Publié le 8 Mars 2020

CLIVAGES, quand la guerre civile s’installe dans une bourgade

Établie dans une petite ville quelque part en Europe, Juliana Brovic mène une vie bien remplie, entre son métier de médecin généraliste et sa fonction de conseillère municipale, sans parler de s’occuper de sa famille composée de deux enfants et d’un mari. Cette relative sérénité va bientôt voler en éclats avec la déclaration d’une guerre civile. Son village, si tranquille, ne va pas tarder à être envahi par une troupe de légitimistes bien décidée à en découdre pour éradiquer ceux des habitants du village qui ne seraient pas de leur bord. Passés les moments de surprise, de colère et d’incompréhension, il va bien falloir s’adapter pour la jeune médecin, et faire que cet envahissement se passe du mieux possible en ménageant les deux parties.

Voilà le sujet de la guerre civile, rarement traité en bande dessinée, auquel s’est attaqué le scénariste, féru d’histoire, Sylvain Runberg. Sans fioriture ni le moindre misérabilisme, le scénariste s’est attaché avec talent à montrer la guerre civile telle que la vivaient les deux camps : un déchirement peuplé d’incompréhensions. Le récit s’avère fort bien rythmé avec son lot de surprises, entraînant le lecteur dans une histoire des plus dramatiques.

Grâce à une remarquable mise en images par le dessinateur Joan Urgell, le lecteur sera transporté dans un beau décor rupestre qui contraste avec les horreurs de la guerre qui se déroulera sous ses yeux.

A l’heure où l’Europe vacille, les auteurs rappelleront au lecteur que les bruits de bottes ne sont peut-être pas si loin qu’on peut le penser, incitant ce dernier à réfléchir…

CLIVAGES RUNBERG/URGELL Editions ROBINSON 120 pages, 24,95 €

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 6 Mars 2020

LE BANQUIER DU REICH T1, ou les arcanes d’un génie de la finance

Nous sommes en 1951 et Hjalmar Schacht, banquier de son état, s’apprête à revenir à Rome, mais il n’avait pas prévu que son avion de retour d’Inde ferait  une escale technique à Tel-Aviv : cela l’obligera à poser le pied en Israël, pays où il n’est pas le bienvenu compte tenu de son passé nazi. Rassuré de ne finalement pas y avoir été arrêté, il croit souffler mais c’était sans compter sur un agent du Mossad qui l’enjoint à révéler des faits dont il aurait omis de parler au procès de Nuremberg. Que faire, sinon se plier à ses questions et se découvrir…

C’est par cette astuce scénaristique que le tandem d’auteurs Pierre Boisserie et Philippe Guillaume entame de fort belle manière lediptyque qui va narrer la vie peu ordinaire d’un surdoué de la finance. Tout d’abord à la tête de la Reichsbank, cet argentier aura trouvé les ressources intellectuelles et financières pour sauver une Allemagne au bord du gouffre, souffrant d’une inflation galopante. Puis, au fil de ce premier opus, le lecteur se trouvera transporté dans les méandres du pouvoir des années 30 où Hjalmar Schacht ne tardera pas à être reconnu par le Führer pour ses talents d’économiste. Avec des dialogues fournis et un découpage dynamique, les coscénaristes réalisent un premier tome intéressant, remarquablement mis en valeur par le dessin réaliste de Cyrille Ternon qui colle parfaitement au récit.

Voilà une excellente mise en scène et en images de la vraie vie d’Hjalmar Schacht qui devrait assurément intéresser bon nombre de lecteurs, férus d’histoire ou pas. Elle  aura également le mérite de revenir sur cette période trouble de notre histoire et d’apporter une indispensable pierre à l’édifice du devoir de mémoire, qui aurait tendance,  de nos jours, à être particulièrement bafoué.

LE BANQUIER DU REICH T1 BOISSERIE/GUILLAUME/TERNON Collection 24X32 Editions GLENAT 56 pages, 14,50 €

Bernard Launois

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Publié le 4 Mars 2020

FIBD 2020 : Entretien avec Fred Vignaux, le nouveau dessinateur de THORGAL

Retrouver Fred Vignaux, après la réalisation du tome 37 de Thorgal, L’ermite de Skellingar, son premier album de cette série mythique et alors qu’il travaille sur le tome 38, était l’occasion de faire le point, de recueillir ses impressions sur cette collaboration à 4, tout d’abord Grzegorz Rosinski le créateur, Yann le nouveau scénariste et le coloriste Gaétan Georges.

