coup de coeur bernard launois

Publié le 18 Janvier 2024

L’EXPERT, quand la compétence fait force pour découvrir la vérité

Alors qu’en 1977 l’Allemagne se trouve confrontée à une montée de tensions entre la classe dirigeante et les membres de la Fraction Armée Rouge, un tragique accident de voiture voit la perte d’une mère et de son jeune fils. Mais quel rapport avec la violence terroriste qui règne à ce moment-là ?

Or, il se trouve que Karl Martin, employé à la morgue, a assisté à la fuite du véhicule qui a percuté la voiture de Miriam et de son fils Marek sans pouvoir en distinguer le chauffeur. Revenu sur les lieux de l’accident, Karl récupère notamment les débris du feu arrière explosé lors de la collision entre les deux véhicules et s’enquiert auprès des garagistes environnants si un client n’est pas venu faire changer cette pièce endommagée. Et si le véhicule appartenait à un membre de la classe dirigeante, Miriam n’était-elle pas partie prenante dans la Fraction Armée Rouge ?

Karl Martin ne veut pas que cette affaire soit classée comme un vulgaire accident de la circulation alors que les tests qu’il a pratiqués sur Miriam ne comportent aucune trace d’alcool ni de substance susceptible de lui faire perdre le contrôle de son véhicule. Son retour sur les lieux de l’accident pourra-t-il révéler des éléments tangibles pour son enquête ?

L’autrice Jennifer Daniel livre là une enquête policière des plus singulières, servant de prétexte à présenter, trente ans après la fin de la dernière guerre mondiale, une vision satirique de l’Allemagne de l’Ouest, engluée dans la corruption des puissants au pouvoir.

Si le récit s’inscrit bien dans une période des années 70, il en est de même pour le dessin de Jennifer Daniel qui s’est attachée à rendre l’atmosphère pesante d’une Allemagne qui, trente ans après la fin de la guerre, se cherche. Cela se ressent notamment dans le traitement de ses couleurs numériques particulièrement froides, voire austères.

L’EXPERT Jennifer DANIEL Éditions CASTERMAN 200 pages, 25,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 15 Janvier 2024

LES DERNIERS JOURS DE ROBERT JOHNSON, ou l’art de l’autodestruction

Bien que décédé prématurément à l’âge de 27 ans, l’artiste musicien interprète et compositeur de talent Robert Johnson aura marqué le blues, et de manière générale il continue à influencer plusieurs générations de musiciens tels que les Rolling Stones, Led Zeppelin, Éric Clapton...

Cette reconnaissance se retrouve également dans la bande dessinée avec les albums de Jean Sé et de Jean-Michel Dupont et Mezzo qui sont notamment revenus sur la légende que traine ce musicien de génie, qui aurait vendu son âme au diable en échange d’être un grand virtuose de la guitare.

Frantz Duchazeau qui nous avait déjà gratifié du bel album Lomax consacré aux pionniers de l’enregistrement de folk songs, s’attache à narrer les derniers jours de Robert Johnson partagé entre sa quête d’une reconnaissance de son talent et sa capacité à s’autodétruire, anéanti par une jeunesse de souffrance qu’il traine comme un boulet.

Nous sommes dans les années 30, sur les routes poussiéreuses du Mississipi à suivre un jeune homme, flanqué de sa guitare acoustique et son inséparable bouteille de bourbon, qui passe de ville en ville pour chanter sa peine de vivre.

Le blues, il l’a dans la peau et il veut exprimer par sa musique à qui veut l’entendre le reflet de sa jeune vie de souffrance entre un père qui l’a abandonné à sa naissance et les coups assénés par son beau-père.

Seulement l’alcool le tue à petit feu et alors qu’il commence à prendre de la notoriété, il sent bien que ses forces l’abandonnent et que sa course contre la mort est engagée. Arrivera-t-il à rejoindre la non moins célèbre scène du Carnegie Hall de New York où tout musicien de l’époque rêve de jouer ?

Au récit fort bien construit s’ajoute le talent de Frantz Duchazeau qui fait partie des dessinateurs qui transcendent le noir et blanc avec des encrages profonds qui ici renforcent l’ambiance d’une Amérique raciste où il ne fait pas bon être de couleur.

