coup de coeur bernard launois

Publié le 13 Octobre 2020

Le Printemps suivant T1, un retour attendu et réussi !

Il aura fallu sept ans pour que l’auteure Margaux Motin nous gratifie d’un nouvel opus, et quel album ! En fait, voilà que son autofiction redémarre avec de nouvelles pages, tout aussi drôles, sensibles, comme si le temps n’avait prise sur cette famille bobo recomposée qui a décidé de lâcher la capitale pour le Pays Basque. Terminée la grisaille parisienne avec son lot de contraintes diverses et variées, voici la vie sous des auspices de campagne, avec d’autres contraintes mais toujours des chamailleries de couple, des crises de jalousie et autres fous rires.

Les méthodes de travail ont également changé. Finis les découpages format blog qu’utilisait Margaux Motin depuis qu’elle s’est fait un nom dans la bande dessinée. Place à une présentation plus traditionnelle avec des saynètes sur plusieurs pages, permettant de mieux développer sans perdre de la dynamique à laquelle nous avaient habitués les planches publiées sur les réseaux sociaux avant de paraître sous format de livre et ce, pour le plus grand bonheur des amateurs.

De l’installation dans la nouvelle demeure aux travaux de jardin… sous la pluie, en passant par irrésistible leçon de paddle, l’autodérision est de mise mais pas que: Pacco, son compagnon et leurs deux enfants ne sont guère épargnés. A partir de situations cocasses que l’on pourrait souvent s’approprier dans nos vies quotidiennes, Margaux Motin a le chic de capter l’instant et le retranscrire pour le tourner en dérision.

Enfin, on apportera une mention spéciale pour les doubles-pages avec les pour et les contre d’une vie à deux, ce que Margaux aime ou n’aime pas dans le couple ou encore ses pires cauchemars.

Voilà un album qui se sera fait attendre mais pour la bonne cause.

LE PRINTEMPS SUIVANT T1 Vent lointain Margaux MOTIN Editions CASTERMAN 144 pages, 20,00 €

Bernard Launois

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Publié le 11 Octobre 2020

Sa Majesté des ours, une saga animalière des plus singulières

Von Noord le roi des ours règne sur ses sujets et sur ses terres de Valencyre en pleine harmonie, loin des humains qu’il redoute et apparemment à l’abri des hostilités. Hélas, la découverte d’Ifrit, un jeune humain à moitié mort, dans la gueule d’un cétacé échoué sur une des grèves du royaume, va changer la donne. L’arrivée de ce jeune homme, qui prétend revenir du royaume des morts, n’est-il pas le signe annonciateur d’une prédiction de mauvais augure qui précèderait le déclin du monde animal ? La cause est grave et la réponse ne se fait pas attendre. Le roi diligente aussitôt une équipe de vaillants soldats, avec à leur tête son fils Kodiak, pour prendre la mer afin de parlementer avec les oiseaux en vue d’élaborer une stratégie de défense. Que diable vont-ils faire dans cette galère, arriveront-ils à bon port, comment seront-ils accueillis auprès du peuple du ciel ? Les questions se bousculent et une partie des réponses sont livrées dans ce premier opus, fort prometteur.

Sur une idée originale d’Olivier Vatine qui en aura bâti le storyboard, le scénariste Dobbs immerge le lecteur dans un univers fantasmagorique des plus aventureux où s’initie une course contre la mort.  Les dialogues sont aussi alertes que l’est le récit et lecteur va suivre avec intérêt les aventures de ces ambassadeurs du monde animal, accompagnés du jeune humain.

Après l’excellent Nymphéas noirs, le dessinateur Didier Cassegrain fait découvrir au lecteur une autre facette de son talent. Les animaux, plus vrais que nature, évoluent dans un décor fantastique qui met le scénario remarquablement en valeur.

SA MAJESTE DES OURS T1 Les colonnes de Garuda Olivier VATINE/DOBBS/Didier CASSEGRAIN 56 pages, 14,50 €

Bernard Launois

 

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Publié le 9 Octobre 2020

Que de la gueule ou la chronique d’un jeune banlieusard en quête d’identité

Rahim est un ado qui vit dans une banlieue chaude avec Bibi sa mère alors qu’il est en quête d’un père qu’il n’a pas connu et dont personne ne veut lui dire ce qu’il est devenu.