Alors, selon vous, avec L’ermite de Skellingar, le scénariste Yann vous a-t-il proposé un album de scénariste, avec beaucoup de cases ou un album, laissant la part belle au dessin ? En fait, c’est un petit peu les deux choses. La première partie est un peu plus dense, et la seconde partie, au moment où Thorgal commence à aborder les rivages de Skellingar, c’est beaucoup plus des paysages, c’est beaucoup plus lent, plus contemplatif. Comme disait Van Hamme à Rosinski, « cet album c’est un album de scénariste, cet album c’est un album de dessinateur », Là, il m’a fait quelque chose, justement, qui est pas mal, qui propose les deux choses. Le début est un petit peu plus verbeux parce qu’il faut présenter l’histoire.

Je l’ai vu également dans d’autres articles, que le scénariste Yann t’avais un peu testé dans le Kriss de Valnor en te présentant plusieurs scénarios, plusieurs pistes et que tu avais choisi des pistes, qui du coup pour cet album, lui ont permis d’aller dans ce qui te ressemble le plus. Oui, c’est exactement ça, Parce que c’était une première collaboration, il est assez malin, c’était une façon habile de tester mes goûts pour l’avenir de notre collaboration. Il a fait une trame principale et un certain moment il a proposé des scènes alternatives et Moi, je ne sais pas pourquoi, j’ai choisi plutôt ces scènes alternatives. Il a remodelé le scénario, et c’est quelque chose au final qui me ravit. Du coup, sur celui qu’on est en train de faire, il a fait mouche tout de suite. C’est une façon très, très maline de cerner un petit peu ses collaborateurs.

Les allers et retours s’effectuent de quelle manière ? Il t’envoie plusieurs pages, comment ça se passe ? Pas beaucoup d’allers et retours, mais un gros aller au restaurant. On parle de ce que l’on veut raconter, de nos différentes envies et lui ensuite, il rédige un gros chemin de fer. Et à partir de là, on voit si c’est vraiment ce que l’on peut raconter. Il y a encore un petit aller retour de remarque, et une fois qu’on est d’accord sur ce chemin de faire, il fait toute la partie technique du synopsis et du découpage, en cases, page, dialogue.

Est-ce qu’il y a une intervention de l’éditeur ? L’éditeur intervient à deux moments : au niveau du chemin de fer pour voir s’il y a une cohérence, c’est du Thorgal et c’est une chose qui est attendue par les lecteurs. Il y a donc un véritable enjeu et c’est normal que l’éditeur ait son mot à dire. Et après, une fois que l’on a fait le story board.

À l’étape du découpage, pas forcément trop mais c’est vraiment au niveau du story board que je donne une 1ère fois à Yann pour s’assurer que l’on va bien raconter la même chose, si nous sommes bien raccord, lui avec le scénario, moi avec le dessin. À partir de ce moment-là, je la diffuse à tout le monde à Grzegorz,  Piotr et à l’éditeur. Et là, si quelqu’un a quelque chose à dire à ce moment-là, on rectifie, on réajuste. Mais après, je me lance dans la partie dessin.

Est-ce que là, tu as été obligé de réajuster ? Là, j’en suis encore à cette partie-là j’ai fait une dizaine de planches et je viens de boucler intégralement le story board, pour le prochain tome.

Et pour ce tome déjà paru ? Pour le précédent, on n’a pas eu trop de soucis, on s’est aventuré et on a fait mouche d’entrée, on n’a pas eu trop de remarques.

Et pour le dessin ? Alors, le dessin puisqu’on aborde cette partie-là, j’ai fait ça en deux parties, j’ai fait d’abord une vingtaine de planches. Je suis allé chez Grzegorz, en Suisse. Il m’a fait part de ses remarques, il a redessiné dessus sur certains endroits. Et moi, je suis revenu chez moi, j’ai modifié en fonction de la manière dont j’ai interprété ses remarques afin que je le fasse à ma façon. Pour la deuxième partie, j’y suis allé en mai juin où on a mis le point final à l’album, tout en discutant, en corrigeant.

