coup de coeur bernard launois

Publié le 21 Juin 2024

CIEL D’ORAGES T1, quand l’as des airs se conjugue au féminin

Fin du printemps 1940, Londres n’en peut plus de se faire canarder toutes les nuits par des raids aériens de l’aviation allemande. Aussi, pour Churchill, la seule solution pour contrer ces Teutons, c’est d’envoyer dans les airs la Royal Air Force afin de les empêcher d’atteindre la ville.

C’est ainsi que, dès la tombée de la nuit et par temps de Blitz, les as du volant rentrent en scène pour contrer l’invasion journalière. Mais un as est-il forcément d’origine masculine ? Il semble que Kate Kavendish, pilote émérite de l’Air Transport Auxiliary et personnage principal de cette série, possède de la bravoure à revendre.

Avec ce premier tome d’un triptyque qui promet, les duettistes Eric Warnauts et Guy Raives reviennent sur cette période si compliquée de la Deuxième Guerre mondiale et plus particulièrement celle vécue en Angleterre. Nous retrouvons avec plaisir la particularité des albums de ce duo de talent, celle de raconter l’histoire dans l’Histoire car au travers de leurs récits, c’est avant tout l’humain sur lequel se penchent les auteurs. Si cette pilote évolue dans un monde bien macho, le lecteur va rapidement s’apercevoir qu’elle y a toute sa place, tant professionnelle qu’amoureuse et si l’on a encore tendance aujourd’hui à dater la libération de la femme à partir de mai 1968, Eric Warnauts et Guy Raives sont enclins à tordre le coup à cette idée en la situant plutôt à cette période du récit. Les dialogues s’avèrent particulièrement alertes et le rythme du récit plutôt soutenu, à la manière d’un commando de la Royal Air Force.

Quant aux dessins, réalisés à quatre mains comme le scénario, ils restituent l’atmosphère angoissante du quotidien de ces jeunes pilotes et de leur entourage alors que la guerre fait rage. Le lecteur appréciera, comme à l’accoutumée, les superbes aquarelles de Guy Raives qui mettent en relief les dessins hyperréalistes dont ils ont tous les deux le secret.

CIEL D’ORAGES T1 London burning Éric WARNAUTS/Guy RAIVES Éditions LE LOMBARD 64 pages, 15,95 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 20 Juin 2024

Jesse OWENS Des miles et des miles

Le récit passionnant d’un être habité par la peur qui aura marqué l’histoire de l’athlétisme

Pas peur de son ombre, quoique, Jesse Owens petit-fils d’esclave né dans une famille alabamienne de 11 enfants s’avère être particulièrement craintif. Et voilà qu’à chaque fois qu’il se sent en danger, il ne trouve pas d’autre solution que de prendre la poudre d’escampette. Heureusement pour le rassurer et le conseiller dans ces moments difficiles, il possède un ange gardien qui se matérialise par un chat noir du nom de Essej Snewo, une sorte de Jiminy Cricket qui va tordre le cou à la superstition légendaire que la vue d’un chat noir porte malheur.

Poursuivi par la ségrégation et le racisme il décide de fuir l’Alabama pour Cleveland accompagné de Essej, croyant trouver mieux, en vain. Il doit sa planche de salut à un policier qui le poursuivant, réalise qu’il ne peut le suivre alors que lui-même est un ancien athlète de haut niveau. La suite, le lecteur aura tout loisir de découvrir dans la deuxième partie de l’album ses exploits aux Jeux Olympiques de 36 à Berlin ainsi que les conditions de son retour. 

Dans son scénario Gradimir Smudja prend le parti pris astucieux de donner le rôle principal au chat noir Essej Snewo, l’alter ego de Jesse Owens, qui va servir de conteur tout au long du récit. Le rythme de l’album se révèle à l’image du célèbre coureur Jesse Owens qui pulvérisera les records en s’adjugeant pas moins de quatre médailles d’or sans parler d’innombrables records du monde.

Lire un album dessiné par Gradimir Smudja, c’est découvrir une histoire bien sûr mais au-delà d’un découpage soigné, c’est s’émerveiller devant tout le talent d’un peintre et ce, à chaque page, chaque case qui pourraient être encadrées tant elles ressemblent à un tableau de maître. Encore un de ces livres qu’il faut lire à minimum deux fois, une pour apprécier le récit et l’autre pour s’arrêter devant chaque case afin d’en apprécier la qualité.

