Publié le 7 Novembre 2020

Tango T5, Le dernier condor

Ça tangue à Buenos Aires.

Ah ! Buenos Aires et les après-midi sur ses terrasses de café, le tango, les belles femmes… ! La pampa sauvage et une existence toute simple dans le ranch… ! La vie est belle sous le soleil de l’Argentine, et Mario et Tango se la coulent douce, l’un à la ville, l’autre à la campagne.

Mais les ennuis arrivent pour Mario, tout droit surgis de l’époque des dictatures : un ancien tortionnaire qu’il avait jadis fait coffrer l’enlève aux fins d’assouvir sa vengeance. Tango saura-t-il sortir son ami de ce très mauvais pas ?

Le périple sud-américain continue pour Tango, et si l’épisode se déroule dans un nouveau pays, la recette ne change pas. La paire de héros demeure tout aussi sympathique, mais il n’y a rien à faire, Tango et Mario s’attirent des problèmes partout où ils passent et dès qu’ils se croient à l’abri : quand ce n’est plus l’un, c’est au tour de l’autre. Le scénario de Matz est aussi rythmé que celui des premiers tomes, avec des adversaires toujours autant dénués de scrupules et contre qui il n’y a pas forcément le choix de s’abstenir des méthodes expéditives. On retrouve une des marques de la série, cette voix off qui parcourt les pages sur un ton légèrement décalé et qui concourt au plaisir de la lecture.

Le trait réaliste de Philippe Xavier rend parfaitement les grands paysages, les décors, et les personnages dans leurs expressions comme dans leurs mouvements. Le dessinateur fait encore preuve de son grand talent pour les cadrages, très réussis. Les couleurs, réalisées par Jérôme Maffre, habillent joliment les planches.

Voilà donc un nouvel épisode qui, sans surprendre  le lecteur, se montre dans la même veine que les précédents pour la plus grande satisfaction du public.

 

Tango T5, Le dernier condor

Scénario Matz / dessin Philippe Xavier

Le Lombard, octobre 2020

56 pages couleur, 14,45 €

 

Illustrations : Matz et Xavier © Le Lombard, 2020

Jérôme Boutelier

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Publié le 5 Novembre 2020

En raison de l’épidémie de Covid-19 et des mesures gouvernementales de confinement, tous les événements organisés par Bulles de Mantes, ou auxquels l’association devait participer, sont annulés pour les mois de novembre et décembre 2020:

- annulation de la remise du Prix 2020 de la BD aux couleurs du blues: la cérémonie devait se tenir samedi 14 novembre à l’Espace Maurice Béjart de Verneuil-sur-Seine, lors du concert du festival Blues-sur-Seine. Le lauréat, Raul Arino, auteur de Bluesman, devait venir de Barcelone pour recevoir son prix. Le festival Blues sur Seine étant totalement annulé, Bulles de Mantes va essayer de reprogrammer la cérémonie de remise du prix dans le courant de l’année 2021, si possible à l’occasion d’un autre concert organisé par Blues sur Seine.

- annulation du Salon BD de Verneuil-sur-Seine les 14 et 15 novembre 2020: Bulles de Mantes avait été invitée par ses amis organisateurs du Salon BD de Verneuil-sur-Seine pour y tenir un stand, sur lequel devait aussi dédicacer Raul Arino.

- annulation de l’expo Bluesman à la médiathèque de Verneuil-sur-Seine: l’exposition de l’album Bluesman, de Raul Arino, devait avoir lieu du 14 novembre au 12 décembre. En concertation avec la médiathèque, nous allons essayer de la reprogrammer dans le courant de l’année 2021.

- annulation de l’expo Django Main de feu à l’Espace Brassens de Mantes-la-Jolie: l’exposition de l’album Django Main de feu, de Rubio et Efa, devait avoir lieu du 10 novembre au 20 décembre. En concertation avec l’École des 4z’arts, nous allons essayer de la reprogrammer dans le courant de l’année 2021 à l’occasion d’un de leurs événements.