Finalement, y a-t-il beaucoup d’appréhension dans le train lorsqu’on rend chez Rosinski ? Je pense que pour un dessinateur, on met un an pour faire un album pareil, on ne peut pas vivre tous les jours avec de l’appréhension. Donc je pense que, rétrospectivement, il y a un peu d’appréhension sur les premières pages pour savoir si j’étais bien dans le ton. Je sortais de Kris de Valnor et il fallait que je réajuste un petit peu le trait, mais pas tant que ça. Pour les premières planches, il y a eu un petit flottement mais ça été très passager.

Alors, j’ai fait un petit sondage auprès des gens que je connais qui sont amoureux de la série Thorgal et franchement ils ont trouvé que cette album était excellent tant au niveau scénario que du dessin. Ah bah, c’est super !

Le scénario est fluide, il y a, à la fois une continuité dans la série et à la fois, un style nouveau. Pout les lecteurs de la 1ère génération, ils se retrouvent assurément plus dans celui-ci plutôt que dans les cinq, six derniers albums. Alors, la petite anecdote amusante, c’est quand je faisais le Thorgal et que j’étais encore sur les dédicaces de Kris de Valnor, justement par rapport à cette appréhension, je sentais que les gens avaient envie de me demander quelque chose. Alors, je levais mon regard et immanquablement, les gens me demandaient : « alors, qu’est-ce que ça fait de reprendre un Thorgal, vous n’avez pas d’appréhension ? ». Je répondais alors que quand je suis chez moi, tout va très bien mais c’est quand je vous rencontre que je me demande s’il ne faudrait pas que j’ai un petit peu d’appréhension.

Je suppose que bon nombre de journalistes t’ont posé le même genre de question. Maintenant, ce qui est rassurant, c’est que l’on soit venu te chercher. Psychologiquement, il y a une certaine légitimité. Logiquement, c’est plus facile à appréhender même si jamais rien n’est acquis ! Il faut gagner ses galons ! J’ai un dessin, comme celui de Grzegorz, qui est tributaire de mes états d’âme, de mon humeur. J’ai un dessin qui n’est pas figé et qui peut donc fluctuer en fonction de la journée, de ce qui passé. Comme lui, au cours de sa vie, son (Grzegorz) style a totalement évolué.

Avez-vous délaissé le numérique au profit des crayons et des encrages pour cet album, come vous l’aviez envisagé l’année dernière ? Au final, oui ! Je ne sais pas ce que j’avais dit lors de notre dernier entretien. J’avais dit que j’allais essayer de revenir au traditionnel, j’ai commencé les premières planches en traditionnel et après, j’ai été rattrapé par le cours du temps et je me suis dit, si on veut faire un bel album, je ne change pas tout de suite mes habitudes. Je vais me conforter un peu dans le dessin en essayant de me stabiliser dans le dessin du Thorgal qui est finalement une nouvelle chose par rapport à celui de Kris de Valnor. Sur Thorgal, il fallait un peu plus serrer les vis.

N’y a-t-il pas eu non plus, une histoire de timing ? Ce sont des bd qui sont très riches graphiquement. C’est un dessin assez fouillé. Moi, j’appelle ça, un dessin touffu, avec plein de petits traits. Et au final, une année pour sortir un album, c’est un travail assez dur, assez long. C’est chronophage et du coup, c’est vrai que l’outil numérique facilite grandement les choses en termes de rapidité. Après, ça ne m’empêche pas, certaines parties de les faire en traditionnel mais le reste, c’est en numérique. De plus, il ne faut pas oublier que je fais les couvertures de La sagesse des mythes chez Glénat, sans parler de quelques petits trucs en parallèle. En fait, c’est des journées vraiment complètes.

Au delà de ça, repasser au traditionnel, ce serait modifier ses habitudes de travail. Il y aura donc forcément un petit temps d’adaptation et clairement, je ne l’ai pas actuellement.

Peut-être, comme nous l’avions déjà évoqué, la possibilité d’avoir du matériel pour être exposé en musée, en galerie, de vendre des originaux... Alors après, il y a une grande question dans le milieu des auteurs qui émerge, c’est qu’il y en a énormément qui sont en numérique et se pose alors la légitimité d’essayer d’instaurer un statut pour l’original numérique. Ça va peut-être se faire petit à petit puisque qu’il y a de plus en plus d’autre qui bossent en numérique.