JESSE OWENS Des miles et des miles Gradimir SMUDJA Editions FUTUROPOLIS 128 pages, 24,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 17 Juin 2024

UN SOMBRE MANTEAU, une chronique sociale bien touchante

Si l’auteur Jaime Martin nous a habitué à croquer des récits d’ordre familiaux, il se plonge cette fois dans un univers où règne la solitude. Le récit se situe au fin fond des Pyrénées espagnoles et au milieu du XIXème siècle où les mentalités paysannes n’acceptent pas que des personnes vivent en marge de la société.

Le récit débute alors que la vieille guérisseuse Mara, reclue au fond des bois et dont une des principales activités, mais aussi de moyens de subsistance, consiste à exercer le métier de trémentinaise, c’est à dire à ramasser des plantes médicinales afin notamment de confectionner des onguents ce dont raffolent les villageois.

Alors qu’elle s’apprête à retourner dans sa chaumière, voilà qu’elle découvre enrubannée dans un sombre manteau une jeune femme inerte qu’elle s’empresse de ramener chez elle pour la soigner.

Si Mara apprend au village qu’une jeune femme est recherchée par les autorités, elle ne lui dit pas d’autant plus que la jeune fuyarde s’avère muette. Que faire alors, sinon de ne pas la livrer à la maréchaussée mais néanmoins de la présenter au village comme sa nièce afin de pas éveiller les soupçons ? Mais cela suffira-t-il à protéger cette jeune femme qui, par sa beauté magnifiée par le beau manteau, ne va pas tarder à créer des questionnements et susciter des jalousies ?

Martin dresse un portrait des plus touchants de ces deux êtres qui commencent à s’apprivoiser et qui apparaissent, au fur et à mesure du récit, comme deux écorchées vives, rejetées par la société à des degrés divers et de façon certes différente.

Cette chronique sociale dresse un juste portrait d’une dure vie paysanne où le poids patriarcal pèse particulièrement sur une population féminine qui n’a aucun droit, sinon celui de se taire et d’être au service de l’homme.

Avec un dessin ligne claire de bon aloi embelli par des aplats plutôt sombres, le dessinateur Jaime Martin met remarquablement en scène son récit pour le plus grand plaisir du lecteur.

UN SOMBRE MANTEAU Jaime MARTIN collection Aire Libre Éditions DUPUIS 104 pages, 21,95 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 12 Juin 2024

LES AFFAMES DU CREPUSCULE T1, un premier tome bien prometteur

Si l’union fait la force pour combattre un ennemi commun, faut-il encore que ses protagonistes puissent se rabibocher après des siècles de haine. Il faut dire qu’entre les humains et les Orcs, il n’y a guère d’affinités mais le seigneur Troth Grivork a bien mesuré que sans cette alliance, son armée n’arriverait pas à combattre d’innommables créatures appelées Vogol, assoiffées de sang et prêtes à tout détruire sur leur passage.

C’est la jeune guérisseuse Tara, cousine de Throt, qui ira combattre aux côtés de Callum Guerrenay et de sa troupe de rémanants, pour preuve de conciliation. Seulement, les Vogol se montrent bien plus futés qu’ils ne paraissent et commencent à causer beaucoup de soucis aux troupes des Orcs et des humains.

Après les séries Poison Ivy, Miss Marvel… La prolifique et talentueuse Gwendolyn Willow Wilson, écrivaine de science-fiction et scénariste de comics, frappe encore fort avec ce premier tome d’une aventure fantasy où s’entremêlent équipées héroïques, romances déchirantes et aventures politiques. Alternant les temps vifs pour les combats avec des temps plus calmes, la scénariste casse le rythme permettant de reprendre souffle et de s’attarder sur la personnalité de chacun.

Profitant des dialogues au ton plutôt enlevé voire sarcastique, le lecteur s’appropriera rapidement les personnages et les destinées de chacun mais restera sur sa faim, devant attendre d’en connaitre le dénouement.

Le dessinateur Chris Wilgoose transporte le lecteur dans un univers fantasmagorique avec des décors fouillés où évoluent des personnages réalistes. Les découpages sont variés, renforçant le caractère de changement de rythme voulu par le scénario, et la mise en couleurs de Masassyk sur des tons plutôt vifs sied parfaitement au récit.

Enfin, il conviendra de s’attarder sur le cahier graphique d’une dizaine de pages mettant en scène les principaux personnages, mêlant crayonnés et mises en couleurs ainsi qu’un descriptif des humains, Orcs et Vangol permettant de mieux les découvrir.

