Publié le 10 Février 2022

Le Petit Pape Pie 3,14, ou la quadrature du cercle

Il était une fois un petit pape, si petit qu’il n’était même pas assez grand pour saluer les fidèles venus l’acclamer après son élection. Mais peu importe, seule compte la grandeur intérieure, celle du cœur et Dieu sait si ce pape en a ! Seulement ça ne suffit pas, il va falloir assurer cette fonction et donner le change car tout le monde attend tellement de lui. Heureusement ou malheureusement pour Sa Sainteté, il s’est adjoint les services de son fidèle serviteur, Monseigneur Gontrand, qui contrairement à Sa Sainteté, se distingue par une carrure de boxeur… mais qui n’est pas toujours de bon conseil, croyant toujours bien faire alors qu’il est souvent un peu trop lourdaud rendant du coup les situations des plus rocambolesques.

Initialement paru dans la revue Fluide Glacial sous forme de six feuilletons, voilà que le récit sort en album pour le plus grand plaisir du lecteur qui va pouvoir (re)lire ces épisodes rigolos, souvent loufoques, parfois irrévérencieux mais jamais anticléricaux. Sorti de la période éprouvante que fut sa couverture du procès des attentats de 2015, l’auteur complet François Boucq avait besoin de se ressourcer dans quelque chose de plus léger. Et quand on sait que François Boucq adore l’idée de participer à des journaux, l’idée de la collaboration avec Fluide Glacial n’a pas tardé à germer.

L’auteur présente un Pape « nature », plutôt débonnaire, toujours optimiste, pas toujours sûr de lui et de la manière dont il remplit sa nouvelle charge, et qui au-delà de ses fonctions papales va vivre des expériences des plus surnaturelles.

François Boucq aime croquer les gens, forçant le trait jusqu’à parfois, une malicieuse caricature. Avec son dessin alerte, les situations cocasses s’enchaînent et le rire est au rendez-vous.

Signalons que l’album se décline également dans une version noir & blanc permettant ainsi d’apprécier l’encrage de l’auteur et toute sa virtuosité graphique.

LE PETIT PAPE PIE 3,14 François BOUCQ Editions FLUIDE GLACIAL 56 pages, 12,90 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 7 Février 2022

HOUBA GAGS, de la rigolade en strips à consommer sans modération !

On ne présente plus LE MARSUPILAMI, vous savez le marsupial bondissant né sous le crayon du génial André Franquin il y a maintenant 70 ans, et qui a vu sa première publication dans le journal Spirou n° 720 du 31 janvier 1952. Que de chemin parcouru depuis, dans les aventures de Spirou tout d’abord puis en série à partir de 1987 lorsque Franquin avait décidé de confier son personnage fétiche à BATEM, son assistant. Alors, pour fêter ses 70 printemps, pourquoi ne pas éditer des petits strips, à la manière des Peanuts, histoire de sortir du format traditionnel et surtout d’étonner encore le lecteur avec les facéties du petit animal si sympathique ?

Maintenant, réaliser des strips s’avère plus difficile qu’on ne le pense car il faut amuser, voire faire rire le lecteur sur un format de deux cases : et tout le monde sait que plus c’est concentré, plus c’est difficile à rendre efficace et là, on peut dire que c’est vraiment réussi ! Cette idée, tout droit sortie de l’imagination du précédent éditeur Jean-François Moyersoen dans les années 1990, a fini par mûrir pour aboutir à la réalisation de plus d’une centaine de strips. Et c’est avec la complicité du scénariste Désert que Batem s’est lancé dans l’aventure, avec tout le talent que l’on lui connait.

Le lecteur, déjà familier avec tous les personnages qui peuplent les albums du Marsu, du chasseur aussi méchant que stupide aux Chahutas qui parlent un dialecte très coloré sans oublier les artistes du cirque Zabaglione, s’esclaffera devant tant d’inepties.

Quant aux terrains de jeu, ils sont tous propices à des pitreries, que ce soit au fin fond de la jungle amazonienne ou en ville, voire aux sports d’hiver.