Il n’empêche que se pose le problème de s’assurer que ce tirage est vraiment unique. Il y aura peut-être quelque chose de contractuel à faire, c’est à fouiller.

Ne pas s’occuper des couleurs de cet album n’a-t-il pas été une frustration pour vous ? Oui et non. Oui, parce que, lorsque je pense un dessin, je le pense en couleurs et du coup, je pose mes noirs en pensant aux couleurs. D’ailleurs, une fois que j’ai terminé mes planches, je fais un petit document que j’appelle la bible graphique que je donne à Gaëtan (le coloriste). Après, il en fait ce qu’il veut, compte tenu de sa propre sensibilité, il voit si ça lui sert ou pas. Donc, petite frustration mais en contrepartie, sur les couvertures de La sagesse des mythes où je peux m’exprimer sur de la peinture, de la couleur, etc. Oui, mais en même temps, je ne pourrais pas le faire en terme de temps. Enfin, pour être honnête, Gaëtan fait un superbe boulot.

Finalement, entre Yann, Grzegorz, Gaëtan et l’éditeur, tu te retrouves au centre, à gérer tout le monde. Quelle responsabilité ! On en revient toujours à la responsabilité ! On n’est pas totalement l’homme-orchestre, il y’a Yann qui fait plein de choses mais effectivement, la partie graphique m’incombe, c’est de ma responsabilité. Et puis, il y a un lourd héritage en terme de couleurs, au niveau du Thorgal. Quand on passe après les couleurs directes de Grzegorz...

Justement, on est revenu aux couleurs des premiers albums... Alors, pas totalement ! Parce qu’il y a un petit modelé. On a fait en sorte de faire quelque chose entre les deux parce que le lecteur de Thorgal s’habitue à avoir une certaine richesse et un foisonnement dans les couleurs. Même, au niveau des textures, de pleins de choses, ce que je n’aurai pas pu faire si on avait adopté les couleurs des premiers tomes.

Bien sûr, mais la technique des premiers albums reposaient sur les aplats. Nous avons donc essayé de faire quelque chose, entre les deux.

Ma question concernait plus les teintes car j’ai le sentiment que l’on est plus proche des premiers. Exactement !

Effectivement, avec la richesse à la fois, du numérique qui permet d’avoir une densité dans la couleur... C’est tout à fait ça ! Les couleurs de Gaëtan ont vraiment une vibration très particulière. C’est, en même temps, un travail qui lui est très personnel mais également qui s’inscrit dans la lignée de couleurs qu’ont été faites par le passé. C’est vrai que l’outil numérique permet une plus grande variété au niveau des teintes même, si on reste dans l’ambiance des débuts, on a quand même de la richesse. Et cette richesse, c’est ce qui permet de faire l’analogie avec les dernières couleurs de Grzegorz, sur les précédents albums.

Il y a effectivement de la cohérence. Si on le ressent, alors c’est très bien, c’est ce que l’on a voulu faire !

As-tu un ordre d’idée du lectorat de Thorgal, peut-être au travers des dédicaces ? Les dédicaces, c’est biaisé. Pour moi, ce n’est pas le reflet des lecteurs. Pour moi, le public est assez large, il va de l’ado qui le pique dans la bibliothèque de ses parents, et comme ça lui plait, il lit toute la série. Après, ça va jusqu’au fan de la première heure, la petite madeleine de Proust. Que j’étais moi aussi, en lisant le magazine de Tintin. Je pense que c’est un public assez large et avec une particularité, c’est qu’il est assez féminin. J’ai beaucoup de public féminin en dédicaces qui aime beaucoup Thorgal.

Effectivement, les personnages féminins sont attachants. Et puis, Thorgal n’est pas une sombre brute. Il a des valeurs, il est droit, il prend soin de sa famille, de sa femme, de ses enfants. Il y a vraiment des valeurs familiales et je pense que le lectorat féminin y est assez sensible, n’est pas juste un héros, vecteur d’actions.