LES AFFAMÉS DU CRÉPUSCULE T1 Gwendolyn WILLOW WILSON/Chris WILDGOOSE Collection Contrebande Éditions DELCOURT 160 pages 22,95 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 9 Juin 2024

VERTIGEO, une fiction apocalyptique stratosphérique à découvrir instamment

On ne compte plus aujourd’hui les récits plus ou moins bien réussis de fin du monde, ou du moins de tentative de survie après la dégradation de notre bonne vieille Terre, et la nouvelle d’Emmanuel Delporte scénarisée par Lloyd Chery mérite que l’on s’y intéresse.

Après un cataclysme d’ordre nucléaire, un épais nuage noir envahit toute la surface de la Terre empêchant le soleil de percer. Or, plus de soleil, plus de vie et seule une poignée d’humains rescapés tente de survivre dans une atmosphère confinée où la seule planche de salut résiderait dans l’élévation de tours pour retrouver la lumière.

Seulement, quelques siècles plus tard ce sont treize tours qu’on érige sans avoir encore atteint le soleil, et les hommes et les matériaux s’épuisent à faire que la tour à laquelle ils sont affectés arrivera la première au but. Les conditions de constructions sont déplorables, les tempêtes de cendres ne cessant de fondre sur les tours et entrainant la mort des ouvriers qui n’ont pas eu le temps de se protéger de la raréfaction de l’air conjuguée à la force des vents.

Mais, malgré ça, il faut continuer inlassablement sous peine de se voir infliger des sanctions du grand Chambellan, maître de Vertigéo. Mais que se cache derrière cette organisation Vertigéo et quels sont ses objectifs ?

Lloyd Chery, plus connu pour son travail de journaliste, réalise avec talent son premier scénario de bande dessinée et tire toute la quintessence de la nouvelle d’Emmanuel Delporte, en entraînant le lecteur dans un univers plutôt effrayant où l’exploitation humaine s’avère omniprésente.

Le dessin d’Amaury Bündgen, toujours aussi magistral, met en image ce monde d’asservissement avec de superbes encrages qui renforcent le caractère apocalyptique du récit.

VERTIGEO Emmanuel DELPORTE/Lloyd CHERY/Amaury BÜNDGEN Editions CASTERMAN 136 pages, 22,00 €

Bernard LAUNOIS  

 

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Publié le 4 Juin 2024

Bon voyage ? Quand le rêve dépasse la fiction

Quelle ne fut pas la surprise pour une quarantaine de personnes d’apprendre qu’après avoir répondu à un jeu-concours, ils avaient été sélectionnés pour un fabuleux voyage en Latécoère 631, le plus grand et le plus luxueux hydravion du monde !

Pour grand nombre de gagnants de condition plus que modeste, c’était la première fois qu’ils prenaient l’avion, encore plus un hydravion ! Et même, ils n’étaient souvent jamais allés plus loin que dans leur quartier de naissance, alors autant vous dire qu’ils n’en croyaient par leurs yeux devant les résultats en découvrant que leur rêve allait devenir réalité.

Ils s’embarquent le 6 avril 1948 pour un voyage en direction de la Martinique, mais voilà que la radio de l’hydravion ne donne plus signe de vie après un S.O.S, avec à son bord, les trois anciens vétérans que sont Marceau, Victor et Alice organisateurs du vol ainsi que les 44 passagers privilégiés.

Il faut se résigner, le Latécoère 631 F-BDRI est officiellement porté disparu. Qu’a-t-il alors bien pu se passer pour que l’on ne retrouve aucune trace de l’hydravion, même pas le moindre petit bout de carlingue ?

Avec un scénario plutôt bien conçu, le scénariste Jack Manini scinde son récit en trois parties composées tout d’abord par la présentation des heureux gagnants avant qu’ils ne rejoignent l’hydravion jusqu’à sa disparition ; puis comme un compte à rebours, il revient sur les raisons et la manière qui ont permis ce voyage, pour finir par l’après disparition en mer des Caraïbes.

Quant au dessin réaliste de Michel Chevereau rehaussé des couleurs de Jack Manini, il met singulièrement en scène cette incroyable histoire qui s’apparente à un vrai conte de fées.

Un superbe cahier photographique complète l’album en revenant sur cet hydravion Latécoère, considéré à l’époque comme étant le seul appareil pouvant prétendre renouer avec le « prestige des ailes Françaises ».

BON VOYAGE ? Jack MANINI/Michel CHEVEREAU collection GRAND ANGLE Éditions BAMBOO 80 pages, 16,90 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 1 Juin 2024

BERTILLE & LASSITER, le hasard fait parfois bien les choses !