Alors, petits et grands, c’est le moment de fêter dignement cet anniversaire du Marsupilami, en espérant que le choix de ce format à l’italienne soit renouvelé par les éditions Dupuis pour le grand plaisir des lecteurs.

 HOUBA GAGS BATEM/DESERT Éditions DUPUIS 64 pages, 14,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 5 Février 2022

LA TERRE, LE CIEL, LES CORBEAUX et la furieuse envie de vivre !

L’énergie du désespoir, c’est assurément ce qui tient trois prisonniers de guerre, Attilio l’Italien, Vanja le geôlier russe et Fucks le soldat allemand, qui par un concours de circonstances se retrouvent à fuguer de la base militaire des îles Solovetskij sur la mer Blanche. Alors que la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin, la soif de liberté d’Attilio a pris le dessus et voilà que la réunion des trois hommes, que tout sépare à commencer par la langue, va les contraindre se serrer les coudes pour échapper aux soldats russes lancés à leurs trousses. Alors, comment faire pour s’associer avec un autre prisonnier et un geôlier qui n’ont qu’un but commun, la liberté, lorsque l’on ne se comprend pas, que l’on ne s’aime pas voire que l’on se hait?

Malgré tout, il va leur falloir s’entendre pour ne pas se désunir et aller dans le même sens, pour fuir l’internement et la traque incessante, pour retrouver les leurs quitte à traverser d’innombrables contrées au péril de leur vie.

La neige, le froid, la faim, la fatigue mais aussi la peur au ventre sont le lot journalier des trois hommes qui malgré toutes ces embûches vont avancer….

Quelle histoire ! La scénariste Teresa Radice emporte le lecteur dans une épopée où tour à tour chaque personnage va se révéler, du volubile Italien en passant par le despotique Allemand qui ne s’exprime que par la violence et le Russe, ex-geôlier, qui se demande encore pourquoi il les a suivis. Mais le tour de force ne s’arrête pas là car, bien que les protagonistes s’expriment dans leurs langues maternelles, la compréhension reste aisée et lecteur n’aura de cesse de connaitre le dénouement.

Au récit bien ficelé, fait de temps forts pour le long cheminement mais également de temps plus sereins laissant place aux souvenirs heureux et aux rêves, s’ajoute une remarquable mise en images par de belles aquarelles réalisées par Stefano Turconi.

Après Le Port des marins perdus, Les Filles des marins perdus et Amour minuscule, le duo Radice/Turconi nous étonne encore avec un roman graphique des plus touchants.

LA TERRE, LE CIEL, LES CORBEAUX Teresa RADICE/Stefano TURCONI collection TREIZE ETRANGE Éditions GLENAT, 208 pages 22,50 €

Bernard Launois

 

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Publié le 1 Février 2022

LE MONSTRE D’EINSTEIN T1, un cœur d’or sous une carapace plutôt rebutante !

Le jeune Lerew n’a de cesse de s’attirer les faveurs de la belle Mary. Mais quels stratagèmes va-t-il pouvoir mettre en place pour qu’enfin, elle s’intéresse à lui ? Il faut dire que dans son village de pêcheurs les occasions de briller ne courent pas les rues, à moins de se lancer en compagnie de son père et d’un ami dans des mers dangereuses pour revenir chargé de poissons et couvert de gloire. Cette épopée périlleuse va, hélas, se terminer tragiquement par le décès de ses coéquipiers et un état lamentable pour lui, échoué près de l’habitation du sorcier qui traine une réputation sulfureuse.

 

Après quelques jours de coma, voilà qu’il se réveille et constate à son grand étonnement qu’il est bien vivant, mais également que sa plasticité en a été bouleversée. Qu’est-il arrivé, le sorcier a-t-il dû intervenir pour le sauver et ce, de quelle manière ? Va-t-il accepter son état physique, partagé entre une reconnaissance pour le sorcier de l’avoir sorti de l’eau et un profond dégoût de son aspect physique qui va assurément l’éloigner de Mary ?