On sait que vous êtes en train déjà de réaliser le tome 38 de Thorgal avec toujours Yann au scénario, pouvez-vous nous en parler un peu ? Ce sera une aventure un petit peu particulière. On va essayer, en restant vraiment très très modeste et respectueux, faire une sorte d’Alinoë. Donc, un récit un petit peu particulier dans le monde de Thorgal. On va essayer de s’aventurer et puis on verra, si on réussit ou pas. C’est un petit pari et on espère qu’on va le réussir.

Dans une interview donnée à Planète Bd en octobre dernier, tu précises que tu ne reviendras pas sur le passé de Thorgal mais que tu iras de l’avant, en prolongeant sa vie ? Est-ce à dire que les personnages sont susceptibles de vieillir ?  Alors, oui. La question se posait pour Louve. On ne savait pas trop si on la faisait vieillir ou pas. En même temps, dans cette famille, c’est la partie enfant. Et comme la série Louve est terminée, on s’est longtemps posé la question de savoir si on la faisait grandir ou la garder telle quelle. Et justement, le nouveau récit qu’on est en train de faire tourne autour d’elle. Je ne peux pas t’en dire plus. Thorgal a déjà bien vieilli. A la fin du précédent tome, il prend un petit coup de jeune en se rasant. Les personnages, Kris de Valnor, Aaricia ont également vieillis. Alors après, comme ce sont des personnages féminins, il ne faut pas trop les vieillir. En terme de graphisme, si on commence à mettre trop de traits sur les visages, ça les vieillis drastiquement. On ne peut pas vieillir un petit peu, c’est totalement ou pas. Sur un personnage masculin, c’est plus facile, on rajoute une barbe, on peut les vieillir progressivement. La question du vieillissement de Louve se pose encore aujourd’hui, on va la garder un petit peu comme ça et on verra après.

Le héros, selon moi, doit rester intemporel… Intemporel, c’est exactement ça ! Moi, j’ai rajouté quelques petits cheveux blancs, quand même. Mais, il les avait déjà ; quand on regarde le bateau sabre, il commençait à devenir grisonnant et puis il l’était un petit peu moins après. Dans le bateau sabre, j’ai trouvé qu’il était vraiment beau et c’est comme ça que j’ai voulu le dessiner.

Entretien réalisé par Bernard Launois, le 1er février dans le cadre du Festival international de la Bande Dessinée d'Angoulême.

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 2 Mars 2020

Sales mômes, sales vieux, décidément, on ne choisit pas sa famille

Peut-on encore être d’accord avec ce proverbe russe qui commence par  La vieillesse est plus sage que la jeunesse… en lisant Sales mômes, sales vieux ? Assurément non, l’auteur  James sert un scénario des plus grinçants prouvant le contraire, avec le constat que quand on est un sale gosse, on devient souvent un sale vieux !

Tout le monde en prend pour son grade, et pour certains sketchs le lecteur va assurément se demander s’il doit rire ou s’offusquer tellement les personnages sont abjects. Tout d’abord, les vieux, malmenés par des descendants qui ne respectent rien, et surtout pas le fait qu’ils sont âgés. Ensuite, les jeunes qui ne sont pas épargnés non plus, qu’ils soient au berceau ou en pleine crise d’adolescence.

Les conflits intergénérationnels sont légion dans cet opus de 96 pages que le lecteur compulsera d’abord par petites touches tellement il se dira que le scénariste James fait fort. Puis, la première vague d’indignation passée et même si on ne peut pas rire de tout, le lecteur finira par dévorer l’album et se dire que finalement, cet opus mériterait assurément une suite aussi caustique mais surtout aussi drôle ! Il faudra simplement s’assurer de ne pas le laisser surtout dans toutes les « vieilles » mains, au risque de se brouiller avec la quatrième génération.

Avec un dessin réaliste et des aplats de couleurs monochromes, sur un format maximum de 4 cases, la dessinatrice Mathilde Domecq croque, sans concession, les personnages qui collent parfaitement aux dialogues concoctés par James.

SALES MÔMES, SALES VIEUX JAMES/DOMECQ Editions FLUIDE GLACIAL 96 pages, 9,90€

 

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 28 Février 2020

Les Dogues Noirs de l'Empire, la force noire

Familles déchirées.

