coup de coeur bernard launois

Publié le 13 Octobre 2025

LEAVE THEM ALONE, un western bd taillé pour le cinéma

La recette pour réaliser un bon western semble aisée surtout quand tous les ingrédients sont au rendez-vous : des mines patibulaires avides d’argent et particulièrement chatouilleuses de la gâchette, des diligences dépouillées et leurs occupants retrouvés lâchement assassinés, des autorités locales véreuses et poltronnes, de braves gens qui ne demandent qu’à vivre en harmonie et sont continuellement à se demander de quoi demain sera fait. Seulement, c’est comme en cuisine, il faut l’art et la manière de captiver le lecteur de bout en bout et c’est ce qu’ont réussi, de fort belle manière, les auteurs Roger Seiter au scénario et Chris Regnault au dessin et à la couleur.

Nous sommes en 1874, dans le tranquille relais Dead indian Peak, en plein Ouest américain, régi par la mamie Marian et Elfie sa petite fille, vivant au rythme du passage des convois qui s’arrêtent pour restaurer voyageurs et chevaux lorsqu’une succession d’événements va troubler cette quiétude : l’arrivée concomitamment de Mattie, une jeune femme à pied complètement terrorisée, d’une horde de pillards à la recherche de l’on ne sait quoi, ainsi que d’un drôle de cow-boy solitaire qui semble être un habitué des lieux… Et c’est ainsi que les deux résidents du relais ne vont pas tarder à passer de spectateurs ébahis à acteurs résolus.

Grâce à un scénario à tiroir bien construit on sent bien dès les premières pages qu’il va y avoir du grabuge, que les événements vont s’enchainer et qu’on appréciera que le suspense soit maintenu jusqu’à la dernière page. Avec un découpage efficace, alternant les plans larges et les gros plans, le scénario n’en est que rendu plus vivant.

Avec son dessin semi-réaliste rehaussé par de belles couleurs chaudes, à l’image des paysages traversés, Chris Regnault s’avère être un amoureux des westerns et particulièrement ceux réalisés par le maître Jean Giraud, et ça se sent.

Une belle surprise de rentrée que tout fan de western se doit de lire.

LEAVE THEM ALONE Roger SEITER/Chris REIGNAULT collection Grand Angle éditions BAMBOO, 160 pages, 24,90 € 15/10/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 10 Octobre 2025

PICSOU ET LES BIT-COINCOINS, une belle madeleine de Proust à savourer sans modération !

Ici pas de bulle spéculative mais des phylactères remplis de malice pour un Picsou complètement désemparé ! Rendez-vous compte, voilà qu’il a perdu la place de « number one » du canard le plus riche du monde. Et le comble, c’est que c’est tout au profit d’un vulgaire canard dénommé Carsten Duck qui a l’outrecuidance de surfer sur l’argent virtuel !

Que faire pour redorer le blason de notre ex-richissime oligarque qui ne connait que les espèces sonnantes et trébuchantes, sinon que de faire appel à la nouvelle génération ! Qu’à ne cela ne tienne, écoutons les neveux de Donald férus de réseaux sociaux et plus connus des internautes en tant qu’influenceurs « Re-reel », « Wiffi » et « Loo-look », et investissons également dans la cryptomonnaie.

Seulement à ce jeu, on risque d’y laisser des plumes, surtout que Carsten Duck, averti de l’investissement de l’oncle Picsou, va s’employer à dénicher tous les stratagèmes pour le ruiner en s’adjoignant notamment les services des Rapetou, toujours aussi bêtes et méchants.

Biberonné aux bandes dessinées franco-belges mais également à l’univers Disney, l’auteur Jul, notamment scénariste du cow-boy solitaire depuis douze ans, s’attaque avec talent et maestria à Picsou la série culte de Disney en dynamisant notre sympathique canard, toujours aussi pingre mais tellement attachant.

