Publié le 22 Novembre 2022

PICSOU, LE DRAGON DE GLASGOW, un beau et attendrissant flashback sur la jeunesse de Picsou

Qui ne connait pas le personnage le plus pingre de la dynastie Disney mais aussi l’homme le plus apprécié des jeunes et moins jeunes lecteurs européens ? C’est bien évidemment Balthazar Picsou qui, avec le 17ème album de la série Collection Originales, fait une entrée fracassante. Initiée par les éditions GLENAT, cette belle collection est réalisée par des auteurs reconnus de la bande dessinée européenne, qui font revivre les grands personnages de Disney dans des aventures totalement inédites.

On ne présente plus le scénariste Joris Chamblain qui, depuis quelques années, enchaine bon nombre de séries à succès, à commencer par Les carnets de Cerise, et qui s’attaque cette fois au monument qu’est Picsou en revenant sur sa jeunesse.

Picsou nait dans une famille d’origine modeste qui vit à Glasgow, à deux pas des mines de charbon, terrain de jeux préféré du petit garçon aventureux et espiègle qu’il est. Picsou aime également le théâtre, hélas, réservé aux classes bourgeoises dont il ne fait pas partie jusqu’à… La rencontre de la belle Erin, nièce de la directrice du théâtre de Glasgow, dont il tombe éperdument amoureux et qui va lui permettre de découvrir la scène et l’envers du décor. L’exploitation des mines se porte au plus mal et lui vient l’idée d’utiliser un subterfuge théâtral, en l’occurrence un dragon, et qui sait, peut-être sauver les mines ? Picsou, Erin et ses petites camarades venues l’aider arriveront-ils à leurs fins ?

Avec un scénario plutôt bien construit, Joris Chamblain présente l’ineffable Picsou sous d’autres facettes que celles qui feront sa triste réputation lorsqu’il aura fait fortune. Revisiter un personnage tel que Picsou s’avère des plus compliqués, mais force est de constater que c’est réussi, et le lecteur en (re)lisant ses aventures d’adulte comprendra peut-être mieux certaines attitudes de ce vilain petit canard qu’on lui fait porter depuis sa création.

Il fallait tout le talent du dessinateur Fabrizio Petrossi, reconnu comme l’un des rares capable de dessiner tous les personnages de la famille Disney, pour inventer ces personnages tous aussi attachants les uns que les autres qui évoluent dans de superbes décors.

Voilà un bel album qui devrait donner envie de (re)découvrir cette collection qui mérite le détour.

PICSOU LE DRAGON DE GLASGOW Joris CHAMBLAIN/Fabrizio PETROSSI Collection Créations Originales Éditions GLENAT, 56 pages, 15,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 17 Novembre 2022

LE CRIME PARFAIT, plus diabolique que ça, on meurt !

Comment est-ce possible d’avoir tant d’imagination pour arriver à ses fins ? Parfois, également, le crime si parfait révèle bien des surprises et assurément, pas celles que les protagonistes attendaient. Voilà ce que nous proposent quinze auteurs de bande dessinée, et pas des moindres, de scénariser et de mettre en images onze courts récits qui font le bonheur du lecteur.

Tous ces auteurs, de Gess à Christian de Metter en passant respectivement par Nicolas Barral, Richard Guérineau, Iñaki Holgado avec A. K. Seltzer, Christophe Chabouté, Pascal Rabaté, Jean-Philipe Peyraud avec Cyril Liéron, Tony Sandoval avec Miceal Beausang O’Griafa, Emmanuel Moynot, Jean-Paul Krassinsky, Cyril Pomès ont, au minimum un point commun, c’est celui d’aimer le polar et cela transpire dans toutes les pages de l’album.

Difficile de choisir parmi tel ou tel récit tellement ils sont tout aussi surprenants les uns que les autres. Que ce soit le meurtre du micheton fomenté par une de ses « protégées » à l’occasion d’une danse, ou encore la couardise d’un détective privé qui aurait laissé faire des meurtres sans jamais les dénoncer et qui finira par le payer, tous ces faits-divers intriguent, interrogent sur la condition humaine.

L’exercice de rendre un récit captivant en si peu de pages, puisque les histoires ne comportent pas plus de 5 feuilles, relève de la gageure et l’on ne peut que se féliciter de constater qu’on est tenu en haleine à chaque intrigue.

