Publié le 6 Juillet 2018

Jackal, l'univers impitoyable du western

Le fin fond du Colorado, alors que le 19ème siècle  en est aux trois quarts, n'est pas un havre de paix, et entre les Navajos et les cow-boys on est loin d'avoir enterré la hache de guerre. Jackal lui, a enterré sa femme, ses enfants, et toutes les missions même les plus périlleuses ne seront à jamais pour lui que de la petite bière. Alors quand Scarlett, une belle jeune fille, lui demande de l'accompagner pour récupérer un tas de bijoux qui servirait de rançon pour sauver son père d'une mort certaine, il n'hésite pas une seconde! Seulement, l'enfer sur terre existe et il va assurément le rencontrer, surtout que son goût immodéré pour la gent féminine risque bien de lui jouer de vilains tours... De Scarlett à Nasha en passant par Mme Bass, il va les mettre dans son lit mais le plaisir ne dure qu’un temps, souvent bref, comparé aux tonnes d’ennuis qui l’accompagnent. Se sortira-t-il de tous les ennuis dans lesquels il s’est mis ?

Les histoires du scénariste Philippe Thirault ne sont jamais un fleuve tranquille et Jackal, son dernier opus, ne fait pas exception. La cohabitation des cow-boys et des Indiens a toujours été compliquée et souvent teintée de sang. Ici, on n’y va pas avec le dos de la cuillère ! Le scénariste transporte les lecteurs dans un univers impitoyable où tout le monde veut faire la loi et où seul l’argent compte pour assouvir luxure et beuveries. Avec un scénario bien construit dans lequel l’angoisse monte crescendo, le lecteur n’aura de cesse, même s’il est souvent tantôt édifié, tantôt horrifié par les agissements des protagonistes, de connaître le dénouement.

Le dessin de Bingono est à l’image du scénario, aussi noir. De beaux décors tranchent avec les horreurs que le scénariste a distillées tout au long de l’album.

L’album tient bien sa place dans la collection « Flesh & Bones » et devrait ravir les amateurs d’histoires bien gore. Mais après tout, n’était-ce pas alors la vraie (sur)vie telle que l’on vécue ces femmes et ces hommes ?

JACKAL THIRAULT/BINGONO Collection Flesh & Bones Editions GLENAT 128 pages, 9.99 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 30 Juin 2018

Arrêt de jeu où le monde impitoyable du football

Lucas DiLucca, jeune footballeur professionnel, est à l’apogée de sa gloire. Licencié d’une des plus grandes équipes de football de l’Hexagone, il est l’un des joueurs les plus courtisés.

Il a travaillé dur pour en arriver là, et les sacrifices ont été importants pour grimper les marches et en arriver à être un des meilleurs buteurs de la Ligue 1. Ferrari, vie facile, petites amies tarifiées car il pense que ces dernières ne lui causeront pas d’ennuis, pas comme toutes ces groupies qui rêvent de vivre aux crochets d’une telle vedette, voilà la vie de jeune homme qui élève seul son fils.

Les matchs, les entraînements, mais aussi les soirées organisées par les sponsors pour amortir les sommes colossales englouties dans les clubs sont des passages obligés pour entretenir la notoriété des joueurs tels que lui. Seulement cette vie faste où l’argent coule à flots ne va-t-elle pas exciter les jalousies, même parmi ses proches amis qui n’ont pas eu la réussite escomptée ? Les fréquentations sont-elles toutes bonnes à prendre ?

L’excellent scénariste Matz a encore frappé et de quelle manière ! Alors que la Coupe du monde se déroule en ce moment, Matz embarque le lecteur dans un récit des plus excitants, et l’on se demande bien comment va finir cette histoire dans laquelle le monde de l’argent est omniprésent. Dès les premières pages, le lecteur va vite s’apercevoir que Lucas est entraîné, malgré lui, dans une histoire dont il va avoir toutes les peines à se dépêtrer, mais n’aura de cesse d’engloutir les pages pour en connaître la fin.

Avec un dessin plutôt hyperréaliste, Xavier Lemmens sous le pseudonyme Lem, s’est rapidement approprié le scénario glaçant et cynique de Matz pour nous livrer un  bel opus.

Assurément et même si cela reste une fiction, après avoir lu la dernière page de l’album, le lecteur ne verra plus un match de football de la même manière.

ARRÊT DE JEU MATZ/LEM Editions CASTERMAN 96 pages, 16.50 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 29 Juin 2018

Blue Giant T1, quand la musique est bonne....