Reprenant un concept cher au maitre René Goscinny d’offrir plusieurs degrés de lecture dans les phylactères de telle manière à toucher tout public, Jul fait rire petits et grands. On retrouve avec plaisir tous les protagonistes qui ont fait la renommée de la série Picsou, de Donald à Riri, Fifi, Loulou en passant par Géo Trouvetout et son fidèle Filament, Daisy… entrainés dans une aventure menée tambour battant.

Après qu’il ait travaillé une dizaine d’années sur les long-métrages au studio Walt Disney Feature Animation France et dessiné deux albums de la prestigieuse collection Créations originales dédiés respectivement à Mickey et à Donald, le choix du dessinateur Nicolas Keramidas coulait de source pour servir le scénario de Jul. Avec son dessin très dynamique, il fait évoluer les personnages dans des décors fouillés rehaussés par de superbes couleurs.

Souhaitons tout le succès qu’il mérite à cet opus et que soit prolongée la magie de la collaboration Jul/Keramidas

PICSOU ET LES BIT-COINCOINS JUL/Nicolas KERAMIDAS collection Créations Originales 48 pages, 11,50 € 08/10/2025

Bernard LAUNOIS

 

 

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Publié le 8 Octobre 2025

ROCKABILLY, une belle chronique sociale d’une Amérique profonde des années 50

On choisit ses amis, pas sa famille, c’est sûrement une maxime qui a dû effleurer Marie-Barbara, alias Barbie, quand elle a débarqué au sein de sa nouvelle tribu en rejoignant son mari Bram après un mariage arrangé par correspondance.

Elle est accueillie par son beau-frère Hank et son pick-up dans la petite ville de Hazard, Bram étant trop occupé pour daigner venir à la gare en guise de bienvenue. La pimpante Barbie se demande si, en venant s’enterrer dans ce trou perdu, elle n’a pas quitté la proie pour l’ombre.

Mais au diable les regrets, adieu l’institution religieuse et sa sévérité, bonjour l’inconnu, synonyme de liberté et… Elle ne va pas être déçue ! Du père lubrique à son mari brut de décoffrage en passant par Eddie la crapule, Evy la névrosée, etc… Les Wayne s’apparentent plutôt à une famille « tuyau de poêle » mais heureusement qu’il y a Hank et sa passion communicative pour sa guitare et le rock’n roll pour lui changer les idées.

En l’absence de la mère Wayne, Barbie ne va tarder à devenir la boniche dans la maison où il y a fort à faire. Les événements s’enchainant, la vie au sein de cette famille déjantée devient de plus en plus pesante jusqu’à…

Tenant à la fois du polar et d’une chronique de la vie sociale dans les années 50 au fin fond du Kentucky, le scénariste Rodolphe transporte le lecteur dans un univers à la Steinbeck, rempli de rudesse de cette vie de misère, le tout dans une atmosphère des plus pesantes.

Le dessinateur Christophe Dubois s’est emparé du scénario de fort belle manière avec son dessin réaliste, rendant le climat délétère lorsqu’elle se trouve confrontée à la vie de tous les jours, mais contrastant avec les moments de détente en compagnie de Hank.

Cette passion pour le rock partagée par les auteurs transpire dans le récit et le lecteur prendra assurément encore plus de plaisir à écouter leur playlist tout en se délectant de cet excellent album.

ROCKABILLY RODOLPHE/Christophe DUBOIS éditions Daniel MAGHEN 104 pages, 19,50 € 11/09/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 5 Octobre 2025

WONDER WOMAN HARLEY QUINN, une belle réflexion autour du thème de la sororité

Rien ne va plus sur l’île de Themyscira aux pays des Amazones, voilà que Lyssipée se retrouve enceinte alors que les dieux ont rendu stériles ces guerrières afin qu’elles se consacrent pleinement au combat ! Passées la stupeur et la consternation, la reine Hippolyte va user de tous ses pouvoirs et de tous les stratagèmes au grand dam de sa fille Diana, alias Wonder Woman, qui a pris Lyssipée sous son aile.