- annulation de notre exposition « Lomax » à la bibliothèque de Guerville: l’exposition de l’album Lomax, de Duchazeau, devait avoir lieu du 5 au 26 novembre. En concertation avec la bibliothèque, nous allons essayer de la reprogrammer dans le courant de l’année 2021.

- annulation de notre exposition à la médiathèque de Gargenville: l’exposition devait avoir lieu du 13 au 30 novembre. En concertation avec la médiathèque, nous allons essayer de la reprogrammer dans le courant de l’année 2021.

Nous vous tiendrons informés de nos prochains événements.

Bulles de Mantes

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Publié le 5 Novembre 2020

Le Mangeur d’espoir, tant qu’il y a de la vie, il faut se battre

Rachel, jeune orpheline, n’a guère le moral depuis que son père est décédé des suites d’une longue maladie et que sa mère sombre de plus en plus dans une dépression profonde. Pour survivre à cette période si difficile, elle s’accroche aux souvenirs heureux quand petite, elle courait sur la plage accompagnée de ses parents. Seulement la réalité lui revient comme un boomerang et la plonge dans un abîme de perplexité lorsqu’un certain Adrian Stern, accompagné d’un chat noir, frappe à leur porte et lui assène un drôle de secret. Et si Judith, sa mère, était prisonnière du Mangeur d’espoir, celui qui se nourrit de la joie dans les plus beaux souvenirs et ne laisse que ténèbres et désolation ?

Comment croire cet inconnu et ne pas le prendre pour un de ces charlatans qui exploitent la misère d’autrui à son profit ? Rachel est désemparée et c’est Sohan, un camarade de classe, qui lui confie que cet homme lui a sauvé la vie, redonnant ainsi espoir à la jeune ado de pouvoir peut-être sauver sa maman. Mais sait-elle où elle met les pieds, dans quel engrenage infernal elle va se trouver embringuée ?

 

S’appuyant sur la malédiction peuplée de créatures monstrueuses et d’esprits maléfiques dont le quartier Montmartre serait atteint, l’auteur Karim Friha emporte rapidement le lecteur dans une histoire fantasmagorique des plus intriguantes où courage et abnégation des protagonistes sont les maîtres mots. Car du courage, Rachel va devoir en avoir pour combattre le Mangeur d’espoir qui ruine la santé de Judith. Avec un dessin réaliste rehaussé par des aplats de couleurs dignes d’une série tirée d’Halloween, renforçant le caractère anxiogène du récit, Karim Friha réalise là un bel album attachant.

Avec un dénouement qui laisse présager une suite, Karim Friha donne une belle leçon de vie que tout un chacun pourra méditer.

LE MANGEUR D’ESPOIR Karim FRIHA Editions GALLIMARD BD 110 pages, 18,50 €

Bernard Launois

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 4 Novembre 2020

Van Gogh, fragments d'une vie en peintures

Une âme fragmentée.

En quinze chapitres de 4 à 8 pages chacun, Van Gogh, fragments d'une vie en peintures explore les tourments du prodigieux et sublime artiste que fut Vincent Willem Van Gogh. La progression du récit est chronologique et le suit pendant les 17 ans de sa vie d’adulte sur les différents lieux où l’ont conduit ses pas: d’abord l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique, où il fut marchand d’art, enseignant ou missionnaire ; puis les épisodes bien connus de sa vie d’artiste à Paris, Arles, Saint-Rémy-de-Provence et Auvers-sur-Oise.

Mais l’album n’en est pas pour autant une biographie de Van Gogh, pas plus qu’il ne s’attarde à évoquer son œuvre. Il s’attache à suivre en quinze flashes les tourments de son âme, ses angoisses hitchcockiennes et ses délires hallucinatoires. Il laisse deviner sa quête artistique éternelle et inachevée, ses découragements et ses bouffées d’excitation, ses moments de paix comme de prostration. Des images transpirent son isolement, son emmurement, sa conscience aigüe de la mort et le long glissement dans une insondable mélancolie jusqu’à sa fin funeste.