 

Dai est un jeune adolescent qui vit avec son père et sa sœur, partageant sa vie entre ses cours de terminale et deux passions, le basket et le jazz, avec une prédilection toute particulière pour le saxophone.

Petit à petit le saxo va envahir sa vie, au point de l'entraîner tous les jours dans la nature. Car qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse chaud, au risque d'abîmer son instrument, Dai n’a plus qu’un objectif dans la vie, celuide devenir un grand saxophoniste. De Miles Davis à Bill Evans en passant par Charlie Parker, c’est décidé, c’est à eux qu’il ressemblera et il sera même plus fort !

 

 

Seulement Dai ne sait pas lire une partition et c’est à l’oreille qu’il entreprend de reproduire tous les standards du jazz des années 50, en s'entraînant dur tous les soirs. A cela s’ajoute le fait que personne ne l’a encore écouté jouer, et le doute commence à s’installer gentiment : saura-t-il réussir ?

Mais tout le monde sait que du rêve à la réalité, le pas à franchir est souvent insurmontable.

Malgré une belle ténacité et une grande opiniâtreté, Dai va devoir surmonter bon nombre de difficultés à commencer par devoir renoncer au basket, et en faire part à ses amis qui ne comprennent pas trop cette passion pour une musique dont ils connaissent à peine le nom. Que faire pour que le déclic se fasse et qu’enfin il croie à ses chances ? Trouvera-t-il son salut chez le marchand d’instruments qui le ravitaille en anches ?

L’auteur complet Schinichi Ishizuka transporte le lecteur, tant par son scénario bien construit que par son dessin alerte, dans l’univers de la musique au travers de Dai, qui appréhende le jazz avec candeur. Dès les premières pages, le lecteur s’attendrira sur ce jeune adolescent, son enthousiasme et son abnégation pour réussir à s’approprier un instrument des plus difficiles à maitriser.

 

Voilà une belle entrée en matière avec ce premier opus d’une série qui en comptera dix, où le lecteur aura assurément plaisir à se plonger dans l’univers des salles obscures, en écoutant les standards qui auront apporté toutes ses lettres de noblesse au jazz.

BLUE GIANT T1 Ténor saxophone ISHIZUKA Collection Seinen Éditions GLENAT 226 pages 7,60€

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 15 Juin 2018

Il faut flinguer Ramirez, sous le règne des tontons flingueurs…

Il y a plus d'un âne qui s'appelle Martin, maxime bien connue pour souligner un nom trop commun. Ici, pas de Martin mais un Ramirez,  patronyme largement usité l’histoire se déroulant à deux pas de la frontière mexicaine. Jacques Ramirez, quadragénaire muet, s’avère être un employé modèle plutôt doué de ses mains chez un fabricant d'aspirateurs, et qui va faire les frais d'une incroyable méprise car il aurait le même nom et à peu près le même profil qu’un gangster recherché par un cartel mafieux mexicain. 

Comme quoi, même quand on ne cherche pas les ennuis, ils viennent tout naturellement à soi.

La traque des gangsters pour neutraliser le jeune quadra, voire pour l'éliminer, contraste singulièrement avec l'attitude placide de l'employé modèle qui n'a pas réalisé la chasse à l'homme dont il fait l'objet, et l'auteur complet Nicolas Petrimaux embarque le lecteur dans une course-poursuite aux dialogues à la Audiard, où les cadavres s'alignent  à une vitesse déconcertante. Sur fond de villes d'Arizona aux belles couleurs saturées de Léo Siret, avec des véhicules des années 80, des courses-poursuites, le dessin s'avère des plus dynamiques et le lecteur n'aura de cesse de savoir si l'on a enfin fini par flinguer Ramirez !

Au format comics s'ajoute une pagination digne des productions américaines, avec des chapitres agrémentés de dessins pleine page de pin-up et autres aspirateurs, fierté de la société Robotop.

Cet album est une véritable réussite qui se dévore comme un bon film de Tarantino.

Avec un acte 1, tout dans la finesse et la délicatesse, cet opus fort prometteur laisse augurer une suite des plus tonitruantes.

Indispensable !