Rahim traîne beaucoup et n’a qu’une idée en tête, celle de pouvoir intégrer la bande de petites frappes qui squatte au bas des immeubles et qui le fait tant rêver. Mais personne ne l’attend et s’il veut pouvoir intégrer le petit groupe il doit, soit les impressionner, soit leur servir à quelque chose, n’importe quoi du moment qu’on l’estime et qu’enfin on le reconnaisse. Seulement il y a Era, un petit voyou qui a le don de se faire bien voir auprès de Wood, le boss, et qui lui vole continuellement la vedette. Rahim n’a alors plus qu’une idée en tête, rabaisser ce fiérot d’Era, quitte à l’humilier. Une indiscrétion de sa mère sur la jeunesse d’Era va peut-être lui permettre enfin de briller aux dépens de celui-ci…

Jeux de dupes, tentatives d’intimidation, flambage auprès des filles, Rahim ne tarde pas à rentrer dans un cercle infernal duquel Dieu seul sait comment il va se sortir. Le scénariste Sztybor tisse petit à petit une toile dans laquelle le personnage principal ne va pas tarder à s’emberlificoter, et ménage le suspense jusqu’à la fin de l’album. Grâce à des dialogues fleuris et un beau sens de la narration, le lecteur va rapidement rentrer dans l’action et ne plus lâcher jusqu’à la dernière page. Le dessin semi-réaliste d’Akeussel, qui fait penser par certains côtés à celui de Brüno, est rehaussé par des couleurs flashy qui égaient une histoire plutôt noire.

A découvrir instamment.

QUE DE LA GUEULE SZTYBOR/AKEUSSEL Editions SARBACANE 124 pages, 18,50€

Bernard Launois

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Publié le 6 Octobre 2020

L’Oxalis et l’or… En avant vers l’aventure de l’Ouest !

La rumeur de la ruée vers l’or en Californie s’est répandue comme une trainée de poudre jusqu’en Irlande où la Grande Famine fait rage. Nous sommes en 1849, Amelia la maitresse et son serviteur Conor ont perdu le peu qu’il leur restait et commencé à errer dans une Irlande où il ne fait plus bon vivre. Alors, décider de franchir l’Atlantique pour toucher leur part du gâteau ne tarde pas à les tarauder, et c’est seulement après avoir réussi, grâce à l’aide d’un inconnu, à réunir la somme exorbitante qu’ils embarquent sur un rafiot, entassés comme du bétail et remplis d’espoirs. Ballotés au gré des vagues pendant six longues semaines, leur temps partagé entre une cale nauséabonde remplie de lits crasseux et le pont battu par tous les vents, ils voient enfin l’Amérique bientôt s’offrir à eux !

Seulement, on ne les attend pas ou plutôt si, pour les plumer du peu d’argent qu’ils ont pu mettre de côté après l’achat de la traversée. Comment nos deux jeunes personnages vont-ils se sortir des bas-fonds de New-York où ils ont atterri ? Arriveront-ils à rejoindre cette côte Ouest qui les fait tant rêver ?

Narrer cette formidable et difficile transhumance des migrants irlandais au milieu du XIXe par le prisme d’un jeune auteur japonais en la personne d’Eiichi Kitano s’avère très intéressant. Avec le souci de coller du mieux possible à l’histoire avec un grand H, l’auteur entraîne le lecteur dans une aventure romanesque dans laquelle deux jeunes êtres, pleins de fougue et d’espoir d’une vie meilleure, se lancent dans l’aventure sans songer un seul instant que la route est longue et semée d’embûches. On appréciera les dialogues souvent drôles malgré un univers des plus pesants, avec un dessin réaliste et des décors plutôt fouillés.

Voici un premier album d’une série plutôt prometteuse dont on a hâte de connaitre le dénouement.