La jeune autrice Ryu Miyanaga signe là un récit gothique des plus intéressants en abordant le sujet des relations humaines basées souvent sur le physique et l’influence qu’il peut avoir, mais aussi sur l’amitié qui peut se lier entre des êtres que, dans un premier abord, tout oppose. Avec un dessin fouillé et dynamique Ryu Miyanaga, qui s’est déjà distinguée dans l’équipe Square Enix, va propulser le lecteur dans un univers fantastique qui ne pourra laisser le lecteur indifférent. Avec ce premier opus d’une série qui en comportera trois, c’est le moment de plonger dans un univers des plus attachants.

 

LE MONSTRE D’EINSTEIN T1 Ryu MIYANAGA Éditions CASTERMAN 272 pages, 9,45 €

Bernard Launois

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Publié le 31 Janvier 2022

ROCKING CHAIR, une conquête de l’Ouest pas dans un fauteuil !

Combien de familles ont cru en la conquête de l’Ouest et combien ont réussi, entre ceux qui y ont laissé leur peau et ceux qui ont constaté que ce n’était pas l’Eldorado tant convoité ?

Les familles Koekelberg et Jansens sont venues du Vieux Continent, tout comme plein d’autres en ces périodes difficiles, espérant une vie meilleure que leur misérable condition, comme des mouches attirées par le miel, et n’ont gardé en souvenir de leur vie antérieure, que quelques outils, des provisions ainsi qu’un rocking chair, seul luxe qu’ils avaient consenti à les accompagner.

Alors que leur convoi chemine tant bien que mal, balloté sur des chemins à peine carrossables, ils passent de l’espoir d’arriver enfin au désespoir d’une route qui n’en finit pas, tellement semée d’embûches. Ils sont conduits par un certain Monsieur Bronson qui a passé un contrat avec eux pour les guider, mais cet homme affable ne leur inspire pas vraiment confiance et hélas, les mènera dans un traquenard auquel seuls les deux jeunes Kees et Daatje survivront.

Que faire alors, fuir ce massacre et continuer le chemin alors qu’il ne leur reste plus qu’un chariot, de quoi subsister quelques jours et le rocking chair qu’ils font finir par abandonner… Fauteuil qui ne sera pas perdu pour tout le monde ?

Comment ne pas adhérer à cette idée de fil rouge avec ce fauteuil qui va suivre parallèlement le trajet de nos deux jeunes rescapés ? Le scénariste Alain Kokor entraine le lecteur dans un road movie détonnant qui va souligner la rude vie des conquérants de l’ouest. Quand on ajoutera aux dialogues percutants de belles images singulièrement mises en scène par le dessinateur Jean-Philippe Peyraud, force est de constater que cet album apparait comme une belle réussite qui sort des sentiers battus du genre.

ROCKING CHAIR Alain Kokor/Jean-Philippe PEYRAUD Éditions FUTUROPOLIS 152 pages, 23,00 €

Bernard Launois

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Publié le 18 Janvier 2022

VILLEVERMINE, LE TOMBEAU DU GÉANT, une drôle d’enquête dans les bas-fonds…

Voilà que Jacques Peuplier, le célèbre détective qui parle aux objets, revient dans de nouvelles aventures ! Après une enquête rondement menée (voir le diptyque précédent), cette nouvelle affaire s’avère beaucoup plus ardue car il va falloir retrouver le Fendeur, l’arme qui aurait servi il y a maintenant un demi-siècle à détailler un géant qui se terrait dans les égouts de Villevermine. Et pourquoi me direz-vous, si ce n’est satisfaire la petite fille de Boris Tassard, le sauveur de la ville, et brandir l’objet lors de la fête du cinquantenaire donnée en l’honneur de son grand-père ? Ne reculant devant rien - surtout lorsqu’il s’agit de se faire rétribuer pour sa prestation – Jacques Peuplier  ne va pas hésiter à s’immerger dans cet univers souterrain où il va découvrir tout un monde parallèle des plus singuliers.