IL FAUT FLINGUER RAMIREZ PETRIMAUX collection GLENAT COMICS Éditions GLENAT 144 pages 19.95€

Bernard LAUNOIS

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 9 Juin 2018

Night's Dominion saison 1 ou le club des 5, version comics

"Qui se ressemble, s'assemble" a-t-on l'habitude de dire. Ces cinq personnages que sont le barde, l'acolyte, l'assassin,  le mage et la barmaid semblent ne pas correspondre au vieil adage, et pourtant ? Habitants d'Umber, une cité ancienne où les riches sont très riches et les pauvres, très pauvres, les cinq lascars ont décidé de refaire le monde et surtout de s'accaparer un trésor détenu dans les tréfonds de la tour d’Uhlume. Emerane, la servante à l'initiative du projet, a besoin de beaucoup d'argent, et l'occasion de remplir ses poches est trop bonne ! Réalité ou fantasme sur ce supposé trésor, le meilleur moyen de le savoir est d'aller y voir. Seulement, c'est là que tout se complique car l'endroit est fort bien gardé et ils ne seront pas trop de cinq, avec chacun sa spécialité, pour déjouer les gardes armés jusqu'aux dents et rompus à enrayer toutes les attaques.

Que recèle véritablement la tour ? Sont-ils attendus ?

Le suspense est entier et l'auteur complet Ted Naifeh, qui n'est pas un novice dans le comics, sert avec talent  un récit mouvementé où le réel côtoie l’heroic Fantasy, sans oublier nombre de traits d’humour. Pas ou peu de répits pour ce premier opus, qui propose de nombreux combats singuliers livrés par nos cinq compères face à des hordes de soldats aguerris.

Le dessin hyperréaliste rehaussé par des couleurs numériques chaudes renforce de belle manière un premier album prometteur.

Si le public de lecteurs est assurément ciblé parmi les 12-25 ans, cette série peut aussi intéresser des publics d’une autre génération, ne seraient-ce que ceux qui ont baigné dans la regrettée période Lanfeust de Troy et qui retrouveront dans ce comics les dynamismes du dessin et des dialogues.

 

 

 

 

NIGHT'S DOMINION Saison 1 NAIFEH Collection LOGG-IN Éditions GLÉNAT 176 pages, 12.50€

Bernard LAUNOIS

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Publié le 8 Juin 2018

Aspirine T1, la vampire qui n’arrive pas à vieillir

La vie est injuste, même chez les vampires. Voilà 300 ans qu’Aspirine essaie de dépasser le stade de l’adolescence qu'elle exècre, en vain ! Ce n’est pas comme Josacine, sa superbe sœur ainée de vingt-trois ans qui vit pleinement cette période, multipliant les conquêtes qu’elle emmène régulièrement dans son lit, alors qu’Aspirine se contente de subir ses éternelles crises d’adolescence. Que faire, suivre des cours de philo à la fac, passer ses nerfs sur les hommes qu’elle trouve lourds en… les dégustant car, comme tout vampire qui se respecte, elle aime le sang ? Lui faut-il continuer à exterminer tous ceux qu’elle trouve « relous » ? Entraîner son prof de philo dans une aventure fantastique ? Il y aurait bien Ydgor, un éternel ado plutôt doux rêveur , qui aurait un peu d’intérêt à ses yeux…

 

 

Le très prolifique Joan Sfar n’est pas à sa première histoire de vampires et l’on peut dire qu’il s’en sort plutôt bien. Les lecteurs assidus de l’auteur auront assurément apprécié les histoires du Grand vampire mais également du Petit vampire relancées dernièrement aux éditions Rue de Sèvres. Après avoir traversé notamment les albums Grand Vampire et L'homme-Arbre, voilà qu’Aspirine devient l’héroïne d’une histoire. Cet album ne fait pas exception à la qualité des précédents avec un scénario plutôt original, dans lequel le lecteur aura plaisir à suivre les déambulations de cette adolescente en perpétuelle rébellion contre la terre entière mais surtout contre elle-même, à cause de ce mal de vivre à force de ne pas trouver encore sa place dans la société, d’autant plus que cela fait trois siècles que ça dure !

Les dialogues sont alertes, les répliques souvent drôles et le personnage sanguinaire attirera l’empathie du lecteur par ses côtés candides, voire fleur bleue.

On ne présente plus le dessin vif et acéré de l’auteur complet Joan Sfar qui aura dessiné pas loin d’une centaine d’albums en une trentaine d’années et marqué toute une génération de lecteurs. On soulignera les belles couleurs de sa fidèle et incontournable coloriste Brigitte Findkaly qui donne toute la dimension à ce dessin inimitable et attachant.

A lire expressément !

