Publié le 21 Mai 2021

NAUTILUS T1, retour vers l’aventure…

Nautilus, Nemo, voici des noms qui suggèrent l’aventure et cette fois encore, la magie opère. Nous sommes en 1899, alors que l’espion britannique Kimball O’Hara, plus connu sous le surnom de Kim, file un agent russe à bord d’un bateau anglais dans le port de Bombay. Échappé de justesse du HMS Northampton plastiqué, Kimball O’Hara se soustrait des services de police qui l’accusent de l’attentat qui aura liquidé des dizaines de dignitaires russes, entrainant des tensions diplomatiques.

Kim sait que les preuves de son innocence sont dans le coffre du bateau qui git dans les profondeurs de la baie et qu’il ne retrouvera son fils qu’à la seule condition de rapporter la vérité.

Or, personne ne peut descendre si profond pour fouiller l’épave sauf… Le capitaine Nemo et son fameux sous-marin, le Nautilus. Seulement le célèbre capitaine croupit dans une geôle de la « maison des morts » dans le Kazakhstan, à près de 3 000 km de Bombay et la route est semée d’embûches.

Arrivera-t-il à ses fins, rencontrer le capitaine et le convaincre de l’aider ? Et puis, le sous-marin fait-il partie lui aussi des épaves ?

Le scénariste Mathieu Mariolle aime l’aventure et dès les premières pages, le lecteur va en sentir le vent : personnages mystérieux, complots, trahisons, le tout évoluant dans une Asie du Sud flamboyante. Tous les ingrédients d’une course-poursuite sont réunis, entre la police de Bombay qui n’aura de cesse de traquer Kim, le compte à rebours pour prouver son innocence dans les meilleurs délais s’il veut un jour retrouver son fils, et aussi la nécessité d’empêcher la guerre contre la Russie car les preuves pourrissent dans l’eau du port de Bombay. Avec des dialogues alertes, associés à un découpage dynamique, Mathieu Mariolle a trouvé le dessinateur idéal, en la personne de Guénaël Grabowski, pour mettre en valeur son scénario. Avec ce dessin réaliste, le lecteur s’appropriera   rapidement les personnages qui évoluent dans de superbes décors mis en couleurs de fort belle manière par Denis Béchu.

Alors, prêt à s’aventurer dans « le théâtre des ombres » ?

NAUTILUS T1, le théâtre des ombres Mathieu MARIOLLE/Guénaël GRABOWSKI Collection 24x32 éditions GLENAT 64 pages, 14,95 €

Bernard Launois

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Publié le 19 Mai 2021

BIG G., en route pour le chaos !

Nous sommes en 2064 et vivre en France, pardon dans les Etats-Unis de la France, n’a rien de réjouissant. Il faut dire qu’après une trentaine d’années de bouleversements, entre une troisième guerre mondiale qui a tout détruit sur son passage, une reconstruction sous le règne d’un dictateur, au surnom de général Dacier, et une seconde révolution française, le pays se remet lentement en tentant de juguler violences et corruptions.  Paris-Plage devenue la capitale de la France avec plages paradisiaques et soleil à gogo rassemble toute la racaille venue faire du business et Gérard, dit Big G. a bien l’intention de s’y refaire une santé. Seulement Big G. s’avère un poissard de première et chaque fois qu’il veut défendre son semblant de liberté, il fait le coup de poing et se retrouve rapidement derrière les barreaux.

Son salut ne viendra-t-il pas de la visite d’un drôle de personnage, en l’occurrence le Président, qui lui promet de l’en sortir à la condition de récupérer une vidéo compromettante pour lui ?

Va s’ensuivre des courses-poursuites, des rencontres improbables à commencer par celle d’un ignoble personnage qui lui pourrit la vie et qui pourrait, comble de tout, avoir un lien de de parenté avec lui.