Chaque histoire est ponctuée d’une page remettant dans le contexte le récit et permettant ainsi de mieux appréhender ces crimes qui avaient fait la une des journaux à leur époque.

Alors, prêt à s’étonner, s’émouvoir, se questionner sur des méthodes et des savoir-faire hors du commun ? Peut-être que le lecteur regardera ses congénères d’une autre manière une fois qu’il aura lu cet album.

LE CRIME PARFAIT Collectif Éditions PHILEAS 112 pages, 19,90 €

Bernard LAUNOIS

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 15 Novembre 2022

CACHE-CACHE BATON, comme un goût de madeleine de Proust

Vivre dans une communauté dans les années 70 n’est certes pas banal, et lorsqu’on participe à cette expérience dans la petite enfance, cela laisse forcément des souvenirs que l’auteur Emmanuel Lepage s’était juré de raconter un jour.

Mais que reste-t-il aujourd’hui de ces moments passés en groupe, où enfants et adultes ont partagé des bouts de vie ?

Assurément des souvenirs qui sont souvent bien fugaces, et si l’on veut ne pas les perdre complètement, mais aussi les compléter, il ne faut pas tarder à les interroger ceux qui les ont vécus avant qu’ils ne disparaissent. C’est ce qu’Emmanuel Lepage a entrepris ces derniers temps avant de réaliser l’album, en interviewant les protagonistes qui ont répondu à son appel.

S’il ne reste principalement pour l’auteur que de bons souvenirs de ces cinq ans passés en communauté, il apparait que ce ne soit le cas de tout le monde, à commencer par ses parents qui auraient préféré que cette enquête soit réalisée après leur mort. La ténacité de l’auteur permettra d’écouter mais encore plus d’entendre comment tout un chacun a vécu cette expérience, assurément hors du commun eu égard à la période, et d’en retracer une histoire sociale.

Emmanuel Lepage signe là un scénario des plus intimes et on peut se demander si ce retour aux sources ne s’apparente pas, d’une certaine manière, à une certaine forme de thérapie.

Devant une formidable mise en images, le lecteur se prendra au jeu de l’enquête, découvrant alors un univers, un mode de vie assez révolutionnaire lorsque la tendance de l’époque virait plutôt à l’individualisme. On appréciera les aquarelles avec des changements d’ambiance de couleurs, rythmant les différentes périodes du récit, permettant ainsi une belle lisibilité. Voilà une belle pierre à l’édifice du talent d’Emmanuel Lepage qui ne pourra laisser personne indifférent.

A lire et (re)lire instamment !

CACHE-CACHE BATON Emmanuel LEPAGE Éditions FUTUROPOLIS 304 pages, 29,90 €

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 10 Novembre 2022

LE PARIS DES MERVEILLES T1, celui des années folles, pleines d’enchantements et de magie

Le Paris des années 1900 n’empêche pas, hélas, le Paris des escrocs et des roublards qui n’ont qu’en tête de se faire de l’argent facile sur le dos de la bourgeoisie. C’est ainsi que le directeur d’un cercle de jeu privé, devant la chance surnaturelle d’un nouveau joueur, mandate le mage et gentleman Louis Denisart Hippolyte Griffont afin de déjouer celui qu’il soupçonne de tricher grâce à ses talents de magie. Et lorsqu’on ajoute le retour d’une jeune cambrioleuse qui recommence à sévir sur la capitale et une affaire d’État qu’il devra démêler pour couronner le tout, cela fait beaucoup d’enquêtes diverses et variées pour un seul homme qui devra mettre en avant ses talents tant de magicien que de fin limier.   

Ce titre de livre aura sûrement rappelé à bon nombre de lecteurs les univers de Pierre Pevel, auteur de romans fantasy à succès et plus particulièrement ce titre éponyme. Après avoir créé le scénario de bande dessinée Les artilleuses pour le dessinateur Étienne Willem, pourquoi s’arrêter en si bon chemin alors qu’il y a encore tant à faire ? Voilà que Pierre Pevel et Étienne Willem décident l’adaptation du roman éponyme qui permettra au lecteur de (re)découvrir ce roman au travers des traits d’Étienne Willem sur des dialogues de Pierre Pevel.

Dès les premières pages, le décor du Paris des années folles de Pierre Pevel est planté, avec notamment des animaux volants et autres gargouilles parlantes évoluant dans de beaux décors comme sait les réaliser Étienne Willem. Le cadrage, l’organisation des cases, tout concourt à divertir le lecteur sans l’éloigner des intrigues du récit. On ajoutera la belle mise en couleurs de Tanja Wenish pour le plaisir des yeux.