Et comme généralement, les « emm… » volent en escadrilles, concomitamment la sulfureuse Harley Quinn échoue au bord de l’île de Themyscira en demandant l’asile aux Amazones, afin d’échapper à la tyrannie du démoniaque Joker. Comme si la reine Hippolyte n’était pas assez occupée à régler le problème de grossesse, voilà qu’elle va devoir décider de garder ou non cette criminelle car après réflexion, n’est-ce pas faire entrer le loup dans la bergerie ?  

Aussi, rapidement une question taraude la reine Hippolyte, de savoir si cette coïncidence s’avère fortuite ou non.

Quel plaisir de retrouver le scénariste Sylvain Runberg qui, après la réalisation du scénario manga Captain Flame, n’hésite pas à nouveau à sortir de sa zone de confort pour se lancer dans ce récit à suspense où la gent féminine est mise à l’honneur et ce, de fort belle manière. L’idée originale de faire rencontrer les deux héroïnes fonctionne parfaitement dans ce récit où l’une et l’autre vont développer leur personnalité.

Le dessin dynamique de Miki Montllo, rompu à l’animation, renforce, s’il en était besoin le scénario.

Cette nouvelle collection DC Créations commence de fort belle manière avec cet album et laisse présager une longue série avec des auteurs européens qui n’ont rien à envier aux séries américaines.

WONDER WOMAN HARLEY QUINN La souffrance et le don Sylvain RUNBERG/Miki MONTLLO collection DC créations/éditions URBAN COMICS 128 pages, 20,50 € 26/09/2025

Bernard LAUNOIS

 

 

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 3 Octobre 2025

LA DANSEUSE AUX DENTS NOIRES, bienvenue dans un joli panier de crabes

Nous sommes en 1912, période où le protectorat français bat son plein au Cambodge. Mais cette mainmise ne tient qu’à un fil car le roi Sisowath, qui ne va guère tarder à devenir aveugle, devra abdiquer et son futur remplaçant ne sera peut-être pas aussi coopératif avec l’état français. Et si l’on dépêchait le meilleur chirurgien ophtalmologiste français, en l’occurrence le professeur Hermentaire Truc ?

Et voilà que, s’étant senti quelque peu senti obligé, le professeur accompagné de son fidèle assistant Guerlet embarque pour Saïgon avec les recommandations d’usage de ne se fier à personne sur place.

Si nos deux acolytes sont conscients que ce ne sera pas une balade de santé, ils vont rapidement comprendre qu’ils ne sont pas les bienvenus et que beaucoup de personnes feront tout pour que l’opération chirurgicale n’ait pas lieu ou qu’elle échoue, les enjeux géopolitiques étant trop importants.

Complots, guet-apens, tentatives d’intimidation, approche de créatures féminines commanditées… La liste s’allonge de jour en jour et le séjour s’éternise sans que l’opération chirurgicale ne se fasse.

À partir des mémoires écrites du professeur Hermentaire Truc, ses deux arrière-petits-fils, Jean-Laurent et Olivier Truc, ont confectionné un bon récit romancé pour lequel ils ont pris quelques libertés, notamment celles de créer des personnages telles que Simala, la danseuse aux dents noires ainsi que des péripéties notamment dans les forêts au nord du Tonlé Sap.

Avec un découpage fort réussi, l’auteur Éric Stalner a su donner un dynamisme au récit d’un épisode palpitant de la vie du chirurgien ophtalmologiste aux antipodes de son quotidien. Le dessin d’Éric Stalner, toujours plaisant et diablement efficace, immerge le lecteur tantôt dans un univers luxuriant notamment dans les scènes autour du site d’Angkor mais aussi dans les palais clinquants du roi Sisowath, ou encore dans les bas-fonds de Saïgon et dans les fumeries d’opium qui sont légion.

Il faut ajouter une mention particulière au cahier d’une vingtaine de pages qui clôture fort bien l’ouvrage avec une présentation d’Hermentaire Truc agrémentée de photos d’époque, une remise dans le contexte du protectorat Français, du roi Sisowath, etc…

Voilà, à nouveau, un bel album réussi digne de rentrer dans la collection prestigieuse Aire Libre.

