui offre l’hébergement jusqu’à ce qu’elle trouve du travail afin notamment de nourrir sa progéniture et s’occuper l’esprit.

Seulement, pour Moïra, passer d’une maison cossue à une ferme écossaise des plus austères au fin fond de l’ile de Skye relève de la gageure, sans parler de la cohabitation avec son ainée qui vivait jusqu’alors seule, endeuillée de son unique enfant. Et comme si ça ne suffisait pas, voilà qu’Effie, la petite dernière fuit son mari volage pour rejoindre ses ainées.

Mais le tempérament de nos trois jeunes soeurs est radicalement différent, voire explosif en ce qui concerne la petite dernière qui ne s’en laisse pas compter. Arriveront-elles à vivre ensemble au jour le jour sans que les rancœurs, les luttes intestines ne ressurgissent comme lorsqu’elles demeuraient encore sous le même toit chez leurs parents ? Pourront-elles s’insérer dans la vie du village, et peut-être y trouver l’amour ?

L’autrice Cécile Becq dépeint avec justesse une fratrie malmenée par la vie qui ne l’a guère ménagée depuis ces dernières années mais qui, malgré tout trouve la force de caractère pour avancer.

La condition féminine apparait un sujet que Cécile Becq affectionne tout particulièrement, que ce soit avec Ama, le souffle des femmes s’attardant sur la condition de vie de femmes japonaises, pêcheuses d’ormeaux, ou avec ce nouvel opus de Trois chardons, plantes à épines mais aussi à belles fleurs, un récit sensible et sans tabou.  

Son dessin hyperréaliste colle parfaitement au sujet, tout en douceur, plein de sensibilité et de sensualité. Clairement, un bel album à ne pas manquer.

TROIS CHARDONS Cécile BECQ Éditions SARBACANE 128 pages, 24,00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 12 Avril 2023

SHAMISEN, quand la musique adoucit les mœurs

Qui ne connait pas encore le shamisen, instrument traditionnel japonais, a tout intérêt à se plonger dans la lecture de ce conte qui se déroule au XXème siècle : la resplendissante Haru joue de ce luth à trois cordes accompagné de ses chants mélodieux, au gré des lieux qui l’inspirent au risque de ne pas plaire à tous. Ainsi, bien que sa prestation dans un jardin public ait été accueillie avec ferveur par la foule rassemblée pour l’écouter, il suffit qu’un grincheux la traite de mendiante pour qu’elle se confonde en excuse. Et c’est là que la magie opéra par la survenance d’un kappa, sorte de monstre issu du folklore japonais tombé sous le charme de la musicienne. Cette dernière lui tint de tels propos à son encontre, lui faisant réviser ses a priori sur la condition humaine, qu’il lui offrit la clé de la dimension divine.

Nantie de cette clé, elle se lance dans un voyage où elle ne tarde pas à rencontrer des personnages de la mythologie japonaise. La quête sera longue mais qu’obtiendra-t-elle au bout de ce long périple ?

Tiago Minamisawa, plutôt connu comme réalisateur et producteur de courts-métrages, signe là son premier scénario de bande dessinée et ce de fort belle manière, envoutant le lecteur dès les premières pages. Il mélange avec talent la vie de cette jeune musicienne à la mythologie japonaise, pour en faire une belle unité dans une jolie balade philosophique.

Le dessin réaliste, rehaussé de superbes couleurs, de Guilherme Petreca ajoute un caractère féérique à la fable, entrainant le lecteur dans des décors fantasmagoriques aux couleurs chatoyantes.

Enfin, ajoutons une mention particulière pour le soin apporté à l’édition de ce conte, remarquablement mis en valeur que ce soit dans la réalisation très soignée du livre que dans sa conception éditoriale avec notamment des bonus permettant de mieux appréhender son univers merveilleux.

SHAMISEN Tiago MIMAMISAWA/Guilherme PETRECA Éditions ANKAMA 160 pages, 21,90 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 7 Avril 2023

ENVIRONNEMENT TOXIQUE, un drôle de retour dans l’univers masculin des camps de travailleurs du pétrole

La jeune Kate Beaton sort de ses études financées par un prêt étudiant qu’elle va devoir rembourser instamment. Seulement, trouver du travail quand on réside dans un village de l’ile de Cap-Breton, sur la côte canadienne, s’avère une pure gageure alors… Pourquoi ne pas tenter de s’expatrier dans les mines de sables bitumeux qui, parait-il, lui permettraient de se remettre à flot dans les meilleurs délais ?