L’OXALIS ET L’OR Eiichi Kitano collection Seinen Editions Glénat 192 pages, 7,60 €

Bernard Launois

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Publié le 6 Octobre 2020

Appellation GOTLIB contrôlée,  un des grands crus classés de Fluide Glacial à consommer sans modération !

Qui ne connaît pas encore le  plus grand dessinateur d’humour de la fin du 20e siècle, en la personne de Marcel Gottlieb, dit « Gotlib », le dessinateur, entre autres, des fameux « Dingodossiers » avec le non moins célèbre scénariste René Goscinny, ne pourra que se jeter éperdument sur cet excellent recueil. Les années 70 voient fleurir les histoires désopilantes de ce trublion de génie de la bande dessinée, créateur de Fluide Glacial, et considéré par ses pairs comme le maître de l’humour.

Dans ce dernier volume de la série des Grands crus classés, les éditions Fluide Glacial ont réuni, avec le concours d’auteurs tels qu’Alain Chabat, Goossens, Zep… un florilège d’histoires de la période où tous ces gags paraissaient dans la revue Fluide Glacial et ce, pour le plus grand plaisir des aficionados. On notera que les saynètes, tout aussi désopilantes les unes que les autres, n’ont guère vieilli montrant une fois encore combien Gotlib aura marqué son époque et inspiré bon nombre de dessinateurs actuels.

Le lecteur appréciera le caractère impertinent, voire fripon d’histoires à ne pas mettre assurément entre toutes les mains. Plonger dans cette ambiance aura au moins le mérite de faire fonctionner vos muscles zygomatiques et rien que pour ça, c’est rien que du plaisir !

LES GRANDS CRUS CLASSES DE FLUIDE GLACIAL appellation GOTLIB contrôlée GOTLIB/Collectif Editions FLUIDE GLACIAL 96 pages, 19,90 €

Bernard Launois

 

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Publié le 3 Octobre 2020

Sœurs d’Ys, une histoire de famille bien singulière !

Adapter, revisiter une fable ou une légende reste un exercice difficile dont le scénariste Matthew Tobin Anderson va s’affranchir avec talent et ce, dès les premières pages de cette légende celtique, en ménageant le suspense tout du long du récit alors que beaucoup de lecteurs en connaissent la funeste fin.

Après que dame Malgven a épousé le roi Gradlon, elle lui a donné deux filles, Rozenn l’ainée et Dahut la cadette, sans cesser d’avoir recours à la magie pour dresser des murailles afin de protéger la ville d’Ys. Seulement, le roi devient de plus en plus gourmand et la reine magicienne s’étiole à chaque fois qu’elle réalise un prodige pour faire plaisir à son roi. La dernière réalisation achevée, elle ne tarde pas à laisser un mari éploré et deux orphelines au caractère diamétralement opposé qui prennent rapidement de la distance. Entre Rozenn qui s’est retranchée dans les Landes, à vivre en pleine harmonie avec la nature et Dahut qui ne pense qu’à multiplier les conquêtes, leur père inconsolable sombre dans la débauche, jusqu’au  jour où les deux sœurs finissent par se disputer pour un prétendant de Rozenn chipé par Dahut. Alors qu’elles sont séparées définitivement, la magie opérée par leur mère ne va pas tarder à disparaître. Ce brusque changement ne risque-t-il-il pas alors de voir s’engloutir la cité si les immenses digues venaient à se rompre ? Les monstres marins, contenus à l’écart de la cité d’Ys depuis les exploits de la reine Malgven, ne vont-ils pas reprendre de la vigueur et retrouver leur suprématie ? La célèbre cité finira-t-elle par être engloutie par les mers ?

Après avoir enchanté ses jeunes lecteurs avec A Sam & Friends Family puis Cat’s cradle, la jeune dessinatrice et illustratrice d’origine canadienne Joséphine Rioux s’approprie de fort belle manière ce beau récit en 200 pages qui se lisent d’une traite. Grâce à un joli dessin semi-réaliste, qui par certains traits pourrait être l’œuvre d’une mangaka, le lecteur va être rapidement immergé dans cette atmosphère celtique.