Avec un dessin semi-réaliste, forçant le trait jusqu’à rendre ses personnages parfois hideux, le dessinateur Jean-Louis Marco s’éclate sur chaque page qui ne manque pas de mouvement. Quant aux couleurs de cet opus, elles sont bien dans la veine de l’album, aussi trash que les situations exposées sur le papier.

Les frères Marco n’ont pas fait dans la dentelle, dignes des éditions FLUIDE GLACIAL, en commettant cet album. Mais au final, ce qui peut paraitre délirant sur certains points, c’est que c’est un avenir qui n’est peut-être pas si loin de celui que les générations futures vivront. Brrr….

BIG G Jean-Louis & Victor MARCO Editions FLUIDE GLACIAL 64 pages, 12,90 €

Bernard Launois

 

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Publié le 15 Mai 2021

SUITES ALGERIENNES 1962-2019, un vibrant focus sur l’histoire contemporaine de l’Algérie

Après Terre fatale, dixième album présenté comme le dernier opus de l’inoubliable série des Carnets d’Orient, la fresque algérienne de l’auteur Jacques FERRANDEZ qui se terminait sur le début des années 60 appelait une suite, alors que tant d’événements se sont déroulés depuis. C’est donc avec intérêt et envie que l’on retrouve la saga, prolongée sous le nom de Carnets d’Algérie après douze ans d’une attente due notamment à la réalisation de belles adaptations de romans d’Albert Camus.

Avec ce premier volet d’un diptyque, l’auteur Jacques FERRANDEZ plonge le lecteur, avec justesse et sans complaisance, dans cette période d’après l’indépendance souvent fort méconnue pour bon nombre de lecteurs, en remontant le temps à partir de 2019 et les manifestations pacifiques du 1er novembre en réaction au régime militaire.

Contrairement au cycle des Carnets d’Orient, l’auteur n’a pas désiré suivre une chronologie au sens propre du terme, mais plutôt revenir sur des périodes marquantes au travers principalement de personnages féminins. Car si le poids du code familial a pesé sur beaucoup, l’auteur a voulu montrer la volonté, à l’image de Nour, de résister et d’exister dans un monde où le modèle patriarcal règne.

Mais si les conditions de vie dans cette période algérienne de post indépendance sont traitées, aucun sujet n’a été édulcoré. Ainsi, l’auteur revient autant sur les conditions difficiles du retour des pieds-noirs en France que celles de l’implantation des pieds-rouges, militants de gauche français venus contribuer à la reconstruction et au développement du pays en dehors du cadre de la coopération.

Voilà 144 pages, avec un dessin réaliste rehaussé de couleurs pastel, qui se lisent d’une traite où les personnages fictifs nés de l’imagination de l’auteur apparaissent plus vrais que nature en évoluant au travers de ce qui a été leur quotidien dans l’Histoire avec un grand H.

En ajoutant les Suites Algériennes, Jacques FERRANDEZ complète une série incontournable qui a toute sa place aux côtés des manuels scolaires d’histoire.

Indispensable pour ceux qui veulent connaître cette période et mieux comprendre le présent.

SUITES ALGERIENNES 1962-2019 1ère partie Editions CASTERMAN 144 pages, 16,00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 14 Mai 2021

FOURMIES LA ROUGE, la couleur du drame

Nous sommes en 1891 à l’heure où l’industrialisation bat son plein et Fourmies, petite cité du Nord spécialisée dans le textile, emploie une cohorte d’ouvrières et d’ouvriers. Enfin, quand on dit employer, on devrait plutôt dire exploiter tellement les conditions de travail y sont inhumaines, sans parler des horaires de douze à dix-sept heures par jour, une des principales revendications de la classe ouvrière. Et aujourd’hui tombe le 1er mai, le jour de manifestation initié deux ans plus tôt aux États-Unis.