 

Du géant aux fleuvistes, nettoyeurs d’égouts, le détective ne sait où marcher ni surtout s’il ressortira de ce trou : peut-être les pieds devant car ces gens du bas-fonds, les rejetés de la société, aiment leur tranquillité et leurs petits secrets pas toujours avouables. Son don de pouvoir dialoguer avec les objets va-t-il lui servir cette fois-ci ?

L’auteur Julien Lambert réalise un one shot qui s’avère tout aussi plaisant que le diptyque, pour autant que l’on aime les univers glauques avec des personnages qui le sont tout autant. Si le récit démarre avec un simple objet, certes ancien, à retrouver, l’affaire va vite se complexifier au fur et à mesure et tenir le lecteur en haleine. Pour accompagner le scénario, on retrouvera un dessin semi-réaliste aux traits hachurés et torturés, avec lequel Julien Lambert crée une ambiance des plus lugubres, propice au récit.

VILLEVERMINE, LE TOMBEAU DES GÉANTS Julien LAMBERT Éditions SARBACANE 96 pages 18,90 €

Bernard Launois

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Publié le 15 Janvier 2022

U4, une série culte qui vous tient et… Ne vous lâchera pas !

Il n’aura fallu qu’une dizaine de jours pour que la planète voie disparaitre quatre-vingts pour cent de sa population et ce, à un cause d’un virus ! Seule une tranche de population, celle des 15-18 ans, a résisté. La France n’est, hélas, pas épargnée et parmi ces jeunes disséminés dans tout l’Hexagone, Stéphane la Lyonnaise, Yannis le jeune métissé marseillais, Julien le Parisien et Koridwen la Bretonne, atterrés par l’étendue du désastre, ne tardent pas à se ressaisir pour un but commun, celui de se rejoindre sous la plus vieille horloge de Paris.

Mais qu’est-ce qui peut bien les motiver de se retrouver alors qu’ils ne se sont jamais rencontrés auparavant ? Qu’attendent-ils de ce rendez-vous parisien ? La réponse se trouve assurément dans Warriors of Time, un jeu en ligne auquel ces quatre adolescents excellaient et où Khronos, le maître du jeu leur a donné, avant que le réseau soit coupé, rendez-vous le 24 décembre pour réécrire le passé et qui sait, empêcher cette terrible pandémie. Rêve, fiction, utopie, restent que ce sont les seuls éléments auxquels ils se raccrochent pour un avenir moins cauchemardesque.

Adaptant librement les quatre romans éponymes U4 respectivement d'Yves Grevet, Florence Hinckel, Carole Trébor et Vincent Villeminot, les scénaristes Pierre-Paul Renders et Denis Lapière réalisent le tour de force de captiver le lecteur de bout en bout et ce, indifféremment dans chacun des quatre albums de la série. De Stéphane à Yannis, les quatre ados, issus de milieux radicalement différents mais unis par le jeu, ne doivent leur survie qu’à leur capacité de s’adapter à un monde apocalyptique, un monde dans lequel ils n’auraient pu imaginer vivre le moindre événement contrairement à l’univers virtuel dans lequel ils s’immergent pour échapper à leur quotidien.  

Associé aux couleurs numériques de bon aloi d’Ampero Crespo, le dessin semi-réaliste d’Adriãn Huelvan colle parfaitement aux scénarios et l’on soulignera la belle homogénéité entre les quatre opus.

Alors, attention, qui mettra le nez dans un des quatre albums, qui peuvent se lire séparément, n’aura qu’une hâte, c’est celle de dévorer les trois autres… avant un cinquième album qui viendra, en mai prochain, clore le cycle.

U4 tomes 1 à 4 Pierre-Paul Renders/Denis Lapière/ Adriãn Huelvan Editions DUPUIS 144 pages chacun, 14,50 €

Bernard Launois

 

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Publié le 14 Janvier 2022

SHADOW LIFE, un beau pied de nez à la mort !