LES DERNIERS JOURS DE ROBERT JOHNSON Frantz DUCHAZEAU Éditions SARBACANE 240 pages, 26,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 12 Janvier 2024

BRIGANTUS T1, Une force de la nature qui dérange

L’an 84 au fin fond de la Calédonie, future Écosse, des légionnaires commandés par le général Cnaeus Iulus Agricola tentent de conquérir de nouveaux territoires, et ils confrontés à un terrain accidenté et marécageux qui plus est, sous une météo détestable. La tâche est loin d’être aisée et les combats contre des autochtones aguerris sont rudes pour tous ces hommes qui préfèreraient assurément être dorés par le soleil méditerranéen plutôt que de subir les affres d’une météo écossaise.

Seul Melonius Brigantus, une force de la nature, infatigable serviteur de Rome toujours prêt à accomplir les basses besognes, semble devoir s’acquitter de son devoir avec ténacité et courage suscitant du coup des jalousies de la part de ses congénères qui ne manquent pas de le railler, allant jusqu’à le traiter de Picte.

Quel avenir pour cette fidèle machine de guerre née de l’union d’un légionnaire et d’une prostituée, au milieu d’une troupe qui lui est plutôt hostile alors que lui ne rêve que de trouver la lumière, celle qui le guidera vers de meilleurs cieux ?

On retrouve avec plaisir tout le talent de conteur du scénariste Yves Huppen, qui construit ses scénarios comme s’ils étaient destinés au neuvième art. Il réalise un récit qui cette fois se déroule dans l’antiquité romaine, une période que le talentueux Hermann n’avait plus dessinée depuis ses tout débuts, il y a plus de 50 ans. Combats acharnés dans des conditions cauchemardesques, culture de la haine même au sein de son propre camp, bassesses diverses et variées… Voici des ingrédients que l’on retrouve également dans les westerns qu’affectionne de dessiner Hermann et c’est sûrement ce fil conducteur qui a conduit à une telle réalisation.

Cela fait de nombreuses années qu’Hermann est au sommet de son art mais jusqu’où ira-t-il ? Car peu importe la période dessinée, il y a toujours chez lui un éternel renouvellement, une perpétuelle remise en question mais aussi une sortie de la zone de confort où il aurait pu se complaire.

Voici un beau récit remarquablement mis en image mais qui n’a qu’un seul défaut, celui d’obliger le lecteur à attendre la conclusion du diptyque.

BRIGANTUS T1 Yves HUPPEN/HERMANN Éditions LE LOMBARD 56 pages, 15,95€

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 10 Janvier 2024

AÏE ! LA DOULEUR SE TRAITE AUSSI AVEC HUMOUR, et faut voir comme !

J'ai la rate qui s'dilate, j'ai le foie qu'est pas droit, j'ai le ventre qui se rentre… sont des paroles de la chanson Je ne suis pas bien portant de Gaston Ouvrard que les plus de vingt ans ont certainement déjà entendues. Elles sont toujours d’actualité car ce serait encore aujourd’hui près de douze millions de français qui souffriraient de douleurs chroniques. C’est dire si le sujet est d’importance ! Et quoi de mieux que de traiter de manière humoristique les douleurs qui enquiquinent bon nombre de nos concitoyens ?

Mais pour cela, il fallait à la fois s’appuyer sur des données médicales qui ne soient pas farfelues et pouvoir les traiter de manière à distraire le lecteur tout en l’instruisant, et c’est là qu’intervient le scénariste Patrick Sichère, médecin rhumatologue spécialiste de la douleur. La réussite du scénario réside assurément dans sa potion de « remède à l’ennui » et permettra au lecteur, lors de moments d’égarement, de se replonger dans cette lecture désopilante.

Quel plaisir de retrouver Achdé dans un registre que n’aurait pas renié le maitre Gotlib et où l’on sent que le dessinateur a pris grand plaisir à réaliser les huit chapitres allant de l’ineffable mal de tête, générateur de bon nombre de frustrations conjugales, aux douleurs engendrées par nos pieds en passant par les rages de dents.