LA DANSEUSE AUX DENTS NOIRES Jean-Laurent et Olivier TRUC/Éric STALNER collection Aire Libre éditions DUPUIS, 128 pages 21,95 € 19/09/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 1 Octobre 2025

AIRBORNE 44 T11 MIA, À la recherche d’un être cher perdu

Cilian vit hanté par la disparition de son grand-père Cilian Clarenzio Campbell en 1945, considéré comme revenu de la Guerre de 39-45 mais sans avoir jamais réintégré la cellule familiale. Soixante-dix ans plus tard, sa grand-mère Aurora Campbell ressasse cette absence et reste intimement convaincue que son époux a perdu la vie dans la forêt des Ardennes. Elle ne s’en est jamais remise et beaucoup de questions restées sans réponse la hantent : a-t-il refait sa vie en rentrant du front - ça elle n’y croit pas un seul instant - ou encore y aurait-il eu une usurpation d’identité ?

Toujours est-il qu’elle vient d’avoir 92 ans et que ses jours commencent à compter, jusqu’à un coup de téléphone. Voilà qu’un chercheur de métaux sur les champs de bataille lui apprend qu’il a retrouvé au cours de ses dernières fouilles le casque de Cilian Clarenzio Campbell. Des indices trouvés à l’intérieur du casque confirment que c’est bien le sien, tels que la photo de sa femme et de son bébé, son matricule et quelques notes de musique correspondant à son morceau de piano préféré.

Il ne faut pas longtemps au petit-fils pour entreprendre les recherches et tenter de trouver la vérité, quitte à traverser l’Atlantique pour mener à bien son enquête.

Avec ce premier tome d’un nouveau diptyque, l’auteur Philippe Jarbinet rend hommage aux passionnés qui recherchent inlassablement les traces des soldats américains disparus en Europe, et il livre au lecteur une belle enquête des plus captivantes. A partir d’un scénario remarquablement construit, comme l’ont étés ceux de tous les précédents albums, Philippe Jarbinet réalise un découpage extrêmement précis menant le lecteur là et où il le désire.

L’intrigue est sublimée par un superbe dessin et une remarquable mise en couleurs, auxquels il faut ajouter une minutie tant dans le récit historique que dans les précisions apportées dans les décors, les habillements, les véhicules… : un régal pour tous et particulièrement les passionnés de cette période. Le résultat s’avère fort réussi et le seul bémol réside assurément dans l’attente qu’il va falloir faire pour connaître la fin du récit.

AIRBORNE 44 T11 MIA Philippe JARBINET éditions CASTERMAN 64 pages, 16,00 € 27/08/2025

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 26 Septembre 2025

LE LION DE GUANTANAMO, à la recherche du graal journalistique

Qu’est-ce qui peut bien réunir François, un vieux journaliste de 84 ans auréolé des prestigieux prix Albert Londres et Pulitzer et Nikita une jeune pigiste prête à toutes les gaffes, sinon une chasse au scoop qui va les mener sur l’ile de Cuba pour interviewer Fidel Castro ?

Sauf qu’à peine débarqués de l’avion, ils apprennent le décès du Lider maximo et l’interview à sensation s’écroule. Adieu le scoop d’enfer, il va falloir trouver un plan B histoire de ne pas avoir fait le déplacement pour rien.

François, en vieux briscard, arrive à déjouer la surveillance de la garde présidentielle et à connaitre le trajet du convoi funéraire de Fidel Castro qui sillonnera une partie de l’ile. Les voilà avec un temps d’avance sur les journalistes nouvellement arrivés mais c’était sans compter sur la malchance : le projet de passage sur le site de Caimanera hébergeant la base navale américaine de la baie de Guantánamo, qui aurait permis de faire un superbe reportage, tombe à l’eau à cause d’un lion échappé du zoo de Guantánamo. Qu’à cela ne tienne, il faut récupérer le lion car le duo de journalistes n’a pas l’intention de lâcher le morceau !