Voilà un premier opus fort attractif, d’un diptyque correspondant au tome 1 du roman éponyme, qui commence sur les chapeaux de roue et qui laisse augurer un étrange voyage mélangeant steampunk et extraordinaire.

LE PARIS DES MERVEILLES T1 Les enchantements d’Ambremer Pierre PEVEL/Etienne WILLEM Éditions DRAKOO 48 pages, 14,90 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 5 Novembre 2022

HOKA HEY !, des cris de désespoir à l’apaisement de la colère

« En avant ! », traduction du titre de l’album, reflète bien cette fuite en avant d’un groupe de jeunes adultes et un d’un gamin qui n’ont, a priori, aucun point commun et pas plus de raisons de se rencontrer et de s’associer.

Georges, jeune Lakota, recueilli et éduqué par le pasteur Clemente, ne sait pas ou peu de choses de ses origines mais rêve du modèle américain insufflé par le pasteur. La rencontre fortuite avec Little Knife, personnage violent et cynique, également Amérindien et de ses deux compères vont bouleverser sa vie. Little Knife, à la recherche de l’assassin de sa mère, décide de tuer Georges, témoin du meurtre de son tuteur puis se ravise et décide de l’emmener de force dans son aventure meurtrière.

Pourquoi Little Knife décide-t-il de garder un témoin si gênant qui ne peut que ralentir leur quête, d’autant plus le trio infernal sait qu’ils sont traqués par un chasseur de primes ?

Avec ce western peu commun, dans le sens où il fait la part belle aux Indiens du Lakota, l’auteur Neyef met l’accent sur l’appartenance culturelle, influencée par l’éducation qu’a reçue tout un chacun. Entre Georges, le jeune Lakota et les trois compagnons, il y a un monde qui les sépare dans le mode de vie, l’espérance, etc, et il s’avère intéressant de voir comme l’auteur va, petit à petit, amener à réfléchir sur leur condition respective.

Le récit est remarquablement mis en images par Neyef, et le lecteur sera tiraillé dès les premières pages entre dévorer cet album de plus de 200 pages pour en connaître le dénouement, ou s’arrêter sur les splendides aquarelles pour les contempler.

 

HOKA HEY ! NEYEF Collection Label 619 Éditions RUE DE SEVRES 224 pages, 22,90 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 27 Octobre 2022

Interview de Jim BISHOP « J’aime mes personnages mais je ne suis pas là pour les juger »

Après "Lettres perdues", album qui a rencontré un fort succès, J’ai particulièrement aimé ce nouvel opus chez Glénat, ce qui a justifié de vouloir vous rencontrer pour en parler.

On passe de l’illusion à la désillusion, quelque part, un peu comme dans les contes pour enfants (voir Grim), c’est triste ! Quel message désirez-vous faire passer ?

Oui, mais pour moi le message n’est pas triste. Si je parle de la fin de l’album le message est même très libérateur. Parce qu’au final, c’est un album qui parle d’amour. C’est d’ailleurs plus des relations d’égo que des relations d’amour tout au long de l’album. Et ce que l’on considère aujourd’hui comme des relations d’amour sont des relations énormément de possession. Et pour moi, en réalité, la fin est rude et ça parle pour moi en fait d’un amour en verso. L’album parle en fait, d’avoir assez d’amour en soi et de confiance pour avoir le courage de quitter un endroit confortable pour aller vers son propre chemin. Et ce n’est pas facile, c’est faire prendre des choix, des décisions qui sont rudes pour les autres.

Et comme on dit « choisir, c’est renoncer »

Exactement ! Et renoncer à des choses parfois qui sont un réel sacrifice. Un confort humain, matériel. On doit quitter des gens souvent et en réalité, c’est une thématique du deuil. Et c’est ce qu’il y a aussi dans Lettres perdues. Ce sont des thématiques qui, pour moi, sont très importantes puisqu’elles sont mon vécu aussi. Ou, quand on veut être libre, c’est pour moi un perpétuel choix de sortir d’une condition, qu’importe ce qu’elle est et ce n’est pas du tout facile. C’est souvent dans des endroits conditionnés, soient sociétales, soient des conditions familiales. En fait, quand on fait des choix qui ne sont pas en accord avec ces conditions, on risque d’être jugé. D’être, entre guillemets, brûlé sur le bûcher pour faire référence à la bd. Mais c’est un peu ça qu’exprime cette bd.