Passées les réticences familiales à la laisser partir dans un milieu hostile, Kate décide de faire les 5 000 kms pour rejoindre le camp de travailleurs de Long Lake où elle a été engagée au rythme de douze heures en alternant les jours/nuits. Kate est courageuse et les horaires ne lui font pas peur, l’environnement polluant la tracasse mais elle surmonte ses appréhensions. Ce qu’elle craignait avant son arrivée, c’était de se retrouver dans un milieu confiné peuplé presque exclusivement d’hommes et elle n’a pas été déçue : sobriquets, blagues grivoises, compliments intéressés voire tentatives de flirt plus ou moins insistantes s’enchainent. Et le comble de tout, c’est la résignation des quelques femmes qui travaillent dans ce milieu et qui ont fini par baisser les bras. A 21 ans, Kate n’a pas l’intention de se laisser faire mais seulement, comment briser le silence ?

L’autrice Kate Beaton décrit avec justesse l’ambiance particulière d’un milieu de confinement où les seules distractions, après un travail difficile dans des conditions sanitaires plutôt limite, sont les beuveries des jours de repos avec les opportunités de finir les soirées dans les draps d’une employée du groupe ou d’une autochtone.

Malgré tout, l’autrice traite le sujet avec beaucoup d’empathie pour ces hommes loin de chez eux et qui, pour beaucoup d’entre eux, n’ont pas eu d’autre solution que d’accepter ce travail.

Avec un dessin plutôt réaliste, Kate Beaton se met en scène au milieu de ses collègues et au travers des 400 pages d’un roman graphique où le lecteur n’aura de cesse de découvrir tous les tourments des deux années passées dans un environnement bientôt plus toxique psychologiquement que physiquement.

ENVIRONNEMENT TOXIQUE Kate BEATON Éditions CASTERMAN 440 pages, 29,95 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 4 Avril 2023

LE VOYAGEUR, du Louvre à la Toscane tout un programme

Le métier de gardien de musée n’a, a priori, rien de vraiment passionnant, et a fortiori quand on est cantonné dans le même secteur depuis des lustres. C’est hélas le triste sort de Patrick, chargé notamment de surveiller la Joconde, supportant à longueur de journées les explications des guides et les commentaires des spectateurs. Alors, non seulement il ne peut plus voir la Joconde en peinture, mais rien d’autre non plus. Et quand on rajoute son statut de célibataire vivant chez maman, le rejet de ses collègues qui le trouvent trop ringard, sa timidité maladive qui l’empêche d’aborder Geneviève la caissière dont il s’est entiché, voilà un funeste tableau bien dressé… Jusqu’à ce que l’incroyable, voire l’inconcevable survienne.

Voilà que notre quinquagénaire se retrouve happé dans le tableau de la Joconde et ses paysages Toscans.  Quel choc, découvrir l’environnement de Léonard de Vinci, guidé par Ginerva, la sœur de Mona Lisa alors que quelques instants plus tôt, il ne faisait que vociférer devant cette Joconde !

Où cette escapade le mènera-t-elle, comment ressortira-t-il de cet intermède qui l’extirpe d’une vie bien morose ? C’est ce que la scénariste Théa Rojzman s’emploie à faire avec talent tout au long d’un récit envoutant dont le lecteur n’aura de cesse de connaître l’épilogue. De la rencontre d’un enfant qui ressemble tant à Patrick, aux recommandations de Léonard de Vinci à son encontre, la scénariste brouille habilement les pistes entre réalité et fiction, pour mieux surprendre le lecteur.

On retrouve avec bonheur le trait réaliste du dessinateur Joël Alessandra qui aura pris la pleine mesure d’un scénario oscillant entre le XVème siècle et nos jours, notamment en marquant les périodes bleues correspondant à la vie peu palpitante du gardien de musée contrastant avec les couleurs chatoyantes d’une Toscane flamboyante.

Une mention particulière est à ajouter pour un superbe cahier graphique de l’aquarelliste Joël Alessandra, qui complète bien l’album.

LE VOYAGEUR Théa ROJZMAN/Joël ALESSANDRA Éditions Daniel MAGHEN 150 pages 26,00€

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 29 Mars 2023

48 HEURES BD EN FÊTE à la médiathèque Duhamel de Mantes-la-Jolie, un événement à ne pas manquer !

Dans le cadre de l’opération nationale des « 48 heures BD », la médiathèque Duhamel de Mantes-la-Jolie organise une série d’événements avec la collaboration de Bulles de Mantes :

-        Exposition Tâvutatèt, bande dessinée jeunesse de Carole Trébor et Gabriele Bagnoli (éditions Vents d’Ouest), du 21/03 au 30/04

-        Exposition Rouges estampes, bande dessinée de Carole Trébor, Jean-Louis Robert et Nicola Gobbi (éditions Steinkis), du 21/03 au 20/04

-        Ateliers BD, animés par la scénariste Carole Trébor

-        Braderie de bandes dessinées à la médiathèque Duhamel : suite au renouvellement de ses collections, la médiathèque Georges-Duhamel organise une braderie de BD. Tous les albums seront vendus 1 euro ( essentiellement des BD pour adultes). Samedi 1er avril de 10h00 à 17h00.