Une belle découverte à mettre entre toutes les mains.

SŒURS D’YS La malédiction du royaume englouti Matthew Tobin Anderson/Jo Riou Editions Rue de Sèvres 218 pages, 20,00 €

Bernard Launois

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Publié le 21 Septembre 2020

Après le monde, no future…

Imaginez qu’un matin, vous réalisiez que vous êtes seul dans votre maison, votre quartier ou votre ville, concomitamment à une tour de lumière blanche qui vient de faire son apparition ! Réalité ou cauchemar, c’est le triste sort réservé à Héli, un jeune adolescent qui réalise qu’il n’est plus entouré de ses êtres chers, son père et sa sœur… Que faire devant un tel désastre, se résigner, s’appitoyer sur son sort ou… chercher âme qui vive car il doit bien y en avoir une ? Il ne va, quand même pas, être le dernier survivant sur cette maudite terre ?  Va s’ensuivre une longue marche de ville fantôme en ville fantôme, avec une campagne traversée tout aussi désertique jusqu’à… la découverte de Selen, une ado de son âge.

Alors, Héli et Selen seront-il condammés à errer comme deux âmes en peine ? Arriveront-il à percer le secret de cette lumière éblouissante ? Le chemin s’avère long et semé d’embûches mais Héli, aidé de Selen, est courageux et opiniâtre, ce qui devrait se révèler salutaire.

 Pour sa première bande dessinée, l’auteur Timothée Leman réalise un road-trip qui oscille entre l’onirisme et l’apocalyptique, veillant à maintenir le suspense de son récit jusqu’à une fin des moins attendues.

Le récit, bien ficelé, est terriblement efficace et remarquablement mis en image avec un dessin semi-réaliste très fouillé, où les nuances de noir renforcent le caractère anxiogène d’un voyage bien singulier qui ne pourra laisser le lecteur de marbre.

APRES LE MONDE Timothée LEMAN Editions SARBACANE 158 pages, 24,00 €

Bernard Launois.

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Publié le 18 Septembre 2020

LA FEMME PAPILLON ou les tribulations d’un auteur de bd en perte de vitesse

Greg, dessinateur chez Futuro, ne rencontre plus trop le succès avec ce que son éditeur appelle pompeusement  ses autofictions trop cérébrales. Mais de là à imaginer que ce dernier lui propose de lancer une collection de comic books pour relancer sa carrière, il y a un fossé… qu’il n’aurait jamais pensé franchir !

Résigné, il se lance dans ce travail qu’il considère avant tout comme alimentaire et pour lequel il ne croit pas un seul instant qu’il va pouvoir prendre du plaisir à le réaliser. Finalement, il se prend au jeu en créant une butterflywoman du plus bel effet, et voilà qu’il tient un premier tome plein de promesses !  Avec les traits d’une femme de ménage de couleur noire, bombardée d’électrons qui lui donnent le pouvoir de voler, la femme papillon qui a besoin de se ressourcer dans le pollen des fleurs va se transformer en justicière masquée dans un Paris médusé. Et si l’héroïne imaginée par Greg s’avérait finalement être un personnage bel et bien vivant ?

Le scénariste Michel Coulon, au travers d’une fiction, dresse tout d’abord un drôle de tableau, oscillant entre le cocasse et le pathétique, d’un auteur de bd qui court désespérément après un succès tardant à venir. Puis il emmène doucement  le lecteur vers un récit de science-fiction dans lequel le personnage sorti de la tête de l’auteur finit par rejoindre la réalité.

Le dessin semi-réaliste et dynamique de Grégory Mardon rend particulièrement bien ce récit tragicomique et où le dessinateur va jusqu’à croquer l’éditeur comme l’attachée de presse et ce, de fort belle manière !

Un album plaisant qui égaiera assurément le temps de la lecture.

LA FEMME PAPILLON Michel COULON/Grégory MARDON Editions FUTUROPOLIS 166 pages, 21,00€

Bernard Launois

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Publié le 15 Septembre 2020

LES FILLES DES MARINS PERDUS, quand amour rime avec aventure

Qui dit ville de marins, dit ville de filles de petite vertu et la ville portuaire de Plymouth ne déroge pas à la règle. Depuis le décès de la mère maquerelle, les prostituées du Pillar s’efforcent de maintenir l’esprit familial de l’établissement, dans le respect de chacune et chacun.