Du haut de ses 76 printemps, Kumiko ne s’en laisse pas conter et n’a pas hésité à déserter la maison de retraite choisie par ses enfants pour un petit appartement où elle pourra séjourner seule. Lire, manger, dormir, sortir, faire des longueurs à la piscine et ce, quand elle veut, à son rythme, tout ce à quoi elle aspirait depuis le décès de son mari : voilà, le moment est arrivé de s’émanciper.

Après tout, on ne choisit pas la période pour faire sa crise d’adolescence. Seulement, ses enfants ne l’entendent pas ainsi et elle n’a pas eu deux semaines de répit que sa boite mail déborde de messages angoissés, voire menaçants de sa progéniture qui pense qu’elle est hospitalisée, ou peut-être morte, et qui l’enjoint à répondre sous peine d’appeler les forces de l’ordre. Il faut dire que quelques semaines auparavant, la Grande Faucheuse est venue lui rendre visite sans arriver à ses fins. Aussi, ne risque-t-elle pas de revenir rapidement et de lui gâcher ces quelques moments de sérénité et d’indépendance ? Voilà alors qu’elle se met en tête de se procurer un appareil qui lui permettrait de neutraliser cette empêcheuse de vivre. Mais où donc cela la mènera-t-elle ?

La scénariste Hiromi Goto n’est pas à son coup d’essai en mettant en scène des personnes âgées, considérant que cette tranche d’âge n’est jamais vraiment représentée dans la littérature et encore moins dans la bande dessinée et qu’au fond, elle a tout sa place.

Avec un ton tour à tour enjoué ou grave, la scénariste rend rapidement son personnage rebelle très attachant dans sa quête de liberté et le lecteur aura grand plaisir à suivre tous ses démêlés pour tenter d’arriver à ses fins.

Servie par le beau dessin réaliste d’Ann Xu, cette belle histoire narrée sur près de 400 pages se lit d’une traite et devrait ravir tous les âges.

SHADOW LIFE Hiromi GOTO/Ann XU Collection ANKAMA BD 368 pages, 22,90 €

Bernard Launois

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Publié le 6 Janvier 2022

LES ÉTOILES S’ÉTEIGNENT À L’AUBE, vers un voyage initiatique bien singulier

Quand Franklin Starlight, jeune garçon de seize ans élevé par Red, est appelé au chevet de Eldon, son père, il sait qu’il va trouver un homme malade, bouffé par l’alcool, mais il ne s’attendait pas à le voir parvenu à ce stade de fin de vie. Et quand Eldon lui demande de le conduire dans les montagnes pour en faire sa dernière demeure, il se résigne à respecter ses dernières volontés. Mais, nous sommes en hiver et la montagne du fin fonds de la Colombie britannique ne fait pas de cadeaux : arriveront-ils à leurs fins ?

C’est au travers de ce long voyage initiatique, ponctué de nombreux arrêts pour reprendre un semblant de souffle de vie afin d’atteindre le but, que père et fils se découvrent. De leurs origines indiennes et des difficultés que cela leur aura causé depuis leur naissance, aux terribles concessions concédées par ce père au nom de l’amour, Frank va réaliser beaucoup de choses. Mais Elden finira-t-il par avoir le courage de raconter l’histoire qu’il a vécue avec la mère de Frank et les raisons pour lesquelles Frank a été élevé par ce monsieur qui répond au nom de Red ?

L’auteur Vincent Turhan livre là une belle adaptation du roman de Richard Wagamese en en tirant toute la quintessence, s’exprimant avec talent tour à tour par des dialogues forts, emprunts de pudeur et d’amour par ce père qui a vécu une vie des plus difficiles, et par des cases où les images se suffisent à elles-mêmes pour exprimer toute la sensibilité à fleur de peau des deux êtres meurtris par la vie.

De superbes dessins s’égrènent au fur et à mesure de l’avancée dans des paysages où la sauvagerie de la  nature s’ajoute à la rudesse des découvertes. Un beau moment émouvant à découvrir instamment !