Pour rendre tout cela, Zezelj présente de grandes et puissantes planches sans marges tout en noir et blanc, qui nous transportent dans les recoins obscurs de la pensée de l’artiste. Le découpage alternant pleines pages, fenêtres incrustées et larges cases empilées participe à un effet de cloisonnement de son être, et le clair-obscur des noirs et blancs enchevêtrés reflète ses souffrances et ses luttes internes.

D’ailleurs, pas de texte dans les planches : ni dialogues, ni pensées. Van Gogh s’est toujours senti incompris et Zezelj ne cherche pas à le faire s’expliquer mais l’abandonne dans la mutité. Seuls sont présentés en miroir de chaque chapitre un extrait de sa correspondance avec son frère Théo, exutoire dans lequel l’homme se livre enfin un peu.

L’ensemble pourrait paraitre lugubre, mais il est absolument splendide, à couper le souffle.

Le grand format de l’album, 262 x 370 mm, en fait autant un livre d’art qu’une bande dessinée, enrichi de courtes et utiles notes biographiques insérées en fin d’ouvrage.

 

Van Gogh, fragments d'une vie en peintures

de Danijel Zezelj

Hors Collection, Glénat, août 2020

152 pages N&B, 22,00 €

 

Illustrations : Zezelj © Glénat, 2020

 

Jérôme Boutelier

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Rédigé par Jérôme Boutelier

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Publié le 2 Novembre 2020

Atom Agency T2 ou les tribulations d’un privé en quête de réussite

Voilà cinq ans que l’armistice a sonné et Krikkor, un ancien de la 2ème DB, est à la recherche d’Annette, une ravissante ambulancière pour qui il en pince toujours. Il fait appel à son vieux pote d’armée le commissaire Vercorian. Seulement ce dernier, officiant au 36 quai des Orfèvres, a d’autres chats à fouetter que de rechercher la belle Annette et refile le bébé à son fils, le détective privé de l’Atom

Agency. Flanqué de son assistante et néanmoins petite amie, Atom le sémillant détective privé accepte la mission. Retrouvera-t-il Annette qui répondait au surnom de Petit hanneton ? Une longue enquête semée d’embûches guette notre détective dans le Paris de l’après-guerre alors que son commissaire de père ne cesse de chercher à coffrer René la canne, l’ennemi public n°1 de l’époque.

Le scénariste Yann plonge le lecteur dans le ravissement en l’embarquant dans le Paris d’après-guerre pour distiller au fil des pages, sur fond de diaspora arménienne, une gouaille digne des films Quai des Brumes ou encore un certain Pépé le moko. Les dialogues, comme les situations, sont souvent drôles et les personnages s’avèrent attendrissants.

Avec le dernier tome de ce diptyque, Yann a su ménager l’intrigue avec talent pour un final des plus inattendus où le hasard des rencontres fait souvent bien les choses.

On retrouve avec grand plaisir le dessin ligne claire d’Olivier Schwartz, que ne renierait pas un certain Yves Chaland, un style auquel Schwartz a su avec talent apporter sa touche personnelle, faisant de ce diptyque un petit bijou fort plaisant. On accordera une mention particulière aux coloristes Hubert et Isabelle Merlet qui renforcent les ambiances années 50 en collant parfaitement au dessin d’Olivier Schwartz.

ATOM AGENCY T2 PETIT HANNETON  YANN/Olivier SCHWARTZ Editions DUPUIS, 56 pages 15,95 €

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 1 Novembre 2020

Bella Ciao (uno)

 

Le prix de la transparence.

 

Le soleil et les coups, la haine, la peur. Les cris, les pierres, les couteaux, les fourches et même les fusils, ils hurlent et frappent. Dans un superbe lavis de gris, les 32 premières pages de Bella Ciao nous assènent un coup de poing en pleine figure. La scène d’un réalisme saisissant et très cinématographique décrit la tragédie d’Aigues-Mortes en 1893, où les ouvriers italiens ont été massacrés par des Français jaloux de leur emploi.