Quand les principaux protagonistes de l’album Bertille & Bertille rencontrent l’un des personnages de l’album 13 heures 17 dans la vie de Jonathan Lassiter, les choses se compliquent de bien drôle de manière.

Alors que les Bertille respectivement ancien inspecteur de police et rentière se sont mariés et qu’ils s’apprêtent à rejoindre leur île en Bretagne, voilà que Jonathan Lassiter débarque dans leur wagon de chemin de fer. Après les présentations d’usage et la curiosité de Bertille Bertille pour ce jeune homme qui déboule dans leur vie, Louis Bertille qui n’a rien perdu de sa perspicacité, remarque qu’un nouveau voyageur installé en face de Jonathan ne s’est pas assis en vis-à-vis pour rien. Ne serait-il pas aux trousses de Jonathan, qui a fui le Nebraska après une nuit mouvementée en emportant quelques secrets fort convoités ? Jonathan ne va-t-il pas entraîner les Bertille dans un règlement de compte à la ok Corral sans qu’il l’ait voulu ?

L’auteur Éric Stalner emporte le lecteur dans un thriller endiablé dont il a le secret où tous les coups sont permis, surtout quand d’importantes sommes d’argent sont en jeu. Le scénario fort bien construit a la particularité de faire coïncider deux récits précédents sans que cela soit gênant de ne pas les avoir lus pour comprendre toutes les subtilités de cette intrigue. Malgré tout, gageons que les plus curieux n’hésiteront assurément pas de se plonger dans les albums Bertille & Bertille et 13 heures 17 dans la vie de Jonathan Lassiter.

Au scénario bien construit s’ajoute le superbe dessin réaliste, en noir et blanc et émaillé de touches de rouge, d’Éric Stalner, un dessin qui incite le lecteur à revenir sur lui après avoir découvert l’épilogue pour s’attarder sur la finesse du trait et les « gueules » des personnages évoluant dans une Bretagne en furie.

Bonne lecture au pays des tontons flingueurs.

BERTILLE & LASSITER Éric STALNER collection Grand Angle Éditions BAMBOO 96 pages, 19,90 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 30 Mai 2024

AUTREVILLE, autres temps, autres mœurs

Et si l’on revenait sur les lieux de son enfance, ne serait-ce que pour goûter à une certaine madeleine de Proust ? C’est ce que décide de faire Stéphane, accompagné de son fidèle ami Luc pour un retour dans le Nord, à Autreville. La ville aura-t-elle changé et les amis qui composaient leur club des cinq, que sont-ils devenus depuis que Stéphane et Luc ont quitté leur région natale pour le Sud ? Ces questions les tarabusquent alors qu’ils apprennent par l’autoradio que des sacs contenant des fragments humains auraient été trouvés dans un village proche d’Autreville.

C’est dans cette ambiance guère sereine que nos deux amis débarquent chez Graziella et Rudy où l’accueil ne semble pas conforme à leurs attentes. Même la légendaire bonne humeur de Luc ne semble pas dérider un climat des plus bizarres sans parler du cinquième larron, le mystérieux Etienne toujours aussi discret sur sa vie et qui les rejoint pour un singulier repas. Que s’est-il passé pour en arriver à une ambiance aussi délétère ? Des rancœurs, de part et d’autre, ne sont-elles pas en train d’éclater au grand jour ?

L’auteur David Thuin aborde avec talent, sur fond de thriller, la difficulté souvent rencontrée de ne pas retrouver les gens comme on les a quittés quelques années plus tôt. Comme si on avait fait un arrêt sur image et que l’on allait réappuyer sur le bouton start pour reprendre le cours de la vie.

On appréciera la manière dont l’auteur tisse sa toile, au fur et à mesure du récit, qui prend de drôles de tournures jusqu’à un final saisissant.

Le parti pris fort réussi, de David Thuin, de mettre en scène des personnages anthropomorphes permet assurément de mieux appréhender ce thriller qui ne devrait laisser le lecteur insensible.

Alors, méfiance, ces gentils animaux apparaissent peut-être plus mignons qu’ils ne le sont véritablement.

AUTREVILLE David THUIN Éditions SARBACANE 112 pages, 22,00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 23 Mai 2024

Carnets d’ailleurs n°2, en route pour l’aventure dessinée avec un grand A

A l’occasion de la sortie du deuxième numéro de la revue Carnets d’ailleurs, un petit déjeuner de presse était organisé au Train Bleu par l’équipe du magazine avec la présence de Jacques de Loustal, invité d’honneur de ce numéro.