Alors hypocondriaques, douillets de service, si pendant toute la lecture de cet album désopilant le lecteur aura oublié tous ces maux qui lui pourrissent la vie mais aussi celle de son entourage, c’est que les auteurs auront réussi leur coup ! On regrettera peut-être seulement que l’album ne soit pas remboursé par la Sécurité Sociale…

 

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Publié le 8 Janvier 2024

LE BEAU PARLEUR, quand les rêves se transforment en désillusion

La vie du jeune Pedro en pleine forêt amazonienne est rythmée par son amour de la nature et celui de la lecture dont il se nourrit assidûment. Mais ce qu’il attend le plus au monde, c’est le retour de son Vicente, son aventurier de frère. Jamais avare de récits de voyages de plus en plus extraordinaires, Vicente transporte Pedro à chaque retour au bercail mais cette fois-ci, l’aventurier n’est pas à l’aise avec lui. Aussi Pedro va tâcher par tous les moyens de comprendre les raisons de l’attitude inhabituelle de son frère. Trop de choses sonnent faux, Vicente ne le mènerait-il pas en bateau ? Et si ses histoires s’avéraient sortir de son imagination pour cacher une réalité peu ragoûtante ? Le départ précipité de Vicente, pourtant à peine arrivé, va renforcer les soupçons de Pedro qui décide de se lancer à sa poursuite pour découvrir les raisons de cette fuite.

Excellente conteuse, la scénariste Teresa Radice construit cette fois un thriller qui s’avère des plus haletants pour le plaisir du lecteur qui n’aura de cesse d’en connaître la conclusion. Mais au-delà du récit d’amour entre frères, elle raconte le passage pour le jeune Pedro d’une enfance insouciante à la dure réalité de la vie d’adulte à laquelle il ne pensait pas être confronté de manière si subite et surtout si brutale. Avec un récit rythmé, où les rebondissements ne manquent pas, la scénariste Teresa Radice sait néanmoins aussi calmer le jeu notamment dans les moments de tête à tête salutaires entre les deux frères.

Mais point d’album réussi si le dessin ne suit pas et là, c’est un festival de pages fort bien dessinées et aquarellées, comme sait remarquablement le faire le dessinateur Stefano Turconi qui trouve le moyen d’égayer un récit malgré tout plutôt sombre.

C’est donc un bon album qui inaugure de fort belle manière la nouvelle ligne graphique de la collection Treize Etrange qui fête déjà ses trente ans, laissant augurer de belles choses pour l’avenir.

LE BEAU PARLEUR Teresa RADICE/Stefano TURCONI collection TREIZE ETRANGE éditions GLENAT 208 pages, 22,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 28 Décembre 2023

CLOVD T1, LA DAME DE BIRKA quand la brume recouvrira le monde…

Funérailles, personnage dégingandé sorti de nulle part erre depuis fort longtemps sur la Terre. Elle a subi les affres du réchauffement climatique et est envahie depuis par une sorte de fog propice à la résurgence de monstres tous plus hideux les uns que les autres. D’où sortent-ils et quelles sont leurs intentions ? Funérailles n’en a aucune idée mais a, malgré tout, bon espoir de trouver la solution à ces cauchemars ambulants qui ont décidé de faire vivre la terreur sur la planète.

Que faire alors sinon s’associer à un groupe de jeunes convaincus que la solution réside dans des livres, proscris depuis la dernière apocalypse, qui relateraient une ancienne civilisation peut-être plus vivable que celle qu’ils connaissent aujourd’hui ? Bien que la jeune guerrière Isatis, à la tête de cette équipée, n’ait vécu que cette triste vie depuis le cataclysme, elle reste convaincue que quand il y a de la vie, il y a de l’espoir et que l’union fait la force.

Dès les premières pages, l’auteur Florent Maudoux plonge le lecteur dans une atmosphère des plus apocalyptiques où survivre reste le maître mot. Avec un scénario plutôt bien construit, qui s’inscrit dans la suite de ses séries Freak’s  Squeele et Funérailles, Florent Maudoux situe cette fois son action au Moyen Âge après un dernier chamboulement qui va contraindre les protagonistes à s’adapter à cette période qu’ils n’ont vécue qu’au travers des livres.

Quant au dessin de Florent Maudoux, il est toujours aussi flamboyant avec une capacité à donner une ambiance, à transporter le lecteur dans son univers cauchemardesque.

Pour compléter ce premier tome, les éditions Rue de Sèvres ont édité une version noir et blanc de fort belle facture qui permettra aux amateurs d’admirer le travail d’encrage.