Bella Ciao évoque l’histoire de l’immigration transalpine, entremêlant des faits historiques, fictionnels et semi-autobiographiques dans une narration volontairement décousue, comme un processus de reconstruction de la mémoire. Une fois passée la terrible introduction, le récit change d’époque et de couleur et s’enracine dans la Lorraine du milieu du 20e siècle pour se muer en univers de comédie à l’italienne. Dans le désordre des souvenirs du narrateur se succèdent les scènes hautes en couleur de réunions familiales et de querelles de clocher. L’atmosphère est chaleureuse et enjouée, tendre et ironique, et les pages laissent exsuder le parfum de l’italianité que chacun veut à la fois éloigner et conserver. La trajectoire de la chanson Bella Ciao en est le symbole.

Tel est le postulat de départ du nouveau triptyque de Baru : pour devenir transparents ou que leurs enfants le soient, les immigrants italiens ont dû payer un lourd tribut fait de sueur, de sacrifices et de sang. Avec cette histoire qui est aussi la sienne, Baru touchera au plus profond du cœur les très nombreux Français descendants d’Italiens : certains s’y retrouveront, d’autres mêmes s’en serviront pour s’imaginer ou s’inventer des pièces manquantes de leur propre histoire familiale.

Mais pour tous les lecteurs, le discours répercute au-delà de la propre origine de l’auteur un message d’une portée beaucoup plus étendue, et nous parle de l’étranger qui vit aujourd’hui à côté de nous de quelque contrée qu’il vienne, ou de celui que nous-mêmes avons été.

Dans la continuité de la démarche artistique de Baru, Bella Ciao est un récit subtil et personnel qui invite tout un chacun à réfléchir sur la part de son héritage et de ses acquis culturels.

Un réel coup de cœur !

Bella Ciao (Uno)

Scénario et dessin Baru

Futuropolis, septembre 2020

128 pages, 20,00 €

Jérôme Boutelier

Illustrations : Baru © Futuropolis, 2020

 

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Rédigé par Jérôme Boutelier

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Publié le 31 Octobre 2020

Un Cow-boy dans le coton

Dérangé de la chaudière.

Alors que Lucky Luke se ménage un temps de vacances dans un petit bled isolé, il apprend qu’une riche admiratrice, trépassée sans postérité, lui a légué toute sa fortune. Le voici donc quittant son Far-West pour un séjour en Louisiane à la découverte de la Plantation Pinkwater, la plus grosse de la région, avec la ferme intention de partager ses nouveaux biens entre tous les employés. Mais son projet s’avère presque impossible à mettre en œuvre : il se retrouve en butte à la farouche opposition des planteurs voisins, la méfiance des employés, la rapacité des inévitables Dalton ou la férocité du Ku Klux Klan. Saura-t-il se sortir de cette périlleuse situation ?

L’actualité des derniers mois aux Etats-Unis aura donné raison à Jul de s’être emparé du sujet depuis plus d’un an pour réaliser le scénario d’Un Cow-boy dans le coton : dans le western, le 9e art - comme le 7e art - ne laisse que les strapontins aux Afro-

américains. Pourtant, ainsi que le rapporte la postface, 25% des cow-boys étaient noirs. Jul nous convie alors à découvrir en compagnie du cow-boy solitaire un univers très éloigné du sien, la Louisiane latifundiaire raciste, violente, inégalitaire. Bien plus, il inverse les rôles : le héros justicier pétri de bonnes intentions se révélant plutôt candide et quelque peu désarmé, le salut viendra des descendants d’esclaves !

Tout le mérite de Jul est aussi d’être parvenu à traiter le sujet tout en conservant les codes traditionnels de la série. Il nous offre bons mots, situations cocasses (ah les Dalton extirpés d’un bayou putride par un Cajun bien authentique !) et clins d’œil ou parodies de l’actualité.