Pour moi, la fin est très libératrice ! En plus, elle parle de choses qui sont vraiment très personnelles et qui pour moi sont une lecture différente de ce que j’ai pu vivre. Par exemple, une personne qui s’en va, du point de vue d’un enfant, c’est rude et d’un point de vue adulte, je me dis que j’aurai peut-être fait la même chose.

Voilà, c’est des questions que je me suis posé et du coup ; je voulais créer une vision globale de choses comme ça et pour moi, m’apaiser et puis peut-être que pour d’autres personnes…

C’est donc pour vous une forme de thérapie ?

Exactement, j’écris mes bouquins comme des thérapies et…

Vous n’aurez pas toujours besoin de thérapies et donc, à un moment donné…

Ça, c’est intéressant parce que justement, je sens que j’ai de moins en moins de choses à guérir et du coup, ça me donne envie de…

D’explorer autre chose…

Complètement ! Et des choses beaucoup plus drôles, on va dire et beaucoup plus agréables. En fait, dans ces deux albums comme dans le prochain, je lâche beaucoup de choses très personnelles pour m’apaiser et puis aller vers des projets qui soient, plus tard, d’un autre ordre.

Cet album semble sortir tout droit de l’imagination de Lewis Carroll avez-vous été marquée par ses albums et notamment Alice au pays des merveilles il y a quelques années ?

Oui, j’ai été marqué par Alice même si Alice n’est pas du tout une référence pour ce bouquin. Mais oui, les contes sont des références, la comptine. En réalité Au clair de la lune est une énorme référence, voire la plus importante. Mais Lewis Caroll, c’est une influence comme Peter Pan, comme tous ces contes en réalité que j’ai découvert au travers des Spin off et que j’ai lu. Et que l’autre dimension, beaucoup plus violente et qui parle de manière beaucoup plus juste pour moi de ce qu’est l’humain.

Le passage de l’enfance… À l’âge adulte, c’est des choses dont je parle dans mes bouquins.

Le personnage de Pierrot apparait rapidement dans l’histoire comme un pervers narcissique mais rendu tellement attendrissant dans l’histoire que l’on finirait par s’apitoyer. Était-ce volontaire de le présenter ainsi ?

Ouais, ouais, complètement ! En fait, c’est des relations que je connais même si je n’aime pas trop ce terme de pervers narcissique. Je préfère plus le terme de manipulateur. J’en ai côtoyé qui sont vraiment des gens très cruels pour moi. Et des gens manipulateurs, oui aussi mais dans un moindre degré ce n’est pas très agréable. Pour l’album, on frôle effectivement cette dimension-là. J’écris mes personnages, pas pour les juger mais pour qu’ils soient compris. C’est très important pour moi de ne pas juger mes personnages. Il y a de la morale dans mes histoires mais je n’ai pas la prétention d’être un moralisateur. J’aime mes personnages mais je ne suis pas là pour les juger. En gardant mon amour pour ses personnages je garde une justesse dans l’écriture et dans ce que j’ai envie d’écrire et pas me dire là « ce n’est pas bien ce qu’il fait ce personnage » et du coup, je ne suis plus du tout en accord avec mes personnages. Enfin, si je commence à les juger, ça va fausser mon récit.

"Mon ami Pierrot", voici un titre bien évocateur pour la chanson enfantine Au clair de la lune. Pour rappel, le personnage principal de la comptine, n'ayant plus suffisamment de lumière pour écrire, doit aller demander du feu à son ami Pierrot. Avez-vous voulu faire un parallèle avec votre héroïne Cléa qui est en recherche de lumière sur son avenir ?

Oui en fait c’est très juste c’est tout à fait ça. Il y a aussi tout cette dimension de savoir à qui est adressé cette comptine, aux enfants. C’est le côté magique, on ne comprend pas trop les paroles quand on est enfant. En réalité cette comptine a une double lecture, enfant mais aussi adulte et très grivoise. En fait, cette désillusion dont vous parliez au début, qui pour moi s’invoque. Quand j’ai appris que cette chanson avait un double sens ça m’a créé une sorte de désillusions, pas forcément traumatique mais quand même.

C’est comme la Mère Michel…

Exactement, c’est hyper violent comme histoire. Pour moi ce sont des chansons qui sont importantes parce qu’elle parle de choses crus mais avec beaucoup de légèreté. En fait, en tant qu’enfant, on les entend et seulement après elles prennent du sens.