LES ETOILES S’ETEIGNENT À L’AUBE Vincent Turhan adaptation du roman de Richard Wagamese Éditions SARBACANE 152 pages 24,00 €

Bernard Launois

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Publié le 19 Décembre 2021

Interview de Pascal Rabaté à l'occasion de la sortie de SOUS LES GALETS, LA PLAGE

Un scénario à fleur de peau avec un récit linéaire allant crescendo d’une rencontre entre deux mondes qui n’ont pas de raison de se rencontrer. Pascal Rabaté a répondu à nos questions.

Dès les premières pages, l’on comprend que la petite bourgeoise va être raillée. Avez-vous des comptes à régler avec la petite bourgeoisie ?

Oh, non je n’ai pas de comptes à rendre mais le projet de faire un film était plus sur la fin d’une époque. Une époque qui n’a pas été digéré d’ailleurs. On a un problème de mémoire. Je crois que nous sommes le seul pays où nous avons appelé notre armée, « la grande muette ». Donc, assez lamentable au niveau des cadres en 14-18 avec un Pétain qui a fait fusiller un soldat sur dix dans certains régiments. On finit par donner le pouvoir en 40 et qui a donné, ce qu’on se rappelle. J’ai l’impression qu’il y a une espèce d’entretien de la mémoire où à l’école, l’on n’apprend pas qu’il y a une France de la défaite. On a tout mis sur le troufion en l’appelant l’armée La Doumergue. En 40, c’était d’une incurie complète des cadres de l’armée. Quand je parle des cadres, c’est les grands cadres, ceux qui sont restés à l’arrière en donnant des ordres et il y a eu une espèce de truc comme ça, assez pourri ou De Gaulle a réussi à négocier une entrée dans les villes en 45 avec les forces alliées pour sauver un peu la face, avec des trucs qui sont ignorés d’ailleurs, tels que déshabiller les coloniaux pour donner à des blancs qui étaient là juste pour de la figuration d’ailleurs. La chose est que j’avais envie de parler de cet esprit de révolte où je travaille beaucoup sur des projets sur la métaphore. C’est-à-dire que si j’ai fait La déconfiture, ce n’est pas pour parler de l’époque certes, mais c’était aussi une façon pour moi d’exorciser l’époque présent. Au moment où j’ai commencé à initier le projet, on allait avoir des élections où il se préparait un deuxième tour extrêmement chaud et pour moi, Vie de grains, c’était un peu moi où on allait au fond, sachant qu’on allait perdre ! On n’a pas perdu comme on pensait (rires), on a perdu différemment, c’était moins violent mais il y avait un peu de ça. Et sur ce projet-là (Sous les galets, la plage, ndr), j’avais envie d’en finir avec ces idées moisies de la sagesse que l’on a en vieillissant et de faire confiance aux vieux. Ça me gave ce discours me gêne et je trouve que l’espoir est plus dans la jeune génération. Je ne supporte pas des gens comme BHL, quoiqu’il a toujours été comme ça ou un Glucksmann qui a été dans l’insurrection et qui n’a gardé que le tutoiement et de prendre la parole à tout prix. Ce sont des gens ou leur pensée a été javellisée avec le temps. Je ne vais pas régler mes comptes mais je vais essayer de dire qu’en effet, l’avenir appartient aux jeunes qui vont le vivre et pas à ceux qui vont l’écrire pour les autres. Ça, c’est un peu le nœud du truc et puis après, j’étais en vacances hors saison, en plein montage de mon dernier film, on a fait une pause en allant à Loctudy et lorsque je suis passé devant de belles maisons aux volets fermés, je me suis dit « c’est la saison pour cambrioler ! ». Je me suis donc endormi là-dessus et de là est né l’histoire.

Au début de l’interview, vous faites peut-être un lapsus révélateur en parlant de film alors que la question porte sur la bande dessinée Sous les galets, la plage.  Ah, m… !!!

Alors, avez-vous songé à faire un film de cette bd ? À vrai dire, non ! Je sortais d’un, avec les complications qu’implique un tournage, surtout avec une économie réduite, et où l’on est obligé de tirer sur tout. Alors, c’est un plaisir mais à un moment donné, c’est fatigant et moi, j’ai besoin d’alterner un peu les plaisirs de communion générale, de festivités que sont un tournage avec des engueulades où tout est exacerbé. Et puis, il y a des moments de repos où je conçois plus le livre comme quelque chose de plus intellectuel.