 

« La civilisation que nous leur apportons doit également engendrer un échange. A nous le cerveau, à eux les bras. » Avec ces brillants arguments, le Général Mangin obtint la création de régiments coloniaux en 1914 pour occuper les possessions allemandes à partir des colonies françaises. Chaque camp recrute de force les villageois dans ses troupes, mais les frontières tracées par les puissances européennes ne recouvrent pas exactement les territoires des ethnies:

ainsi au Dahomey, Bakary est enrôlé dans les Tirailleurs Sénégalais pour envahir le Togo voisin, territoire sous protectorat allemand, tandis que son cousin Babacar se retrouve mobilisé dans le camp ennemi. Se retrouveront-ils un jour face à face ?

 

Christophe Cassiau-Haurie, grand connaisseur de la BD africaine, collabore

régulièrement avec de talentueux dessinateurs subsahariens pour leur proposer des scénarios et leur permettre d’être publiés en France. Avec Les Dogues Noirs de l'Empire, la force noire, il évoque l’utilisation de troupes africaines par les puissances européennes pour défendre leurs empires en périphérie du conflit mondial. Il dépeint l’apprentissage difficile de soldats pourtant dociles, envoyés sans précaution au combat par des officiers préoccupés par leur propre carrière.

 

Le récit privilégie l’aspect historique de la situation sans s’appesantir sur une analyse plus politique du temps honni des colonies, où la force noire était surtout appréciée pour ses excellents services de chair à canon.

Le destin des deux cousins est esquissé en filigrane au long du récit, laissant le lecteur imaginer les conséquences destructrices du conflit importé sur la cohésion des ethnies impliquées bien malgré elles dans la guerre.

 

Le dessinateur Massiré Tounkara avait déjà révélé son talent prometteur dans quelques albums publiés au Mali, puis dans un album collectif Sommets d’Afrique, paru chez L’harmattan il y a quelques années. Il montre ici une nouvelle fois un dessin réaliste assez classique et agréable à regarder. Le découpage est efficace, et les couleurs très réussies exposent les tons chauds de l’Afrique pour y transporter le lecteur comme s’il y était !

L’ensemble constitue un album plutôt plaisant publié par les éditions L’Harmattan, qu’il faut féliciter pour leur travail à faire connaître la bande dessinée africaine, laquelle mérite vraiment un public plus large en Europe, comme en Afrique.

 

 

Les Dogues Noirs de l'Empire, la force noire

par Massiré Tounkara et Christophe Cassiau-Haurie

L’Harmattan, février 2020

64 pages, 12,90 €

 

Illustrations : Tounkara et Cassiau-Haurie © L’Harmattan 2020

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 27 Février 2020

Mary Jane, quand la misère vous colle à la peau

Un mari mineur aimant, une vie de femme au foyer, Mary Jane avait tout pour être heureuse au fin fond de la campagne galloise, quand sa vie bascula subitement suite à un coup de grisou emportant les mineurs, dont Davies son homme. Que faire alors, sinon rejoindre ce qui fait rêver bon nombre de paysans gallois, le Londres des années 1900 où l’industrialisation bat son plein, avec la promesse d’un monde meilleur où elle pourrait refaire sa vie ? Seulement, lorsqu’elle arrive dans cette ville crasseuse et empuantie par les suies et la sueur des travailleurs, personne ne l’attend. De mauvaises rencontres en guets-apens, ses rêves s’estompent et Mary se retrouve rapidement à la rue, à la merci de mauvais coups.

 

L’auteur complet Frank Le Gall réalise là un scénario des plus originaux en faisant un focus sur les derniers mois précédant l’assassinat de la cinquième et dernière victime de Jack l’Éventreur. Le lecteur suivra avec intérêt le parcours peu ordinaire de cette jeune femme qui finira dans de bien tristes circonstances, lesquelles ont fait les choux gras de la presse et semé la terreur dans la City. Au-delà des funestes tribulations de Mary Jane, le scénariste remet dans le contexte les conditions de vie des prostituées de la fin du XIXème, tant à Londres qu’à Paris, qui étaient encore moins prises en considération que des chiens, c’est dire.

Le dessinateur Damien Cuvillier s’est remarquablement emparé du scénario de Frank Le Gall en dressant un tableau de la vie urbaine à l’heure de l’avènement de l’ère industrielle, et en y apportant toute sa sensibilité et son talent.