C’est subliminal…

C’est ça ! Pour moi c’est cohérent par rapport à la magie, par rapport à tout ce que raconte l’album. En fait, c’était une histoire alchimique. C’était un peu les Magiciens de l’époque, les alchimistes qui pouvait transformer le plomb en or. Et je voulais raconter mon histoire de cette manière-là. Passez de la partie magique à un monde réel.

Il y a encore une histoire de tromperie là-dedans ?

Exactement ! Pour moi cette chanson c’est une histoire de tromperie d’un certain point de vue.

On commence à tromper l’enfant, déjà !

Tout à fait, et c’est ça que je trouve super intéressant.

Vous avez évoqué dans un précédent interview que vous désiriez faire un parallèle entre votre album précédent et celui-ci pouvez-vous être un peu plus explicite ?

Si on analyse un peu l’album, en réalité, c’est exactement les mêmes thématiques que « Lettres perdues ». Il y a le passage de l’enfance au monde adulte, du refus de grandir et d’accepter le deuil. Or, la mort est présente dans Pierrot. Et le fait que la mort est un problème de non-acceptation en réalité, de déni. Je voulais en parler au travers d’une histoire d’amour et en fait, c’est des sujets qui pour moi sont prégnants, qui font partie de ma vie.

L’intention de l’album, c’est aussi de provoquer une réflexion sur ce que l’on est, comment on a vécu mais sur ses propres choix aussi. Je partage vraiment un moment de ma vie avec toutes mes réflexions et je pense que l’on est tous concerné par ça, en fait.

"Premières Lettres", premier album chez GLENAT, a remporté un vif succès à sa sortie. Aussi, avez-vous ressenti une pression particulière lors de la réalisation de celui-ci ?

Ouais, ouais, j’ai senti une attente. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai été obligé de le sortir vite. Parce que je me suis mis une pression que je me suis mis un peu tout seul. J’ai eu besoin de le sortir vite pour que justement m’autoriser à me dire : « ok, t’as fait deux albums qui pour toi, font sens. Et maintenant tu as le droit de prendre du temps pour la suite ». J’avais envie de montrer que le premier album, ce n’était pas de la chance, que je savais écrire.

Ce n’était pourtant pas le premier ?

Le premier qui se faisait remarquer, oui ! L’attente je la ressentais tellement fort que je me suis dit, je ne vais pas vous faire attendre. L’attente je la ressentais moi-même et c’était fort désagréable.

Je suis assez challengé pour pouvoir sortir cet album très vite. J’aurais aimé prendre plus mon temps mais voilà, c’est comme ça, l’album est sorti et je suis très content qu’il soit sorti comme ça. Maintenant, j’essaye de me détacher de tout ça, de toute cette pression et de repartir de manière plus saine. Et le prochain album aura encore cette dimension qui finira par me libérer de plein de choses. Il y aura encore des réflexions que je n’ai pas poussé dans les deux premiers albums qui pour moi vont conclure, vraiment sur ce que j’avais envie de dire sur la liberté, sur la condition de pourquoi on fait ça et pour quand on choisit telle ou telle mode de vie etc. C’est important pour moi d’en parler. Je pense que dans ma vie, j’ai mis trop longtemps parfois à comprendre, j’ai été pas mal conditionné, j’ai mis du temps à m’extirper de mes propres conditions.

J’en connais beaucoup comme ça.

Mais oui, et il faut forcément du temps. J’ai rencontré un jeune cet après-midi en séance de dédicaces qui m’a dit que le personnage a mis trop de temps à se libérer, ce à quoi j’ai répondu : « Tu verras quand tu seras plus âgé, qu’on ne se libère pas si facilement et rapidement que ça ».

Concernant Mon ami Pierrot, après quelques semaines de parution, quel retour avez-vous eu de la part de votre public mais aussi des critiques ?

J’ai un retour très enthousiaste j’en ai même qui ont préféré cet album-là plutôt que Lettres perdues, ce qui m’étonne.

Et a contrario, il y en a qui font un rejet complet par rapport au premier. J’ai même reçu des messages agressifs vis à vis de Pierrot.

Qu’est-ce qui les a gênés ?

Je ne sais pas, ils ne le disent pas ! Peut-être un sentiment de mal être alors que dans le premier, il y a plutôt un sentiment de bonheur. En fait, je me demande ce qui les touche dans le personnage.