Médiathèque Georges-Duhamel

Square Brieussel-Bourgeois, 78200 Mantes-la-Jolie

horaires:  Mar-ven : 13h>19h ; Mer-samedi : 10h>18h

https://www.manteslajolie.fr/information/agenda/braderie-bande-dessinee-avril-2023-2400

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 28 Mars 2023

ANGE LECA, une singulière enquête en eaux troubles

Nous sommes en janvier 1910, alors que la Seine fait des siennes en envahissant la Capitale, semant la panique parmi les Parisiens. La gent animale, à commencer par les rats, locataires des sous-sols, tente de sauver sa peau comme elle peut. Mais, comme si cela n’était pas suffisant voilà que tout remonte à la surface, mêmes les cadavres. Et celui que va découvrir le journaliste Ange Leca interpelle : imaginez le tronc d’une jeune femme dont on a soigneusement scalpé la poitrine. Aussi, qui peut bien avoir réalisé une telle boucherie et ce, dans quel but ? Le ou les meurtriers avaient-il peur que la victime soit reconnue ?

Les scénaristes Tom Graffin et Jérôme Ropert ont intelligemment placé le récit dans la période de la Belle Époque où l’insouciance règne, et plus particulièrement dans les milieux bourgeois tandis que le petit peuple parisien tente de survivre quand survient la crue du siècle. Le lecteur s’attachera assez rapidement au profil du journaliste, qui bien que n’étant pas du métier, ne tarde pas à se transformer en Sherlock Homes. On rajoutera, pour corser le tout, ses vies amoureuses et professionnelles qui s’avèrent particulièrement compliquées.

L’album, fort bien réussi graphiquement par le dessinateur Victor Lepointe, laisse transpirer une ambiance toute particulière oscillant entre une atmosphère souvent lourde, à la manière d’un Jack l’éventreur dans un Paris assiégé par les eaux, avec des couleurs sombres et des couleurs pastel, de bon aloi pour mettre en scène notamment le Paris de la fête.

Enfin, pour ceux des lecteurs qui ne se souviendrait pas ou n’aurait pas eu connaissance de cette période de la Belle Époque, ils découvriront avec intérêt un cahier photographique agrémenté de textes, tant dans un Paris sous les eaux que dans une vie parisienne à l’aube du XXème siècle.

ANGE LECA Tom GRAFFIN & Jérôme ROPERT/Victor LEPOINTE Collection GRAND ANGLE Éditions BAMBOO 72 pages, 15,90 €

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 20 Mars 2023

OLIPHANT, le récit poignant d’une aventure polaire qui tourne au cauchemar

Alors que la guerre fait rage dans toute l’Europe, c’est le moment que choisit l’émérite capitaine Emerson de se lancer dans une nouvelle aventure, avec 28 hommes d’équipage dont Arcadi, son fils, qu’il prend avec lui pour la première fois. Le brise-glace file droit vers l’Antarctique, « l’ultime terre inconnue du globe… Nous vivons le dernier exploit humain du monde » se complait à dire le capitaine explorateur dont la réputation n’est plus à faire. Mais qu’est-ce qui les attend sur ces terres gelées, vont-ils arriver à leurs fins ?

La vie n’est pas un long fleuve tranquille et d’autant plus lorsqu’on brave les affres de la mer. Alors, quand le brise-glace passe de l’enlisement au naufrage, c’est tout un équipage qui se retrouve à terre. Que faire, sinon entreprendre de rejoindre par tous les moyens la Géorgie du Sud et voilà que l’expédition tourne au cauchemar.

Quelle histoire ! La scénariste Loo Hui Phang s’est emparée de l’histoire d’Ernest Shackleton, le premier des grands explorateurs du cercle polaire, pour en faire une fiction des plus réussies, terriblement humaine. Vivre en autarcie génère assurément des tensions et l’on peut étouffer avec des températures polaires. C’est ce que va vivre cet équipage pas vraiment préparé à vivre une expédition aussi désastreuse sans parler de la dimension psychologique des rapports père-fils entre le capitaine et Arcadi.