Ainsi ce matin Louise, la jeune ouvrière gouailleuse et au verbe haut, est bien décidée à braver les interdits en allant manifester alors que bon nombre d’ouvriers soumis à la dictature du patronat ont franchi les portes de la filature de laine pour leur journée de labeur. Et elle n’est pas la seule à se préparer à défiler et à revendiquer la journée de 8 heures : que ce soient Maria la jeune et belle ouvrière rousse, Kléber, Émile, tous unis ! Seulement, les propriétaires sentent la colère gronder depuis quelques semaines, et l’affolement les gagne. Ils vont intimer au maire de Fourmies de faire lever l’armée par le préfet pour disperser les manifestants… et survient le drame

L’auteur Alex W. INKER retrace avec sensibilité cette journée mémorable de la ville où il a vécu enfant, avec le souvenir de ce moment sanglant, à jamais gravé dans la cité jusqu’à en avoir rajouté « la Rouge » à son nom, afin que perdure la mémoire.

Commémorant à sa manière les 130 ans de l’incompréhensible massacre ordonné par un officier à des soldats que la population adule, l’auteur ajoute une belle pierre à l’édifice en narrant en images une période trouble, où notamment les affres du chômage étaient déjà présentes dans une région tant marquée depuis par le fléau.

D’Apache à Fourmies la Rouge en passant par Servir le Peuple, le dessinateur Alex W. INKER, fer de lance des éditions SARBACANE, n’a de cesse de renouveler et d’adapter son graphisme à son récit et ce, pour le plus grand bonheur du lecteur. Au dessin plus épuré que dans ses précédents albums s’ajoute une bichromie rouge et noire qui renforce un récit fort.

FOURMIES LA ROUGE Alex W. INKER Editions SARBACANE 112 pages, 19,50 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 10 Mai 2021

MISTER CERVEAU, que ferait-on sans lui !

Réaliser une bande dessinée sur le ciboulot : quelle drôle d’idée a traversé le cerveau de l’auteur Jean-Yves Duhoo ? En fait, pas si saugrenue que ça car lorsqu’on sonde son entourage, les uns et les autres ont bien une vague idée de la manière dont cette belle machinerie fonctionne, mais ont également des préjugés sur ce « gros ganglion mou » qui ne pèse qu’environ 1,36 kg et qui permet à tout un chacun de vivre.

Mais comment de ne pas ennuyer le lecteur dès les premières pages avec de longues explications scientifiques sinon qu’en traitant le sujet sur un ton humoristique ?  C’est le parti pris que l’auteur a choisi, tant dans le récit que par le dessin, afin de familiariser son public avec les neurones comme l’axone et autres denditres et qui sait, lui donner l’occasion de briller dans les diners lorsque la période sanitaire s’y prêtera.

L’album est accessible pour tous, tant au niveau du récit que du dessin plutôt gros nez. Et « tout, tout, tout, vous saurez tout sur le cerveau », de l’arrivée du nouveau-né, ou des milliards de cellules et de connexions qui cohabitent, jusqu’au délitement inexorable dû à la perte de neurones que l’organisme devra compenser par la prolifération de connexions afin d’assurer la circulation des informations stockées.  Si l’anecdote concernant le cerveau d’Albert Einstein qui serait plus petit que la moyenne tendrait à rendre perplexe, le lecteur s’attardera assurément sur les relations de Mister Cerveau avec tous les organes du corps et bien d’autres choses encore.

La vulgarisation de tout sujet scientifique ou technique quel qu’il soit s’avère un exercice difficile, voire périlleux, dont l’auteur Yves Duhoo s’est affranchi avec brio, rendant le voyage à travers notre système nerveux central des plus passionnants.