Quelle technique a été utilisée pour réaliser cet album ?

100 % numérique, à la tablette Cintiq et avec le logiciel Photoshop contrairement à Lettres perdues où j’avais un crayonné en tradi. J’ai bien aimé de le réaliser entièrement en numérique parce que j’ai l’impression que j’ai été au bout, pas forcément de la technique numérique mais de moi, de ce que je pouvais ressentir.

Je verrais très bien ce scénario et ce dessin exploité pour faire un dessin animé y avez-vous songé ?

À mon niveau, oui ! En fait, je vois mes bandes dessinées comme des films. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que le cinéma m’influence beaucoup.

Concernant les couleurs, j’ai préféré le traitement de Lettres perdues, seulement là, les palettes que j’ai utilisées font plus sens avec le récit.

Je pense que j’ai vécu plus émotionnellement ce bouquin que le précédent et ça se ressent notamment dans les couleurs. Il y a eu dans celui-là une approche plus mécanique, moins réfléchie sur les couleurs car j’étais plus capté par mes émotions.

Votre dessin oscille régulièrement au fur et à mesure des cases entre le dessin franco-belge et le manga. Pouvez-vous nous éclaircir sur vos influences ?

Oui, c’est vrai ! C’est du à l’émotion ! Je fonctionne bcp dans mon dessin à l’émotion. Quand il y a un moment il se passe quelque chose, mon dessin se transforment un peu. Les visages se déforme. Et pour moi, des fois il va y avoir un visage assez malaisant, ça renforce les émotions. Du coup, les visages sont moins statiques et ça a du sens pour moi.

Vous êtes un lecteur de bandes dessinées ?

J’en lis toujours mais j’ai beaucoup moins de temps qu’avant.

Vos influences, c’est Taniguchi, Moebius ?

Pas trop Taniguchi, énormément Moebius mais aussi Miyasaki, j’ai lu beaucoup de mangas. En franco-belge, en réalité même Tintin, c’est du digéré mais Tintin m’a beaucoup influencé. Il y a énormément de bandes dessinées qui m’ont marqué et en réalité beaucoup plus le manga dans les mangas par exemple, ils n’ont pas peur de déformer les personnages pour aller capter l’émotion très rapidement. Ça permet d’aller à l’essentiel et pour moi c’est ça que j’aime bien, c’est ce que j’ai envie de laisser

Combien de temps faut-il pour réaliser un album pareil ?

Pour cet album, un an bien complet, entre l’écriture et la réalisation. C’est un album qui été beaucoup plus difficile à faire pour moi, du fait qu’il fallait mener de front la promotion de Lettres perdues, beaucoup de sollicitations, un déménagement.

Quelle relation de travail entretenez-vous avec l’éditeur ?

Son rôle a été très important. Ça va souvent un peu dans tous les sens dans ma tête et l’éditeur a su me recadrer.

Cela sous-entend, bon nombre d’aller et retour ?

Je ne fonctionne pas comme ça, j’envoie des pavés. D’abord le script, puis mon storyboard qui est mon crayonné en général et ensuite on débriefe. Ça ne me dérange pas de refaire des planches, d’en rajouter. J’ai besoin d’une vision globale sinon ça me perd dans le fil. J’ai besoin d’être dans mon histoire tout le temps et d’avoir une vraie vision globale sinon je ne pourrai pas maîtriser mon récit.

Interview de Bernard LAUNOIS, réalisée le 8 octobre, à l’occasion de QUAI DES BULLES 2022

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 22 Octobre 2022

TAÏ DAM TRAVERSER LE MEKONG… Vers un retour aux sources des plus salutaires !

Marijah, d’origine Taï Dam, n’a que quelques mois en 1976 lorsqu’elle débarque en France après avoir fui la guerre du Vietnam, en compagnie de ses parents et de ses frère et sœur. Mais que reste-t-il de cette période trouble pour la jeune Laotienne ? Les années ont passé, les bribes de souvenirs se sont petit à petit estompées. Maintenant elle exprime ses sentiments, ses sensations au travers la peinture dont elle a fait son métier et ses origines sont loin… Mais, ne suffirait-il pas de franchir le pas, de retourner sur ses terres ?