CLOVD T1, LA DAME DE BIRKA Florant MAUDOUX collection LABEL 619 éditions RUE DE SEVRES 104 pages 19,90 €

 

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 9 Décembre 2023

HIVER A L’OPERA, quand le maître chanteur joue à Garnier sa partition en solo

L’inspecteur Amaury Broyan, ou plutôt l’ex depuis qu’il a été mis sur la touche après son enquête narrée dans Automne en baie de Somme, ressasse son éviction qu’il trouve inique, alors qu’il est aussi en prise à des pensées obsédantes depuis le décès de sa fille. Plongé dans des addictions diverses et variées, il s’enfonce doucement dans une dépression et c’est une soirée à l’opéra Garnier qui va lui servir d’électrochoc et lui donner l’occasion de montrer qu’il n’est pas fini. Alors que les premières notes de la Damnation de Faust résonnent, voilà que le colonel Tréveaux, responsable de la sécurité du président de la République, apparait crucifié au bout d’une corde devant l’assistance horrifiée. Qui a bien pu commettre le crime, et quel mobile peut-il avoir ? Cet assassinat n’est qu’un de plus à la série de meurtres mis en scène dans les coulisses du Palais Garnier et ça, Amaury Broyan ne le supporte pas. C’est donc en tant que détective privé qu’il va tenter d’élucider ces crimes abjects.

Après le très réussi Automne en baie de Somme, le scénariste Philippe Palaez remet le couvert de fort belle manière en découvrant dès les premières pages la coupable et cette fois, l’enquête va constituer à comprendre les mobiles de Lisianne, ex danseuse masquée pour cacher son visage défiguré. Le scénariste dresse un portrait des plus intéressants de cette tueuse en série dérangée, obsédée par la mort de son frère.

Comme dans le premier opus, on retrouve ici avec plaisir le dessin d’Alexis Chabert du temps de sa série Rogon le leu, avec les superbes couleurs directes dont il a le secret. Alexis Chabert affectionne tout particulièrement de dessiner la capitale mais aussi cette période Art nouveau, et ça se sent ! Avec un dessin dynamique et réaliste, le dessinateur sert fort bien le récit, changeant de rythme à chaque page, entrainant le lecteur dans un tourbillon de cases. Enfin, on appréciera le clin d’œil à Alfons Mucha, le célèbre peintre et affichiste qui aura été un représentant majeur de l’Art nouveau.

HIVER A L’OPERA Philippe PELAEZ Alexis CHABERT Collection GRAND ANGLE Éditions BAMBOO 72 pages, 22,90 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 29 Novembre 2023

LE VOYAGE DE SHUNA, le road-trip fantasmagorique d’Hayao Miyazaki enfin édité en France !

Le jeune prince Shuna ne supporte plus que son peuple se meurt faute de terres fertiles et décide, malgré les dénégations des anciens, de quérir une plante qui pourrait pousser sur leurs terres et les sortirait enfin de la famine. Mais quelle est cette fameuse plante, sinon l’orge qu’un vieil homme  a remis au prince en rendant son dernier souffle dans ses bras ?

C’est fort de quelques graines conservées précieusement dans un gousset que Shuna entreprend le voyage selon les indications du vieil homme. Commence alors un road-trip semé d’embûches, de rencontres humaines telles que Théa et sa sœur, deux jeunes filles esclaves qu’il troquera contre son fusil, mais également de découvertes surnaturelles dont l’auteur a le secret.

Shuna finira-t-il par découvrir ce pays où les précieuses céréales poussent, retrouvera-t-il les jeunes filles laissées à son yakkuru alors qu’ils sont poursuivis par une horde sauvage ?

Il aura fallu 40 ans pour que ce récit illustré, appelé emonogatari au Japon, soit traduit en Français et édité par la maison Sarbacane pour enfin profiter de ce petit bijou grâce auquel le lecteur va s’immerger à nouveau dans l’univers graphique de l’auteur Hayao Miyazaki.

Alors que ce dernier n’avait pas encore intégré le studio Ghibli d’où sortiront les films d’animation, de Le château dans le ciel à Le garçon et le héron en passant par La princesse Monoké, et Le voyage Chihiro… il réalise là un opus haletant remarquablement mis en images où sont déjà présents ses thèmes récurrents que sont l’écologie, les rapports humains, sans oublier l’aspect fantastique.

Alors, prêt à suivre l’intrépide jeune homme dans cette aventure où le réel côtoie l’irréel ?

LE VOYAGE DE SHUNA Hayao MIYAZAKI Éditions SARBACANE160 pages, 25,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 25 Novembre 2023

LA BRUTE ET LE DIVIN, la difficile question de la défense de ses convictions

L’introspection de sa vie suscitée par l’isolement lors du Covid décide Eva, une jeune ingénieure promise à un avenir brillant, à quitter un grand groupe pour donner un autre sens à sa vie. La voici envoyée par le conservatoire pour ses compétences techniques à un poste situé sur une petite ile déserte du Pacifique sud avec pour mission notamment de réparer une station météorologique endommagée à la suite de vents violents. Enfin, elle va pouvoir se rapprocher de la nature et participer à un projet écologique.