Le récit est bien sûr remarquablement servi par le dessin d'un Achdé toujours aussi virtuose et fidèle au style du père de Lucky Luke, à s’y méprendre. Les deux compères réalisent ainsi un album très réussi, peut-être le plus abouti depuis la disparition de Morris.

 

Un Cow-boy dans le coton

Scénario Jul / dessin Achdé

Editions Lucky Comics, octobre 2020

48 pages couleur, 10,95 €

 

Illustrations : Jul et Achdé © Lucky Comics, 2020

Jérôme Boutelier

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Rédigé par Jérôme Boutelier

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Publié le 28 Octobre 2020

Les Reines de sang : Njinga, tome 1

La Lionne du Matamba.

En cette première moitié du 17e siècle l’Afrique subsaharienne ne connait encore vraiment de la colonisation que quelques comptoirs, des têtes de pont pour se fournir en esclaves afin d’alimenter le lucratif commerce triangulaire. Le Portugal occupe ainsi Luanda, que dirige un gouverneur avide entouré de ses troupes et accompagné de quelques jésuites l’esprit empli de leur mission salvatrice.

Dans le Royaume du Matamba, aux confins de l’Angola, Njinga est devenue la reine en succédant à son frère après de sanglants événements. Lorsque son peuple se retrouve confronté aux ambitions portugaises, il lui faut exercer tout son art de la négociation.

Elle est sans doute la moins connue en France parmi les héroïnes de la série Les Reines de sang, car il n’existe dans les archives que peu de traces des royaumes africains à ces débuts de l’ère moderne. Njinga n’en est pas restée pour autant une obscure figure de l’Afrique précoloniale, sa renommée ayant traversé les siècles et fait d’elle un modèle et une source d’inspiration pour les femmes de l’Angola contemporain. Se servant des quelques données historiques existantes, le scénariste Jean-Pierre Pécau  brode autour de ces faits pour construire un récit trépidant qui courra sur 2 tomes. Il met en valeur la force de caractère de la reine et sa personnalité hors du commun, dressant le portrait d’une femme fière et décidée, intelligente, habile et impitoyable lorsque nécessité se fait sentir.

La dessinatrice transalpine Alessia de Vincenzi illustre le récit dans un style classique et efficace. Les personnages sont bien campés, et les paysages joliment dessinés autorisent de superbes scènes qu’habillent les couleurs chaudes réalisées par Nuria Sarayo. L’ensemble est réussi.

La bande dessinée n’a que rarement abordé cette période de l’Afrique, et Njinga comble très heureusement la lacune en proposant une histoire intéressante et bien agréable à lire.

 

Njinga T1, la lionne du Matamba

Scénario Jean-Pierre Pécau / dessin Alessia de Vincenzi / couleurs Nuria Sarayo

Editions Delcourt, septembre 2020

56 pages couleur, 14,95 €

Illustrations : Pécau, De Vincenzi et Sarayo © Delcourt, 2020

Jérôme Boutelier

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Publié le 27 Octobre 2020

Tropiques toxiques

« 22 ans d’épandage, 70 à 700 ans de pollution».

Ce pourrait être l’histoire banale d’une pollution agricole, à l’échelle de tout un territoire: Tropiques toxiques décrit pourtant une pollution exceptionnelle. De 1972 à 1993, les planteurs de banane de Guadeloupe et de Martinique ont légalement utilisé un pesticide aux effets ravageurs pour l’environnement, le chlordécone. Les conséquences sont dramatiques : la majeure partie des deux îles irrémédiablement polluée pour plusieurs siècles et des filières économiques dévastées. La santé de l’ensemble de la population est menacée, les modes de vie domestique sont bousculés et le scandale altère la confiance.

Comment les gouvernements successifs et les administrations ont-ils pu autoriser durant plus de vingt ans un produit que l’on savait être un dangereux poison pour l’homme et la nature ?