Malgré tout, c’est quelque chose que vous avez déjà fait, une bande dessinée et ensuite un film tiré du scénario ? Oui, effectivement. Maintenant, si l’on me le propose, je ne cracherais pads dedans mais pour moi, le livre se suffisait à lui-même. Après, si plus et affinité, on essaiera de traiter du même sujet mais avec un peu plus d’émotions.

Deux mondes qui se rencontrent, la petite délinquance et la bourgeoisie et qui ne se côtoient pas, du moins en apparence car « chasser le naturel, il revient au galop ». N’est-ce pas ce que vous avez voulu notamment souligner dans cet album ?

Je ne sais pas ce que je voulais vraiment en fait, c’est le nœud de toutes les dramaturgies, de faire rencontrer des mondes qui ne doivent pas se rencontrer. En l’occurrence, ce n’est pas tout à fait vrai, parce que l’on se retrouve avec quelqu’un qui a une éducation classique et qui s’en va faire des études, ainsi que ces deux autres amis d’ailleurs, et les bourgeois sont comme les cochons, ils ont quand même des études, un vernis culturel, ils sont éduqués, classiquement certes. Et la gamine est également éduquée car l’autre lui a fait ses armes sur les arts, sur la manière d’apprécier les choses de valeurs. Aussi des philosophies qui sont plus les miennes que celles de l’autre milieu. Et l’idée était de faire rencontrer ces deux mondes et à un moment, la « sans racine » allait peut-être donner l’envie à un « enraciné » qui traine sa famille comme un boulet, de sortir de ce milieu. Et puis, c’est l’amour pour cette jeune fille qui l’initie à la chair. Et c’est ce truc qui n’est pas définissable, que l’on appelle l’amour. Et donc, c’était vraiment se faire rencontrer des choses et comment l’on pouvait tordre parce que, mine de rien, 68 est né de ça ! Ça été les grands bourgeois qui étaient dans les facs qui ont foutu la merde et à côté, il y avait les katangais qui étaient là pour faire de la guérilla et c’est un peu cette association à laquelle je donne un sentiment de non-retour. J’ai choisi pour Albert, ou en effet il brise les chaînes et il ne pourra retourner dans ce milieu. J’ai choisi pour lui qu’il allait choisir l’inégalisme.   

« La propriété, c’est le vol », une citation de Pierre-Joseph Proudhon, homme politique français considéré comme un précurseur de l’anarchisme, est rappelé en prologue de cet album. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez tenu à mettre cette citation en avant.

Pour remettre tout dans le contexte, cette phrase de Proudhon concernant ces propriétaires, que l’on appellerait aujourd’hui, des marchands de sommeil, qui exploitaient la misère humaine en louant des taudis à des prix exorbitants. Dans cette formulation, c’était Proudhon et après, en extrapolant, j’ai créé Marius, un personnage où l’inconnu au bataillon, c’est moi qui pour le jeu de mots disait, « la propriété, c’est le viol, la résidence secondaire, c’est du vol aggravé » ! Alors, il y a un personnage qui est en filigrane, c’est Marius Jacob qui est l’inspirateur d’Arsène Lupin et qui était un anarchiste qui avait une communauté, avec une vision de clan, car il ne faut pas oublier qu’il nourrissait bon nombre de personnes avec ses larcins.

Quel titre ! Est-ce un clin d’œil au slogan « Sous les pavés, la plage » écrit au moment de mai 68, soir 6 ans après que vous situiez votre scénario ?

Oui, tout à fait !

Vous n’avez pas connu cette période-là, eu égard à votre statut de bébé en 1962. Pouvez-vous nous dire si vous avez interrogé vos aînés pour réaliser cet album !