Si les premiers jours se déroulent à peu près comme elle l’avait imaginé avant de partir, les ennuis ne tardent pas à poindre. Il faut dire que se retrouver seule avec Puce, son chien, au milieu du Pacifique sur une ile dont la surface ne dépasse pas les 1700 m2, et en totale autarcie ne s’avère guère aisée pour une citadine. Néanmoins Eva se débrouille parfaitement, fait son potager, élève ses poules, pêche au tuba mais aussi retape la station météo jusqu’à ce qu’une vilaine blessure vienne enrayer le bon déroulement de son séjour. Que faire sinon quérir de l’aide auprès d’un bateau qui stationne à quelques miles ? Seulement, elle découvre que le bateau fait de la prospection pour des métaux rares. Comment va-t-elle réagir face à des gens qui lui ont sauvé la vie mais qui pratiquent des activités qu’elle considère comme sacrilèges. Doit-elle se transformer en lanceuse d’alerte en informant le Conservatoire, voire les réseaux sociaux pour défendre ses convictions ?

Voilà un thriller écologique réalisé de main de maitre par Léonard Chemineau qui pour la première fois s’est attelé à réaliser ce projet de bout en bout. Dès les premières pages, le lecteur va se prendre au jeu de suivre cette jeune femme téméraire au fin fond du Pacifique et suivre les péripéties qu’elle va rencontrer. Mais au-delà d’une belle aventure sur une ile paradisiaque, remarquablement mise en images, c’est également une réflexion sur le devenir de ces ilots dont l’équilibre s’avère chaque jour un peu plus menacé par une course à l’énergie des plus destructrices pour l’environnement.

Enfin, saluons l’initiative de l’auteur et des éditions Rue de Sèvres pour avoir pensé et conçu l’album avec des conditions d’impact minimum sur l’environnement sur toute la chaine de conception.

LA BRUTE ET LE DIVIN Léonard CHEMINEAU Éditions RUE DE SEVRES 144 pages, 22,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 22 Novembre 2023

BOUNCER T12 HECATOMBE, un sous-titre qui sait tenir ses promesses !

Bon nombre de protagonistes de cet album pourraient reprendre aisément à leur compte les propos de Claude de l’Estoil quand il disait que “mort on n’est pas mieux dans l’or que dans la boue.”

La bourgade de Barro-city, fief du Bouncer, va encore vivre des heures chaudes avec le scénario d’Alejandro Jodorowky. Ce dernier, revenant à une de ses séries phares avec un scénario tonitruant où les règlements de compte ne sont pas qu’à Ok corral. C’est sous une pluie diluvienne et persistante que l’histoire débute alors que l’or mexicain ramené par Bouncer et ses amis repose tranquillement à la banque mais jusqu’à quand ? Si « l’argent n’a pas d’odeur », l’or visiblement en a, même dans la boue de Barro-city, en attirant toute la racaille que l’Ouest a pu porter.

Et ce n’est pas l’arrivée du colonel Carter et de ses sbires, à la demande du maire qui ne sait plus comment sécuriser l’établissement bancaire, qui empêchera l’improbable vol de la cargaison. Par quel tour de passe-passe le coffre a-t-il été vidé de son contenu ? Tout le monde accuse tout le monde et la justice du peuple ne va tarder à frapper : Bouncer ne va-t-il pas finir par regretter d’avoir ramené cet or dans sa ville ?

Du rythme, on peut dire que ce scénario en a, plein de rebondissements au point de se demander comme cela va se terminer. Les dialogues sont aussi percutants que les coups qui tombent et aussi drus que le déluge qui déferle sur la ville, c’est dire.

François Boucq, l’homme qui dessine plus vite que son ombre, a encore frappé avec ce one shot de 140 pages réalisé de main de maître. L’ensemble s’avère réussi. Il faut dire que nos deux compères ont l’habitude de travailler ensemble et le dessinateur François Boucq magnifie une fois de plus le scénario d’Alejandro Jodororowky.

Enfin, n’oublions pas les couleurs d’Alexandre et François Boucq pour parfaire un tableau des plus alléchants.

BOUNCER T12 HECATOMBE Alejandro JODOROWSKY/François BOUCQ collection 24X32 Éditions GLENAT 140 pages, 24,95 €

Bernard LAUNOIS

 

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