Au travers de ce road trip endiablé sur l’ile de Cuba, sorte de fil conducteur du récit, le scénariste Clément Xavier trouve habilement le moyen de narrer la difficile vie du peuple cubain de ces soixante dernières années.  Le scénariste tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin du récit, attendant de connaitre s’ils vont avoir ou non le scoop de leur vie. Avec un ton relevé, plus critique sur le régime, les répliques cyniques toujours à propos cinglent et c’est un vrai régal.

De superbes illustrations, rehaussées de couleurs chaudes, campent parfaitement le décor souvent luxuriant de cette histoire des plus attachantes. Une agréable surprise de rentrée qui devrait plaire à beaucoup.

LE LION DE GUANTANAMO Clément XAVIER/Lisa LUGRIN collection Mirages éditions DELCOURT 208 pages, 24,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 23 Septembre 2025

THE STRANGE HOUSE T1, un agencement de pièces qui ne peut qu’interroger

A l’occasion d’un déjeuner que prend Uketsu, un auteur spécialisé dans les sciences occultes, avec son ami Yanaoka, ce dernier lui annonce que son épouse attend un heureux événement et il lui montre les plans de la maison qu’ils désirent acquérir. D’abord étonné qu’il prenne conseil auprès de lui car il n’a aucune connaissance architecturale, il comprend rapidement à la lecture des plans de cette maison qu’il est fait appel à lui en raison de sa spécialité : une chambre d’enfant située au milieu de l’étage, sans aucune fenêtre, une pièce sans aucune ouverture, les toilettes accessibles uniquement en traversant la chambre de l’enfant…

Ne sachant que répondre à Yanaoka, il prend attache avec Kurihara, son ami architecte passionné comme lui d’affaires occultes, estomaqué par un tel plan.  S’ensuit alors une discussion animée qui va générer bon nombre de questions tout aussi angoissantes les unes que les autres : pourquoi cette maison plutôt récemment construite se retrouve déjà à la revente, à quelle fin a-t-elle été construite ainsi, un enfant y a-t-il été cloitré et si oui, pour quelles raisons ?

Dès les premières pages, le scénariste Uketsu laisse transpirer un sentiment de malaise devant ces plans qui laissent présager qu’il se serait passé des choses inavouables entre ses murs. Les indices sont judicieusement distillés au fur et à mesure des pages, ménageant un suspense incroyable surtout quand des éléments concordants apparaissent dans la presse à faits divers. La force de l’histoire réside assurément dans la simple suggestion d’un plan qui va interroger le lecteur et le tenir en haleine, impatient de connaitre le dénouement.

La dessinatrice Ayano Kyô renforce le caractère oppressant du récit avec son trait noir hyperréaliste où un travail sur les ombres a été particulièrement soigné.

Gageons que ce thriller, paru concomitamment en roman au Japon, saura tenir ses promesses de faire frissonner le lecteur jusqu’au bout de l’histoire.

THE STRANGE HOUSE T1 UKETSU/KYO AYANO éditions KANA 170 pages, 8,10 € 19/09/25

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 22 Septembre 2025

I.R.L, quand le virtuel ne fait pas bon ménage avec la vraie vie

Roxane, jeune lycéenne de terminale franco-iranienne, mène une vie plutôt classique partagée entre ses cours, ses amies, sa famille… Seulement, Roxane a d’autres activités beaucoup moins avouables, voire pas du tout. Voilà qu’elle se passionne pour le Dark Web, le réseau dont les ressources sont consultables de façon anonyme et masquée et qui est utilisé généralement pour des commerces illégaux tels que des trafics de stups ou encore de numéros de cartes bleues, des contrefaçons de papier d’identité…

Mais quel intérêt peut bien avoir une ado de dix-sept ans à dealer sur ce type de réseau, sinon pour se faire de l’argent de poche ? Pour Roxane, alias Soap, ce n’est pas l’argent qui l’intéresse au premier abord, mais plutôt le militantisme anti-frontières. Depuis qu’elle pratique cette activité, elle s’avère convaincue qu’en étant devenue l’intermédiaire dans le trafic de faux-papiers elle sert la cause de personnes en difficulté, et peut-être aussi est-ce une manière de rendre hommage à sa mère réfugiée en France après avoir fui le régime Iranien.