ASPIRINE SFAR Editions RUE DE SEVRES 130 pages, 16.00€

Bernard LAUNOIS  

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Publié le 2 Juin 2018

Les Oubliés de Prémontré

Personne ne nous entendra

 

Depuis que les troupes allemandes sont parvenues fin août 1914 à quelques kilomètres de l’Asile de Prémontré, près de Soissons, l’administration française a évacué le personnel médical et infirmier, abandonnant les 1300 aliénés qui sont internés sous la seule protection de l’économe André Letombe, assisté d’une poignée de gardiens et de religieuses. Arrive pour se faire embaucher Clément, qu’un mystère entoure, et qui devient vite un second fort utile.

Lorsqu’un régiment ennemi vient prendre ses quartiers dans l’établissement et réquisitionner vivres et charbon, André Letombe et Clément doivent faire face aux ravages dus au froid et à la famine, et composer avec les officiers allemands tantôt hostiles, tantôt bienveillants. Petits drames et instants fugaces de joie vont se succéder.

Si les combats ne sont pas loin, c’est une tout autre guerre que nous raconte Les Oubliés de Prémontré, un récit inspiré de faits réels: pas d’assaut ici, mais une lutte de tous les jours contre les règlements de l’administration française ou des autorités allemandes pour obtenir du secours; pas de barbarie non plus, mais une galerie de personnages confrontés chacun à ses propres failles et limites, à ses propres prisons. Stéphane Piatzszek a réalisé là son scénario le plus abouti avec une histoire humaine riche d’attentions et de dévouements, de frustrations et de solitudes. Il pose un regard respectueux sur la différence, effleurant avec tact la compréhension qu’avait l’époque des maladies mentales.

Une nouvelle fois Jean-Denis Pendanx libère tout son talent pour la couleur, sublimant les

paysages qui aèrent les planches comme autant de respirations pour entrecouper le huis clos de Prémontré. Il multiplie les petites vignettes comme pour symboliser l’enfermement des sujets sur leur monde intérieur, et propose des gros plans sur les visages et les regards reflétant parfaitement la profondeur de l’âme ou son mystère impénétrable, avec une intense sensibilité et beaucoup de tendresse pour les personnages aliénés.

 

Les talents conjugués des deux auteurs nous offrent, avec Les Oubliés de Prémontré, une

belle et poignante leçon d’humanité, un rayon de soleil pour illuminer une triste histoire.

Un album magnifique à lire absolument.

 

Les Oubliés de Prémontré

Stéphane Piatzszek et Jean-Denis Pendanx

Editions Futuropolis, mai 2018

104 pages, 21 €

 

 

Jérôme Boutelier

 

Illustrations ©Futuropolis 2018

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 1 Juin 2018

Moins qu'hier (Plus que demain), une satire de la vie de couple moderne

La vie de couple est rarement un long fleuve tranquille, et quand c’est l’auteur Fabcaro qui se met à la dépeindre le lecteur ne va pas être déçu !

Toute vérité n’est pas bonne à dire, et assurément cette maxime apparait dans l’album comme un leitmotiv cinglant. De l’homme ou de la femme, c’est à celui qui balancera les remarques les plus désobligeantes, mettant tellement mal à l’aise le lecteur que c’en finit par être drôle. Sous forme de sketchs d’une page, tour à tour les déboires de Fabien s’évertuant dans son lit à appeler sa femme Géraldine, laquelle n’a visiblement pas l’intention de le rejoindre, et les dizaines de couples qui ont du mal à cohabiter, bouffés par leur quotidien, le scénariste étale avec talent, toutes les frasques de couples souvent désabusés. La difficulté à vivre ensemble est mise en exergue par l’auteur Fabcaro, qui n’hésite pas à grossir les traits de couples s’évertuant à se jeter à la tête toutes les horreurs qu’ils ont accumulées au fil du temps.

Dans un premier temps, le lecteur ne pourra s’empêcher de rire sur les bons mots, les réparties et les situations cocasses que cela occasionne puis… peut-être sera-t-il tenté de faire un parallèle avec sa propre vie ou celle de personnes qu’il côtoie au quotidien. Prises au premier comme au deuxième degré, selon l’état d’esprit dans lequel on sera à leur lecture, ces historiettes ne pourront laisser indifférent.

Avec un dessin épuré au maximum, et quelques couleurs jetées pour renforcer le trait parce que l’essentiel n’est pas là, seules comptent les joutes verbales.

A consommer sans modération !