Une belle postface, agrémentée de croquis et d’illustrations de Frank Le Gall, complète singulièrement l’album en expliquant notamment les raisons pour lesquelles le dessin n’a, cette fois, pas été réalisé par l’auteur complet.

MARY JANE LE GALL/CUVILLIER Editions FUTUROPOLIS 88 pages, 18,00 €

Bernard Launois

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Publié le 24 Février 2020

LA NUIT EST MON ROYAUME, un hymne des plus salutaires à la jeunesse

Quand Nawel, jeune fille issue de l’immigration, rencontre Alice, aux allures bien rangées, fraichement arrivée dans son immeuble, elle ne sait pas encore que l’inconditionnelle de Paul McCartney va devenir  sa meilleure amie. Tout irait bien si Nawel vivait bien son adolescence, mais elle est tiraillée entre ses parents qui s’opposent à son émancipation et l’appel de la liberté d’entreprendre, de créer et de jouer de la musique pour le duo Nuit Noire qu’elles viennent de fonder. Que faire pour vivre ses envies comme elle l’entend, faudra-t-il qu’elle quitte la maison au risque de se brouiller définitivement avec ses parents ? Nawel ne sait à quel saint se vouer… Jusqu’à la rencontre fortuite d’Isak, jeune prodige suédois multi-instrumentaliste, dans un concours où leur groupe se produit.

L’auteur complet Claire Fauvel entraîne le lecteur dans un tourbillon psychologique sur fond musical, où Nawel, l’héroïne du récit, ne va pas être ménagée : trahison, conflits parentaux intergénérationnels doublés d’un ancrage religieux. Les dialogues sont aussi vifs et percutants que cette jeunesse en espérance qu’a tant soulignée Claire Fauvel dans ce récit.

Le dessin de Claire Fauvel, tout en rondeur, met remarquablement en images son récit et, qui plus est, se voit rehaussé par de belles couleurs, souvent contrastées en fonction de l’état d’âme des personnages.

Voilà 150 pages qui se lisent d’une traite, tellement on est pressé d’en connaître le dénouement et… De prendre le temps de réfléchir, une fois le livre refermé, au proverbe de l’humaniste Henri Estienne « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ».

LA NUIT EST MON ROYAUME FAUVEL Editions RUE DE SEVRES 150 pages, 18,00 €

Bernard Launois

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Publié le 23 Février 2020

Birds Of Prey, Huntress, entre vengeance personnelle et règlements mafieux

Helena Bertinelli va avoir 21 ans dans quelques jours et n’a que de vagues souvenirs de son enfance heureuse auprès de ses parents, l’une des familles les plus puissantes de la pègre de Gotham avant qu’ils ont été massacrés sous ses yeux. Envoyée en Sicile auprès de ses cousins mafieux, elle réapprend à vivre mais pas seulement, à se battre et à chasser également grâce à Sal son frère de cœur, au point de devenir une redoutable chasseresse. Enfin majeure, elle s’entend dire par le notaire que son héritage reste dérisoire par rapport à ce qu’avaient amassé ses parents et constate qu’elle a été particulièrement  spoliée. Elle n’aura alors de cesse que de récupérer ce qu’on lui doit et ce, de manière expéditive et bien qu’elle ait juré de ne jamais remettre les pieds à Gotham, il faudra bien qu’elle s’y résolve pour se venger.

Helena, devenue Huntress, va donc s’attaquer aux criminels et particulièrement remonter la filière de ceux qui ont commandité la mort des siens en faisant sa propre justice, en contradiction avec les principes de Batman.

Le scénariste Ivory Madison entraîne rapidement le lecteur dans un tourbillon de règlements de comptes, avec à la tête de cette expédition une jeune femme déterminée qui a su se forger uncaractère. Les dialogues sont aussi vifs et prompts que les coups que distribue Huntress, la belle chasseresse charismatique, à qui il ne faut pas en promettre. Le dessinateur Cliff Richards n’est pas en reste en livrant là une chasseresse des plus dynamiques. Les actions s’enchaînent à une vitesse vertigineuse dans des décors chatoyants partagés entre l’Italie et les Etats-Unis qui devraient ravir bon nombre de lecteurs.