Ni vu ni connu, Roxanne se sent protégée sur ce réseau jusqu’au jour où le pseudo Odin, avec lequel elle a déjà travaillé, a besoin de vingt cartes d’identité nationale payable uniquement en liquide et en IRL, c’est-à-dire Dans la vie réelle, et voilà qu’elle accepte de le rencontrer sur le quai d’un métro. Elle ne verra jamais Odin mais par contre ce dernier l’a piégée et va maintenant la faire chanter.

Parallèlement, la police judiciaire commence sérieusement à s’intéresser à Soap, suite à la balance d’Odin sur le darknet. L’étau se resserre et la voilà exposée, vulnérable, et à se demander jusqu’où ça ira.

Après GoSt 111, Cristal 417, A mourir entre les bras de ma nourrice, le duo des scénaristes Mark Eacersall et Henri Scala signe à nouveau un remarquable récit haletant, à partir de faits réels, plongeant le lecteur dans l’univers de la cybercriminalité.  

L’illustrateur Jérôme Savoyen, dont c’est la première bande dessinée, met remarquablement en images au crayon et à la couleur cette course poursuite entre le virtuel et le réel.

Au travers du récit d’une  jeune fille qui n’a pas vraiment mesuré les conséquences de ses actes, cette bande dessinée permet au lecteur de faire la lumière sur un pan du web encore peu connu des profanes.

IRL Mark EACERSALL/Henri SCALA/Jérôme SAVOYEN éditions GLENAT, 208 pages, 23,00€ 28/08/2025

Bernard LAUNOIS

 

 

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 19 Septembre 2025

LES SINGES, quand le doute s’installe

Manon, jeune adulte, vit désormais seule à Bordeaux mais l’été reste l’occasion rêvée de retrouver dans sa petite bourgade natale ses parents, ses amies mais aussi l’opportunité de passer son permis de conduire. Seulement, Manon s’attendait à un autre accueil, alors que sa mère déserte la maison et que son père ne semble pas tout à fait dans son assiette. N’est-elle pas la bienvenue, ou se trame-t-il autre chose ?

Il ne faut pas longtemps à Manon pour comprendre que ses parents sont en pleine crise et que l’ambiance s’avère loin d’être au beau fixe. Quoi de plus banal après tout qu’une mésentente après tant d’années de vie commune… mais ce n’est pas la seule raison. Une discussion impromptue avec sa belle-sœur Amandine lui apprend que d’une part, cette dernière est enceinte et que d’autre part, son propre père entretiendrait une relation adultérine avec elle. Passé le trouble de ces états de fait, Manon ne retrouve plus la complicité qu’elle entretenait avec son père, sans parler de l’animosité que ce dernier semble avoir envers Amandine…

Après L’ami, scénarisé par Lola Halifa-Legrand, c’est seul que Yann le Bec décide de narrer une histoire et de la mettre en images et l’on peut dire que pour un premier récit, celui-ci s’avère particulièrement réussi. Dans un thriller digne du maitre Alfred Hitchcock, avec notamment l’art de ménager le suspense jusqu’au bout, Yann le Bec entraîne le lecteur au sein d’un huis clos familial qui devient rapidement irrespirable. Manon ne retrouve plus son père et leur complicité légendaire, et elle constate au fur et à mesure des indices qui la plongent dans un abime de perplexité. Ainsi, Yann Le Bec dissèque au scalpel les personnalités de tous les personnages, qui semblent au demeurant très policés jusqu’à…

Le trait vif au pinceau de Yann Le Bec, spontané et plutôt réaliste, renforcé par une bichromie noire et toute une déclinaison de rouge, s’accorde parfaitement au récit.

Voilà, une fois de plus, un album digne de rentrer dans la collection Les Ondes Marcinelle des éditions Dupuis qui ne peut laisser indifférent.

LES SINGES Yann LE BEC collection Les Ondes Marcinelle éditions DUPUIS, 144 pages, 24,00 € 19/09/2025

Bernard LAUNOIS

 

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