Dès les premières pages, l’émotion est palpable et ce tout au long du récit, à commencer par la peur de Marijah de revenir sur son passé quarante-sept ans plus tard alors qu’elle se sent française. Mais est-ce la vraie raison, n’a-t-elle surtout pas peur de ne pas être capable de parler sa langue maternelle à l’occasion de la rencontre avec les siens, à la découverte de sa famille dont elle a surtout les souvenirs entretenus par ses parents ? Tous ces questionnements ne pouvant rester en suspens, place à l’aventure, la découverte de ces Taïs noirs qui résident entre la Thaïlande, le Vietnam et le Laos.

L’auteur Joël Alessandra a pris le parti dans cet opus, d’être à la fois acteur pour un voyage d’accompagnement de sa compagne dans des contrées dont il lui reste quelques vagues souvenirs, mais également spectateur de scènes vraies, souvent attendrissantes, un rôle qu’il matérialise par une voix off sous les cases.

Si ses talents de conteur de Joël Alessandra sont éprouvés, il y a mis plus encore cette fois toute son âme, au service du parcours initiatique de sa compagne et ce, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Des rappels historiques de ces pays colonisés sous influence française, agrémentés d’aquarelles mais également de dessins d’époque remettent bien dans le contexte, et si le trait reste alerte, il est sublimé par de superbes aquarelles dont Joël Alessandra a le secret.

Enfin, au détour de quelques aquarelles, on découvrira, avec plaisir, les talents de peintre de Marijah, tout en sensibilité.

A découvrir instamment !

TAÏ DAM TRAVERSER LE MEKONG Joël Alessandra Éditions STEINKIS 154 pages, 23,00 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 19 Octobre 2022

KISS THE SKY Jimi Hendrix 1942-1970, ou les débuts difficiles d’une légende du rock

Noir c’est noir, le titre des Los Bravos repris par Johnny Halliday aurait pu faire le titre de cet album tellement les débuts dans la vie de cet artiste de génie ont été misérables. Né d’un père qui aura passé sa vie à chercher des petits boulots pour faire vivre sa famille et d’une mère des plus volages qui désertait régulièrement la maison pour chercher du réconfort auprès d’autres hommes, Jimi est trimballé de famille tout court en famille d’accueil, toujours en attente de retrouver Lucille, sa mère pour des apparitions aussi inopinées que furtives.

Ce chemin de croix, il le portera tout au long de sa jeunesse et ce jusqu’à ses vingt-quatre ans où il commencera enfin à se faire un nom. La musique aura été son refuge de tous les instants et s’il a été empêché de connaitre la consécration plus tôt, il le doit notamment à son souci de l’expérimentation musicale qui ne lui permettait pas de s’intégrer au sein de formations.

Le scénariste Jean-Michel Dupont signe là encore un scénario ciselé, s’attachant aux faits historiques en retraçant le parcours chaotique de l’artiste sans faire dans le pathos. Les dialogues sont enlevés et c’est avec talent que les différentes facettes du personnage sont dévoilées : de ses difficultés relationnelles avec la gent féminine, alors qu’il aura passé le plus clair de son temps à collectionner les demoiselles qui ressemblaient le plus à sa mère, à son caractère indépendant mais aussi à sa violence, qui lui vaudront bien des déboires.

On retrouve avec plaisir les dispositions de conteur de Jean-Michel Dupont, déjà ressenties dans Love in vain et une fois encore, l’association avec le talentueux dessinateur Mezzo fonctionne à merveille. Le dessin réaliste fouillé transcende le scénario et pour ceux qui ont vécu cette période, on s’y croirait. Des décors de la chambre intimiste aux envolées lyriques sur les scènes des cabarets où il se produisait, les effets s’avèrent envoutants.

Alors, pour compléter le tout et s’immerger dans l’atmosphère, il ne reste plus qu’à accompagner la lecture par une écoute des titres proposés en fin de l’album concernant les artistes évoqués dans les cases.

Dommage qu’il faille encore attendre quelques temps le deuxième album de ce diptyque à consommer sans modération.

KISS THE SKY Jimi Hendrix 1942-1970 Jean-Michel DUPONT/MEZZO Hors Collection Éditions GLENAT 88 pages, 24,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Publié le 17 Octobre 2022

CELLE QUI FIT LE BONHEUR DES INSECTES, un conte fantastique à prendre au vol !

Le royaume oriental de Shandramabad, plutôt calme en temps normal, va vivre de biens douloureux moments métamorphosant la vie du palais et de tout son peuple. Imaginez, le prince décède dans un accident de chasse quelques semaines avant la naissance de ses jumeaux, Jalna et Gorakh.