On appréciera le découpage en huit chapitres, chacun débutant par un sujet scientifique en rapport avec les phénomènes rencontrés par l’équipage.

Quant au dessin de Benjamin Bachelier, il transcende le récit en immergeant le lecteur dans cet univers polaire. Tout en couleurs directes, avec des apports de matières selon le sujet traité, ses planches collent parfaitement à l’esprit qu’a voulu rendre la scénariste.

Alors, prêt pour l’aventure avec un grand A ?

OLIPHANT Loo Hui PHANG/Benjamin BACHELIER Éditions FUTUROPOLIS 256 pages, 36,00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 17 Mars 2023

LE NID : LES FILS DE LA MORT, chronique d’une fin annoncée

Juin 1944, alors que les revers militaires du IIIème Reich se multiplient, c’est au fin fond des Alpes bavaroises qu’Hitler s’est retiré, accompagné de ses plus proches dignitaires. « Le nid » de Berchtesgaden, sorte de cocon niché entre forêts et montagnes semble être la résidence idéale pour faire le point sur l’état des troupes, mais aussi pour se ressourcer et tenter de calmer ses problèmes de santé.

Au lieu de ça, ses démons et ses angoisses ne font qu’empirer, son médecin n’ayant d’autre solution que d’accepter de lui administrer bon nombre de drogues. Les fêtes se succèdent pour la poignée d’invités conviés à la résidence mais le cœur n’y est pas et tout un chacun s’évertue à faire comme si de rien n’était. Quant aux offensives décidées unilatéralement par le dictateur pendant cette retraite, elles ne feront qu’accélérer la chute de l’empire germanique.

L’auteur Marc Galli précipite le lecteur dans un vase clos des plus nauséabonds où luttes de pouvoir, faux semblants, résignations et dénis se côtoient. Avec un récit plutôt bien construit, le lecteur va découvrir un Führer naviguant entre sa vie publique au milieu de sa cour et ses moments d’intimité lorsqu’il se retranche dans ses appartements, envahi d’hallucinations voire de folies provoquées notamment par les substances injectées.

Avec un dessin aux accents caricaturaux, renforcés par des aplats de couleurs volontairement ternes rendant une ambiance des plus délétères, l’auteur dépeint des êtres torturés à des degrés divers, rongés par l’angoisse d’une fin de règne qu’ils sentent imminente.

Alors, il convient de mettre en garde le lecteur car voilà un livre déroutant, envoutant que, si l’on commence à le lire, on ne lâche plus jusqu’à sa fin.

LE NID : LES FILS DE LA MORT Marco GALLI Éditions SARBACANE 176 pages, 24,00 €

Bernard LAUNOIS

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 16 Mars 2023

L’ANNÉE FANTÔME, un touchant retour sur l’enfance

Quand l’humoriste Collot décide de faire son show, mieux vaut ne pas être dans son viseur car personne n’est épargné. De l’article assassin à la chronique radiophonique acerbe, en passant par ses sorties dans les soirées mondaines, Collot en impose jusqu’à une invitation à un débat télévisé. Incapable de sortir ses sempiternelles réparties, il sortira complètement démonté de cette joute oratoire au point de renoncer à sa carrière médiatique.

Mais qu’y-a-t-il derrière ce masque satirique, une fuite en avant, une enfance refoulée mise en exergue par ses séances psy ? Comment Gilles Collot-Sopiedard, de son vrai nom, va-t-il se sortir de cette passe difficile ? Peut-être que renouer avec sa famille nordiste, retourner sur son enfance, serait le commencement d’un long parcours du combattant salutaire ?

L’auteur Didier Tronchet décortique au scalpel les états d’âme de son personnage principal, tiraillé entre l’être et le paraître. « Chassez le naturel, il revient au galop » pourrait être assurément une des maximes de ce tendre récit avec un personnage qui touche le fond pour mieux remonter à la surface.

Avec un ton juste, passant des répliques cinglantes aux remarques attendrissantes, ce diable de Didier Tronchet réussit le tour de force de faire paraître son personnage, souvent des plus détestables, comme un être plutôt attachant.

En quelques traits, Didier Tronchet campe ses personnages dans des décors sans fioritures, ne serait-ce que pour aller à l’essentiel, celui de raconter de belles histoires.

Alors l’année fantôme sera-t-elle le chaînon manquant qui permettra à Collot de mieux se comprendre ?

Préfacé par le talentueux François Morel, voilà un beau récit qui ne laissera pas le lecteur indifférent.

 

L’année fantôme Collection Aire Libre Didier TRONCHET Éditions DUPUIS 192 pages 27,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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