BIRDS OF PREY, HUNTRESS MADISON/RICHARDS Collection DC DE LUXE, Editions URBAN COMICS 152 pages, 15,50 €

Bernard Launois

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Publié le 21 Février 2020

Swan T2, Le Chanteur espagnol

Malaise aux Beaux-Arts.

 

Se faisant passer pour un homme, Swan a pu rejoindre son frère Scottie aux

Beaux-Arts, mais le parcours d’un rupin dans la prestigieuse école n’est vraiment pas une sinécure. Si Swan peut donner la pleine mesure de son talent, elle agrège à son encontre toutes les rivalités et craint que le subterfuge soit découvert. Quant à Scottie, il ne parvient pas plus à trouver sa place qu’à exprimer son art.

Opiniâtre et téméraire, Swan saura-t-elle esquiver les coups bas ? Comment Scottie, décontenancé, trouvera-t-il sa voie ? Pour les cousins d’Amérique d’Edgar Degas, il n’est pas aussi facile qu’ils l’auraient imaginé d’assouvir leur vocation.

 

Après un premier volume qui montrait les deux aspirants peintres s’installer dans la capitale, Nejib poursuit ici son évocation du bouillonnement culturel qui habite le Paris artistique en plein milieu du Second Empire.

 

Le plan suit toujours les velléités de Manet de lancer sa carrière, tandis que Degas tâtonne en s’essayant à illustrer le Paris populaire et qu’un Monet encore tendre débarque de sa province. Par petites touches, l’auteur explore les premières aspirations de ces jeunes peintres à s’écarter des canons officiels, et qui donneront, plus tard, naissance à l’impressionnisme.

 

 

Tel est le décor de la fiction dans laquelle évoluent les deux jeunes héros. Avec un sens narratif très moderne et brillant, Nejib propose un haletant découpage feuilletonnesque en treize chapitres, qui permettent de passer avec fluidité d’un personnage et d’une scène à l’autre, pour emporter le lecteur sans jamais laisser retomber le rythme et l’intérêt.

Ces séquences dynamiques sont habillées par son trait sobre et élégant qui éclaire subtilement la psychologie des personnages. Les pages aérées, les couleurs discrètes faites d’aplats souvent en bichromie, les dialogues ciselés forment un écrin qui nourrit le récit tout en lui laissant toute la place pour exprimer sa puissance romanesque.

 

 

 

Tout aussi abouti que le premier tome, Le Chanteur espagnol se révèle une magnifique réussite qui confirme la maitrise scénaristique de Nejib. Le lecteur n’en est que plus impatient de connaitre la fin du récit, qu’il attendra de découvrir dans le prochain et dernier album d’une série passionnante autant qu’instructive.

 

Swan T2, Le Chanteur espagnol

par Nejib

Gallimard, février 2020

160 pages, 20,90 €

 

Illustrations : Nejib © Gallimard 2020

 

 Jérôme Boutelier

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Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

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Publié le 21 Février 2020

On n'a pas tous les jours 100 ans ! La librairie Tonnenx en fête, toute l'après-midi du samedi 29 février 2020

Cent ans, le bel âge et toujours aussi en forme, la librairie Tonnenx est une institution dans la ville de Mantes-la-Jolie où petits et grands ont plaisir à venir chercher un conseil auprès de libraires amoureux de leurs livres et acquérir de belles pépites.

Pour fêter ce centenaire mais également les dix ans de la reprise du magasin par Camille Tonnenx, la librairie historique vous propose tout un programme d'animations :

 

 

 

- Séance de dédicaces pour le tome 1 de LE BANQUIER DU REICH en présence des co-scénaristes Pierre BOISSERIE et Philippe GUILLAUME que les Mantais connaissent bien et du dessinateur Cyrille TERNON.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Séance de dédicaces pour l'album CIGARETTES et LA BANQUE T5 et T6, en présence de Stéphane BRANGIER.

 

 

 

 

 

- Dégustation de vin sur le thème de la littérature avec LE CELLIER DU GUESCLIN

- Animation musicale en partenariat avec l'ECOLE DES 4'ZARTS

- Cocktail et distribution de cadeaux

Venez nombreux fêter dignement ces anniversaires !

Bernard Launois

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Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Bulles en villes

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