MISTER CERVEAU Jean-Yves DUHOO Editions CASTERMAN 80 pages, 16,00 €

Bernard Launois

 

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Publié le 4 Mai 2021

WANTED LUCKY LUKE, le cow-boy plus vrai que nature

Revisiter le mythe du cow-boy solitaire apparaissait comme une gageure lorsque l’auteur Matthieu Bonhomme s’est lancé dans l’aventure avec son album L’homme qui tua Lucky Luke. C’était mal connaître le talent de conteur de l’auteur qui s’est emparé, avec brio, du personnage emblématique des années 60 en faisant découvrir aux lecteurs un être plus humain, loin des clichés de l’homme qui tire plus vite que son ombre. Passé le succès mérité du premier opus, il fallait prolonger cet état de grâce auprès du lectorat avec Wanted Lucky Luke,  et l’on peut dire que dès les premières pages, le pari s’avère réussi.

Hormis quelques personnages tels que Ma Dalton ou Calamity Jane, la gent féminine n’est guère l’apanage des histoires du cow-boy et ces dames ne sont que rarement présentées à leur avantage. Là, l’auteur leur fait la part belle, et l’on va découvrir au fil des pages la présence de trois sœurs, intelligentes et déterminées à se faire un avenir… mais elles vont rapidement tomber sous le charme du cow-boy, dont la tête est mise à prix. 

Mais pourquoi ce chasseur de têtes et redresseur de torts se voit-il poursuivi alors que sa vie entière, il l’aura passée à rattraper toutes les canailles de l’Ouest, des Dalton à Billy the Kid en passant par Jesse James ? Résistera-t-il au charme des trois sœurs qui rêvent de conquérir son cœur de célibataire ?

Affranchi du carcan des 48 pages, Matthieu Bonhomme installe son récit petit à petit et donne des réponses à ces interrogations. Et si son scénario est fort bien ficelé, il est également servi par un dessin réaliste et des couleurs de belle facture. Les lecteurs trouveront croqué, au détour d’une page, René Goscinny qui aura donné toutes ses lettres de noblesse à cette incontournable série. Alors, prêt pour vivre l’aventure aux côtés de Lucky Luke et de son non moins célèbre cheval, Jolly Jumper ?

WANTED LUCKY LUKE Matthieu BONHOMME Editions LUCKY COMICS 68 pages, 15,00 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 4 Mai 2021

JOE LA PIRATE, l’être aux mille vies

En 1900 naître fille et, dès le plus jeune âge, se sentir homme s’avère compliqué, voire impossible à vivre. Mais peu importent les brimades des parents et des gens bien-pensants, Marion Barbara tient tête en décidant de braver tous les interdits et de s’assumer dans ses choix de vie. Seulement sa mère ne l’entend pas de cette manière et Tuffy, pseudo qu’elle s’est choisi, sera envoyée en pension aux States loin des brouillards londoniens, et où son caractère de battante va encore s’affirmer.

Bientôt, la chrysalide Tuffy se métamorphose en Joe, habillé en homme dont elle reprend tous les codes. Elle va faire merveille grâce à son esprit d’entreprise, réussissant tout ce qu’elle entreprend, au grand dam de son entourage. Courageuse, téméraire, joueuse, amoureuse, Joe brûle la chandelle par les deux bouts, estimant que la vie est quand même bien trop courte pour s’ennuyer !

De l’ennui, tout le long de sa carrière, elle aura banni le terme au profit d’une vie à la vitesse supersonique, multipliant toutes les expériences et bravant tous les interdits, suscitant l’admiration mais également la jalousie. Du lancement réussi d’une compagnie de taxis féminins jusqu’à la fondation d’un état sur une ile des Bahamas, en passant par une pléiade de records de vitesse en tous genres et une collection incommensurable de conquêtes féminines, Joe aura joué les hommes toute sa vie.

Voilà une super-héros, digne de toute bonne histoire mais lorsque le lecteur apprendra que cet être, hors norme, n’est pas un personnage de fiction, il s’attachera d’autant plus à ce personnage, n’ayant de cesse d’en connaître la destinée. Pour le seul biopic qu’il aura mis en scène, le scénariste Hubert fait fort en envoutant le lecteur dès les premières pages pour ne plus le lâcher jusqu’à son épilogue.