Je n’ai aucun souvenir de cette période-là, j’étais totalement extérieur à ça car je vivais en province. Ayant fait les beaux-Arts quasiment dix ans après 68, j’ai eu des professeurs tels que Sauvageot qui avaient été actifs pendant cette période et qui n’ont pas manqué d’en faire état. Mais tout pour vous dire, ils m’ont plutôt fait ch… car ils n’appliquaient plus déjà ce qu’ils avaient revendiqué. L’anarchisme, le gauchisme s’exprimaient dans le vote mais pas forcément dans la vie de tous les jours. Ils ont été chiants comme tout le monde : peu de cours magistraux avec eux mais il y avait des restes, de la bonne bourgeoisie de gauche. Je suis issu de la faucille et du goupillon, d’un côté avec un grand père communiste avec sa femme, bonne du curé et de l’autre côté, c’était la même chose sauf que le grand-père était anarchiste. Je suis donc un peu le fils de ce truc-là. J’avais quand même un respect pour ces gens qui avaient foutu la m…. D’où on avait sorti quelques idées mais après quand on voit après ce qu’ils sont devenus. Je n’aime pas l’idée d’apostat, je n’aime pas les gens qui trahissent leurs trucs. Quand on change, bah au mieux, on ferme sa gueule pour faire oublier les conneries qu’on pense avoir dites ou le con qu’on est devenu.

La dominante de couleurs de cet album est le marron et le violet. Est-ce pour souligner le côté mélancolique, nostalgique du récit ou autre chose ?

La chose est que, redonnons à César ce qui appartient à César ! Il y a quelques années, David Prudhomme était en train de faire Noir et vif  et comme moi, on essaie, on essaie, de construire, de re-construire et il me montre chez Futuro, les planches et la mise en couleurs qu’il est en train de faire et me montre des couleurs que je trouve superbe et puis, il les sature et je lui dit, « mais c’est super, aussi » ! Et à la fin, il me dit « Et j’hésite avec ça » et il désature tout. À ce moment-là, on se retrouve avec des couleurs extrêmement pâles et je lui dis « Putain, mais c’est génial » ! « Mais oui, mais qu’est-ce que je choisis ? » Je l’ai laissé faire et il a finalement choisi des couleurs classiques. Et quand finalement, j’ai démarré ce bouquin, je me suis dit que j’allais essayer le désaturé. Le truc, c’est aussi le dessin qui induit ça enfin, c’est une perception que j’ai de la couleur. Il y a un grand maître qui m’a longtemps influencé, c’est Buzzelli, avec son dessin réaliste, très beau et… Sale ! Il faisait des hachures, il avait un trait de pinceau qui finissait en pinceau sec et quand il passait en couleurs, c’était la catastrophe ! D’abord, il n’était pas coloriste, avec des couleurs que l’on se demandait s’il ne faisait pas ça avec des fonds de pots. Il se trouve que son dessin était sale et que quand on met de la couleur derrière, le gris salit la couleur et j’ai été confronté à ça quand j’ai bossé avec des coloristes où en effet, la couleur fallait qu’elle apporte quelque chose au dessin où j’ai posé mes gris, mes spots pour travailler les zones d’ombre. Il faut donc que la couleur apporte une impression, un sentiment : chaque intérieur a sa propre couleur. Quand on est chez Albert, tout est vert, des maisons visitées, tout est bleu et quand on cambriole, tout est rouge. Je me disais qu’il fallait que je me serve de ces tons-là pour changer d’endroit. Là-dessus, je ne voulais pas surligner les choses et c’est la raison pour laquelle j’ai utilisé, par exemple, des roses pâles. Chaque couleur devait donner une indication de lieu et allait participer à une sorte d’ambiance. Je pense que ça ne va pas plaire à tout le monde mais je n’avais pas envie de faire du beau mais ces couleurs devaient donner une ambiance. Alors, il y a des gens qui me disent que j’ai épuré certains décors mais je n’ai pas l’impression. Je connais la vision globale malgré tout je suis un classique dans la narration, je reste un enfant d’Hergé, je l’assume !

Interview réalisée le 30 octobre 2021 dans le cadre du festival Quai des Bulles

Bernard Launois

 

 

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Interviews

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