Devenue reine, Skirara va reporter tout son amour sur ses deux bébés, les couvrant de cadeaux avec notamment deux oiseaux-volcan, lesquels remplissent de joie ses jeunes enfants qui aiment particulièrement les oiseaux. Ces moments d’apaisement ne vont, hélas, guère durer avec le décès de Gorakh, défenestré alors qu’il tentait de récupérer son oiseau qu’il avait laissé en liberté dans sa chambre.

Anéantie par la douleur, la souveraine ne supporte plus les pépiements des oiseaux et ordonne à son armée de les occire, jusqu’au dernier. Le royaume s’enferme alors dans un silence mortuaire, attristant toute la population.

Quel impact va avoir cette infâme extermination ? Mais comme si cela ne suffisait pas, voilà que la reine apprend que sa fille reçoit un va-nu-pieds dans sa chambre, et elle va s’empresser de le faire condamner à un horrible châtiment.

Le prolifique et talentueux scénariste Benoit Drousie, plus connu sous le pseudonyme de Zidrou, transporte le lecteur dans un conte des mille et une nuits où tendresse et horreur se côtoient sans que l’une prenne le dessus sur l’autre. Le récit s’avère bien construit avec bon nombre de temps forts jusqu’à un final que le lecteur aura hâte d’atteindre.

Voilà une belle histoire remarquablement mise en images par un Paul Salomone qui y apporte tout son talent. On retrouve, avec plaisir, ce dessin plutôt classique mais terriblement efficace que l’on avait apprécié notamment dans la série L’homme qui n’aimait pas les armes à feu. Ici, le lecteur prendra plaisir à voyager dans des décors luxuriants et un palais aux mille facettes en appréciant les superbes aquarelles qui subliment le dessin.

CELLE QUI FIT LE BONHEUR DES INSECTES Paul SALOMONE/ZIDROU Éditions Daniel MAGHEN 96 pages, 19,50 €

Bernard LAUNOIS

 

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Rédigé par Bulles de Mantes

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Publié le 6 Octobre 2022

HOLLYWOOLAND T1, ou l’envers du décor de l’industrie cinématographique américaine

Nous sommes dans les années 50, à l’heure où l’Amérique a les yeux braqués sur la planète Hollywood, capitale du 7ème art où les tournages de films vont bon train. Ce sont les années tiroirs-caisses pour une profession qui amasse les dollars grâce notamment aux légendes du cinéma que sont, Gary Cooper, Elisabeth Taylor, Cary Grant, Montgomery Clift et nous en passons, tellement la liste est longue. Cette Amérique-là fait rêver : l’argent facile, les strass et les paillettes, les starlettes et les jeunes premiers dans de belles américaines. Mais ce tableau idyllique, c’est la face A, celle immergée de l’iceberg ; la face B s’avère beaucoup moins reluisante avec son lot de déceptions de carrières avortées, d’exploitations souvent peu ragoûtantes pour bon nombre qui ont tenté l’aventure, au risque de s’y briser les ailes.

C’est sur ce thème que le scénariste Zidrou incite le lecteur à découvrir neuf histoires courtes, de H, comme à Hayworth à D, comme Doug, en passant par W, comme Woody, reformant ainsi le nom d’HOLLYWOOD. Ainsi, à partir de faits souvent romancés, le scénariste distille chacune des neuf tranches de vie avec un ton humoristique plutôt grinçant. On appréciera l’exercice, souvent difficile, de planter un décor, une histoire en si peu de pages et de finir en beauté ou pas et Zidrou excelle plutôt dans ce genre d’exercice.

On retrouve avec plaisir un Éric Maltaite qui n’est pas en reste et livre là son dessin réaliste « rond » qui sied parfaitement au récit, rehaussé par des couleurs années 50 de Philippe Ory, une belle réussite.

Saluons ici l’éditeur Fluide Glacial d’avoir accepté un projet qui finalement, rentre bien dans le catalogue et souhaitons que ce premier opus en amène d’autres.

Enfin, signalons l’édition noir et blanc, grand format, dos toilé, agrémentée d’une histoire supplémentaire et de 8 cartes postales.

HOLLYWOOLAND T1 ZIDROU/ Éric MALTAITE Editions FLUIDE GLACIAL 56 pages 13,90 €

Bernard LAUNOIS

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Rédigé par Bulles de Mantes

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