Dès les premières pages les intentions de l’auteur apparaissent : ce roman graphique est une BD documentaire destinée à mieux informer les générations montantes. La scénariste Jessica Oublié a mené deux années d’investigations pour une enquête extrêmement fouillée, réalisant 136 interviews et s’appuyant sur nombre de données chiffrées. Il s’ensuit des pages très touffues, mais le propos conserve toute sa clarté. Les différentes décisions administratives et gouvernementales prises depuis 50 ans constituent autant de surprises et de coups de théâtre qui dynamisent le récit en interpellant le lecteur. En abordant tour à tour les problématiques historiques et sociologiques, politiques et économiques, écologiques, sanitaires et sociales, Jessica Oublié dresse un tableau exhaustif de la situation. Laissant affleurer ses questionnements et ses colères, sans parti-pris mais sans concession, elle permet d’avancer dans la compréhension des responsabilités.

Le dessinateur Nicola Gobbi illustre le propos avec inspiration et énergie, gratifiant les planches de portraits expressifs et d’allégories inventives agréablement colorisés par Kathrine Avraam. Enfin, les clichés pertinents pris par la photographe Vinciane Lebrun et insérés dans les pages apportent une authentique touche d’émotion et de proximité avec les témoignages.

Par-delà l’information complète que sa formidable enquête offre sur le scandale du chlordécone, Tropiques toxiques possède, à l’heure des débats enflammés sur le glyphosate ou les néonicotinoïdes, une portée universelle en démêlant les entrelacs de mécanismes politiques et économiques typiquement générateurs d’un désastre écologique. Une BD indispensable pour mieux comprendre !

Tropiques toxiques

Scénario Jessica Oublié / dessin Nicola Gobbi / couleurs Kathrine Avraam / photos Vinciane Lebrun

Editions Les Escales - Steinkis, collection Témoins du monde, octobre 2020

240 pages couleur, 22,00 €

Illustrations : Oublié, Gobbi, Avraam et Lebrun © Les Escales - Steinkis 2020

Jérôme Boutelier

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Publié le 26 Octobre 2020

Hitler est mort ! T1, ou les dessous d’une bataille entre les services d’espionnage soviétiques

Nous sommes début mai 1945 et alors que l’Allemagne s’apprête à capituler après une guerre mondiale qui aura tué des milliers de gens et mis l’Europe à feu et à sang, personne n’a la certitude du décès du Führer et de sa compagne Eva Braun. Or, Staline veut être sûr que le IIIe Reich n’a pas maquillé la vérité afin que son chef suprême échappe aux griffes de l’Union Soviétique pour lui éviter de finir ses jours en prison. Le seul moyen pour le dirigeant soviétique consiste donc à récupérer des preuves, et il ne va hésiter à mettre en compétition ses deux services de renseignement, le puissant NKVD, ancien nom du tristement célèbre KGB et un service du contre-espionnage, le Smersh qui dépend du comité de défense de l’état.

Il va s’ensuivre une course avec la mort à celui des services qui rapportera les preuves de la mort d’Hitler, gage de sa survie,,. car pour Staline un service qui n’assure pas ne mérite que la mort.

Tous les ruses et les stratagèmes vont être déployés pour qu’ils arrivent à leurs fins, mais à quel prix ?

Jean-Christophe Brisard, le scénariste, narre avec talent cette course effrénée pour récupérer toutes les preuves et donner la possibilité à Staline de briller auprès de ses « alliés » dans le conflit qui les a unis contre l’hégémonie allemande. Avec ce premier tome haletant d’un triptyque historique, le scénariste capte rapidement l’attention du lecteur qu’il entraîne dans un imbroglio dans lequel tous les coups sont permis.

Avec un dessin semi-réaliste plutôt intéressant et collant bien au scénario, Alberto Pagliano décrit de belle manière et sans fioriture le Berlin qui vient de voir se terminer ses heures de gloire au profit d’une armée russe prête à tout.

Voilà une excellente entrée en matière qui ne demande qu’à être concrétisée dans les deux prochains opus.

Hitler est mort ! T1 Jean-Christophe BRISARD/Alberto PAGLIARO Collection 24X32 Editions GLENAT 64 pages, 14,95 €

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

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