Un soir, Tane le Maori, colosse manchot, débarque dans la pension du Pillar à la recherche d’un travail qui lui permettra de se refaire afin de pouvoir rentrer chez lui après une épopée maritime qui s’est mal terminée alors qu’il accompagnait une expédition scientifique. Il s’avère que cette pension ne ressemble à aucune autre et il ne va pas tarder à se réaliser en servant de vigile mais aussi de confident et de raconteur de récits auprès des pensionnaires qui vont très vite l’adopter.

Voilà que le duo, Teresa Radice au scénario et Stefano Turconi au dessin, replonge pour un fort beau récit se déroulant principalement dans le port de Plymouth avec une histoire dérivée de l’excellent Port des marins perdus paru en 2016 et où l’on avait pu déjà croiser les prostituées du Pillar.

Un récit fluide, des personnages attachants avec un focus sur les conditions de vie du début du 19ème siècle dans une perfide Albion puritaine en apparence et remplie de préjugés, forment les ingrédients d’un très bon album. Si le crayonné ultra poussé du Port des marins perdus avait marqué par son originalité, le dessin fouillé du nouvel opus, bien mis en couleurs, se prête remarquablement au récit.

On regrettera peut-être le format de l’album qui aurait, assurément, gagné en lisibilité s’il avait été moins modeste, mais ne gâchons pas le plaisir de suivre cette aventure romantique.

LES FILLES DES MARINS PERDUS Teresa Radice/Stefano Turconi Collection TREIZE ETRANGE Editions GLENAT 128 pages, 17,00€

Bernard Launois

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Publié le 11 Septembre 2020

Nous aurons toujours 20 ans, ou les tribulations d’une jeunesse de l’après Franco

Après Jamais je n’aurai 20 ans et Les Guerres silencieuses, c’est au tour de sa propre jeunesse que s’attaque l’auteur Jaime Martin, racontant ses espoirs après les années difficiles vécues par ses grands-parents et parents.

Si les générations passent et ne se ressemblent pas, il n’en reste pas moins que le dénominateur commun reste l’espoir d’un monde meilleur. Dans une Espagne traversée par les turbulences, de la guerre civile subie par ses grands-parents à la période franquiste vécue par ses parents, Jaime Martin n’aura cessé de montrer une Espagne meurtrie. Avec ce dernier opus couvrant les années 1975 à 2014, c’est sa propre vie que l’auteur révèle : il relate sa passion pour le dessin dès son plus jeune âge, qui le mènera à être aujourd’hui reconnu par ses pairs et par le public. Le récit débute avec la mort de Franco alors que l’auteur vient d’avoir 9 ans, un événement qui, sans qu’il en prenne conscience au début, sera pour lui comme pour ses semblables  l’élément déclencheur d’une nouvelle vie que l’on ne pouvait espérer que meilleure.

Le lecteur plongera avec plaisir dans la vie de Martin avec une jeunesse qui se cherche, que ce soit dans la musique rock qu’elle découvre ou bien par la découverte de la consommation même si l’économie espagnole est exsangue après les années franquistes.

Avec un scénario particulièrement fluide, Jaime Martin jette un regard des plus lucides sur cette jeunesse en devenir au travers de sa propre expérience et celle des amis qu’il côtoyait à l’époque. Son dessin réaliste, souligné par des pastels de bon aloi, renforce le côté poignant d’un récit plein d’espérance qui clôture de belle manière la saga familiale.

Une mention particulière est à faire pour la chronologie hétéroclite de ce cycle agrémentée d’objets emblématiques qui ont marqué cette époque,  tels que le Polaroïd, le Macintosh et autre Walkman.

NOUS AURONS TOUJOURS 20 ANS Jaime MARTIN Collection AIRE LIBRE Edition DUPUIS 152 pages, 24,95 €

Bernard Launois

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