Le rythme du récit s’avère tout aussi trépidant que celui du personnage principal, remarquablement mis en images par la dessinatrice Virginie Augustin. Avec un style épuré de bon aloi, un encrage tout à la fois fin et fort ajouté à un découpage efficace, Virginie Augustin s’est approprié ce récit de belle manière et le seul regret que l’on pourra avoir, c’est qu’il n’y aura plus cette symbiose entre les deux auteurs pour ravir les lecteurs.

JOE LA PIRATE HUBERT/Virginie AUGUSTIN Collection HORS COLLECTION Editions GLENAT 224 pages, 23,00 €

Bernard Launois

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Publié le 27 Avril 2021

CEUX QUI BRÛLENT, quand deux êtres finissent par se sublimer

Il ne fait pas bon faire partie de la gent féminine lorsque l’on intègre un commissariat de police new-yorkais où la misogynie suinte à chaque instant. C’est hélas ce que va vivre l’inspectrice Alex Mills que l’on vient d’affubler du sieur Pouilloux, le partenaire le plus ringard de la brigade. Déjà qu’elle a du mal à se remettre d’un accident de la route, la voilà encore plus fragilisée avec l’archétype du flic fonctionnaire qui transpire la loose. Que faire, sinon l’accepter et trainer ce boulet alors que l’on vient de les missionner sur l’affaire sordide d’un corps entièrement défiguré par de l’acide, et pour laquelle la Police scientifique n’a pu retrouver aucun indice ? Mais à quelque chose malheur est bon car c’est peut-être l’occasion rêvée de se distinguer et de montrer que l’image de femme frêle s’avère un cliché injustifié ?

De l’exploitation des faibles indices glanés autour de la benne qui a hébergé le corps à la traque dans les bas fonds de la ville pour trouver les auteurs de l’odieux massacre, l’auteur Nicolas Dehghani n’aura de cesse de montrer que les faiblesses de chacun peuvent se transformer en force. Le lecteur suivra nos deux lascars, unis pour le meilleur et pour le pire, dans ce qu’il y a de plus glauque et de plus sordide, déjouant de belle manière toutes les embuches qui se dressent devant eux pour un final des plus pathétiques. Au final, les deux personnages principaux se découvrent des talents et des sensibilités cachés qui ne demandaient qu’à se dévoiler.

Le dessin réaliste de Nicolas Dehghani, remarquablement encré et augmenté de couleurs en majorité froides, renforce le côté anxiogène du récit.

Au-delà d’une enquête menée tambour battant, la découverte de ces deux êtres, que tout oppose, s’avère assurément la clé de la réussite de ce beau récit à découvrir instamment.

CEUX QUI BRÛLENT Nicolas DEHGHANI ÉDITIONS SARBACANE 192 pages, 24,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 22 Avril 2021

Mademoiselle BAUDELAIRE, un vibrant hommage à Jeanne, cette muse si fusionnelle

Alors que Charles Baudelaire déclame des vers qui jaillissent de son imagination fertile, sa muse Jeanne Duval peine à sortir des brumes de l’alcool qu’ils ont distillé ensemble une bonne partie de la nuit. Tel un dandy débauché, Charles Baudelaire se perd chaque nuit un peu plus dans les bras de sa Jeanne, source d’une incommensurable inspiration. Jeanne, la « Vénus nègre » comme la surnomme Caroline Aupick, la mère de Charles, n’aura de cesse de magnifier l’homme qu’elle a tant aimé malgré les nombreux orages qui ont jalonné leur vie de couple.

Alors, quel avenir pour ce jeune homme totalement désargenté et atteint de la syphilis, ne pouvant se marier avec Jeanne tant qu’il sera sous la tutelle de sa mère ? L’avenir de Jeanne n’est guère plus réjouissant, haïe par la mère de Charles qui ne voit en elle qu’une mangeuse d’homme entrainant Charles dans le luxe et la luxure.

