Les Oubliés de Prémontré

Publié le 2 Juin 2018

Les Oubliés de Prémontré

Personne ne nous entendra

 

Depuis que les troupes allemandes sont parvenues fin août 1914 à quelques kilomètres de l’Asile de Prémontré, près de Soissons, l’administration française a évacué le personnel médical et infirmier, abandonnant les 1300 aliénés qui sont internés sous la seule protection de l’économe André Letombe, assisté d’une poignée de gardiens et de religieuses. Arrive pour se faire embaucher Clément, qu’un mystère entoure, et qui devient vite un second fort utile.

Lorsqu’un régiment ennemi vient prendre ses quartiers dans l’établissement et réquisitionner vivres et charbon, André Letombe et Clément doivent faire face aux ravages dus au froid et à la famine, et composer avec les officiers allemands tantôt hostiles, tantôt bienveillants. Petits drames et instants fugaces de joie vont se succéder.

Si les combats ne sont pas loin, c’est une tout autre guerre que nous raconte Les Oubliés de Prémontré, un récit inspiré de faits réels: pas d’assaut ici, mais une lutte de tous les jours contre les règlements de l’administration française ou des autorités allemandes pour obtenir du secours; pas de barbarie non plus, mais une galerie de personnages confrontés chacun à ses propres failles et limites, à ses propres prisons. Stéphane Piatzszek a réalisé là son scénario le plus abouti avec une histoire humaine riche d’attentions et de dévouements, de frustrations et de solitudes. Il pose un regard respectueux sur la différence, effleurant avec tact la compréhension qu’avait l’époque des maladies mentales.

Une nouvelle fois Jean-Denis Pendanx libère tout son talent pour la couleur, sublimant les

paysages qui aèrent les planches comme autant de respirations pour entrecouper le huis clos de Prémontré. Il multiplie les petites vignettes comme pour symboliser l’enfermement des sujets sur leur monde intérieur, et propose des gros plans sur les visages et les regards reflétant parfaitement la profondeur de l’âme ou son mystère impénétrable, avec une intense sensibilité et beaucoup de tendresse pour les personnages aliénés.

 

Les talents conjugués des deux auteurs nous offrent, avec Les Oubliés de Prémontré, une

belle et poignante leçon d’humanité, un rayon de soleil pour illuminer une triste histoire.

Un album magnifique à lire absolument.

 

Les Oubliés de Prémontré

Stéphane Piatzszek et Jean-Denis Pendanx

Editions Futuropolis, mai 2018

104 pages, 21 €

 

 

Jérôme Boutelier

 

Illustrations ©Futuropolis 2018

Rédigé par Bulles de Mantes

Publié dans #Chronique de Jérôme BOUTELIER

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