Illustrations de Christian Cailleaux

Alors pour ceux qui ne connaitraient pas encore cette nouvelle revue, elle a pour vocation de présenter des dessins croqués sur place ou encore simplement esquissés sur le vif et peaufinés en atelier, à l’occasion de périples au bout du monde ou tout simplement au bout de la rue.

Si bon nombre de revues présentent des illustrations et autres dessins souvent accompagnés de photos, le principe de laisser « carte blanche » aux carnettistes n’avait encore jamais été fait. Ici, l’important se résume à faire partager l’émotion qu’a ressentie le dessinateur à l’instant présent pour réaliser le dessin, et l’on peut dire que c’est réussi.

Illustrations de Zac Deloupy

De Christian Cailleaux avec ses travaux préparatoires à la réalisation d’un album à l’occasion d’une résidence d’auteur en Inde, au reportage dessiné sur Saint-Etienne, ville de naissance de Zac Deloupy en passant par les remarquables aquarelles sur Lisbonne d’Émilie Bourel, toutes les sensibilités se dévoilent au gré des pages.

Jacques de Loustal

Comme dans le premier numéro, on retrouvera avec plaisir dans le deuxième un maquettage qui va permettre de découvrir les actualités d’ouvrages dessinés et autres propositions d’expositions, le dossier consacré à l’invité d’honneur agrémenté d’une interview permettant de mieux connaitre ses techniques, des rencontres, des balades et autres échappées… Sans oublier la rubrique Patrimoine permettant de se replonger dans un passé dessiné plus ou moins lointain.

Enfin, il convient de terminer cet article avec Jacques Loustal, l’invité d’honneur, carnettiste de la première heure, qui outre être le talentueux dessinateur que tous connaissent s’avère également être un remarquable conteur, revenant sur ses nombreux voyages quand des revues l’envoyaient aux quatre coins de la planète pour rapporter des croquis qu’il sublime à son retour.

Bonne lecture et qui sait, des vocations vont peut-être se découvrir à l’occasion de ces aventures d’ailleurs.

CARNETS D’AILLEURS N°2 Collectif, Éditions AM PRESSE 172 pages, 17,50 €

Bernard LAUNOIS

Illustration Emilie Bourel

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 22 Mai 2024

SEMPER FERI T1, science-fiction ou future réalité ?

C’est assurément la question que l’on peut se poser à la lecture du premier album de la série Semper Feri. Car le sujet traite d’un monde en déliquescence où l’on a passé son temps à détruire la planète pour le profit de quelques-uns, où ces mêmes profiteurs vivent dans l’opulence au mépris de ceux qui ne font que survivre et ne rêvent que de conquêtes spatiales pour s’installer sur d’autres planètes et y reproduire les erreurs accumulées depuis tant d’années.

Hector et Rupert, deux jeunes adolescents qui font partie des mal-nés, ont perdu leurs familles assassinées par des militaires chargés de protéger le pouvoir des riches au sein d’une cité dénommé Meatfake inc., et décident de les venger en s’introduisant dans la cité. Habitués à chasser les rats pour se nourrir, nos deux jeunes compères découvrent un monde tout en couleurs à commencer par la nourriture, loin de leur grisaille quotidienne, où toutes ces tentations sont à portée de main à la seule et unique condition d’avoir des cartes de crédit Meatfake. Dépourvus de ces précieux sésames, les voilà coffrés, prêts à être balancés dans la fosse à recyclage sauf s’ils acceptent de se faire embrigader dans les Space marines, unité de combat pour conquérir de nouvelles planètes.

Pour Hector et Rupert, la situation s’apparente à passer de Charybde en Scylla et que faire alors sinon accepter le deal s’ils veulent pouvoir mener à bien leur vengeance ?

Tous les ingrédients d’une bonne science-fiction sont présents pour transporter le lecteur dans un monde lointain mais qui sait, peut-être pas si loin que ça car si les situations sont poussées à l’extrême, le scénariste Eldiablo distille des éléments et des situations finalement assez analogues à ce que nous sommes en train de vivre. Le rythme de ce premier opus apparait soutenu et l’on se laisse entrainer dans une saga qui a des airs no future.

Remarquablement mis en images par le dessinateur Mathieu Thonon, les personnages évoluent dans un décor des plus futuristes plutôt fouillé. Avec un découpage dynamique qui renforce le rythme imposé par le scénario, ce premier tome s’avère très prometteur. Alors, science-fiction ou future réalité, chaque lecteur se fera sa propre opinion…

SEMPER FERI T1 Space marines ELDIABLO/Mathieu THONON Éditions LE LOMBARD 88 pages, 16,95 €

Bernard LAUNOIS

 

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