C’est à partir de la narration de Jeanne Duval alors que Charles Baudelaire créait Les Fleurs du Mal que l’auteur Bernard Yslaire s’empare, de fort belle manière, de leur histoire tout aussi dramatique que captivante.

Les 160 pages exaltantes narrent la drôle de vie de ce poète qui n’aura connu le succès, comme beaucoup d’artistes, qu’après sa mort. Et, si la luxure reste omniprésente dans cet opus, elle ne cache pas les affres du poète tiraillé entre une mère acariâtre et la maladie qui le ronge et finira par l’emporter.

Que Bernard Hislaire signe ses œuvres sous les noms d’Yslaire, Hislaire, Sylaire ou encore iSlaire, il n’a de cesse, tout au long de sa carrière, de raconter de belles histoires remarquablement mises en images. De Bidouille et Violette à Mademoiselle Baudelaire en passant par Sambre, la belle saga romantique, et par l’innovateur XXe ciel.com, Yslaire se remet perpétuellement  en question pour transcender ses œuvres, et ce dernier opus n’y fait pas exception.

Une mention particulière est à faire pour les Cahiers qu’éditent les Éditions Dupuis à l’occasion de sorties d’albums tels que celui-ci, permettant d’avoir un éclairage sur le processus créatif de l’auteur avec notamment toute la première étape de crayonnés et d’esquisses qui sont les fondations de l’album.

MADEMOISELLE BAUDELAIRE Bernard YSLAIRE Collection Aire Libre Éditions DUPUIS 160 pages, 26,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 18 Avril 2021

MARQUÉS Quand les souvenirs d’enfance se trainent comme un boulet

Oublier, c’est ce que Pablo alors âgé de 17 ans et Marta sa sœur de vingt ans tentent désespérément de faire depuis maintenant une dizaine années alors qu’ils ont subi un insoutenable traumatisme. Et ce n’est pas le travail de thanatopractrice de Martha et le petit boulot de Pablo dans une supérette qui vont les aider à se sortir de cette période difficile d’autant plus qu’ils sont livrés à eux-mêmes. Il y a bien pour Pablo les petites reventes de substances illégales mais ce n’est pas sans danger et sa  sœur ne veut plus qu’il y touche. Alors, quand il est repéré par un bookmaker dans sa salle de boxe, il finit par céder aux sirènes de l’argent et va participer à des combats clandestins. Alors que Pablo tente de se reconstruire, notamment avec la présence à ses côtés de Lydia, voilà qu’il apprend par son grand-père que sa mère, incarcérée depuis leurs séparations, bénéficie d’une remise de peine pour bonne conduite.

Décidée à régler des choses à sa sortie de taule, la mère de Marta et Pablo tentera-t-elle de renouer avec eux, en dépit du différend qui les oppose ? Marta et Lydia arriveront-elle à contenir les affres de Pablo qui cherche des solutions pour enfin, se reconstruire ?

Clairement, ces enfants ne sont pas nés sous une bonne étoile, entre une mère toxico et son julot qui ne cesse de les tabasser. Ainsi, dès les premières pages du récit, le scénariste Damian emporte le lecteur dans un imbroglio quelque peu inextricable, ménageant le suspense jusqu’à sa conclusion.  

Noir, c’est noir, le dessinateur Javier l’exploite avec intelligence en renforçant ses encrages qui se suffisent à eux-mêmes, tellement ils sont profonds et omniprésents. Grâce à son trait aiguisé, servi par un découpage efficace, le lecteur va rapidement s’immerger dans ses ambiances glauques si bien reproduites et n’aura de cesse d’en quérir le dénouement.

MARQUÉS DAMIAN/JAVIER Éditions ANKAMA 104 pages, 16,90 €

Bernard Launois

 

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