MOINS QU’HIER (Plus que demain) FABCARO Collection GlénAARG ! Editions GLENAT 64 pages, 12.75 €

Bernard LAUNOIS

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Publié le 28 Mai 2018

Esclaves de l’Ile de Pâques

Une civilisation à l’agonie

 

Découverte deux siècles plus tôt, Rapa Nui (l’Ile de Pâques) avait joui d’une relative tranquillité jusqu’à ce que les producteurs de guano péruviens, à qui la main d’œuvre faisait cruellement défaut, viennent enlever plusieurs centaines de Pascuans. C’est ainsi qu’entre

1859 et 1863 plus de la moitié des 2500 autochtones furent déportés pour être exploités dans la plus effroyable misère. L’un d’entre eux, Pana, ainsi qu’une poignée de ses compagnons d’infortune réchappèrent à cet esclavage et s’en retournèrent sur leur île, amenant avec eux les épidémies… et un missionnaire français venu avec l’intention d’évangéliser les natifs. Mais pour le Père Eyraud l’aventure se complique !

 

Le scénariste Didier Quella-Guyot a pris le parti de privilégier une approche historique en racontant l’inéluctable agonie de la civilisation pascuane. Très richement documenté, il parvient parfaitement à susciter le plus grand intérêt du lecteur dans la découverte de ses traditions culturelles au temps de sa disparition. Mais si l’intrigue est assez fidèle à l’histoire, elle semble manquer de linéarité pour permettre de distinguer parmi les différents protagonistes le héros du récit, auquel on pourrait s’attacher. Le lecteur aura tendance à s’y perdre alors un peu au risque de suivre  avec un peu de distance les pérégrinations des personnages.

 

Illustrant agréablement le récit, le dessin de Manu Cassier, efficace et sans chichis, rend lisibles les intentions des personnages. Tout

d’ocre et de bleu teinté, il apporte un éclairage à la fois lumineux et nostalgique, et confère à l’histoire une heureuse unité.

 

Bien dans l’esprit du scénario, un fort intéressant cahier historique de sept pages prolonge opportunément le récit, et permet au lecteur de tout savoir de ce bien triste épisode !

 

Au final, Esclaves de l’Ile de Pâques se lit avec plaisir et émotion, la justesse et l’intérêt de son propos méritant amplement qu’il prenne place dans toute bonne bibliothèque.

 

Esclaves de l’Ile de Pâques

par Didier Quella-Guyot et Manu Cassier, éditions La Boite à Bulles mai 2018,

80 pages, 16 €

 

Jérôme Boutelier

Illustrations ©La Boîte à Bulles 2018

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 27 Mai 2018

Midnight Tales T1, âmes sensibles s'abstenir !

On pourrait aisément reprendre le titre d'une chanson d'Alice Cooper, Welcome to my nightmare, tellement ses histoires sont cauchemardesques : de The last dance à Devil's garden en passant par Samsara et Nightmare from the shore, le premier album collectif créé et dirigé par le talentueux Mathieu Bablet démarre très fort. 

Aussi, le lecteur n'aura pas de mal à se prendre rapidement au jeu des scénarios, tous signés de Mathieu Bablet (accompagné de Gax pour Devil's garden #1) qui mettent en scène des personnages féminins ayant pris leur destin en main pour combattre les forces du mal. Du suspense, de l'action, des découvertes incroyables, tous les ingrédients fantasmatiques sont présents pour se régaler dans ces histoires incroyables.

 

 

Il faut apporter une mention spéciale pour les dossiers conçus par Claire Barbe qui accompagnent chaque histoire, remettant dans le contexte des éléments qui se seraient déroulés ou pas et qui ont servi de fil conducteur aux récits.

Enfin, pour compléter ce premier opus, le récit glaçant d'Elsa Bordier, illustré par l'auteur complet Mathieu Bablet, entraîne le lecteur dans un déménagement vraiment pas ordinaire.

Bien que les styles des dessinateurs présents dans l’album soient différents, il ressort de l’ensemble une belle homogénéité, avec des dessins plutôt hyperréalistes qui vont transporter le lecteur en Virginie-Occidentale mais également en Inde ou en Angleterre…

Dans un support souple au format comics, ce premier opus s’avère une belle réussite qui mérite le détour et qui préfigure une bonne série.

A frissonner instamment !

MIDNIGHT TALES COLLECTIF Editions ANKAMA 140 pages, 13.90 €

Bernard LAUNOIS

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Rédigé par Bulles de Mantes

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